LIVRE XVJ, CMAPITAE VI. /^l l
de M. Fauvel, je n*eu8 pas de peine à mWienter ; mais je trouvai que l'hippodrome, au lieu de deux cent trente toises (treize cent quatre-vingts pieds )^ qu'il lui donne, en' avait quatorze cent dix« Cette difFérence entre nos deux estimes et celle de Pausanias m étonnait ; et je ne tardai pas à rectifier une erreur capable de m'égarer beaucoup plus loin.
L^hippodrome, enveloppé au septentrion par la chaîne du mont Saturne, sur les fiaucs duquel on reconnaît ■les traces des banquettes où s'asseys^ient les spectateur, est borné à Toccident par un terre-plein soutenu d'un revêtement en brique, dans lequel étaient pratiqués les carceres , ou remises^ a^e'nfpia, des chars. A la partie méridionale de cet exhaussement, je remarquai l'entrée de la carrière, à l'orieiil de laquelle s'élevait la barrière. Au midi, suivis le tracé d'une chaussée, qui formait un exhaussement mitoyen entre "le stade voisin de l'Alphée et l'hippodrome, dont Textrémité orientale était terminée par un talus et un fossé, dans lequel s'échouaient ou- se retiraient les chars dont les conducteurs ne parvenaient pas à franchir la borne. Enfin , avec de l'attention , je crus distinguer la spina (espèce de trottoir large, autant que j'ai pu en juger, de quinze toises ) , qui était, suivant Pausanias, ornée d'autels votifs et de nionuinents rangés dans toute la longueur de Thippodrome, que cette arête séparait en deux parties égales.
Après avoir remarqué ces points principaux de ITilppodrome, je commençai à examiner en détail la chaîne du mont Ghronos, sur lequel Saturne et Jupiter avaient des hiérons^ ou autels à ciel ouvert (i) ; et je ne pus
4 la VOYAGE DE LA. GA]èC£.
m eiiipcclier de comparer les temps passés avec ce que je voyais (i). Clinique pas que je faisjais sur le territoire coDsacré par Hercule Idéen (a) me rappelait le souv^ nir des époques héroïques de la Grèce. J*assistais en idée à ce moment où les poètes invoquaient Saturne et Jupiter descendus dans la lice pour y disputer rempire du monde ; je pensais aux fôtes olympiennes , instituées par le vainqueur des Titans, qui avait vu combattre Apollon contre Mercure, et décerner au âis de Latoue le prix de la course et du pugilat. Je me représentais les sacrifices ollerls par les P^léens, qui faisaient remonter leurs fastes agonistiques jusqu'au dé> luge de Deucalion (3) , quoiquHls n'eussent de comput positif qu'à partir du siècle d'iphitus (4), qm rétablit les jeux, dont 1 origine était attribuée aux immortels. Je ne pouvais guère espérer de trouver de constructions des beaux temps des Grecs; et je ne vis effectivement
(i) Pans., lib. V, c. i3; Voyage d'Anacharsis , c. 38.
(a) Hercule y au retour de la guerre de Colcbos, fit un pacte d'alliance avec ses compagnons d'armes, par lequel ils se promirent miituellenient secours* Ils choisirent un endroit dans la Grèce pour y câébrer des jeux et pour y tenir une assemblée générale en Ilionnenr de Jupiter Olympien. Le lieu adopté par Hercule fut la partie de TÉlide voisine de TAlphéc, qu'il consacra à Jupiter, sous le nom d'Olympie , où il établit des courses de chevaux et des jeux gymniques. Diod. , lib. IV, c. 54 » p- 97; Plut. Vit. Thes ; Pind. Nom. od. XI, v. 34 ; Stat. Theb., VI , 5. D'autres lorit i lionncur de leur institution à Hercule, l'un dei» Dactyles idéens. Strab. VIII, 246; PoUuXy 4> segm. i56.
(3) Deucalion, i58o ans avant J. C.
