CHAPitRE VI
Étendue de la Pisatide. — Ruines d'Olympie — Démonstration^ par les monumentSy de l'existence d'une ville dans cet endroit. — Hippodrome. — Stade. — Théâtre. — Pont du Cladée. Restes et indicati<m de plusieurs édifices.-^ Partie de la ville située à Torient des deux lices, aqueduc, tombeaux. — Mont de Saturne. — Conjectures sur l'Altis.
Idée pr( t isedu territoire d'Olympie. — Inscriptioa copiée sui* uo casque antique.
Après avoir décrit le plateau de l'Élide et la vallée
du Cœlé , il me reste à parler de la Pisatide , qui
(l) Tà yiaX%9^%T% TÏjç vaÙMàç x**P«< ^wv ÉX>jivwv. Ce fut SOUS
eette désignation qu'il nous indiqua Olympic.
ooin|)reiait une partie du territoire actuel de Pyrgds
et des villages de La la. Les auteurs anciens comptent dans cette contrée , dont Olyrapie faisait partie ( i ) , huit Tilles qui fut^nt : Djyspontium (a), Salmotié (3) , Héraclée (4) , Pise , avant sa réunion à Olympie , avec latjueUe elle confondit son nom dans la suite (5) ; Épina f ou Àrpina (6) , Épitalium (7) , Phrixa (8) , et Cyoésium (9).
Quelques auteurs ont mis en question rexisleuce d'une ville appelée Pise ou Bise, prétendant que e'était le nom d'une contrée , et non pàs d'une ctté particulière. Mais Pindarc, Paiisanias et Etienne de Byzance parlent si pcysîlivemeut de Pise (10), que les
(1) IIiaâTU, T^; T, (J/,j|j.-:a fxîpoç. Strab., Hb. V 111, p. 337-
(2) ATMiravTiovy Strab.y Ibid.; Pau&., lib* VI^ e. 22^ Stepb. By».
(3) lak\i,éfèn, Strab. « Ibid.; Eiistath., In Borner, , Odyss. 1^ V. a35; Steph. Bys.; fondée par SalmoDée« grand -père de lilestdr. Diod. Sîciil. , lib. IV, c. 66.
^4) ApûtxXffrat Strab., Ibid.} Paus. , Ibid, $ Sieph. Byx.
(5) nîaa t Id. Ibid.
(6) ApTfiva, Strab., lib. VIII , p. 337 ; Steph. Byz.
(7) ÉTrtToXiov, -Kohxq T^ç TpiçuXiaç. Steph. Byz.; Polyb., lib. IV. C*esl la même qu'Homère appelle epûov et epuoeaa». Cette partie jde la Triphylie se trouvait comprise dans la vallée de l'Alphée, quand ce fleiive se déchargeait directement aa milieu des pêcheries d'Agolinitsa.
(B)«pCÇft, cinquante stadès d'Olympie. Phérécyde la range an nombre des villes de FArcadie; Steph. Byz. Et cela démit étre^ puisqu'elle existait sur la rive gauche de VÀlphée , formait la limite naturelle de 1 Arcadie.
(9) Suab., Ibid. ut supr. , et Sti pk. Bvz
(10) Pindar., Oljrmp,^ od.VUIj Paus., AV^ac , lib. 1, c. 10; Steph* Byz.
partisans de l'opioiou contraire s'appuieraient inutilement du témoignage de Strabon, qiii rapporte ce sans paraître y ajouter foi (i). Ainsi il faut partir du principe que Vise fut une des villes du canton qui prit son noin , afin d'entrer dans la discussion d'uUé des topographies les plus importantes de ce voyage. Enfin il faut se rappeler que le Péloponèse n'eut longtemps que des bolirgades;<iue ce n'eàt point par des noms de viUes , mais' par des nonis de côntree6| quHùinère en désigne les différents états (9.).
Les poètes ont chanté l'AIphée ; les philosophes ont aimé à promener leurs rêveries sur ses bords ; et les savants se sont souvent transportés en idée au licii d'une scène illustrée par tout ce que l'antiquité eut de mémorable. Olympie » ptimUivemenî connue soai k nom de Pise (3) , célébrée par les poètes et les historiens (4) 9 fut consacrée aux dieux immortels dès que les hommes sortis de la barbarie eurent formé des sociétés. Les géographes nous apprennelit qué Pise était située près d une source dont elle portait le nom (5) , et qu'ayant été détruite par les Éléens (6) ^ ses habitants transportèrent leurs demeures au milieu d'un bois d'uliviers voisin de i'Alphée (7). Ce fut à
(1) Strab., lib.VlII, p. 356.
(2) Strab. , M. p. 336, îî; j Thucyd. I, $ loj Diod. XV, § m; Paus. Vlll, c. 45.
(3) àXu{ftiria ii «poripov Ilîaa XeyojAevïj. Stf.piî. Byz.
(4) Herodat. , hb. II , c. 7 ; Pindar. > Ofymp. , a , 3 , 8 , etc;
(5) nCadi, jsùiui mU itpftn à9ivj&ff(«<. Stkab., lib. VIII, p. 3564
(6) nCam ol àxttol iro3i|Att xciltîXftv* Paus* « lib. I, c. 10.
(7) ÀU* A Il(«a($ i3^tv^pov <«* ÀXfst^ âXvcç.
