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étendus côte à côte, sous une couverture et ayant autour d'eux tous leurs effets auxquels personne n'avait touché. Nous eûmes par la suite plusieurs de ces horribles spectacles, résultats, suivant ce que nous apprirent nos amis Chouchouaps, d’une grande mortalité qui était tombée sur les Indiens. Plus tard, on nous dit que cette mortalité était causée par les ravages de la petite vérole. A midi, nous trouvâmes Caliban qui nous attendait, en compagnie de ses dames, pour nous transporter sur la rive orientale de la Thompson que la route suivait désormais. Avant d'effectuer notre passage, nous dînâmes avec eux. Le repas se composait du fruit d’une espèce de lis, qui rappelait beaucoup le goût de la baie que l’if produit. Nous le trou vâmes délicieux; mais, comme nous en avions mangé sans modération, tant cru que cuit, il nous donna des coliques abominables.
Une fois la rivière traversée, Milton et M"° Assiniboine acceptèrent l'invitation que les Indiens leur faisaient de venir avec eux dans leurs canots, tandis que le reste de la troupe conduisait les chevaux le long de la rivière.
Nous arrivâmes à un escarpement que le chemin gravissait par un zigzag. On y menait les chevaux un à un; car on n'avait pour marcher qu’une étroite corniche, montant le long de la face perpendiculaire du rocher presque jusqu’au sommet et descendant aussi rapidement de l’autre côté. Cheadle venait le dernier faisant faire à son cheval cette périlleuse ascension. Arrivé au sommet, il entendit de grands cris et s'apercçut qu'il se passait quelque chose d’extraordinaire parmi ceux qui le précédaient. Cependant tout rentra promptement dans le silence et, quand il fut parvenu au but, il vit que personne ne l’y avait attendu. Comme la nuit tombait rapidement et que le chemin traversait un bois épeis, Cheadle hâta le pas et rencontra bientôt
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lire la compagnie qui était dans les canots. Mais, peu
iprès, il passa par la tête de Cheadle que M. O’B. était
jibsent. Interrogé sur ce qu'était devenu M. O'B., 'Assiniboine parut déconcerté par la question et ré-
pondit assez confusément : « Z! est bête! il m'avait
à uuerellé et puis s'est sauvé. » Cheadle le pressa da-
rantage et apprit enfin que le vieux avait fait perdre patience à l’Assiniboine par la façon dont il condui-
Hit les chevaux, qu’il avait recu de lui un coup de
poing et que, plein de terreur, il avait pris la fuite et
d'avait disparu sous les arbres.
La nuit était des plus sombres, le bois fort épais et
“le sentier indistinct. Or, M. O’B. avait l’habitude » de perdre même en plein jour un chemin bien ouvert.
Cheadle se trouva donc fort :nquiet sur son compte. Cependant, comme il était parfaitement inutile de se mettre à sa recherche avant le lendemain matin, on se borna à se coucher sans souper ; ce que firent aussi les chevaux. Sur ces entrefaites, le canot avait trans-
1 porté Milton dans une petite prairie où se trouvaient
plusieurs champs de pommes de terre appartenant aux Indiens. Caliban et ses compagnons y trouvèrent de quoi préparer un souper copieux, auprès duquel ils attendirent longtemps l’Assiniboine et Cheadle. Pourtant, ceux-ci ne paraissant pas, on soupa sans eux et on se roula dans les couvertures. Un peu avant l’avbe, Milton, qui dormait d'un profond sommeil, fut réveillé par quelqu'un qui le secouait en lui disant : « Milord ! milord! levez-vous immédiatement : il est arrivé un événement très-grave. » Milton, reconnaissant cette voix chevrotante et ne pouvant pas comprendre comment M, O’B. se trouvait seul,
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là, à cette heure de la nuit, s'assit et prêta l'oreille
« Milord, dit M. O'B., j'accuse l’Assiniboine de tentative de meurtre contre ma personne. Nous avions quelque difficulté au sujet des chevaux, et, ne sachant quel remède y apporter, je me tenais à l'écart comme spectateur. Alors l’Assiniboine, avec l'expression la plus diabolique, est venu à moi et m’a, de propos délibéré, déchargé sur la tête, avec le dos de sa hache un terrible coup. Quoique étourdi, j'ai réussi à me sauver dans le bois et je ne me rappelle pas grand'chose, si ce n’est d’avoir erré çà et là dans mon égarement. Æic mihi nescio quod trepido male numen amicum confusam eripuit mentem. J'ignore quelle divinité ennemie m'a, dans ma frayeur, fait perdre la tête. J’ai aperçu un feu et je vous ai trouvé auprès. Vous le savez, milord : je vous avais averti ainsi que le docteur, à Edmonton, du dangereux caractère de l’homme auquel vous vouliez vous confier. C’est un scélérat. J'irai, dès qu'il fera jour, à Kamloups, me procurer un ordre d’arrestation contre l’Assiniboine lors de son arrivée. » |
Milton ne put pas s'empêcher de rire de sa précipitation et de son effroi; il lui dit qu'il faisait nécessairement erreur sur les intentions meurtrières de l’Assiniboine, qui, s’il l'avait frappé comme il le disait, l'aurait certainement empêché de s'enfuir. Une heure ou deux plus tard, Cheadle étant arrivé avec ses compagnons, nous interrogeâmes l’Assiniboine et sa prétendue victime. L’occiput de M. O’B, ne présentait qu’une petite bosse pour toute trace du méfait, et nous en conclûmes qu'au fond le récit de la querelle tel que le faisait l’Assimiboine, était exact. Nous grondâmes notre homme sévèrement en l’avertissant du danger que pourrait lui faire courir une pareille conduite dans le pays où nous arrivions; quant à M. O'B., nous lui représentâmes l’absurdité de son ac-
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mouvements de l'Assiniboine., Ce matin, Caliban sous apporta un boisseau de pommes de terre, pour le-
quel nous lui donnâmes la selle brodée à l’indienne de
Milton et un gilet qui était le seul effet que M. O'B. pût encore troquer. Ici Caliban et sa famille nous fi-
rent leurs adieux ; mais le jeune Indien et sa femme
consentaient à nous guider jusqu'en vue de Kamloups.
