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ravin se resserrait tout à coup; ses flancs devenaient escarpés ; et la rivière lancait ses flots puissants et torrentueux par-dessus un lit de gros cailloux. Les arbres tombés gisaient, épais et emmélés, comme les honchets d’un jeu préparé pour les enfants. Ceper.dant nous eûmes une bonne chance, en fait de provisions, celle de tuer un porc-épic qu'avait découvert le chien Papillon. Nous le trouvâmes délicieux, quoiqu’un peu forten goût : une épaisse couche de graisse sous sa peau égalait presque celle de la tortue. Malheureusement la route était rendue si impraticable, par les escarpements et les rapprochements des montagnes descendant jusqu’au bord de l'eau, que nous étions fréquemment obligés de nous arrêter et d’attendre des heures entières, pendant que l’Assiniboine cherchait un chemin où nous pussions passer.
Nous fûmes trois jours à longer ces rapides sans Jamais être hors de la portée de leurs mugissements perpétuels, qui faisaient mal aux oreilles de M. O'B.. Nous leur donnâmes le nom de Rapides Murchison. La vallée se rétrécissait toujours; enfin elle se termina brusquement par un précipice. Nous étions emprisonnés : d’un côté, la rivière ; de l’autre, des h:uteurs escarpées et si embrouillées qu’ii nous semblait impossible de les escalader, car cette entreprise avait échoué déjà toutes les fois que nous l’avions tentée. Nous ne pouvions plus avancer; nous ne pouvions pas reculer. Il ne nous restait qu’à camper et à chercher un moyen de franchir l’obstacle. Les quatre jours précédents, depuis que nous avions quitté le marais, nos chevaux n'avaient pas vu d’herbe ; ces trois dernières journées, ils s'étaient soutenus en mangeant la mousse et les lis qui poussaient entre les rochers. Toute la nuit, ils errèrent çà et là ; ils entraient et sortaient en passant entre nous, ou, si nous étions couchés, en passant pardessus. Les pauvres animaux arrachaient la mousse
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des rochers; avant le jour, ils avaient fait disparaitre toute la verdure qui était à leur portée. Dès que le soleil se leva, l’infatigable Assiniboine partit à la recherche d’un sentier, tandis que nous chargions les chevaux en attendant son retour. Il arriva une heure ou deux plus tard et nous dit que les difficultés du pays devenaient toujours plus inextricables, mais qu'avec de la prudence nous pouvions ‘aire franchir aux chevaux l’escarpement opposé. Cette nouvelle nous ayant ôté la peur d’être forcés d'abandonner ici nos bêtes et de faire à pied le reste de notre voyage, nous menâmes les chevaux un par un, et leur fimes grimper en zigzag le flanc de la hauteur, sur des roches moussues et glissantes.
Déjà les chevaux avaient réussi à franchir le dangereux précipice, tous, à l'exception de celui que conduisait Cheadle et de Bucéphale, qui fermait la marche sous la direction de M. O’B.. Le zigzag que nous parcourions avait à peu près quatre cents mètres. Quand Cheadle fut presque arrivé au bout, il se retourna pour voir ceux qui devaient le suivre; mais il n’aperçut rien. Laïissant là son cheval, Cheadle revint sur ses pas pour découvrir ce qui était arrivé, et rencontra M. O’B. qui se hâtait de grimper la montagne, sans Bucéphale. « Où est le cheval ? » lui cria-t-il. — « Oh!» dit M. O'B., « c'est bien fini : il est tombé dans le précipice et tué. Facilis descensus, vous le voyez. Il a glissé et est tombé par-dessus. "Exerra rédovde xuAvèeto inros avan; ensuite le cheval entété a rou!f à terre, vous savez. Je ne l’ai plus revu, docteur. Ketourner en arrière est parfaitement inutile, je vous l'assuré, Ne le cherchez pas. Il est réduit en atorics, brisé en mille pièces ! C’est une chose effroyable, nesi-ce pass » Chceadle insista sans se fâcher
dent ; ce que celui-ci fit, bien malgré lui.
