‹ Voyage de l'Atlantique au Pacifique [microforme]Chapitre 63 sur 93 · T2 RE · texte numérisé non relu

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d'arriver au fort. Presque la totalité de cette distance pouvait se composer d'une région pareille à celle que nous venions de traverser. En tout cas, rien n'indiquait, dans ce qui nous environnait, qu’elle fût près de s'améliorer. Notre marche était si lente, au plus huit à dix kilomètres par jour, et quelquefois pas un, qu'il nous faudrait bien du temps pour sortir de là, D'ailleurs il n’y avait pas d’apparence que nous trouverions aucune assistance, puisque, depuis que nous

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avions quitté le Camp de la Tuerie, nous n’avionsk

rencontré aucune marque positive que jamais un homme eût visité cette épouvantable contrée. Ni un arbre portant l’entaille d'une hache, ni une branche

rompue, ni les restes du.feu d’un ancien bivouac n'é-&

taient venus réjouir nos yeux. La vie animale était

rare; le silence solennel n'était rompu par le chant# d'aucun oiseau, par le bruit d'aucune créature vivante: 8

et les ténèbres des forêts,

Nulli penetrabilis astro Lucus iners 1,

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citation fréquemment faite par M. O’B., augmen-

taient le sentiment de notre solitude. Notre maigreur

et notre fatigue, dues au rude labeur et à la nourri-$

ture insuffisante des dix derniers jours, prouvaient #

que nous ne pourrions pas aller beaucoup plus loin. Après notre dernier repas, nous tînmes un conseil de

guerre. M. O’B., mettant de côté sa paire de lunettes À

à un seul verre et son Paley, y exposa la nécessité immédiate de tuer le petit cheval noir qu'il était or-

dinairement chargé de conduire. L’Assiniboine ct

Cheadle représentèrent que, dans la prévision d'une amélioration, il valait mieux se serrer le ventre en-

1. « Bois stériles dont les rayons d'aucun astre ne dissipaient l'obscurité. »

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re quelques jours. M. O'B. protesta solennellement wntre cette observation, et enfin l’on adopta la prowsition de Milton. Il voulait que l'Assiniboine em-

Rioyät le lendemain à chasser; s’il réussissait, nous

tions sauvés ; si non, le Petit Noir mourrait. Ce projet aissait au cheval quelque chance pour vivre, car notre yide avait aperçu un ours dans la journée, le chien n avait dépisté un autre, et les traces d'ours étaient ssez nombreuses; enfin nous savions que l’Assiniwine était le chasseur le plus habile de la Saskat-

L'haouane.

Notre guide se mit donc en chasse le lendemain de wnne heure; Cheadle et le jeune garçon se dirigèrent vers un petit lac pour essayer d'y tirer quelques-unes is oies qu'ils avaient la veille vues voler au-dessus; Milton se mit à cueillir des baies d'airelle; M. O'B., iétudier, et la femme, à raccommoder les morceaux de nos moccasins. La société n'était pas gaie, car nous

A avions pas eu à déjeuner ce matin. M. O’B., fatigué Die sa lecture, annonça qu'il en arrivait à sentir des

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bras autour des genoux et les mains dirigées vers les

doutes pénibles sur la foi de Paley et qu'il ne l'étuderait plus. Cependant il n’y put pas tenir et, le soir même, reprenant sa lecture, il recommenca à nous ipporter son livre à chacun de nos repos avec toute sa régularité précédente. Dans l'après-midi, Cheadle et k garçon retournèrent les mains vides. L’Assiniboine re tarda pas à rentrer aussi, et, jetant à terre une martre qu'il avait apportée, il nous dit tristement : «J'ai trouvé rien que cela et un homme — un mort. »

[Il nous indiqua où nous verrions ce cadavre qui n’é-

lit qu'à quelques centaines de mètres du camp, et nous partimes avec son fils pour contempler ce specacle de sinistre augure. Après l'avoir longtemps cherché, nous le découvrimes au pied d’un grand sapin. Le cadavre était assis, les jambes croisées, les

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