‹ Voyage de la GrèceChapitre 130 sur 224 · CHAPITRE II · texte numérisé non relu

CHAPITRE II

Houtc depuis Ali-Tchélébi jusqu'à Gastouni. — Clemoutzi ou castel Tornèse bâti parGeoffroi de Ville -Hardoin. — Avidité du clergé latin^ qui excommunie ce prince. — Importance de cëtte place. — Andravida. — Ruines de Cyllène. — GastouDÎ. Rames d'Élis. — Emplacement de Pylos. — Médailles des Éléei».^État actuel de la population du plateau de l'Élide.

Avant le jour, je pressais mon départ; les cousins ne mVvaient pas laissé goûter un moment de sommeil; et dès que l'aube commença à poindre, je montai à cheval. A quelque distance du caravansérail , nous vîmes le soleil se lever dans tout son éclat entre les faîtes du mont Olénos, et nous donnâmes la chasse à quelques chevreuils qui gagnaient leurs retraites à mesure que la lumière éclairait les campagnes humides de rosée.

Depuis le parcours de Bacoûraa, j'avais constamment voyagé en plaine; et une plus vaste étendue de pay& plat s'ofirait à mes regards , en avançant dans TÉlide. Nous avions marché pendant vingt-cinq minutes depuis le khan d'Ali -Tchélébi, lorsque je m'arrêtai au bord d'un ruisseau , pour prendre le gisement du village et du métochi de Manolada, situés un quart d'heure au sud-oue^t, ainsi qu'une église bâtie par les empe* reurs grecs. Après avoir pointé ces positions, nous fîmes trois quarts de lieue pour an i ver au fleuve Verga, qui prend ses sources dans la partie des roches 0\c^ niennes, vulgairement appelée montagnes de Santa- Méri. A l'aspect des lieux, je crus pouvoir décider que je retrouvais le Buprase; et je regretlai de

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navoir pas assez de temps pour rechercher la vilie qui exista sur ses bords (i). Comme les eaux étaient basses, nous gucVimes ce ruisseau; et dix minutes plus loin, nous passâmes la petite rivière de Psari, ainsi que quatre autres qu^on rencontre dans Tespace d'une lieue, qui versent toutes leurs eaux dans le golfe de Clarence. Cette partie de la plaine est presque impraticable en hiver, à cause des fondrières; et quoique la saison fut très •'belle, nous trouvâmes des endroits difficiles à franchir. A dix minutes de la dernière des rivières, dont nous traversâmes les fanges remplies de sangsues qui s'attachèrent à nos chevaux, nous nous trouvâmes par le travers de Hétouiu, vil- , lage situé au bord de la mer. Je comptai à sa suite, sur les coteaux qui bordent la plage, Mazi, Léchéna, LoLug de deux cents feux; et je relevai, au faîte de la montagne qui domine le golfe Cyllénien , la forteresse abandonnée de Clémoutzi, ou Castel-Tornèse, ainsi que le hameau de ce nom. Je dessinai la projection d'une langue de terre couverte d arbustes, qui s'avance en face du cap Hyrmina, en enveloppant les vastes pêcheries et les salines de Cotiki.

La chronique de Morée nous apprend que Geoffroy de Ville-Uardoin fit bâtir Clémoutzi aux dépens d'un clergé toujours prêt à se révolter contre l'autorité, qnand elle veut i obliger à contribuer à la défense de rétat. «c Vous savez, monseigneur, 9 disait le président du conseil des ministres à' ce prince, « que les églises a possèdent environ le tiers de toute la priucipauté de

(i) BcyTrpa'îTtcv. JliacL, Ub. II, v.6i5 et 619; Slrab., lib.Vill» p. 9 5teph. By^.

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« Morée. Elles se tiennent aujourd'hui fort tranquilles , « goûtant les douceurs du repos, et ne eraiguant rien « de la guerre que nous faisons aux Grecs. Nous croyons te donc, monseigneur, qu'il convient de les inviter à « nous aider de leurs tiuiipes dans l'attaque des places tt ennemies qui nous restent à prendre; et- si elles n*occ béissent pas , nous vous" conseillons de sabir leurs «biens et d'annuler leurs privilèges.»

Le prince goûta fort cet avis, manda les prélats en sa présence, qui répondirent que n'ayant aucun secours à exiger d'eux, ils ne lui devaient qu'honneur et respect, parce qu'ils tenaient leurs possessions du pape dont ils relevaient. Sur quoi le prince fit saisir les iieis , bénéfices et privilèges qu'ils possédaient, et il en ein ploya les revenus à faire bâtir la place de Clémoutzi. il tut excommunié par les prélats, mais ayant terminé son entreprise au bout de trois ans , il dut être relevé des censures par le souverain poutiie. Le considérant de l'absolution papale portait sur ce qu'on ne dirait plus la messe en latin dans le Péloponèse, si les Français en étaient chassés j et que la chose étant rendue unpossible depuis qu'on avait élevé la forteresse de Clémoutzi , dont la possession suffisait dans tous les temps pour tenir le pays en bride et pour le reconquérir sur les Hellènes, messire de ViUe*Uardoin était âianc comme neige de tout péché aciueL La tolérance aurait mieux assuré la possession de la Morée à ses conquérants que Clémoutzi, dont les ruines rappellent aux Grecs que les papes furent les ennemis constants de l'église d'Orient (i).

(i) Fqy, Chron. de Morée, Uv. II, p. 170 a 176, trad. de Buchon.

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A deux milles de 1 endroit où j'avais fait mes relèranents, nous passâmes uoe rivière sur laquelle il y a des moulins; et eu avançant une demi-lieue au midi , j'arrivai à Aadravida. C'est une opinion générale.que ce bourg , qui est habité par soixante familles turques et autant de grecques, est situé sur l'emplacement de Cyllène. Cette remarque, confirmée par la distance que Pausanias fixe entre Cyllène et Élis (i), convenant à la position où je me trouvais, je m'appliquai k rechercher les ruines capables de justiiier les renseignements historiques. Dans cette idée, je m'associai un maître d'école; et il ne tarda pas à me montrer la oelia d'un édifice en brique, qui dut appartenir à un temple antique. Était-ce à celui de Mercure , de Vénus ou d'Esculape , qui étaient particulièrement honorés des Cylléniens? Je ne puis rien décider à cet égard, et il serait aussi difficile de dire précisément à quelle époque les chrétiens en firent une église dédiée à sainte Sophie. Mon cicérone, qui me montra des colonnes et des chapiteaux en marbre, me raconta que les Turcs avaient fait de vaines tentatives pour transformer cette basilique en mosquée. Une main divine avait constamment renversé leurs minarets; et le doigt de Dieu s'était si visiblem^t manifesté , que le sanctuaire placé sous rinvocalion de la sagesse divine (tyi^ àr(taç 2ofiaç) était resté au pouvoir des chrétiens.

La ville d'Andravida était florissante lorsque les

(i) Paus. , lib. VI , c. 26, fixe cette distance à t«o stades ou i5 milles; Suab., lib. VIII, p. ; làacl. . lih. XV, v. 5i8; Mêla, lib. II, e. 3 ; Thiicydid., lib. I, p. 22} Tit.-Iiv. , lib. XXVII, c. 3a, Steph. Byz.

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