‹ Voyage de l'Atlantique au Pacifique [microforme]Chapitre 90 sur 93 · RL ON EE · texte numérisé non relu

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mois de décembre. Chaque saison de l’année a donc son espèce de saumon. La truite est abondante dansk les rivières des montagnes et dans les lacs. L'esturgeon hante les profondeurs du Fraser. L'entrée Burrard a des bancs d'huîtres très-productifs. En un mot, tous les bons aliments que la pêche peut procurer à l'homme se rencontrent dans cette région déjà si favorisée. À La richesse et l'étendue de ses pâturages, la sécheresse de son sol et de son climat, permettent à la Colombie Britarnique d'assurer de grands profits à l'éleveur de bétail. Cependant il s’y rencontre des inconvénients; entre autres, l'immense étendue de terre qui serait nécessaire à chaque herbager. Le pays n'a pas d'autre aerbe que le bunch-grass. Ce gazon couvre les terrasses du Fraser, ainsi que les ondulations et les flancs des montagnes dans la région centrale. Pous- E sant en touffes distinctes, particularité d'où il a tiré | son nom i, il tient trop peu par ses racines grêles au sol léger et poudreux qui le produit. Les chevaux et les bêtes à cornes en arrachent beaucoup en paissant'; les bêtes à laine tondent de si près cette plante délicate, que souvent elle ne repousse pas. C’est ainsi que les plateaux de Lilloet, naguères célèbres pour la richesse de leurs pâturages, sont devenus des plaines poussiéreuses et stériles, où il ne reste plus éparpillés çà et là que quelques plants de sauge sauvage et d’absinthe : le bunch-grass y a été détruit. En outre, il faut au bunch-grass trois ans pour parvenir à sa | pleine venue, et trois pour repousser quand il a été brouté. Comme il vient en touffes distinctes, il ne recouvre en somme le pâturage que d’une façon insuffisante. Tous ces inconvénients prouvent , comme nous l’avons dit, qu’un éleveur a besoin ici d’une trèsgrande étendue d’herbage. A la vérité, la place ne lui

1, Bunch-grass, signifie littéralement gazon à touffe. — J.-B.

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est encore occupé que foït peu, et le champ reste ou-

vert à tous les nouveaux venus.

L'étendue de la terre arable est vraiment très-limitée

dans la Colombie Britannique. Si l'on excepte un ) petit district qui va de l'extrémité méridionale du lac

Okanagan à la Grande-Prairie, sur la route qui conduit à la Thompson ; quelques morceaux de bonne

iterre à l'intérieur ; et le delta du Fraser, couvert à

peu près en entier d’épaisses forêts et exposé aux inon-

| dations l'été, tout le pays offre une nappe de roches,

de graviers et de cailloux roulés. La surface de la région qui se trouve à l’est de la chaîne des montagnes côtières se compose principalement d’un plateau élevé, que surmontent les collines ou les montagnes et où se sont creusées les vallées de la Thompson et du

N Fraser avec leurs innombrables affluents. Ces vallées

étroites et profondes ont généralement des flancs es-

| carpés. Sur le plateau, les gelées nocturnes, qui pré- | valent même durant l'été, s'opposent à la culture de | presque toute espèce de végétaux. Dans les vallées, la | terre est ordinairement fort sèche, sablonneuse et pier-

reuse; et, si on n’y adopte pas un système très-perfectionné d'irrigation et de fumage, on n’y récoltera pas grand'chose.

Sur les terrasses de la Thompson et du Fraser ou même dans la région du gravier et des cailloux roulés, partout où nous avons vu qu’on avait essayé de faire pousser des céréales, on avait échoué. Les choux et les végétaux de ce genre, fort arrosés, semblaient y

