LIVRE XVI, CUAPITHX X
invitL'rent à visiter les chapelles ainsi que les celluies de leur monastère. Je n'entreprendrai point d'énuiQé<rer les détours des escaliers et du labyrinthe que nous parcourûmes pour nous rendre aux autels de sainte iLuplirosîue , inventrice de Tiniage miraculeuse, à ceux de Tarchange saint Michel et des trois Hiérarques, qui sont placés dans des réduits ténébreux. Nous parcou* rûmes aussi plusieurs galeries pratiquées devant les cellules des religieux et des {pèlerins. Nous y vîmes de jeunes enfants occupés à effeuiller des roses, dont les pétales sont employés à faire des conserves ; d*autres qui épluchaient des légumes secs, et des frères lais dont le métier est de tailler et de coudre des ctiices ou des toges monacales (i).
Nous descendîmes ensuite au réfectoire, situé au rezde-chaussée; et en passant, on nous fit remarquer, près d*une fontaine qui jaillit du rocher, un autel taillé dans un pilier à Tendroit où la pieuse Ëuphrosine trouva la sainte image. En tournant à droite, nous passâmes sous une voûte, noircie par la fumée, qui conduit à la cuisine, au milieu de laquelle s'élève uo âtre carré pareil à un hîéron ou plutôt à un foyer du Tartare. Des arbres entiers y brûlaient autour de plusieurs chaudières élevées sur des trépieds de fer
(i) Les vétemepts des moines se font presque toujours dans leurs communautés. Les fondateurs d'ordres monastiques ne donnèrent primiciyement aux religieux que des habits de pay* sans. Saint Atbanase dit, en parlant des vêtements de saint Antoine, qu'ils consistaient eu un cilice, deux peaux de brd>i8 et un manteau de cuir (Athanas., In Fit, S, Anttm. t^udRos., p. 5'9). Saint Hilarion ne portait qu'une cappe de poil de chèvre (Hier., In VU, S. Hilar., p. 75).
(TTupoçiaQ. Les calefats chargés de la préparation des aliments, et les Jmres boulangers y furent les seuls êtres que nous trouvâmes au fond de ce souterrain , occupés aux travaux du four et de la cuisine (i) , dans ridée que ce devoir de leur noviciat est une œuvre expiatoire des péchés mortels.
Gomme il faut tout voir en pareil cas* nous des* cendimes au cellier. Les Albanais, qui connaissent tous les gîtes où ils trouvent franche lippée^ ne tarissent pas en éloges au sujet de Thospitalité du couvent de Méga-Spiléon; et ils placent au premier rang de ses merveilles la cave bien fournie des bons pères. Ils célèbre lit, dans leurs chansons, les moindres particularités de ce paradis des bmeurs^ et ils savent jusqu'au nombre des degrés de Tescalier par lequel on y descend. Je ne connais pas la célèbre tonne de l'abbaye de Fulde ; mais je n'ai vu nulle part deux aussi grands tonneaux (a) que ceux qu'on nous montra. Le plus ancien, appelé Angélique ^ contient, à ce qu'on dit, huit cents barils vénitiens; et le second, qui est surnommé StamaltOy au-delà de mille. L'un et l'autre ont été construits dans cet antre , qui est garni d'une quantité considérable d'autres futailles, dont les moindres contiennent au-delà de vingt -cinq pièces, mesure de Bourgogne. Les religieux nous assurèrent qu'ils récoltaient la quantité de vin nécessaire pour remplir ces amphores colossales, dans un rayon de cinq à six lieues
(1) Dans l iubiiiutiou monacbale de St. Basile, il y avait des frères boulangers. St. ëphbem., 1. p. S9ii,edit Rom. 173a.
(2) Les tonneaux forent de tout temps un oljet important dans les abbayes. Voyez St. Efurev.) t. Il, p.
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de leur couvent; mais qu'ils vendaient celui de leurs fermes éloignées , ainsi que sept cent milliers environ de raisin de Gorinthe provenant des vignobles de TA- Crathis, qui donne Vum passa de première qualité , quoiqu'un voyageur moderne ait écrit qu on n'en trouve pas un seul eep sur ses coteaux.
