‹ Voyage de la GrèceChapitre 148 sur 224 · LIVRE XVI, CHAPITRE VI · texte numérisé non relu

LIVRE XVI, CHAPITRE VI

myrtes et de romarins , lorsque nous arrivâmes à une foutaiiie revêtue en maçonnerie , que je reconnus pour être celle dont les eaux étaient autrefois portées par un aqueduc à Olympie (i). Cette observation complétant mes recherches , je fus , autant qu'on peut i être , . convaincu que la première Pise exista sur le plateau élevé de Miraca (2). Le ruisseau qui baigne la vallée que nous venions de traverser , et dont le cours est considérable en hiver m'expliqua pourquoi quelques géographes ont dit que le Jleuve séparait Pise d*Olympie(^ij, à cause qu'ils ont été trompés par le nom de

(1) On devait cet édifice à Hérodc Atticus, qui procura ainsi des eaux fraîches à Otynipie, où la chaleur faisait périr beaucoup de monde à Tepoque de la célébration des jeux qui avait Keu vers le soislice d*été. L'air qui circule à peine au fond de cetie gorge était Si étouffant « suivant Ëlien, qu'un maître irrité contre son esclave le menaçait de le mener à Olympie plutôt que de l'envoyer an moulin; et c'était, dit le même auteur, une punitiou beaucoup plus rude d*y être dévoré par les rayons du soleil que de tourner la meule. Cependant Péregrin déclamait contre Herode Atticus en disant qu'il avait amolli le courage des Grecs, que les spectateurs devaient supporter la soif et que même il était glorieux d'en mourir. Lucien nous apprend comment ce frondeur qui buvait de Tean contre laquelle il déclamait, n'échappa à une grêle de pierres avec lesquelles le peuple l épondît k ses déclamations , qu'en cherchant un asile dans le temple de Jupiter. — Capperonnîer, Mém.de^l'Acad. des Inscript, et Bell.-Lettr. , t. 47, vdïl. in- 12.

(9.) Ou;int à la ville de Pise, on la montre sjir une hauteiu^ située entre deux montagnes qui s'appellent, comme celles de la Thessalie, Ossa et Olympe. Strab. , lib. VUI , p. 355.

(S) Danville et ceux qui l'ont copié placent, par suite de ce malentendu , Pise à la droite.de î'Alphée» et Olympie en regard, sur la gauche de ce fleuve.

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potamoSy qu'on donnait aux moindres cours d'eau» et qu'ils ne connaissaient pas la rivière de Miraca. Ce

fut par cette découverte que je terminal mes k connaissances depuis le moulin du Cladée jusqu'à Miraca, dans une course au très-petit pas qui dura une heure trois (^uurts. Nous trouvâmes notre souper servi sur la pelouse y où nous passâmes la soirée à nous entretenir de ce que nous avions vu et à faire des projets de fouilles ^ qui ne se réaliseront pi obaljlcmeut jamais.

Ën résumant ce que je viens de rapporter, et les recherches faites non -seulement dans les écrits des anciens , mais sur les lieux , je ne balance pas à dire qu'il exista ancieimenient une ville à Olympie. Mais quelle fut Tépoque de sa fondation ? nous ne pouvons l'assigner qu'à celle de la destruction par les Ëléens de la première Pise, dont les habitants transportèrent leurs demeui*ea au milieu d*un hois d oliviers iroisin de l'Âlphée. Avant cette colonie , l'hiéron de Jupiter avait attiré des pèlerins dans la gorge solitaire de la Pisatide; et une foire commerciale (i) y existait antérieurement à l'établissement d'un stade environné de talus et de bornc^s. La fete solennelle (a) , dans laquelle Corœbus remporta ie prix de la course , vit sans doute encore Olympie ornée d'autels rustiques. Mais après la première guerre dt? Messénie, lorsqu'on institua le prix

(1) C'est p<»ur cela que les auteurs latins nomment les jcoz olympiques le eonunerce ou la /oire d*Olympie. Olympiorum ùtitium auctorem hahutt IpkUum Eleum* Js eos ludos, merea" tumque ùtstituit^ Yelleius Patercalus,1ib. I). Cicéron assure que dès le siècle de Pythagorc uuc foule d'hommes ne s'y rendaienl tjuc pour trailquor.