| prospérer très-bien; mais l’avoine et l'orge avaient

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des épis courts, une paille faible, rabougrié et misérable. Ce n'est pas que l’eau manque ; maïs les terres qu’elle arrose ont un sol extrémement léger et superposé ordinairement à un tel lit de gravier ou de cailloux, que l’eau y filtre comme à travers un crible, et que les courants disparaissent au lieu de demeure: à la surface. Les détritus de ce bunch-grass qui pousse par touffes isolées ne peuvent pas avoir enrichi le sol en lui donnant une terre végétale. On trouve, il est vrai, de loin en loin, plusieurs places fertiles, de quelqués hectares de contenance, sur le bord des rivières, par exémple le long des Thompsons du nord et du sud, en amont de Kamloups. Il y a encore des morceaux de bonne terre qui ont donné d’excellents produits au voisinage d'Alexandrie et des lacs William et du Castor. Mais ces fonds fertiles, ces basses terres dues à l’alluvion, forment un contraste frappant avec le caractère général de la contrée, En conséquence, la Colombie Britannique, fiche au delà de toute expression à beaucoup de points de vue, n’est pas une région agricole. Il en est de même de l’île Vancouver. Celle-ci est un immense rocher dans les creux duquel s’est amassée de la terre végétale ; mais la terre y a ordinairement trop peu de fond pour la charrue, et les fertiles oasis peu développées y conviennent mieux au travail du jardinier qu’à celui du fermier.

Un tel défaut, dans les productions agricoles des deux colonies jumelles, oblige les populations à tirer leurs denrées de la Californie; ainsi leur or passe dans les poches des Américains,

En effet, la Californie est le pays le plus foncièrement riche du monde. Possédant tous les minéraux utiles ou précieux en une quantité presque inépuisable, excepté le charbon de terre qu'on n’y a pas encore trouvé, elle a en outre un sol d’une fertilité extraor-

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vallées y rappellent la terre de Gessen. Le blé vient avec une abondance sans pareille. Le grain tombé de l'épi, lors des récoltes, produit une ou deux autres moissons qu’on appelle les levées volontaires, venues sans le travail de l’homme. Des fruits de toute espèce,

A depuis les pommes, les poires et les raisins des cli-

mats tempérés, jusqu'aux pommes de pin et aux bananes des tropiques, mûrissent en perfection. L’avoine pousse d'elle-même sur les penchants de la Sierra Nevada ; et, dans les plaines alluviales, outre les céréales ordinaires, on récolte le maïs, le tabac et le coton.

Il en est bien différemment de la Colombie Britannique. Nous admettons qu’elle égale la Californie en richesse minérale ; mais, comme elle n’est pour ainsi

À dire que l'extension des Montagnes Rocheuses jus- [qu'au Pacifique, qu'une mer de hauteurs, qu’une

terre de montagnes et de forêts, avec des gonflements caillouteux et des terrasses couvertes de bunch-grass, l'agriculteur y cherchera en vain les riches vallées

{ alluviales. Aucune colonie n’a été plus mal décrite

qu’elle, Jadis, lorsqu'elle n’était qu’une réserve pour les

4 animaux à fourrure qu'exploitait la Compagnie de la

Baie de Hudson, la région était représentée comme « ne

M valant guère mieux qu'un désert, ravagé par les bêtes

fauves, dont les hurlements retentissaient partout ; où des animaux voraces et à moitié affamés faisaient une guerre éternelle à une population de sauyages, éparpillés et mourants de faim; où le froid dépassait celui des pôles et la sécheresse celle du Sahara. » Enfin, pour emprunter au Chancelier de l'Échiquier les paroles qu’il prononçait il y a quelques années dans la Chambre des Communes, « ces territoires étaient entourés de glaces :: de brumes perpétuelles ; l’infortuné

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qui aurait l’imprudence d'essayer de s’y établir ne pourrait y trouver que ruine et désespoir !. » Combien différèrent de ces vieux récits les premiers rapports qu’on envoya en Angleterre, quand le flot des immigrants se fut répandu sur ce pays de l'or! L'intérêt des spéculateurs et des propriétaires était alors d’y attirer les aventuriers par des louanges exagérées, comme c’avait été celui de la Compagnie de la Baie de Hudson de les en éloigner pour conserver sa possession int"cte en la représentant comme un désert inhabitable. Alors les relations les plus éblouis- -antes furent adressées aux principaux journaux, qui les insérèrent. Cette nouvelle colonie devint un véritable paradis pour le fermier, et bien des hommes laborieux, alléchés par ces pro”esses, arrivèrent pour étre cruellement désappointés par la réalité. Ni l’un ii l’autre de ces comptes rendus n’est exact. Comme il arrive ordinairement dans des cas pareils, la vérité se trouve entre les extrêmes, et nous avons cru devoir exposer nettement ce qu’elle est, afin de dissiper les injustes préventions qui se sont formées à ce sujet. Maintenant, s’il est vrai que la Colombie Britannique n’enferme dans ses limites qu’une quantité peu considérable de terres bonnes pour les travaux de l’agriculteur, il l’est aussi qu'elle n'est séparée du bassin fertile de la Saskatchaouane que par la barrière des Montagnes Rocheuses. Nous avons déjà parlé des grandes ressources de l’agréable pays qu’arrose la Saskatchaouane. Les riches prairies y ont un sol alluvial de quatre-vingt-dix centimètres à un mètre cinquante de profondeur et n'attendent que la charrue. Elles offrent leurs herbages sans fin, qui, dans les temps antérieurs, ont engraissé d'innombrables

1, Voyez Prize Essay on British Columbia, by the Rev.R. C. L. Brown, M.A., minister of Saint-Mary’s, Lilloet, — Cu.

