LIVRE XVI, CHAPITRE VI
couler le Giadce du midi au septentrion , ce qui est
Topposé des faits , je m'informai s'il s'y trouvait dos ruines; et j'appris qu'il n'y en existait aucunes, ni rien qui eût l'apparence d'un ruisseau.
Après nous ctre désaltérés dans l'Alphée, nous montâmes sur le plateau compris entre ce fleuve, le Cladée, les iioes et le mont de Saturne. Nous entrions ainsi dans l'Altis, nom employé par Pindare pour désigner le bois consacré à Jupiter. Là se trouvait une Vaste galerie historique , où les peuples ambitionnaient de placer les statues de ceux de leurs concitoyens auxquels la palme olympique était décernée. On n'y voyait de toutes parts que des images des dieux et des hé^ ros (i). Des trophées ou des chars de triomphe décoraient les moindres tertres. Des casques et des boucliers dW étaient suspendus aux voûtes , aux portiques et sous les péristyles des temples» On lisait à chaque pas des décrets et des consécrations gravés sur des tables de marbre ou de bronze. Des colonnes étaient chargées de perpétuer des traités de paix ou d'alliance placés sous la sauve-garde des dieux vengeurs du parjure, et qui 9 pour cela, n'en étaient pas plus reU»
(i) PausaDÎas, qni ne parle que des statues érigées auji dieux et aux athlètes les plus célèbres» nous donne la liste de plus de cinq cents fisutes par les premiers artistes contemporains de ceux auxquels elles étaient décernées. On pouvait, par ce moyen ,
connaître l'histoire île l ai t. On voyait son enfance dans les ouvrages des élèves de Diprene et de Scyllis; ses progrès dans ceux de Calamis , de Canacchus et de Myroii ; sa perfection dans les œuvres de Phidias, d'Alcamène, d*Onatas, de Scopus, de PraKÎtèle , de Polyclète» de Lysippe « de Py thagore de Rhegium; et sa décadence après cette époque*
gieusernent suivis ni respectes. Les mentions honora^ bles, les couronnes décernées aux athlètes, aux peintres
et aux littérateurs; les apothioses qui plaçaient les héros dans TOljrmpe aux vastes demeures , se me* laient , se confondaient et sVn tassaient de générations en générations dans cette enceinte ouverte h tous les genres d'illustration et de gloire. Mais tant d'éclat était loin cependant d'égaler le Jupiter auquel Phidias avait su donner P éclat de la puissance, la profondeur de la sagesse , et la douceur de la bonté ( i ). Voilà ce que nous apprennent les dithyrambes de Pindare et les ré^ cits des écrivains qui avaient vu la splendeur d'Olym* pie, splendeur à laquelle on refuserait d'ajouter ici , eil considérant la désolation où je la trouvais réduite. Si rhippodrome et le stade m'avaient retracé quelques souvenirs du passé, TAltis aux beaux oliviers ne m'offrait au contraire qu'un vignoble négligé , quelques figuiers rabougris, ou des champs couverts d'épis maigres et à moitié flétris. Je m'avançai avec précaution vers la berge de TAlpUée, à cause du terrain miné par les eaux , pour voir les tambours amoncelés des dernières colonnes du temple de Jupiter Olympien, qui s'étaient écroulées dans le ileuvc pendant l'hiver précédent. Je distinguai à fleur d'eau un fragment de pavé en mosaïque, et la proioiideur à laquelle il se trouvait me permit de fixer à dix-huit pieds l'accumulation des attérissements qui recouvrent de ce côté les ruiiKs crolynipic. Ainsi se justifie en même temps la remarque de Pausanias, lorsquil dit que le
(i) Voy. l'admirable ouvrage de M. Qiiatrcnière de Quincy sur ie Juj>iter Olympien.
LXV&E I^Vi, €BAP1TR£ VI.
lemple de Jupiter était situé dans un lieu marécageux*
Le temps a fait un pas et l'un des plus beaux édifices de raotiquité est anéanti. L'Alphée roule ses eaux limoneuses sur les degrés du temple d'où Hérodote
lut à la Grèce réunie aux solennités d'Olynipie les œuvres auxquelles ses auditeurs ravis donnèrent par acclamation les noms des muses qui furent applic[ués aux neuf livres de son épopée historique. Heureux Hérodote! peuple non moins estimable! qui devança par son suffrage le jugement delà postérité auquel cet écrivain as^ sista de son vivant. Levoilà, disait-on, en (e montrant à la jeunesse , celui qui a écrit ea dialecte ionique les défaites des Perses et chanté nos triomphes :
£n remontant soixante toises au nord de FAlphée ,
je vis une voûte en briques séparée en deux compartimenls par uu uiur de cloison. A cent cinquante pas , dans la même direction , je remarquai la celia en pierre porique d'un temple , indiqué dans le plan de M. Fauvel comme étant celui de Jupiter Olympien* £n réfléchissant que les dimensions de cet édifice-, ouvrage de Libon , étaient de quatre-vingt-<{uinze pieds de large sur deux cent trente de long , je compris qu'Us ne pouvaient se rapporter à cette ruine; et je présume que ce devait être le temple de Junon. Le péristyle dont il était environné est maintenant remplacé par des poiriers à feuille d oléastre , qui semblent avoir été plantés symétriquement pour remplacer les colonnes. Je m'aperçus qu'on avait récemment fouillé aux environs et dans l'intérieur de cet édifice , mais probablement sans succès , parce quç
les excavations n'avaient pas été {)ou$sées à .une assez grande profondeur.
A pea de distance de la ruine , que j appellerai le temple de Junon, j'arrivai au point de démarcation entre la partie marécageuse de rAllis et celle du lerre-tplein , qui s'étend au tiiveau de ttiippodrome. Je reconnus, à cette hauteur, la continuation de la chaussée qai séparait le stade de Thippodrome , eo se prolongeant jusqu'au Gladée. Avec le secours de Pausanias , je me crus autorisé à placer de ce coté les trésors ^ espèces de magasins qui , dit-il , ne renfermaient que des objets de peu de valeur. A peu de distance, nous arrivâmes en face d'Antilalo (i), village entièrement détruit. Son nom moderne , qui signifie écho , me fit présumer que c'était via-à-vi& qu'on proclamait les vainqueurs. Nous avions inuUiemeut cherché Técho vers le stade ainsi que dans l'Aitis^ et nous essayâmes avec aussi peu de succès de le retrouver dans cet endroit. En vain nous fimes crier nos guides et nous tirâmes des coups de fusil , l'écho qui répétait sept fois la des hérauts et les acclamationa du peuple , l'écho , anéanti sans doute par la chute du portique (a) qui opérait ce phénomène , resta muet à nos bruyantes provoci^ttom (3)^
(i) Les paysans ne se sotiviepBeat plus de ce nom; et le meunier teul du Gladée s'en rappela quand je lui parlai d'Antiialo, em m'assarant qu'il avait enoore vu oe village.
(a) Lucien ùàt mention de cet édifiçe dans le récit de la OKMrt de Péregrin. Il rapporte qu'il rencontra à Olyiupie un vieillard qui prétendait avoir \u ce philosophe s'y pioiiicner depuis sa jpoort eu habit blanc, couronné d'olivier. Lue. in Pereci in.
(3) Il y avait ù Ofympie ( le mot ville paraît clairement sous-