Après avoir exploit le souterrain , les moines nous firent traverser le couvent, d'où nous sorlnnes pour nous rendre à un plateau situé à roccident, qui est le Keu ordinaire de leur récréation. £n dehors de la porte^ ils nous montrèrent une espèce d'hospice (Çevo^oyeîov) oîi ils reçoivent les Turcs (^jj et les Juifs. Ils nous dirent qye c'était auftsi le pied-à-terre des étrangers qui ai^^ fWent au couvent lorsque le soleil est couché; car, après cette heure, la règle exige que la porte et la faerse de la grotte soient fermées. La retraite est annonoée par le glas d'une cloche dont les échos répètent les sons à une distance considérable. On prie pendant ce temps pour les voyageurs; et ceux qui se présentent ^piand l'heure est passée sont reçns par uti tourier du dehors, qui est dhargé de pourvefîr à leui^ hesoins. Comme dans une place de guerre, on fait des rondes à l'extérieur^ tandis qu'on veille au^edans; en6n, en cas d'attaque r on pourvoit à la défense de la porte an moyen d'un détachement d'hommes armés, qui sont clK>i8i& entre les caloyers laïcs.r
(i) Les visirs et les gouvemenrs turcs , auxquels on n'ose rien refuser, sont les seuls individus non chrétiens que les moines admettent dans leur couvent , par la crainte d'encourir leur anîmadversion , s'ils les refusaient, tl est fait mention de
ce local sous les noms de EEvo^oxeîov et d'Àpx&vTapîx'.'-''» ^^^^^ vie de St. Sabas. p. 353, t. Ili. Ëcclcs. Gr%c. Monument.
468 VOYAGK Dl. LA GRjàCE.
Nous passâmes le même ruisseau que nous avions traversé en montant au monastère. Les pères nous firent
remarquer plusieurs moulins situés sur ses bords; et, au milieu des vignes qu'il arrose, les chapelles de la Sainte-Trinité, de Saint- Antoine, et celle de Tousles - Saints. Nous franchîmes une barrière pour entrer sur un plateau orué de cyprès enlacés de rosiers alors fleuris, qui présente un cirque nivelé et sablé entouré de boulingrins. Avant de nous y laisser promener, on nous conduisit à un kiosque, oii l'on nous pria d'inscrire nos noms sur une colonne en bois , afin de les y graver ensuite au ciseau. M. Cartwright y dessina le sien ; j y inscrivis aussi le mien en français ainsi qu'en caractères grecs ; et ils furent aussitôt copiés sur Valbum de la communauté. £n quittant le belvédère, nous vînmes nous asseoir sur des. bancs de ga/.on placés symétriquement autour de celte place, dont le centre est occupé par une église qui est celle du cimetière de la communauté. « Voilà, nous dit un « des religieux , le port où nous arrivons après les « orages de la vie. Avant que Véli pacha nous eût périt mis de bâtir ici un oratoire, nous enterrions nos frères « sur les hauteurs qui dominent notre monastère ; et « nous les possédons maintenant au sein de notre fa- « mille, ^ous venons cliaque jour auprès de leurs tom- « beaux mêler à nos délassements le souvenir des vé* ff rites éternelles qu'ils nous annoncèrent pendant le « cours de leur vie périssable. »
£n retournant au couvent, on nous indiqua une grotte superposée à Togive de la grande caverne , dans laquelle il y avait autrefois deux chapelles sous l'invocatioQ de i Aspeusion et de saint Jean Théologue. On
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y montait au moyen d*une écheiie en corde ; mais la méchanceté , qui empoisonne totit, ayant publié que
cette excavation était remplie de trésors, les moines ont abandonné depuis long -temps ces autels , qui ne sont |>lus fréquentés*
Les religieux qui nous avaient accompagnés, ayant voulu assister à notre repas , je profitai de cette cir« constance pour m'informer de la règle de leur ordre.