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L'endroit où le cheval avait glissé et essayé de se retenir ne fut pas difficile à reconnaître. L’écorce arrachée aux troncs des arbres couchés marquait clairement le lieu de sa chute précipitée. De l'endroit où il était tombé, à la rivière, il y avait bien trente-cinq à quarante mètres dont les derniers, dix ou douze, formaient une surface perpendiculaire de rocher. Cheadle se glissant doucement regarda par-dessus le bord et découvrit, sur un petit plateau inférieur, Bucéphale tout de son long, à calilourchon sur un gros arbre. Celui-ci était soutenu par d’autres arbres, couchés horizontalement assez haut pour que les jambes de l'animal pendissent de chaque côté sans toucher le sol. Cheadle et M. O’B. descendirent vers lui, trèscertains qu'ils l’allaient trouver mortellement blessé ; mais, à leur grande surprise, Bucéphale paraissait tout à fait à son aise dans sa nouvelle position. Ils lui enlevèrent son fardeau et, comme M. O’B. refusait de le tirer par la queue sous prétexte que cette tâche était trop périlleuse, Cheadle donna au cheval un vigoureux coup d'épaule qui le fit rouler de son perchoir. Il n'avait aucunement souffert. M. O'B. lui fit franchir les passages les plus difficiles, tandis que Cheadle suait sang et eau par derrière à porter, en lieu plus sûr, la charge au cheval. Quand toute chose eut été remise en place, on chemina de conserve ; mais, quelques pas plus loin, l’autre cheval roulait à son tour dans le précipice. Heureusement il vint, avant de tomber au fond, donner contre quelques arbres; mais il fallut encore le décharger, porter son faix, le ,ehisser sur ses jambes et grimper ainsi l’escarpement. Quand on eut rejoint les autres, un de ceux-ci, refusant de sauter par-dessus un tronc qui barrait le passage, recula et tomba dans un vrai puits, formé d’arbres et de rochers. Tous les efforts pour l'en retirer échouèrent longtemps. Nous n'étions là
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que Milton et Cheadle; le reste ayant filé en avant, Enfin, au bout d’une heure de travail, Milton courut après les compagnons, les rattrapa et rapporta une hache. Une autre heure fut nécessaire pour ouvrir une issue au cheval et le recharger. Cependant nous eûmes bientôt rallié ceux qui étaient en tête. Effectivement il n'y avait pas de danger qu'on se séparât de nous par une trop grande distance.
La rivière formait encore une succession de grands rapides. Au bout d'une courte marche, nous nous trouvâmes à un endroit où le ravin, se rétrécissant tout à coup, n'avait plus qu’une quinzaine de mètres. De grands rochers droits comme des murs s’élevaient de tous côtés. Au milieu d'eux, presqu’à angle droit et sur une brusque descente, les eaux se précipitaient pendant une ceniaine de mêtres comme un effroyable torrent et tourbillonnaient autour de grandes roches qui surmontaient l'écume. L'Assiniboine nomma immédiatement ce passage, la Porte d'Enfer. Aucun canot et, à plus forte raison, aucun radeau ne l’aurait traversé ; nous nous félicitâmes donc avec reconnaissance de nous être décidés à faire notre voyage par terre.
Cette nuit, nous campâmes assez près de l'endroit d'où nous étions partis le matin. L’Assiniboine, en marchant sur la pointe des rochers, s'était coupé un pied presque jusqu’à l'os; car désormais nous marchions à peu près nu-pieds. Il cirit hors d'état de faire un pas. Profondément découragé, il déclarait que nous ne suivions pas du tout la Thompson et que nous devions nous préparer à une mort misérable ; M. O'B. ne manquait pas d’abonder dans son sentiment; aussi eûmes-nous besoin d’employer la persuasion, et d’'exhiber de nouveau notre carte, pour leur rendre quelque espérance.
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