‹ Voyage de la GrèceChapitre 185 sur 224 · LIVRE XVII, CHAPITRE III · texte numérisé non relu

LIVRE XVII, CHAPITRE III

comte de Maurepas ( i ) « on serait tenté de croire que la destruction de Sparte est son ouvrage, «c Je l'ai fait, mante dait-ii au ministre, non pas abattre, mais raser de « fond en comble. Il n'y a plus de cette grande ville c une pierre. sur une autre. Depuis plus de' trente jours, « trente et quelquefois soixante ouvriers abattent, dé- « truisent, exterminent la ville de Sparte! » Puis il

(i) Fourmont, qui, dans sa correspondance manuscrite, parle toujours avec jubilation du jus de la ik IIIo, est loin d'avoir fait, ni pu faire tout le mal dont il se vante avec une sorte de complaisance barbare. Comment, en admettant (1';îj)tps une moyenne proportionnelle qu'il eiit employé eiuquante paysans par jour à ses destructions , serait il parvenu dans un mois de temps, dont il faut défalquer les dimanches et les fêtes où les Grecs ne travaillent pas, c'est-à-dire avec environ douse cent j||Oiin^ée$ d'hommes, à démolir qui d'après lai restait de Lac^emoqe ? oq ne fit pas cette ré^exion dans un tf^mps où Ton ignorait qi^e les manœuvres de la Grèce actuelle ue çonnaîssest pasViisagede la pince en fer, instrument nécessaire pour renverser une muraille solide. Il est probable queFourmont avait sacri6é à Bacchus Limiii«ate, lorsqu'il laissa tomber sa signature au bas d^me pareille dépêche. Je ne lui conteste pas d'avoir pu faire bçiser en cachette , car un Franc nç se permettrait pas impunément une pareille action en public, les raar* bres s^usceptibles d'être cassés d'un coup de marteau , et d'en avoir enfoui quelques-uns après en avoir copié les inscriptions.

Quant à la jactance qu^ le porte à se vanter devoir renversé Amydée, Mantinée, Stymphalus qu'il n'a jamais vu^Pallantion qu'il ne sait ou placer, Tégée, Trézène, Heirmiçkpe, Tirynthe que des minenrs , en employant la poudre à canon, pourraient à peine ébranler, Phygalis où Ton a fait dernièrement des découvertes importantes; Argos, où j'ai copié sans le savoir les mêmes inscriptions que les siennes, et Olympie qu il n'a vu qu'en songe, toutes ces villes, je puis l'assurer, sont à peu près dans l'état où elles se. trouvaient de son temps.

ajoute pour motiver une paivillc action, «si, eu ren- « versant se& murs et ses temples, si, ea ne laissant « pas une pierre sur une autre au plus petit de ses i< sacellums^ son Heu sera dans la suite ignoré; j'ai au a moins de quoi la faire reconnaître , et c'est quel- « que chose : je n'avais que ce moyen de rendre mon a voyage illustre. »

Mais laissuiis Founnunl se gloiilier du tlégàt ({u'il n'a pas fait, car je crois qu'on retrouverait les marbres du temple d'Apollon Amyd^n , qui ont fourni le sujet d'un excellent mémoire à l'abbé Barthélemi; et on peut ^trc assuré que la ruine de Sparte, comme celle de toutes les villes du Péloponèse, fut primitivement l'ouvrage des Barbares. Mistra, ville de fondation moderne, en était trop voisine pour qu'on n'ait pas employé à sa construction les matériaux propres k ses édifices. • I^es ponts qu'on voit sur TËurotas et sur la Thiase sont fabriqués avec des pierres tirées des ruines de Lacédémone ; chaque jour on en an ache des débris; et les tremblements de terre, les ravages du temps, les attérissements ont contribué , à ensevelir ce que les hommes n'avaient pas détruit.