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forêts, les lacs et les cours d’eau varient le paysage et prometteut leurs bois de construction, leurs poissons et leurs millions de volailles sauvages. Eh bien! ce superbe pays, estimé à plus de cent mille kilomètres carrés et à seize millions d'hectares du sol le plus fertile, capable de subvenir aux besoins de vingt millions d'habitants, est, un peu à cause de son isolement, mais surtout à cause des obstacles que la Compagnie maîtresse oppose à la colonisation, complétement négligé, inutile. Il ne sert qu’à entretenir un petit no:1bre d’Indiens et d'employés de la Compagnie de la Baie de Hudson. Cependant ce riche pays agricole n’est pour ainsi dire qu’à un pas de nos champs d’or. Il doit devenir le grenier de la Colombie Britannique. La communicatica entre les deux est facile à établir. Nous l'avons démontré. A quoi tientil donc que les mineurs rie tirent pas leurs denrées d’un territoire anglais au lieu de les prendre en Californie ? Pourquoi donc l'or de la Colombie Britannique n’enrichirait-il pas plutôt des sujets de l’Angleterre que des citoyens des Etats-Unis ?

Nous voulons examiner ce sujet de plus près. Les avantages d’une route qui traverse le continent américain sans sortir du territoire anglais ne semblent pas être discutables. Les États-Unis nous devancent toujours dans de semblables entreprises, non sans doute à cause de quelque supériorité morale de leurs habitants, mais parce que leur gouvernement est plus libéral et moins léthargique. Ils ont donc construit une route, ils ont tendu un fil électrique à travers le continent jusqu’en Californie ; enfin ils ont commencé un chemin de fer du Pacifique. Ils avaient, plus que nous, à vaincre des obstacles en traçant une route au cœur de prairies moins fertiles, où le bois et l’eau sont rares et qu'infestent des Indiens belliqueux. La tra-

versée des montagnes sur leur territoire est abrupte, escarpée, ne ressemblant guère aux montées graduelles que présentent les cols de La ‘’ache et du Vermillon. Or tous ces obstacles ont été surmontés. Aujourd’hui, San Francisco est en communication quotidienne à la fois par le télégraphe électrique et par la poste, avec les bords de l'Atlantique. Les revenus d’une seule année ont suffi pour payer les frais de la création de cette ligne de télégraphe. Quant à la construction de la route qui passerait tout entière sur le territoire anglais, nous ne connaissons qu’une partie très-diffcile, celle qu’il faudrait faire entre le lac Supérieur et le fort Garry. Le pays y est occupé par une suite de lacs, de marécages et de forêts ; il exigerait, pour de-

venir passable, beaucoup de travail et d'argent. Ce- ! pendant le professeur Hind a prouvé jusqu'à l'évidence # que les difficultés sont faciles à surmonter, et qu'elles 4 ne méritent pas qu’on s’y arrête en présence des magnifiques résultats auxquels aboutirait la réussite ! d’une pareille entreprise. On rirait peut-être d’objec. À tions de ce genre dans la Californie et dans la Colom- |! bie Britannique, où l'on s’est accoutumé à triompher

d'obstacles bien différents.

Voilà bientôt deux cents ans que le chevalier de La Salle 1 avait concu le projet d'établir, au moyen d’une route à travers le continent, une communication de l'Atlantique au Pacifique, et c'esten en poursuivant la réalisation que les Canadiens français, dès 1731, sont arrivés les premiers aux Montagnes Rocheuses. Depuis lors, ce sujet a été souvent rappelé à la considéïation du public et du gouvernement.

Ce que les enthousiastes des temps passés rêvaient,

1. Robert de La Salle, né à Rouen vers 1640, alla au Canada vers 1670, reconnut le cours entier du Mississipi, prit possession de la Louisiane au nom de Louis XIV, et mourut assassiné dans le Texas en 1687, — J.-B,

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