ir Saint Hilarion , disciple de saint Antoine , a été le « péie des moines dans la Syrie et dans la Palestine, « comme son maître l'avait été de ceux d'Égypte. L'£- « glise d'Orient est redevable des caloyers qui sont sa «milice, à saint Basile , et toutes ces institutions n'ont a rien de divin. nombre des anciens solitaires est « Tœuvre d'une volonté spontanée y parce qu'il n'était « pas besoin alors ni de bulles des patriarches , ni de « lettres royanx , non plus que de la permission des or- « dinaires pour instituer des sociétés religieuses. On ne « demandait point-aun religieux, si dans le titre de leur « fondation il y avait un revenu suffisant pour les entre- <!C tenir, afîn qu'ils ne fussent pas h charge au public, « car chacun travaillait de ses mains et pourvoyait à sa « subsistance à la sueur de son iront. A gapius nous donne « une idée de la vie religieuse de ce temps en parlant des a moines du mont Sinaï, qui vivaient répandus autour « du buisson dans lequel le seigneur apparut à Moïse «jusqu'à ce que l'empereur Justînien leur fit bâtir un «monastère, pour les mettre à couvert des courses des «Arabes, accoutumés à les enlever et à les vendre «comme des béliers.
« Jusque là on avait ignoré les noms d'abbés on pères^ fc d archimandrites ou chefs des étables , car par humi-
VOYAGE q£ I,A GRÈCE.
« lité les raiigieox se oompftraienl plus yUs de»
« animaux (1). Il faut voir ce que Cassieu a écrit au % sujet de leurs v4teuients, de leurs coqueluches et de te leurs sabotSf pour avoir une idée des premiers oéno* «t bites , qui , sans faire vœu d^obéissanee, de chasteté el « lie pauvreté, pratiquaient ces vertus, bien éloignés de « croire qu un jour on partirait de la surérogation de « leurs mérites pour fonder le monopole des iuduU « gences, dont rinstltution est une des plus grandes su- <c perciieries introduites dans Téglise d'Occident.
V Prier et trat»aiUer^ voilà, poursuivirçn|*i|s, noa tf préceptes et notre règle (2). Il y a peu dlKxmines qui « niaient pas persisté dans cette observance , avec d'au- « tant plus de ferveur que chacun est libre de se retirer, « s'il ne se sent pas assez de forces pour la suivre. «Dès que le frère surveillant a donné le signal, nous a nous rendons au chœur (3). Nous récitons des offices « aux différentes veilles de la nuit , e| quelques - uns « de nous poussant Taustérité jusquà coucher sur la
' " ■ ' . ■■llll ■■Il ■ |iiii|pnii
(1) Ces sobscriptions portent souvent : 6 àviÇtec «al ém^iiiàç
L'indigne » Tinatile moine sacré , le vft-nu-pieds, le d^uenillé et le plus animal de tons les animaux privés de la parole.
(2) Quelques moines étaient exempts du travail ' des mains les lundi et mardi de chaque semaine. St. Ephkkm., f. I, p. 3i5.
Au reste, cette obligation-est telle, que le inercrcdi et le vendredi on ne donne pas de vin au relectoire, afin cjue ceux (jui en veulent boire ces jours- là soient obligés de travailler, pa\ir gagner de quoi en acheter.
(3) Surveillant, àfuiryiçjbfy £vigUator, est celui quia soin d'é. veiller les moines ; il y en a un autre appelé. iÇi>icvtc^ , esedÊotear^ chargé de les empêcher de dormir pendant les offices.
Typic. & Sahas. e. Y-
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« duré(i). On célèbre la litui|;kà raurore,el la cloche nons appelle ensuite au réfectoire {i) pour prendre (de repas du matin, car nous ne travaiiions qu'après « avoir mangé le pain de douleur (3). Les plus âgés de « nos hiiromonachi (moines investis du sacerdoce « qui passent leur vie clans Tobservance du jeûne exc( piatoire (4) , restent au monastère pour chanter les « offices. La tahle est commune (5), et des végétaux, «des graines légumineuses, quchjues olives (6), sont « les aliments communs à tous, excepté dans le cas « de maladie. Alors on permet l'usage du gras, qu'on « sert à ceux qui en ont besoin dans Fintérieur de leurs
(i) Swpà, St. Ephrem., Vit* Beat, Ain'ah,, t. II, p. 17.
