‹ Voyage de l'Atlantique au Pacifique [microforme]Chapitre 64 sur 93 · HI · texte numérisé non relu

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cendres d'un misérable foyer composé de petits bàtons, I n'avait pas de tête. Les vertèbres cervicales se projetaient dénudées et sèches ; lu peau, brune et ratatinée, s'étendait comme du parchemin collé sur un squelette osseux, au point que les côtes étaient distinctement proéminentes ; la cavité de la poitrine ct de l'abdomen était remplie des dépouilles de chrysalides ; et les bras et les jambes ressemblaient à ceux d'une momie. Les vêtements, composés d'une chemise

et de jambières de laine accompagnées d'une couver-k

ture usée, pendaient encore sur ce cadavre desséché, Auprès du corps étaient une hachette, un suc à feu, une grande marmite d’étain et deux paniers d'écorce

de bouleau. Le sac contenait une pierre à feu, un bri-8

quet d'acier, de l'amadou, un vieux couteau, ct une seule charge de plomb soigneusement enveloppée dans un chifon. Une ligne à pêcher tordue avec l'écorce du

cèdre, inachevée encore, et deux curieux hamecons,l

faits d’un petit morceau de bois et d’un fil de métal

rendu pointu, étaient serrés dans un des paniers;

l'autre contenait quelques oignons sauvages encore verts ct poussant des rejetons. A côté du squelette, un amas d'os brisés, qui étaient les fragments d'une tte de cheval, racontaient clairement ce qui s'était passe.

Ils étaient cassés en tout petits morceaux. Le mal

heureux homme, mourant de faim, avait donc prolongé sa vie autant qu'il l'avait pu, en suçant toutes les parcelles de nourriture qui se trouvaient dans les fragments brisés. Selon les apparences, c'était un

Chouchouap des Montagnes Rocheuses, qui, commef

nous, avait essayé d'aller à Kamloups, peut-être pour y chercher une femme. Il avait évidemment voulu essayer de prolonger sa vie en pêchant; mais, avant d’avoir terminé son appareil, la faiblesse ou la maladie l'avait dompté; il s'était allumé un petit feu, s'était

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venue sa tête ? Nous la cherchümes avec soin en tous ns, inutilement, Si elle était tombée d'ellc-méme, nous aurions dû la trouver à ses côtés ; et, si un animal avait osé l'enlever, il serait revenu attaquer le corps. Mais elle n'avait pas pu étre enlevée de force, comme en témoignait la position du tronc, qui n'avait pas été touché. Pour nous, c'était un problème insoluble, et nous luissiämes le cadavre comme nous l'avions trouvé, emportant seulement sa hachette dont nous avions besoin, ainsi que son briquet d'acier, sa ligne et ses hameçons, en souvenir de cet étrange événement. Nous rentrimes au camp, silencieux ct pleins de sombres pensées. Notre courage, déjà suffisamment abaissé par la faiblesse de nos corps et par les inquiétudes que nous donnait notre situation, était encore déprimé par cette découverte peu rassurante. Nous sntions une similitude frappante entre nous ct cet Indien, qui, après avoir tenté de traverser la forêt sans chemin, s'était senti affamé et a: ait tué son cheval pour s’en nourrir. Le spectacle que nous venions d'avoir sous les yeux nous avait retracé son histoire avec une désolante exactitude : la faiblesse croissante, la disette sans remède, l'effort pour soutenir, en suçant des morceaux d'os, la vie qui s'éteignait ; enfin la mort par la faim. Nous aussi, nous touchions déjà à cette extrémité d'être obligés à tuer un de nos chevaux. Lors de son départ, cet Imlien avait eu sur nous un avantage : celu1 d’être dans son propre pays; nous, nous étions des voyageurs Sur une terre étrangère. Nous arrivions au dernier acte du drame. Le dénouement en serait-il le même ?

Chacun de nous en ce moment considéra l'avenir sous son plus terrible aspect; et, lors de notre conférence ce soir-là, il fut à l'unanimité convenu qu'on tuerait le Petit Noir au point du jour. Nous fimes notre roubébou avec la martre et des baies d’airelle ;

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