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plats, couverts seulement de bunch-grass et de sapins jaunâtres et disséminés, faisaient place à des terrains plus tourmentés et à une production plus drue de sapins blancs ; çà et là il y avait quelques petits bouleaux et en général un taillis abondant d'arbrisseaux annuels.
Nous vimes encore en route beaucoup d'Indiens occupés à pêcher le saumon. Ils y procèdent d’une façon curieuse. Ils choisissent dans les violents rapides quelque point où un remous existe, sous la protection d’un roc surplombant. Du haut de ce roc, ils suspendent une petite plate-forme de perches, à une distance convenable au-dessus de l’eau, et, de là, ils fouillent sans relâche le rcinous, à l’aide d'une espèce de trouble. Les saumons, fatigués des efforts qu’ils ont faits pour remonter le torrent, se reposent un instant dans le petit remous, avant de reccmmencer leurs tentatives. C'est alors que les habiles pêcheurs les prennent par centaines.
Environ à vingt-cinq kilomètres au-dessus d’Yale, la gorge à travers laquelle se précipite le Fraser devient fort étroite ; c'est ce qu’on nomme la Chaîne aux Cascades ; et la distance jusqu'à la ville n'est plus pour le fleuve qu’une succession de rapides appelés les Cagnonst. De chaque côté, les montagnes ont mille ou douze cents mètres de haut et, leurs pics s’'élevant au-dessus des pics dans unc étonnante proximité, elles ont presque l'air de se rejoindre par-dessus vos têtes. Le Fraser, qui jusqu’alors n'a guère été qu'un torrent plein de roches, devient ici réellement furieux : il écume, il fait rage dans ce canal
1. Cañon, en espagnol, signifie tuyau et indique des formations en prismes basaltiques, comme on en voit figurer au cagnon de l’Echo dans les Montagnes Rocheuses (Tour du Monde, 1862, Il, p. 360); les Anglais emploient ce mot, dans l'Amérique du Nord, pour signifier col ou défilé. — J.-B,
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resserré, où il s’élance avec une vitesse de trente-deux kilomètres à l'heure. On comprendra plus exactement quel volume liquide passe par cette ouverture, qui n'a guère ici plus de quarante mètres de large, en se rappelant que le Fraser a déjà réuni les eaux d’un espace de plus de treize cents kilomètres, et qu'entre autres rivières, il a reçu la Thompson, presque aussi considérable que lui. A quelques centaines de kilomètres en amont, chacun de ces cours d’eau est déjà profond, ct large de plus de quatre cents mètres ; néanmoins, aux Cagnons, cette énorme quantité d'eau est contenue dans un canal qui n'en a pas cinG'ante d’ouverture. En outre, il y a plusieurs endroiis où des roches gigantesques, surgissant du milieu du torrent, resserrent encore les passages où les eaux s’écoulent avec fureur.
La Chaîne aux Cascades est composée surtout de granit gris. Les flancs du défilé montrent de belles sections de cette roche, coupées par des veines de quartz blanc qui font saillie. La roche la plus dure a été uséc par l'action des eaux, à laquelle paraît avoir résisté le quartz, qui est plus friable. En beaucoup de cas, les flancs opposés ont une correspondance des plus évidentes; si on les rapprochait, les strates de l’un s’accorderaient exactement avec celles de l’autre; il est difhcile de n’en pas conclure que ce sont les portions d'une même masse solide qui a été violemment coupée en deux. Comme nous regardions avec étonnement ce spectacle, il nous a suggéré une hypothèse pour expliquer la formation des terrasses dont nous avons parlé. Il y a eu un temps où les vallées de la Thompson et du Fraser se composaient d’une succession de lacs ; la Chaîne aux Cascades formait alors un barrage qui arrétait l'énorme masse des eaux et l'étage le plus élevé des terrasses marque le niveau auquel celle-ci s’est élevée. La surface des
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