V. ai
3aa ii« LA dnfcCÈ.
pans des murs pélasgiques, qui furent probablement bâtis par AleliSf fils d'Aphidas (i).
Je vis dans la campagne plusieurs Arcadiennes occupées à recueillir les épis dorés du mais, et comme elles paraissiiieiit s*«nfuîr à notre approche , j'en demandai la cause a un papas qui nous accompagnait depuis quelque temps. 11 ne répondait que par signes et s'étant approché de moi, il me montra quatre hommes armés qui accompagnaient un cavalier. «Yoilàf «c ajouta* t*il 9 le motif de la frayeur des paysannes, «t Ce personnage, qui est suivi de quatre Albanais, a est le iiis d'un des plus fameux chefs de bande de « la Morée; et quoiqu'il ait Jinit sa peux, on le cnint tf à plus de vingt lieues à In ronde; mais il aime les <( chapeaux , car il a servi dans les îles Ioniennes. » £n effet 9 Zacharias, qui nous reconnut, nous saloa eu faisant une profonde inclination. Son père avait été ^paléea 1799 à Tripolitza. Il avait été proscrit luimême, et comme je le félicitais sur la douceur qu^l de* vattéprouver en vivant au sein de sa famille, il me repondit en frappant sur ses pistolets : combien il serait plus doux de poupoir me venger^ puis il s*éloigna en por* tant la main sur son cœur pour nous saluer.
Le papas 9 rassuré par cette démonstration ami» cale, nous fit Thistoire de tous les voleurs de sa connaissance, sans oublier la sienne, qui s'y rattachait. Il était, à ce qu'il nous apprit, de Castri ( Hermione); et comme il avait une fille à établir, il allait quêter par monts et par vaux pour amasser sa dot,
(1) Paus., lib. y III, c. a3. H 7 a un chemin qui conduit de là par Basi dans la plaine de Tripolitsa, ou Tégée.
tiV&E XV., CUAPITAE Ut. 3^3
en bénissatit les œufs et le fromage ( i ) ; car dam ce siècle d'égoismej dit- il, on ne marie plus les fiUés sans orgmL £t comme noas demandâmes ce
qu'il flillait à sa sainteté pour se procurer an gendre, il fi'écrià qu'ao lui demaudait des nattes, des couver-^ tiures, un mulet, ou pour le moins un âne, et qu'il n'en serait pas quitte pour deux cents piastres.
Pendant que le papas continuait ses doléances, en* tremélées d'anathémes qu il lançait contre la papadia son épouse, qui ne lui avait donné que des filles, nous tournâmes à Tocddent pour entrer dans la gorge, de Castagne. Bientôt nous accostâmes une rivière bruyante, qui conflue avec celle d'Aléa ; et nous dûmes la guéer pour arriver à un khan d'une malpropreté révoltante, oil les hommes et les animaux habitaient pélemêle. Comme nous nous établluies au pied d'un arbre planté à la porte d'entrée de cette bauge, infecte, je fus frappé de voir en fiioe de nous trots grosses colonnes d'eau qui jaillissent, dans toutes les saisons, de la base du mont Sépia, et de les entendre appeler TrùnaUa par les paysans. Il ne me fut pas possible
(i) Voici cette prioi'c bannale:
«6?» lud t4 , juU :i[Mc mnl^vow <v rîS yigt^tfi'ti «eu* font ,
Domioateur» seigneur, dieu, créateur et auteur de toutes choses , bénis ce lait coaguié et ces œufs, et conserve nous dans la booté. Fais qu'en mangeant tes dons^ nous soyons rassasies de ta bonté infinie : car tu.es la vertu , la puissance et la gloire.
Al.
3^4 < VOYAGE l)K LA GUKCE.
de méconnaître les Tricrèàes^ dons lesquelles on sup«
posait que les ujinplies avaient lavé Mercure ( i), au moment de sa naissance. Ces jets d eau naturels font maintenant tourner quelques moulins; et leàr décharge se rend à la rivière de Castagna, qui coiiiiue plus bas avec celle d'Aléa. 11 faudrait rechercher aux environs le tombeau d'Ëpytus (a), ainsi que les restes d*un temple, et peut'^être parviendrait -on à en découvrir quel<|ues traces.