Le lendemain nous rencontrâmes plusieurs Indiens. A première vue, nous les primes pour des Mexicains, ant ils nous rappelaient peu les Peaux-Rouges de la Prairie orientale. [ls avaient les caractères d’une race
À asiatique plutôt que ceux de la race européenne qu'on
retrouve dans les traits beaux et hardis du véritable Indien de l'Amérique du Nord. Leur taille était plus jorte et plus ronde, leur nez plus petit et moins saillant, leur teint plus foncé et moins transparent. Leurs chevaux avaient des selles et des harnais de travail mexicain; leurs brides étaient garnies d’une innombrable quantité de clochettes. Ils nous régalèrent de café et de tabac. Quelle jouissance après six semaines de privation! Dans l'après-midi du 28, notre guide nous quitta dès qu'il nous eut montré dans le lointain une chaîne de hauteurs qui marquait ia place de Kamloups, et qu'il nous eut fait comprendre que nous pouvions y être rendus avant la nuit. Cet homme s'était fort bien comporté envers nous, et nous lui fimes cadeau du fusil de l’Assinivoine. Plus tard, on nous apprit qu'il n'osait pas se joindre au reste de sa tribu, près du fort, parce qu'il avait encouru un grave châtiment en manquant ouvertement aux coutumes des Chouchouaps. Chez eux, à ce qu'il paraît, comme chez les juifs, la loi veut que, si un homme meurt
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sans enfants, son frère épouse la veuve. Or notre ami avait enlevé et épousé une veuve aux dépens de son beau-frère, qui avait juré de s’en venger. L'offenseur redoutait la rencontre de l'offensé.
Nous marchions en plein soleil, malgré nos fatigues, notre faiblesse et les blessures de nos pieds; néanmoins, la nuit arrivait sans que nous eussions vu le terme de notre voyage. Nous étions encore sous l'influence de ces malheureuses baies qui nous avaient rendus malades. Enfin nous nous trouvâmes si harassés que, nous rendant à l'avis de l’Assiniboine, nous résolûmes de courir en avant sur nos chevaux, le laissant nous suivre plus lentement. Par bonheur, le bon pâturage que nous avions rencontré ces derniers jours avait rendu à nos bêtes assez de vigueur pour que deux d'entre elles pussent porter des cavaliers. Nous partimes donc, obtenant de nos squelettes de coursiers, assez difficilement, un temps de galop. M. O'B., dans son désir de se mettre sous la protection de la loi, avait pris les devants. Lorsqu'il nous vit passer, il courut après nous en criant : « Milord! ne m'’abandonnez pas! Docteur! attendez-moi ! Laissezmoi aller avec vous! » Mais, sans pitié pour lui, nous galopions. Chaque fois que nous regardions en arrière, nous voyions M. O’B. courir encore de toutes ses forces, par crainte que le sanguinaire Assiniboine ne le rattrapât. Nous entrâmes dans une plaine sablonneuse que semblait terminer une chaîne de hauteurs courant de l’est à l'ouest. C'est là que devait étre Kamloups. Nous allions! talonnant les flancs de nos bêtes, criant pour les exciter. Cependant, chaque fois que nous nous retournions, nous apercevions encore M. O'B. dans la pénombre du crépuscule, cherchant à nous suivre avec ‘ne vigueur qui ne se lassait point. Enfin, malgré la nuit tout à fait tombée, nous entrevoyons une maison. Nous y galopons ; nous sautons
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