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mais ce souper avait une odeur si puante, si nauséabonde, qu'il était désagréable même à des appétits comme les nôtres, et que ce pauvre M. O'B. n'eut pas la satisfaction de garder ce qui lui avait coûté tant d'efforts à avaler. ;
De bonne heure, le o août, le Petit Noir fut conduit au lieu d’exécution ; mais, bien que tous nous fussions d'accord sur la nécessité de sa mort, nous avions tous des remords sur le sacrifice d’un animal qui nous avait accompagnés à travers tant de fatigues. Cependant l’Assiniboine finit par saisir son fusil et par envoyer à la pauvre bête, derrière l’oreille, une balle qui l’abattit. Quelques minutes après, des tranches de chair grillaient sur le feu, et chacun était occupé à tailler de minces bandes de viande pour les conserver. Cette journée-là, nous nous gorgeâmes de ce que nous ne pouvions pas emporter, tandis que le reste se séchait sur un large feu. D'abord et d'avance, on avait, il est vrai, douté qu’on pût manger de ce cheval: Milton avait même trouvé que cette chair sentait l'écurie ; mais, au fait, chacun s’en reput avec avidité. Les instants que nous n’employions pas à dévorer, nous les utilisions à raccommoder noshaïillons et nos moccasins qui commencçaient à tomber en morceaux. Avant de nous rouier dans nos couvertures, nous couronnâmes les jouissances de cette journée en fumant. Depuis des semaines déjà, nous n'avions plus de tabac, mais nous nous en procurâmes le goût en pilant une ou deux pipes de terre noires et bien culottées, dont nous mélâmes la poussière au kinnikinnick. Sans doute c'était tuer la poule aux œufs d’or. Aussi, comme le kinnikinnick pur ne pouvait pas contenter nos goûts, nous résolûmes de mettre de côté nos pipes pour des jours plus heureux. Nous réussimes même à faire du thé. Il est vrai que ce n’était pas la brune décoction de ce thé noir des Chinois
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que dégustent les jeunes gens dépensiers, ni ce pâle breuvage dont se contentent les jeunes filles ménagères et bonnes à marier ; nous buvions ce thé des muskegs que prennent ies Indiens. On le fait avec les feuilles et les fleurs d’une petite azalée blanche qui poussait en quantités considérables dans un sol marécageux, tout près du camp. En somme, cette décoction remplace assez bien le thé et nous en devinmes friands. Elle a le goût du thé noir ordinaire, en y ajoutant un peu de séné.
Vers midi, le lendemain, notre provision de viande se trouva séchée. Il n'y en avait guère; à peine une vingtaine de kilos. Ce cheval était si petit et si maigre ! Il fut donc convenu que nous continuerions à ne prendre qu’un mince roubébou deux fois par jour. Mais nous avions deux haches à présent. L’Assiniboine, dont la main était presque guérie, et Cheadle partirent c‘onc en avant pour ouvrir le passage; puis, nous rentrâmes dans la forêt, suivant toujours la vallée de la Thompson, et nous retrouvâmes les mêmes difhcultés, les mêmes contre-temps qu'auparavant; les chevaux se montraient aussi vicieux et aussi obstinés que jamais. Heureusement, le temps restait beau et extrêmement chaud. Le second soir après avoir quitté le Camp du Cheval Noir, comme nous appelions le lieu où le Petit Noir avait trouvé la mort, l’Assiniboine, épuisé par un labeur continuel, perdit tout à fait courage. Il déclara qu’il était impossible de se tirer d’un païeil pays et inutile de l'essayer. Comme tous les soirs, nous discutâmes avec anxiété la question du nombre de kilomètres que nous avions faits ce jour-là, et nous nous demandâmes s'il ne se pouvait point que la rivière que nous suivions ne fût pas du tout la Thompson, mais un courant inconnu qui nous mènerait dans des difficultés inextricables. Nous cxhibames notre carte imparfaite ; nous montrâmes à
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l’Assiniboine que, d’après elle, la Thompson coulait droit vers le sud dans une étroite vallée creusée entre les montagnes jusqu’au fort Kamloups, et que c'était jusqu'ici exactement le cas du cours d’eau sur les rives duquel nous nous ouvrions notre route. Cela lui rendit quelque confiance et, le jour suivant, il travailla avec sa persévérance infatigable. Notre viande séchée, que nous ne prenions qu’en petites quantités, parce que nous continuions à nous tenir à la demi-ration, ne nous donnait qu’une nourriture fort insuffisante. Tout le jour, nous restions horriblement faibles et affamés. Ordinairement nous ne tuions guère que deux perdrix par jour et quelquefois, mais rarement, un foutereau ou une marte. C’était bien peu pour six personnes. Cheadle retrouva alors, dans les débris de nos effets, trois hamecons; il en fit des lignes, qu'il amorça avec de la viande de cheval, et qu'il tendit le soir. La première nuit, elles nous produisirent trois truites blanches, dont l’une pesait presque un kilo; malheureusement, par la suite, bien que nous les tendissions tous les soirs, nous ne rencontrâmes plus une pareille aubaine. De temps à autre, nous prenions un poisson, mais cela n’alla pas à une douzaine dans tout le reste du voyage. Ces poissons avaient les marques des truites saumonnées, avec la tête plus grosse. Ils étaient indolents, couchés au fond des trous les plus grands, ne se souciant ni de mouches ni de vermisseaux, et préférant, comme les autres poissons barbares de ce pays, un appât de viande à un plus délicat. [is avaient à peu près le goût de la truite ordinaire, mais la viande plus blanche et moins ferme.
Cependant l'aspect de la contrée changeait. Le r2 août, nous entrions dans une région stérile et rocheuse. Les arbres y étaient moins grands, quoique poussant plus dru ; et la surface du sol n’y était plus guère couverte que de mousse et de petits lis peu nombreux. Le
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