LIVRE XVI, CHAPITUE X
flatter quW mettrait de Tempresseiiient à satU&ire notre carioeité. Aussi j'appris des religieux que leur couvent , qu'il faut comparer, pour s eu faire une idée, à une vaste maison enchâssée dans une caverne, repose sous une voûte d'environ cent vingt pieds de hauteur, depuis le niveau du sol jusqu'à l'ogive. L'ouverture est fermée, dans toute sa largeur et jusqu'aux deux tiers de sa hauteur , par un mur de façade dans lequel sont pratiquées les fenêtres des divers étages, qui vient s'appuyer sur les angles du rocher, oîi l'on a pratiqué du odté du midi la porte d'entrée. Cette espèce de souter* rain obscur et voûté est fermé à cette extrémité par une herse recouverte de lames de fer, et défendu au moyen d'un épaulemeut percé de quarante meurtrières placées le long du rocher, de manière à battre en flanc et par derrière ceux qui taitëraient une attaque à coups de hache, afin de briser la porte. C'est en débouchant par cette poterne, qu'on se trouve de plain-pied au premier étage et en face de l'église de la Vierge, que les moines nomment Calholicon. Cet oratoire, que je visitai de nouveau lorsque nous nous fûmes reposés, pourrait à peine être comparé à une chapelle de nos basiliques ordinaires. J'aperçus , à la lueur d'un faible crépuscule, quelques fresques et une midtitude de simulacres dorés, dont on nie dit les noms , que je n'essaierai pas de répéter. Comme nous desirions voir l'image miraculeuse de la Vierge, on ouvrit, avec le plus grand mystère, une niche à double fond, pratiquée au coté droit du sanctuaire; et après avoir soulevé un voile, on nous montra un bas -relief couleur de suc de réglisse, plus digne d'être l'ouvrage de quelque pâtre dtt mont Cyllène que celui de saint Luc, auquel on
403 VOTAGB DE LA GRàCE.
1 attribue. Malgré sou st^le grossier, nous témoignâmes . un trèfr|;nuid respect pour cette relique, qui est sans cloute aussi authentique que les miracles qu'elle lait chaque jour. On nous dit, et cela est écrit dans un livret, quelle lut découverte dans la caverne par une princesse du sang impérial de Constanlinople , nom<» mée Euphrosine , qui habitait le village de Zachloros, sàluf (le l'autre coté du Cérynite. Puis en entrant dans les détails des prodiges qu'elle opéra, les moines nous répétèrent ce qu'on dit partout an sujet des madones trouvées par des chevriers. Ainsi le lecteur me permettra de lui faire grâce de ces histoires, qui se passèrent vers le huitième siècle. Deux cents ans après, le monastère avait acquis une grande célébrité. Si on acceptait encore des gâteaux et les prémices des moissons, on était devenu assez éclairé pour préférer des legs pieux tels que des fermes, des vignes, des champs labourables et des plants d'oliviers, quon annexa à la mense abbatiale. Mais sa plus grande richesse vint des terrains incultes conquis par le plus saint des droits, je veux dire le travail, que les moines mirent en rapport, et qu'ils adjoigoirent à leurs domaines pendant quatre cents ans de constance et de fatigues.
Ils étaient parvenus k un point de splendeur remarquable, lorsque, vers le commencement du qua-^ torzième siècle, les Turcs, qui s'avançaient vers la Morée , obligèrent les moines de la Thessalie et de la Phocide à se réfugier dans le mont Cyllène. Les derniers essaims de ces cénobites , et les hommes de lettres qui avaient inutilement cherché un asile dans leurs cloîtres, les suivirent dans cette retraite, oii ils apportèrent les ouvrages des écrivains de lantiquité. Chaque
L1VR£ ,XVÏ, CHAPITRE X.
jour, des manuscrits rares grossissaient la bibliothèque de Méga-SpUéon , qui possédait , à ce qu'on assure, les 'Comédies de Ménandre, les tragédies de Sophocle, d'Euripide, des liisloriens, etc., lorsqu'un incendie arrivé en i4oo détruisit ce dépôt précieux. Par un zèie facile 4L expliquer, on sauva l*image miraculeuse de la Vierge, les ex-voto et les reliques, sans s'embarrasser de disputer aux flammes les trésors renfermés dans la bibliothèque. Après cet événement, la diarilé des fidèles pourvut à la restauration du monastère; et les moines qui échappèrent au sac de ConslaïUiuople en ï/j54 formèrent un nouveau dépôt de manuscrits à Méga- .Spiléon; mais il eut le sort, du premier, par un incendie arrivé au commencement du dix-septième siècle. Enfin ce fut à )a suite de celte seconde catastrophe que la chartreuse, dont on sauva encore l'image et les reliques, fut reconstruite telle qu'on la voit maintenant.
Les moines, cjui me tacontaient ces vicissitudes, ne me laissèrent pomt ignorer de quelle manière ils avaient •échappé aux ravages occasionés par la guerre de 1 770, x|ui. fit une solitude de la Morée. Un des pères, qui semblait, à sa fraîcheur, pareil au laurier toujours vert du Tempé, triompher comme, lui des année», nous dit comment un nouveau Fénélon avait sauvé le couvent. Ce prieur vénérable, qui n'avait pris conseil que de sou cœiu-, loin de mêler les ressentiments de plusieurs siècles d'outrages à ceux des chrétiens •exaspérés par Tivresse de quelques succès, exhorta les moiaes à devenir les protecteurs des mahoiuétans. Tous, sortant à sa voix des cellules du mont Cyllène , la croix à la main, se firent jour h travers les bandes armées des Grecs. Aussi éloquents que terribles, sous leur ar-
mure évangélique, à force de prières et de meuaces, ' ils parvinrent à «rraclier à la mort toutes les familles turques de Calavryta. Us leur donnèrent asyle dans le monastère de Méga - Spiiéou ; et après les avoir soustraites à la première fureur du peuple, ils les guidèrent à travers TAchaie ; ib devinrent leurs bateliers pour traverser le golfe, et ils ne les quittèrent qu'après les avoir déposées au port de Crissa, où le paviliou ottoman flottait, tandis que l'insurrection était générale dans la Moree.
Cette action , digne des beaux jours de l'église , ne resta pas sans récompense. Les Turcs , qui retombèrent faientét après sur la Morée avec les forces réunies des Albanies , de la Macédoine et de la Thessalte , n'oublièrent pas la conduite généreuse des moines de Méga- Spiléon. A peine leur sérasker eut pris terre dans la presqu^le, qu'il envoya un drapeau etdessauf-conduita» afin de garantir le monastère de l'Assomption ainsi que ses religieux ; et cette grâce fut le signai de nouvelles œuvres de charité. A la faveur de leurs passe-ports, les moines se portèrent au quartier» général; et par leurs instances jointes à des sacnlices pécuniaires, ils arrachèrent à la mort ou à l'apostasie un nombre considérable de chrétiens. Une grande partie de l'Achaie attribua son salut à leur pieuse sollicitude. Dans ces jours de désolation , la religion fut ainsi l'appui des malheureux; et les Turcs de Calavryta se rappellent encore avec reconnaissance qu'ils durant l'honneur et la vie de leurs familles aux cénobites du mont Ghelmos.
Tel fut le récit des moines , qui après nous avoir montré leurs reliquaires, les eX'Voto , ainsi qu uu graud nombre de lampes en or, en vermeil et en argent, nous