(a) Âpiçxpiov et iyr,Tr.fiC¥ , V. Ann. Comnen. , Ub. XIV, 443; Cp. Christ., lib. II, 121 ; Vita S. Niii juiiioris, p. 5a et 14^* Joan. Mosch. in Limon, c. 166.
(3) Suivant Le précepte. Caatic, grad, SaioMon^ Ps. CXXVI, V. a.
(4} Le jeûne expiatoire existait aussi chez les païen». Il 7 ea avait en llionnear d'Isîs (Hérodol. , lib. II» c 40)^ On en observait un de dix jours pour être initié aux mystères de Cybèle ( Aniob., lib. Y; Clément. Alexand., Ik Proirept. ). Oa ordonnait parfois un jeûne général qm s'étendait jusqu'aux animaux domestiques , comme le firent les Lacédémoniens (Jn'stot. OEco/iom.), £umoIpe et Értcluhce avaient introduit le jeûne dans les Thcsmophories et dans les eérémonies d'Eleusis ( Athen. , lib. Yil; Plutarch., Jn Pit. Dettiosth*)* La vie de* pythagoiiciens était un carême continuel»
(5) Le prieur seul a le privilège de manger daas son appartement.
(6) 6&*axti n< «ot9«9U tis* xp<^v tiinvi (te |U«pov Xaqccewov »«!
St. Doroth.Âbba$Doctrin..€. ^».p« ^o, t. XII. fiibliothec. Vetec. Patr.
«cellules, où nous a entrons ordinairement que pour crnous livrer au sommeil (i). Les amendements apte portés à nos règlements primitifs, et les décisions re-
« latives à notre discipline, après avoir été discutés « en chapitre, n'ont force d'exécution qu'autant qu'ils « sont confirmés par un rescript signé de la plume «f d'argent de nos patriarches (a). Dans Tordre habite tuel de nos exercices, chacun se rend au lieu qui lui - «t est assigné pour travailler, d'où on revient pour « chanter les vêpres, qui sont suivies du sôuper ; et k «journée se termine par la prière appelée Compiles, « qu'on récite pour demander à Dieu de nous préserver « des embûches du démon (3).
(i) Noos BOUS abstenons de traduire cette note pour des raisons faciles à comprendre, quoiqu'elle soit tirée de la règle de St. Pachonie,p. 773, t. IV, Bibl. Vet. Patr. André» Gallandi, § 95. Nemo alteri loquatur in tenebris; nuUus in psaAio cum iUieroMormiat; manum alterius nom ieneat^ sed sivestt* tert't , jeW ambulaverît , sive sederh uno cubito distet ah altero. Spirtnm de pede excepta domus prœposito et secundo et alio cui jussum fuerit, nemo audebit evellere. Ibid., p. 723. Nec in cuino nudo sedcat , MtkÎ* eî; Jvcv yu(Aviv xaôeaôf.
{%) Plume d'argent ; allusion faite à l'usage daos lequel soDt les patriarches de signer leurs encycliques avec une plume de ce métal , ou bien de roseau de Perse (calamus orientaiisyhs sceau qu'Us apposent à leurs mandements est en cire noire, n représente la Vierge avec les lettres MF eOT» et Tenfant Jésus I. C. XC. , portant dans les rayons de sa couronne 6 An* eehêi qui est: Il y a nn autre cachet synodal pour les affaires expédiées par la daterie du patriarche. Celui-ei est rond et divisé en quatre parties, sur lesquelles on lit : Les seniteurs, le patriarche grec de Constantin ople et les métropolitains du synode siégeant dans la capitale.
(3) Typic, S. Saba. Il y a les grandes et les petites compiles ,