(4) Ipbitus, 884 ans avant J. C.
ltVbs xti, chapitre vl 4i3
dans les maronneries en brique que des restaurations, <|ui sont probablement l'ouvrage dUadrien*
muraille qui est adossée au mont de Saturne , en s'étendant le long du terre-plein, est de celte espèce; et comme elle est couverte par un rang d'arbres , il iaut passer derrière leurs massifs pour Tezaminer. On y voit cinq loges de quatorze pieds de profondeur sur onze mesurés depuis le niveau du sol jusqu'à la clei de la voûte, et une sixième moins creuse .que les autres. Ces bouges voûtés sont ce qu'on appelle carcères ; et s'ils étaient destinés à remiser des cbars, il faut avouer que leur grandeur n'avait, rien qui réponde aux quadriges, ou attelages de quatre chevaux, par lesquels quelques-uns étaient emportés dans la carrière. Comme les chars antiques étaient petits et légers, on concevra difficilement qu'ils ne fussent pas brisés au moindre choc; car le nioyen qui les mettait en action était tellement supérieur à letir masse, qu'on est embarrassé d'expliquer, à moins d'un poids supérieur à celui d'un homme, de quelle façon ils pouvaient conserver l'équilibre. Au reste, les caveaux qu'on nomme les re* mises étant en forme de niches ^ peuvent être encore ' regardés comme les sièges des agonothètes , ou juges des jeux, qui se trouvaient aiusi à la gauche de la barrière, et comme incrustés dans une muraille de soixantedix pieds d'étendue. Telle est mon opinion particulière sur les carcères , opinion que les savants sauront rectifier, mon but étant de dire ce qui est, plutôt que d'écrire une dissertation académique dans laquelle je pourrais m'égarer.
11 en sera de même de mes conjectures au sujet de VJphésis , ou barrière , que Gédoyn place dans le
/jl4 VOYAGE DE LA GRÈCE.
Dromos , à la droite de rbippodrome , et à laquelle il donoe, ce me semble, à tort, une ouverture de quatre cents pieds. Si on se rappelle^ en effet , que la largeur de rhippodrome était d*uu stade , ou quatre-vingtquatorze toises et demie, et que cet espace se trouvait divisé en deux par une spina on terrasse de quinze toises de large, qu ii faut défalquer par moitié de Tespaoe libre pour chaque tUlée réservée à la toiirse, il restera de chaque coté trente-neuf toises trob quarts^ et par conséquent une barrière de deux cent trentehuit pieds et demi , au lieu de cinq cent soixaùte^sept d'ouverture. La chose est d'autant plus probable, qu^ le terrain, qui est soutenu par la muriille adossée au mont Chronos ^ s'abaisse brusquement au niveau àe l'arène, précisément vers le milieu de la carrière, pour donner une entrée libre aux chevaux et aux chariots dans sou allée méridionale. La barrière, qui était l'ouvrage de Cléétas, fils d'Aristoclès , devait être un ouvrage merveilleux, lorsqu'en s'enfonçant, à la manière de nos machines de théâtre , elle faisait y vraisemblablement au moyen d'un contrepoids, élever une aigle de bronze sur un autel construit en briques crues , qui était placé à Texlrémité occidentale de Thip^ podromc (i).
A ce signal , les jeux commençaient, et les athlètes
(i) La barrière ( Ypa{xp.Ti ou o<y7rX»jyÇ) n'était ailleurs, et surtout dans le stade, qu'une simple corde tendue dans la largeui' de son diamètre (Paus., Eliac, lib. Il, p. 5o3, édit de Chunias). Quelquefois elle était de bois , et on la laissait tomber^ comme le dit Lucien , au moment où 1^ athlètes entraient dan» la carrière (//t TVnôffe).