(2) La première olympiade répond à l'an 776 avant J. C.

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du Diaule , tt dans les olympiades suivantes , oti Ton

établit le pentatlile , la lutte et les courses des thars , les cérémonies prenant un nouvel éclat presque à chaque cycle , on commença à embellir de monuments la rive fangeuse de TAlphée. Ce ne fut cependant , malgré sa célébrité, qu après la soixante-dixième olympiade (i) qu'on y vit briller le chef-d'œuvre de Phidias, fils de Charraidès , qui cr^ ce Jupiter dont le froncement des sourcils ébranlait les dômes immenses du ciel; et que les échos du Gladée répétèrent les sons de la lyre de Pindare»

Pise et Olympîe avaient depuis long-temps , comme Lulèce et Paris ^ confondu leurs noms, lorsque, au Heu de mendiants qui accouraient à l'oracle de Jupiter, aliii de recevoir quelques portions des liccatoml>es par- Jaites^àQuX. les hiérophantes s engraissaient, une plus noble population vint habiter ce territoire sacré. Ce fut alors qu'on bâtit un logement pour la famille de Phidias, qui était chargée de veiller à la conservation de la Statue de Jupiter. Les ministres des autels eurent leurs presbytères; les officiers des temples, les sacristains, les bedeaux, les coryphées qui chantaient les ofBces aux heures légitimes, les couteliers chargés de forger et d'aiguiser les instruments des sacrificateurs , obtinrent des demeures construites à portée des temples. Le prytanée, qui était un autel oti l'on donnait des festins publics ; le Léonidium , demeure des préfets ; le sénat , où Ton rendait la justice (a) , le Theocalion , le Philippeion ,

(i) LXX^ olympiade, 5oo ans avant J. C. (a) Ce séuat qui rendait la justice comme nos cours royales, poiivait-il éuv placé dans un désert? Ce fut par ud de ses ar-

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le Metroon, niippotlamion , le gymnase, les temples de Junoii, de Pélops, de Liiciney de Sosipolis, le Poe' eile, et les hâtelieries destinées aux étrangers, formèrent insensiblement une ville dans le territoire d'Olympie. Je me sers encore une fois du nom de ville (x); car comment imaginer que des familles distinguées, établies à poste fixe , n'eussent pas auprès d'elles des artisans, des ouvriers et des domestiques, a£ii de subvenir à leurs besoins, ou pour les servir? M'est*il pas naturel de supposer que ces classes d'hommes avaient aussi des maisons pour se loger? Il est probable qu'il y avait aussi quelque hôpital pour les blessés , car on rapportait souvent , des fêtes 4'Olympie , autre chose que des palmes et des couronnes (2) ? Et en raisonnant d'après ce que uous connaissons, ne peut- on pas affirmer qu'il s'y sera organisé une ville, comme il

ri'ts que Xénophon se vit exclus des jeux olympiques, pour avoir reçu en présetU des Lacédémoniciis la campagne tle Scillonte nppartenant aux Éléens. Cité daas la suite devant le sénat d'Oiympie, il y plaida sa cause , fut absous et réhabilité dans ses droits. Efict. JSnchirieV, c. 3i.

(i) Gomme le fait Laeree en ces termes : PAérécyde deSymt 4^ant passé d'^Ofympie en Messénie^ etc. Laeut.» Le traducteur de Suidas n'a pas hésité a lui donner le nom de f ^ille quand il dît : Zoïie d^ArnphipoHs surnommée les neuf

chemins, devint si odieux aux ha()Uaitls d'Oljmpie , à cause de son acharnetnent à décrier HomèrCy qu*ils le précipitèrent des roches scyronicnnes ; Ztùilo;, . . . Sç IwsxXiîÔtj Ô(&iipo|Mçi^, ôti

(a) Galien attribue aux exercices des jeux sacrés la cause dUm grand nombre de diflbrmîtés et de maladies.

