‹ Voyage de la GrèceChapitre 139 sur 224 · LIVRE XVI, CHA.PiTKfc V. JfQfJ · texte numérisé non relu

LIVRE XVI, CHA.PiTKfc V. JfQfJ

tenait la montre en main , pendant que je faisais mes

relevés. Ainsi à dix minutes de la ville, nous passâmes sur un pont en pierre une; petite rivière , et neuf minutes plus loin au sud demi-quart est , une seconde , qui, après s'être réunie à la j)récédentc, se jette dans TAlphée. Si la rivière qui coule entre Letrinus et Pyrgos (que j'ai indiquée dans le chapitre précédent ) est l'Enipée , je pouvais conjecturer que nous venions de guéer le Daiion et l'Achéron , qui baignent la partie occidentale de la Pisatide; car le fleuve ne reçoit a cette distance aucune rivière par sa rive gauclie, ainsi que lavait imaginé d'Anville. le présume que le gisement de ces ruisseaux au septen* trion de Pylos poui raiL guider les voyageurs de manière à leur fît ire retrouver l'emplacement d'Hypana et de Typanea (i) , qu'on connaissait encore du temps de Strabon. Le sentier qui tourne brusquement à l'orient nous conduisit dans dix minutes en vue de Barbaséna (a) , village qui donne son nom à une gorge bordée de micocouliers et remplie de vignobles. Nous entrions dans la partie des montagnes habitée par les Schypetars ; et ceux que la curiosité avait attirés sur notre passage s'empressèrent de saluer le sieur Pasqua* ligo d'Arcadia , notre guide , qui avait été long-temps le médecin et l'oracle de l'innocente population de cette contrée.

(i) Strab., lib. YIII, p. 344-

(a) Barbaséna, restant N. quart O, un mille ; l'étendue de sa vallée est 'd'une lieue N. S. sur une demi - heure de diamètre. Serait-ce à ce défilé que les Byzantins auraient donné le nom de Barbosténa? je fais cette remarque p quoique j'aie développé

ailleurs d'autres raisons.

3ç)B VOYAGE DE LA GRÈCE.

Nous avions fait une lieue depuis Pyrgos , lorsque nous commençâmes à côtoyer TAIphée , en face du

monastère de Panagista , qui est situé sur la rive gauclie du fleuve. Nous dirigeâmes bientôt au nord-est pendant dix minutes , en traversant un défilé flanqué de mamelons coniques plantés de pins odorants, de lentisques OU de myrtes ; et au sortir , nous nous trouvâmes en face du hameau de Yolantza ( i ). Nous fîmes un quart de lieue au milieu des vignobles pour arriver de là à G>ucoura (2) , dont le vallon est en partie arrosé par la Linitza , que je crois être le Cythérius , qui a ses sources deux lieues et demie au nord-ouest , près du village d'Avoûra , où Ton découvrirait peut-être les ruines de Dyspontium. Nous pénétrions dans le territoire immédiatement soumis aux Laliotes, Schypelars avides , qui ont réduit à une condition également servile les chrétiens et les mahométans soumis à leur autorité.

En partant des bords encaissés et blanchâtres de la Linitza , nous laissâmes presque aussitôt à main

tlidilc vers l'Alpliée , dont nous étions éloignés de dix minutes , le village et la tour de Stréphi (3) , situés à rextrémité d'une gorge qui présente de toutes parts

(i) Yolantza, village de soixante familles albanaises maho-

métanes, bâti à la rive gauche de l'Alphée.

('2) Cuucoiira, village de quarante - cinq familles albanaises. Sa vallée est baignée par un i uisscau qui couflue avec la Linitza. On sait qii* il y avait dans l'A^Uis un autel dédié a Diane Coccoca (Paus., lib. \y c. i5 ). Ne scrait-U pa$ possible qu'il eût été consacré par une peuplade de ce nom, à laquelles les habitants de Goucoura ont succédé ?

(3) Strephi, soixante-dix familles chrétiennes.