Nous étions , comme je l'ai dit ^ établis hors du caravansérail ; et nous en partîmes sur les deux heures après midi, en remontant la gorge de Castagna. Nous gravissions probablement leis mêmes montagnes où Apollon paissait ses bœufs immortels ^ que Mercure lui déroba (3). I>es nuages ^'amoncelaient , et tout présageait un orage, lorsqu'au bout de trente-huit minutes de marche, nous atteignîmes le haut du mont Géronte, appelé Diasélos-tis^Castagnas. Nous avions sur la droite le village de CasLagnas, qui est situé au milieu d'uu bois de sapins et de châtaigniers; et j'appris que cette région était, comme autrefois, remplie de loups, de sangliers , ainsi que d une quantité considérable de bêtes fauves.
Nous étions à Textrémité de la Stymplialide, qui ne renferme plus que nnile soixante-quinze habitants
(i) f^cy. Homer. Hymn. in Bferc.; ApoUod., lîb..III, c. lo. Sa.
(%) lUad. , lib. II, V. 6o5 ; ïd* , lib. VI , v. Sgo ; Paus. , lib. VIII, c. i6.
ilomer., Hjmiu i ii:.schyl.; Callimach. ; Horat. ^ lib. I,
LIVRK XV, ClIAPITJlli ill. 32J
de raœ grecque (i), répartis dans quatre villages. Nous commencions à ressentir une espèce de tourmente,
mais à peine fûmes-nous abrités par un rideau de sapins, que nous éprouvâmes du calme, I^es nuages s'élevèrent; et le soleil, qui brilla tout-à-coup, nous laissa voir sous nos pieds le riant vallon de Phénéon. Nous suivîmes, pour y descendre, pendant une heure et demie, les flancs du mont Géronle, ou Dgîra, qui est couvert de lisières de sapins , de genévriers et de pins, jusqu'à la zone où commence la culture. • Parvenus h celte distance, nous ira vei saines le village de Mocha, en laissant à un mille sur la droite un tchiftiik, ou zevgalatio, appartenant à Ryamil bey. Nous venions dVutrer dans les champs laboures, lorsque je relevai, trais milles au nord-nord-ouest, le hameau de Goûra , qui forme de ce coté l'extrême frontière des cantons de Corinthe, de Vostitza et de Calavryta.
Nous arrivâmes bientôt au fond du vallon de Phonia, terriloirn couvert de vignobles, traversé de sentiers; et nous marchâmes à louest pour monter à Zaracoula, bourgade qui se présente entourée de bosquets verdoyants. On était àans la saison des vendanges, qui sont tardives dans TArcadie; et les liabitants les
(ij FiUages de Sljmphalide,
Chionia 3o familles.
Lavca 60 >»
Zaraza 7^
Castagna So
Total des tamiUcs. . :a i S »
hl, des imlivîdtis. 107$
3a6 VOYAGE 1>S Là GaÈCE.
célébraient avec une sorte d^enthousiatme baehique. Pendant une demi* lieue ^ nous rencontrâmes plusieurs processions de paysans portant des paniers de
raisins, ou conduisant de longues files de baudets char» gés d'oulres remplies de vin. Tout était plein de Bacebus et de ses dons (i), et le jus de ia treille écumait
au milieu dos vignes, dont (jiielques-unes ployaient sous le ppids des grappes. Parmi cette peuplade pastorale, dont les habitants redisent encore, à l'ombre de leurs bois, ou couchés sur la pelouse, les chants aimés du dieu d'A<*<^<lic(d)9 vîmes des femmes charmantes. Leur visage, barbouillé de Técume des raisins qu'elles avaient mangés, leur donnait le coloris antique des suivantes du fils de Sémélé; mais à leurs grands yeux bleus remplis de pudeur, à leurs chevelures blondes é^gamment tressées, et à leur modestie , on voyait qu'elles n'appartenaient pas au cortège des Thyades. I^urs t h Yfses étaient des quenouilles chargées de coton; et leurs dithyrambes, des modulations mélancoliques, qui s'affiiiblissaien( quand nous approchions des lieux on les familles foulaient les grappes dorées. Quelques jeunes Arçadieones s'éloignaient de notre route par timidité, tandis que d'autres nous saluaient en fiiisant le signe de la croix, pour montrer qu elles étaient chrétiennes.
(1) .... Pater o Lenaee ; tuis hic omnia plena Muneribas, tibi pampineo gravîdas autamao Floret ager» tpainat pleois vindemia Ubrû.
yirg. Georg. , lib. II, v. 4 , 5 , 6.
