LIVRE XVI, CUAPITK£ X
isolés, qui se dégorgent par autant d*égouts différents,
sur la pente du rocher, où elles glissent comme un ruban, en formant dans leur chute une colonne d'eau, ou, si Ton veut, d'écume, dont la<^ masse se perd au fond d'un précipice. A quelques pieds au-dessus du gouffre , on remarque une grotte de laquelle jaillit une rivière souterraine, qui se perd dans le même récep* tacle, d'où elle déboudie à peu de distance en plaine, sous le nom de Carpallii. iiientot après, elle se mêle au Cratliis, dont les eaux glaciales (i) arrosent la vallée de Kloukinais, dans laquelle on compte huit vil» lages grecs.
Le merveilleux de la fable semble participer h Vïmmortalité, car tout ce que les anciens ont dit des qualités malfaisantes du Styx est encore répété par les paysans. Le fleuve infernal, qui a son origine dans la régiou des nuages, est pour eux un objet de terreur, à cause de ses eaux, qui n'ont cependant rien de plus extraordinaire que celles de toutes les sources froides. La vallée qu'elles arrosent, pareille aux pâturages du Pinde, nourrit des troupeaux, produit du blé, ^t convient aux vignes, qui réussissent dans plusieurs de ses aspects méridionaux.
En reprenant ma narration au torrent de Vrachni, d*oîi je me suis écarté afin de faire connaître le Styx, nous entrâmes dans un chemin flanqué de montagnes qui bordent le Cérynite; et après deux heures de marche depuis Galavryta , nous aperçûmes le monastère de Méga-Spiléon. Gomme on ne faisait que de
(i) C'est à cause de cela que Thcocrite qualifie le Crathis de fleuve aux ondes froide:». IdvI. Y.
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construire le pont, nous passantes le fleuve, ajant de Veau jusqu'aux sangles de nos chevaux. Nous prîmes ensuite un sentier tracé en forme de rampe; et après avoir traversé un ruisseau d*eau vive, nous arrivâmes au pied d'un rocher taillé à pic, dans lequel on voit la grande caverne et le monastère de l'AssomptioD,
cju'elle renferme. Tandis que nous prolongions la farade extérieure de cet édifice, les moines et un grand nombre de pèlerins parurent aux fenêtres pour nous saluer. Arrivés à Textrémité méridionale, nous pénétrâmes, par une voûte obseure, dans l'intérieur de la grotte; et le sous-prieur (i), qui nous attendait à Tentrée du vestibule,, nous «conduisit au choeur. Ce cérémonial fini, li nous montra le soleil, la lune, et une aigle à deux têtes, exécutés en mosaïque sur le pavé de la nef, ainsi que les portes en bronze de l'église, «pti sont ornées des bas-reliefs d^nn style médiocre , représentant divers sujets de l'Ecriture sainte. Après un coup d'œil donné à ces objets, il nous fit monter au troisième étage , où les frères servants avaient préparé notre logemenl. Au ton qui régnait parmi les religieux, il ne fut pas difficile de nous apercevoir que nous avions af&ire à d'autres liommes qu'aux sales caloyers de Saint- Théodore. Quoiqu'on fut dans le carême des Apôtres, on nous servit du gras; et ce fut à notre prière qu'on se désista de nous donner un festin.
Ce début était trop obligeant , pour ne pas nous
(i) ÂtvTipflEpioc. Vid. Goncil. Cp. sub Mena, AcI. I ; At^ip«c h T$ irvtuj&xnxf |Aàv<^p<x : le second dan» ia bergerie spirituelle, vita
S. Pachomii, Nitin. 19.