Liviit XVI, CHAPITRE V. jgg

une culture riche et variée , ainsi que des paysages enchanteurs. Notre estime de route , à cette distance , ^tait d'une heure cinquante deux minutes au pas ordinaire du cheval depuis Pyrgos. Il est probable que la rivière qui baigne cette vallée est le Cythérius ( i ) , dont les çaux forment , à quelque distance plus bas , un marais traversé par une chaussée percée d'arches. Une demi*lieue au nord', j'apercevais Grëooutis (a) ; et un quart de lieue en avançant à l'est- noi Ll-est , nous laissâmes, à un mille sur la gauche, Platano (3), qui envoie un ruisseau à l'Alphée. Le vallon dans lequel ces iiaineaux sont bâtis s'ouvre vers le fleuve eu face de Béchro, village situé sur sa rive droite.

Nous entrâmes immédiateipent dans une troisième vallée , qui est celle de Phl6ca(4 ) , bourg albanais , près duquel on trouve une église ornée de colonnes d'ordre dorique. Les habitants de cette contrée , qui ont embrassé la religion mahométane , confondent les souvenirs du culte de leurs ancêtres avec celui qu'ils pratiquent machinalement. Ainsi tous accolent, sans savoir pourquoi , des noms turcs à ceux des saints , en s'appelant , par exemple , AU-Jean , Moustapha" Constantin , Soliman^Panagioti ; et les femmes portent vulgairement les noms de Fatmé - Catherine ,

(1) Cylhcriii.s. Strab. , lib. VIII, p. 35G; Paus., lib. VI , c. 22. Il faudrait rechercher dans cette vallée l'euiplaceiuent de SalmoDé.

(2) Créooatis , cinquante familles mahoméCanes et chrétiennes.

(3) riat .ino, vingt- deux familles chrctieuues , une demi-heure N. de notre route.

(4) Phlèca f cinquante-six familles naahométanes.

4oO YOYAGE i>£ LA GRECE.

jéïsché'Marie , etc* Après avoir traverse la vallée de

Pliloca , nous pénétriunes dans un tléfilé boisé, au débouché duquel je relevai , sur la rive gauche de FAIphée, Gagna (i) , et trois quarts de lieue plus haut à Torient , Cato et Apaiio-Maciysia (2). Nous fîmes route ensuite sur une falaise couverte de champs cultivés , qui se tennînent au bord du fleuve , dont la rive est ombragée par une bordure magnifique de platanes. Enfin, au bout de trois heures seize minutes de route depuis Pyrgos , nous descendîmes dans le lit de la rivière de Stavro-Képhali. C'est sous cette dénomination qu'on désigne maintenant le Cladée ( que les anciens révéraient à Tégal de PAIphée ) , qui coule au milieu d'une contrée sauvage , depuis les hauteurs de Chélidoni jusqu'à Olympie , que son cours sépare du village maintenant ruiné d'Antilalo , dont le nom même ne tardera pas à être entièrement ignoré des paysans.

Au souvenir d'Olympie , je fne sentis pénétré d*uiie sorte de respect religieux. J'avais mis pied à terre à la rive gauche du Cladée , et je marchais en cherchant les restes des monuments qui ornaient autrefois cette

contrée. Le soleil répandait sa lumière éclatante sur l'Altis; sa chaleur faisait pétiller les chaumes, au milieu desquels je ne rencontrais que des débris usés de vétusté , lorsque j'arrivai au bord d un eiicaissement terminé par une terrasse en talus de forme elliptique. Un Albanais, assis sur sa pente, me dit que je voyais

(i) Cagna, dix familles greccjues

(a) Apano-Macrysia, quaraote familles grecques arcadiennes j Calo-Macrysia , vingt.

LlVa£ XVly CUA.PITAB Vf. 4oi

te PHaUstm , ou Ueu des courses ; et c'était effectivement le stade que je retrouvais. La voix d'un bellanodice , sortie du foad de la tombe , ne m'aurait pas plus vivement ému que celle du Schypetar de

la Pisatide, qui s'oftrit de nous montrer les ruines

de l'antique ville des Hellènes (i), Ayant accepté son offre , ii nous guida , croyant bien faire ^ vers un tombeau turc éloigné d'un mille environ à l'orient ; et cette erreur fut cause que je manquai tous les objets intéressants. Ck>mme la chaleur éteit extrême , et qu'il fiillait partir d'un point fixe, nous dûmes remettre nos observations à un moment plus favorable. Nous résolûmes donc de monter au village de Miraca , où nous trouvâmes notre logement préparé dans la tour de laga , qui avait donné ordre à ses vassaux de nous traiter de leur mieux»

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