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vingt kilomètres encore, mais sans apercevoir aucun indice du fort ni aucun autre Indien, Ce soir-là, nous mangions notre dernier morceau de cheval séché, avec ia résolution bien prise d'essayer d'obtenir quelque nourriture des Indiens que nous espérions rencontrer bientôt.
Le 24, à midi, nous entrions dans une autre belle petite prairie, où des sentiers, aboutissant de toutes les directions, se joignaient à notre chemin. Nous venions de traverser une rivière basse et claire, à laquelle nous avions donné le nom de Wentworth, quand nous entendîmes derrière nous M. O’B. crier et appeler à lui Cheadle. Nous nous arrêtâmes et l’aperçûmes venir, tenant par la main, d’un air affectueux, l'Indien le plus hideux, le plus repoussant que j'eusse jamais vu. Celui-ci n'avait pour vêtement qu’une paire de culottes en guenilles ; sa peau était sale et sa figure tout à fait diabolique : du milieu de son vaste visage, s'élevait un nez enflé et raboteux, sa bouche était béante comme les portes de l’Enfer et ses yeux avaient un regard louche et malfaisant. Ce monstre, ce Caliban, comme nous l’appelâmes du premier abord, était suivi d’un individu plus jeune, dont l'apparence était meilleure, mais auquel M. O’B. ne prêétait aucune attention ; toujours présentant Caliban, il s’écriait : « Voyez, milord! voyez, docteur! si, après tout, je n'ai pas été l'instrument de votre salut. » Il jacassait incessamment avec son nouvel ami, lui frappait familièrement sur l’épaule et le regardait dansles yeux avec un sourire enchanteur, Les deux Indiens nous ayant fait signe de les suivre, nous entrâmes avec eux dans une petite clairière. Nous y trouvâmes deux femmes et quelques enfants assis autour d’un feu où l’on faisait cuire quelques baies dans un pot de fer. Dès que nous eùmes nommé Kamloups, ils s’écrièrent : « Aiyou beaucoup, beaucoup; aiyou thé, aiyou tabac, aiyou
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d temps il nous faudrait pour atteindre Kamloups ; le
| plus jeune des Indiens répondit en marchant vite et en BA s couchant successivement quatre fois; ce qui voulait M dire qu’à bien marcher nous mettrions quatre jours M pour y arriver. Ensuite ces Indiens nous offrirent une D) portion de leurs baïes, que nous mangeâmes très-vo- 1 lontiers et nous apportèrent deux lapins, pour l’un icsquels M. O'B. donna une chemise en lambeaux,
et dont nous achetâmes l’autre pour quelques aiguilles et un peu de petit plomb. Nous revîimes aussi le vieux Chouchouap que nous avions rencontré la veille ; il était tout en sueur et tout épuisé de la peine qu’il s’était donnée pour nous rattraper. Il repartit en nous reconnaissant, mais il revint bientôt nous offrir des
1 pommes de terre. C'était pour nous les vendre qu'il
s'était tant hâté, Mme Assiniboine nous surprit en
M présentant une bonneet propre chemise de toile qu'elle
avait réussi à conserver pour son mari au milieu de notre ruine etelle l’'échangea contre les pommes deterre du vieil Indien, qui passèrent aïnsi en notre possession. Nous étions si affamés, que nous en mangeâmes
LA plusieurs toutes crues. Quand le reste fut cuit avec les
lapins, nous fimes un fameux repas. Les Indiens consentirent ensuite à lever leur bivouac et à nous accompagner; le plus jeune marchaïit avec nous, Caliban conduisait dans deux canots la femme et les enfants. Il nous attendit avec eux sur un grand affluent qui venait de l’ouest se rendre à la Thompson ; c'était la rivière Eau-claire; nous passâmes sur la rive méridionale dans les canot : et nous y campämes pour la nuit.
Le lendemain matin nous rencontrâmes sur notre route les cadavres de deux Indiens, un homme et une lemme, qui se corrompaient au soleil. Ils étaient
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