Ofymp., odi VIJl, antistroph. u
4o4 VOTAGR DB Là GB^CE.
cette seconde ville londee par les Pisans que s'attacha le nom d'Olympie, comme on le trouve consigné dans Ptolémée-, bii die est appelée Olympie^Pise (i) ; surnom qui porte Cellarius à ajouter que dans la suite des temps (2) ^ on ne fit plus nicfition de Pise , parce que sa dénomination était précédée , suivant Étienné de Byzance, de celle d'Olympie.
A ces motSf j'entends un de nos acadéuucicns reproduire VeLSseHion de Pauvif^ en disant « qu'il n^a jamais n. existé de viHe d'Olympie , ni de peuple olympien ; «t qu'il n est question nulle part de ses murs , de ^ « fortifications ^ de ses places , de ses finarices , de ses « lois , ni de son sénat (3). » L'auteur , passant de ces faits, qu'il met en principe , quoiqu'ils soient en (juestion f pour développer son système , expose une suite de raisonnements pour prouver son assertion , sans avoir remarqué que Pise et Olympie formèrent une seule et même ville. Cette confusion dans les choses serait inexplicable, si on ne savait pas que des écrivains ont pu confondre Elis avec Olympie , quoique la distance entre ces deux places soit de cent vingt stades (4)* par le chemin le plus court. Ainsi on peut se tromper de bonne foi quand on n'a pas vu les lieux ; et j'avoue que j'ai long-temps aussi partagé l'opinion de Fauw , qui tenait à un fait grammatical. Mais je crois
(1) ÔXofAicia nîaaai- PtOLEM., Geogr. ^ lib. III , c. i6.
(%) Histolici Pisae DuUam ratiouem habent , sed tantùm Olympiae. Csixak., lib. II ^ c. ]3>
(3) Philologue; par J. 6. Gaîl, t. p. i55. Foy, Rechercli. pbilosoph. sur les Grecs, ptrt. III , § v, vers la fin.
(4) Q^alrc lieues et i34o toises.
LIVK£ XVJf GHAPIXliE VJ. 4^5
pouvoir maintenant démontrer qu'il exista une ville
à Olympie fondée par les Pisans , sur la rive droite de l'Alphëe^ près du territoire consacré par Hercule^ 0t peut-être , antérieurement à ce héros , au culte de Jupiter Olympien (i).
J'avais lu presque tout qu'on a écrit sur Olympie, dont plusieurs voyageurs ont parlé, et qui n'a été décrite par personne. Je lenais en main un plan de ses ruines, qui m'avait été remis par M. Fauvel , lors de inoii séjour à Athènes ; et je n'attendis que la fin de la grande chaleur pour commencer mes recherches. Il était environ trois heures après midi lorsque nous descendîmes de Miraca , en marchant au sud^ouest. Nous étions arrivés au pied des montagnes , dont la pente finit à cinq cents toises du centre du village, lorsque uous fûmes arrêtés par la vue d'un aquéduc en brique y qui portait les eaux d'une source voisin^ dans la partie d'Olympie située à l'orient du stade. Lia découverte de cet hydragogue construit par Hérode Atticus , dont il n'existe plus que quelques piles , ainsi ^ que l'indice d'un canal tracé sur le flanc des montagnes, me fit présumer que je ne devais pas être éloigné de la fontaine Pisa. Mais avant de rechercher cette source , la direction de notre marche me conduisit aux tombeaux que j'avais déjà examinés. Je vis aux environs un emplacement parsemé de tant de quartiers de brique et de pierre porique , qu'il me fut impossible de méconnaître l'emplacement d'une ville ancienne. Malgré les chaumes , les l|erbes et les moissons qui
(j) Hygu* rapporte que Trtopas fils de Pélasgus y bâtit le premier temple consacre h Jupiter Olymtuca. Fab.
^yJoQ VOYAGE l>t LA QRKCK.
ooMvr^ent la rive droite de TAlphée , je distinguai les aouba$seniei|t$ de plusieurs maisons appartenant à une
place non murée ( chose facile k concevoir , puisque son territoire était sacré), qui dut avoir quatre pents pas de diamètre moyen. A cette extrémité de gorge, car les prétendues plaines de Pise ou J'Oijmpie iiexisteut que dans Timagination de ceux qui ont n^l interprété le mo( pédion{i) , Pise, ou Olympie, comme on voudra Fappeler , aboutissait , au couchant, ^ ri^^ppodrome ; ver^ le midi, à la rive droite du fleuve; .au septentrion , à une chaîne de montagnes ; et elle se terminait à l'orient par un espace qui était probablein^t consacré aux sépultures.
Comme cette partie du territoire d'Olympie n'était pas indiquée sur le plan de M. Fauvel , je mesura rétendue des décombres épars sur les bords du ia petite rivière deMiraca, Je déterminai en même temps je gisement de son embouchure dans l'Alphée , à Test
d'uii banc formé par des terres d'alluvion. Je venais probaldemenl de retrouver la Pise olympienne » ainsi que le cours de ta source qui lui donna sob nom , «1 son bois d'oliviers , dont les premiers plants forent apportés par Hercule du pays des Hyperboréeos (a).
tombeaux, étaient, comme ceux que j'avais vus à Niçopolis d'Épire , revêtus en stuc et de Tespèce des sépul*
(i) Tlf^t'ov. Cette expression, employée par Pindare, Oi/mp., od. XIII» V. 39, ne signifie pas une plaine , mais le lieu de la course y comme un champ de bataille signifie le lieu où s'est passée une action entre deux armées de terre ou de mer» w être pour cela un pays de plaine.
(a) Pindar. citât a Paus.» lib. V» c. 7.