Cbron. Moih., lib. c. a.

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s'en est élevé autour des abbayes primitivement éta< blies dans des lieux défrichés par les moines, où nous voyons maintenant des villes commerçantes? Était-ce pour un désert qu'éclata cette guerre du Péloponèse, où toute la Grèce se partagea entre Sparte et Athènes, qui se disputaient la gloire de présider aux jeux olympiques? Olympie avait une tout autre importance que celle d'un hiëron et d'une fête religieuse. Indépendam* ment de ces considérations, qui suffiraient pour jus* tifier mon hypothèse, j'aperc^ois dans cette ville une autre colonie que celle des manœuvres /des victimaires et des valets attachés au service des prétnes ou des magistrats. Où peut-ou présumer qu'étaient fondus les Statues, les trophées et les cliars de triomphe en bronze qui couvraient l'Altis et le mont de Saturne, si ce n'est sur les lieux? Phidias avait établi son atelier au bord du Cladée, et il est probable que les autres artistes en avaient fait de même. Serait-il plus raisonnable de croire que les statuaires, qui animaient le marbre et Tairain, apportaient leurs chefs-d'œuvre tout faits d'Athènes , de Sicyone ou de Gorinthe? et dans <^ cas, ne devraiton pas s'étonner que les anciens n'en aient rien dit? Auraient^ils omis de nous instruire de quelle manière les républiques et les villes envoyaient les colonnes sur lesquelles étaient écrits les traités d'alliance, les prières, les vœux et les consécrations , qu'elles plaçaieut sous k sauve-garde de Jupiter? Sculpteurs , peintres, gra* veurs , musiciens , poètes hymnograplies , enfin la brillante élite des enfants d'Apollon, habitaient et avaient leurs ateliers ainsi que les demeures de leurs familles dans la vallée d'Olympie. C'était à la vue des temples toujours ouverts aux tliéories , aux accents des cliœurs

43a VOYAGE DE LA GKKCE.

lie musique y et paf une inspiralion propre aux lieux de

grands souvenirs, que leur imagination s'exaltait pour produire les ouvrages que le génie seul enfante. Enfin je tirerai une dernière conséquence de la nature des lieux, qui, étant peu accessibles aux chars, ne permettaient d y apporter les objets d'un grand poids qu'au moyeu de radeaux, et en remontant TAIphée, dont le cours était alors navigable en hiver jusqa*à cette hauteur. On y voiluiait ainsi les blocs de iiiaibre, car il n'en existe pas de carrière aux euvirous, parce qu'il y a moins d'inconvénients à tramer une masse qu'on ne craint point de briser, qu'une statue susceptible d'être endommagée par le moindre choc. Quant aux ouvrages en airain d'une grande dimension, il est naturel de croire qu'ils étaient fondus sur place; et il est à remarquer que parmi les objets trouvés jusqu à-présent à Oiympie, on n'y a presque encore découvert que des bronzes.

On objecterait à tort qu'après les fêtes, dont la durée était de quatre jours, Olympie devenait déserte; car cette observation, quoique fondée, n'est véritable que relativement à l'état extraordinaire de cette ville pendant les jeux* Les marchands, qui s'y rendaient même de l'Égypte, en vertu d'un traité conclu avec les Ëléens sous le règne de Psamuès, fils de Nécos, et les autres étrangers y laissaient sans doute ^ en se retirant , un vide considérable? Mais il y restait toujours le cadre d'une population qu'on peut comparer à celles de Sinigaglia, de Beaucaire, ou plutôt de Lorette et de Saint-Jacques de G>mpostelle , quand les foires qui accouipagntnl les fêtes patronales sont passées. Comme dans ces hiérons du christianisme, il y avait toujours

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