LITRE XVI, CHAPITRE VI. ^îS
prenaient leur essor d'occident en orient pour tourner , en laissant à gauche la borne qu'il fallait écarter ; car si on y manquait , on était forcé de se jeter «1 droite sur le penchant du talus , afin de laisser le champ libre |aux autres concurrents (ij. Parvenus à cette distance , ils avaient parcouru le diaule , ou es- {)at:e de deux stades, et il en restait deux autres a faire, en revenant d'orient en occident le long de la montagne de Saturne, pour arriver aux niches en maçonnerie, qui étaient à ce que je crois les sièges des j uges.Telles sont les conjectures que je formai sur le terrain , où Ton retrouverait probablement , en fouillant , les empiace* ments du tombeau d'Endymion, de Tautel d'Hippodamie et de la clia pelle de Cérès C/iamjne, Je serais porté à placer le Taraxippus au nord-est de l'hippodrome, à cause d*un rocher, qui, déblayé de ses attérisseinents, devait être Tépouvantail des coursiers.. La partie orientale de Thippodroine était , lorsque je le vis, couverte de blés, qui m'empêchèrent de faire (1 autres recherches. Je revins aux niches, «\ coté desquelles nous passâmes en traversant un fourré épais, et en nous accrochant à des branchages pour monter au haut du terre-plein. Au lieu de l'octogone, que Pausanias place de ce côté, et du hiéron, qui dominait
(i) On tiechissait en décrivant une courbe vers !a borne pour la doubler sans la tourner ; c'est ce que sii;niljc' yvafxTrtEiv ou xap.7mtv» comme l'observe de la Barre {Mérn. de l'Jcad. des JnscripL et BeileM-Lettres^ t. XIII , p. 612 et 6 1 3), poar arriver au but appelé metattealM: par les Latins, Vairo, de re nisturâ, 1,3; Cicer. Toscul. Quaest. I, 8; par les Grecs t^loc, Pollax III, 3o, 147, Te'pjxa, ijtpa YpajipiTi , Pînd. Pjth, od. IX,
V. ao8; çotAfftiiy Euripid. Antigon.Y. 29; Elcctr.gSS. Ion. i5i4>
4l6 VotÂ.G1i DR LA GBÈC£.
l'Iiippodrome, je ne vis que des champs labourés et un terrain de niveau avec la rive gauche du Cladée, borné au septentrion par le MtA culminant du mont de Saturneé
Afin de procéder méthodiquement, nous tournâmes au midi; et à peu de distance, en suivant une route tracée par les charpentiers, qui embarquent leurs trains (le bols de construction sur l'Alpliéi , nous descendîmes dans le stade (i). Cette eocemte, où s'exécutaient les coui*8es à pied, est située au bord immédiat de TAlphée, dans un terrain de quinze pieds plus bas que celui de Thippodrome. Je m'aperçus que la chaussée qui soutenait les terres au nord, en se prolongeant fort loin à Torient, avait occasîoné Terreur de M. Fauvel et celle que j'allais commettre, en donnant au stade une longueur plus considérable que celle qu'il devait avoir. Ainsi, en cherchant à me rendre compte de ce que je voyais, j'aperçus que cette terrasse, reconnaissabledans une étendue de quatre mille deux cent trente pieds, tout en séparant le stade de l'hippodrome, ser- Yait en même temps à empêcher les inonûalions de l'Alphée. Je crus même reconnaître , au milieu des éboulements du terrain, qu'elle encaissait une troisième lice, qui est peut-être le vaste amphiûiédtre dont Hadrien avait décoré Olympie. Je pus calculer approxi-
(i) Les coureurs étaient appelés Stadiodromes, ZT«^iolpofict« Pline assigne la longueur du stade à laS pas, lib. II, a3«
Athénée d'il que toute figure qui s'étend en ligne droite comme le stade est appelée «ùxôv, v. 32. Les siacUoili oraes étaient ceux qui parcouraient la carrière une fois; Aiistoph. Schol. ad Av.
les DiaulodromeSy deux fois, ibid. ; le ûolichodromcs six ou sept fois; les OpUtodromes, ceux qui les parcouraient armési