(2) Dicniit in tesero gramine plnguiam Pastores ovinm carmina ilstulà; Delectantque deuin, cai neraus et oigri
CoUea Arcadûe placent. Uorat.
LIVK£ XY, CaUPlTRR 111. 3:^7
Enfin 9 arrivés au bord de FAroanius, nous fûmes en-
toui'és par uu groupe de silènes aux joues rubicondes; qui nous demandèrènt en bégayant, d*ou nous ve^
nions y ce que nous cherchions et quels gens nçus étions*
Sans répondre à leurs questions, nous passâmes
rAroanius, qui roulait alors des taux chargées d'un limoo cendré. Ce tleuve, maintenant appelé Carya (i)t du nom d'un village de quatre-vingts familles grecques, traverse le vallon, dans un cours de cinq milles du nord au midi, depuis ses sources jusqu'à la base du mont Saita (qui est l'ancien Sciathis), oti il disparaît dans un gouffre souterrain moins grand que celui du Stymphaie. On reconnaît au premier couprdœily à la base des montagnes qui environnent le bassin de TAroanius, les traces des eaux lorsqu'il formait un lac; car elles sont aussi visibles que du temps de Pausanias, qui avait fait celte remarque. On sait que Phénéon avait été (»ubmergé, parce qu'on avai|l laissé encombrer le canal, ou, suivant les mythologues, à cause de la colère d'Apollon , irrité de ce que Bacchus , protecteur des Phén^tes , lui avait enlevé le trépied sacré de Delphes (a).
(i)Sylburge et Gédoyn ont donc eu tort de vouloir corriger le texte de Pausaniast en substituant au noin de Carya ( Kapuà X^fm) le mot de Caphyes. Le nom de Carya existe , TAroanias le porte maintenant , et cette raison vaut mieux que des
hypothèses. Celui de Lycouria, village près duquel le fleuve reparaît, est également historique et conservé jusqu'à ce jour; eniin on y pèche encore , connue au temps de Pausanias» des poeciles ou truites, (s) Pltttarch. , De serâ vindicté NuiiUn, Ce fut à Phouia que
3^8 VOYAGE Lil GUi£C£.
Le même phénomène allait se reproduire sans Tintervention des dieux. Déjà les bas-fouds du vallon de Pliéoéon étaient envahis par un large marais, lorscjneQ i8ia Kyamil, bey de Corintlie, avant fait nettoyer le Zaraca , ou égout , les eaux s écoulèrent , et les terres furent rendues à lagriculture ( i ).
La rivière de Car va, aprcs avoir (oulé pendant six milles dans un canal souterrain ^ reparait au village de LycQuria, doii elle se rend au Ladon (2). Ainsi ki> sources et la renaissance de l'Aroanius étaient parfaitement indiquées par les anciens ; et les notns àe$
j'achetii la iqcdaille qui rappelle cette particularité; je Yinm éoDnéc à feu M. Dbennan, et j'ignore où elle se trouve. Argent, Bouclier béotien.
^'1- BEBAION* Hercule marchant en tenant le ttépieU; le tout tians un carré crenx.
(1) Cesl à ce dégorgeoir qu*Hésyçbius donne le nom de hiabiOi. Strabon ( lib. VIIX, p. 389) dit que lorsqu'il venait à s*obstraer, Teau inondait la plaine , et qu'on le débouchait , comme cela se pratique aujourd*hni; de sorte que dans un de ct*8 déblaiements, les environs du temple d'Olympic furent inondés pat les eaux qui grossirent subiit uR iit le Ladon, et par consécpicnt l'Alpliée, dans lequel il se décharge.
(2) Route par distances entre Phénéon et Lycouria. Après être descendu de Phonia dans la plaine, on tourne à Touest en lais> sant le lac à gauche, Dordovatio-Éastron à droite, et dans, 4a minutes, on arrive aux ruines d*un retranchement qiu défendait le passage compris entre le lac et la montagne. A 34 m» autres foiKlements de niurailU s au pied de la montagne de droite, roule au S. O. inin. après avoir gravi entre les pins on arrive au sommet d'une montagne qui forme la ligne de démarcation entre les cantons modernes de Corinthc et de Calavryta. 40 inin. Lycouria, pauvi^ village. Total de la route a heures a5 minutes.