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254 DF L'ATLANTIQUE AU PACIFIQUE coup de politesse et nous invita à nous loger chez lui le lendemain. Cette hospitalité si confiante nous étonna ; car en vérité nous formions une compagnie aussi déguenillée et aussi peu présentable que possible. Nous n'avions pour vêtements que des haillons ; les jambes du pantalon de Milton étaient arrachées jusqu'aux genoux; celles du pantalon de Cheadle étaient déchirées en lambeaux; nos pieds n'avaient pour chaussures que des restes de moccasins; nos figures étaient hâves et farouches ; nous n'avions pas été rasés depuis plusieurs mois; notre chevelure longue était emmélée; nous ne possédions aucune preuve de notre identité, dans un pays où notre apparence était fort peu propre à inspirer la confiance ou l'amitié. Cependant on accorda une foi immédiate à nos récits, et nos souffrances se trouvèrent terminées. — Enfin!
A notre lever, le 29 août, le soleil était déjà assez haut. Nous fimes un bon déjeuner et nous nous rendimes à Kamloups, qui est situé sur la rive opposée. M. Martin et M. Burgess, qui administraient en l’absence du négociant en chef, M. Mac Kay, nous recurent avec la plus douce hospitalité. La première chose que nous fimes après notre arrivée ce fut de nous procurer au magasin des vêtements complets pour chacun de nous; puis, nous rendant à la rivière, nous y primes un bain délicieux. Nous jetâmes nos guenilles dans la T hompson et revêtimes nos nouveaux habits. Alors nous pûmes, tout à notre aise, jouir d’un repos plein de dignité, otium cum dignitate, et, en fumant nos bienheureuses pipes, nous enquérir des nouvelles, non pas du jour, maïs de l’année écoulée. Depuis que nous étions hors du monde, il s’y était passé de grands événements. C’est alors que nous eûmes les premières nouvelles du mariage du prince de Galles, de l'insurrection polonaise, des probabilités de guerre entre le Danemark et la Prusse, et des progrès qu'a-
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sous éprouvions à connaître les nouvelles les plus récentes ne venait pourtant qu'au second rang. Quel st le comble du bonheur ? Nous le dirons après mûre
Lriflexion, tout en sachant bien quel mépris cet aveu Maous vaudra. Excellent philosophe, c'est la vérité;
chère madame, malgré vos lunettes et votre esprit
Lort, malgré vos bas d'azur, c'est la vérité : le comble
du bonheur sur la terre, c'est de boire et de manger! Allons! soyez calmes, dévots aigris, ecclésiastiques ans Charité, vous tous qui méprisez la chair et le corps; soyez doux, vertueux magistrats, qui avez à juger des misérables dont la faim a causé le crime. Croyez-en des gens qui en ont l’expérience. Dans notre grande ville de Londres, des milliers d’individus qui ont faim chaque jour seront de notre avis. Même quelques aldermen, un ou deux évêques bien
Maourris, nous soutiendront par principe. Ne nous
parlez pas des plaisirs de l'esprit : la bouche et l’estomac, voilà les passages par lesquels s’introduit en
daous le vrai bonheur. Côtelettes de mouton, pommes dde terre, pain, beurre, lait, pudding au riz, thé et
sucre! Qu'on mette ces délicatesses en comparaison avec la viande de cheval séchée, l’eau, les bêtes puan-
[tes ou l'absence complète de nourriture! Cependant
l'abondance des repas ordinaires du fort ne sufhsait pas à nos ventres affamés. Nous avions l’art d’y intercaller trois repas de plus. Nous nous levions avant tous les braves gens de Kamloups et allions déjeuner avec M. et Mu Assiniboine qui demeuraient tout à côté dans une tente, et nous les retrouvions secrètement entre le déjeuner et le dîner, entre le diner et le souper. Si nous cessions de manger, ce n’était pas faute d’appétit; c'était faute de place. Un traitement si actif ne tarda pas à grossir nos corps amaïigris et, trois semaines après notre arrivée, Cheadle décou-