I^e soc. de la charrue sillonne malnteuanl les coteaux de Sparte; le dernier de ses monticules contre lequel le théâtre est adossé est le seul qui ne soit pas cultivé. Je remarquai, aux deux cotes de cet édifice, des pans de murs qui, malgré leur solidité, ne me semblèrent pas d'une antiquité très - reculée, mais je n'y vis plus les traces des gradins en marbre dont Pausanias dit qu'il était orné. Tandis que je dessinais la vue la plaine de Lacédémone, un jeune Hhodien qui m avait accompagné déclamait la première scène de l'Hécube d'£u-

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ripide, tragédie que nous avions représentée quelques mois auparavant dans le collège de Cydonîe. C'était

peut-être la |)reiiiière fois que ce théâtre retentissait des accents de Melponiène ; car les Spartiates auraient craint qu'il ne se glissât dans les maximes sévères de la tragédie, on dans les railleries piquantes de la comédie, quelque atteinte même mdirecte, contre la majesté des lois et le respect qui leur était dû (i j. D'ailleurs le courage impassible de ces fiers guerriers aurait été insensible aux sentiments de terreur et de pitié qu'inspire l'art dramatique y et ils n'auraient trouvé aucun charme à la comédie , car les vices et surtout les ridicules qu ille poursuit devaient être étrangers à des ames aussi rudes , à des mœurs aussi rigides* lis ne permeltaient^sur leur scène, que des. exercices capables de donner au corps la force et la santé, qualités si précieuses à leurs yeux, qu'ils condamnaient les en- Êmts mal conformés à périr.-

Mes observations étant terminées, je revins au vil* lage de Magoula, dont les maisons sont environnées de vergers, comme dans les hameaux de la fraîche et bdie Normandie. Je crus à propos, afin de «me dérober à l;i vermine qui pullulait dans la maison tpie Ton m avait oitierte, de passer la nuit à la belle étoile sous les orangers. 'Un Grec, qui s'était d'abord emporté contre moi pour une réprimande que j'avais faîte à son fils au sujet d'un cluen de Laconie qu'il maltraitait, nous offrit ensuite tout ce qu'il possédait. 11 nous

Plutarch. Instit. Lacon.

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parla de la condition malheureuse des chrétiens qui ont remplacé les Uilotes. Ainsi la Laconie et la Grèce sont, comme aux temps anciens, peuplées d'opprimés et d oppresseurs, car les Thessaliens avaient leurs Pé« nestes; les Cretois leurs Cla rotes et leurs Pérîœcieus ; les Héracléejds leurs Doryphores; les Argiens leurs Gymnètes, et les Si<^oniens leurs Corynéphores (i ).

Nous nous entretînmes Ipug-tenips de ce triste sujet, inconvenant que les Grt^cs, au plus haut période de la civilisation, furent moins équitables envers leurs raïas, que les soldats de Mahomet, qui possèdent maintenant les fiefs des Eui jpontides. En effpl , on ne voit point les Mahométaus forcer les \aiucus d'assister, comme on y contraignait les Milotes, aqx fupéraili^ de leurs rois, de pousser de longs gémissements et de crier par étiquette qu'ils ont perdu le meilleur souverain du monde, ainsi que cela se passait à Spartç (a).

Nous sortîmes; continue M. Didot, deMagoula, deux heures avant le lever du soieii, pour nous rendre à i^ondari. La lune, qui brillait dans son plein, nous éclairait en nous guidant à travers des avenues d'oliviers parsemés de tûuifes de iaui iers-roses. ISos conducttnn s , an lieu de répéter les élégies de Tyrtée, qui enilammaient les mâles Spartiates (3) , en leur rappelant qu*ii est beau de mourir dans les combats y et de se dévouer pour la

(i) Pollux Onomastic. III , 8 ; Thucyd. VIII, c. 4o. (a) Herodot, Ub. VI, S 58.

(3) Tyrtanaqiw mum nàmoê m mutu bellt YenîbiM «oneoit

HoiAt.

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patrie {i)^ entonnèrent les complaintes des klephtes,

que les Grecs regardent comoïc les ennemis de leurs tyrans. Mon jeune Hhodien , {Dieux inspiré, fit retentir les échos de l'hymne de Riga :

Aaure iraliïec tôv ËXXifvuv* ....

Allons» enfants des Grecs, le jour de gloire est arrivé ! ! 1

en s'interrompent souvent pour déplorer Tétat de misère oii sont réduits les descendants de tant d'homines illqstres. £t moi je lui répondis par ces vers de Le* Muerre :

Ah ! lorsqu^à cet excès l'csclavaj^c est porté , L'esclavage, crois -moi, touciie à ia liberté.

Cette scène se passait en traversant la contire occupée autrefois par la tribu des Liipnœatides, que je croîs être la partie du vallon qui est entrecoupée de canaux. Nous entendîmes bientôt le bruit des cascades de TEurptas aux beaux roseaux (xa^>.i^ova^ £u^(ttTaç) , que les anciens avaient sans doute divinisé, parce qu'il répand la fertilité dans la vallée dé Lacédcmone. Les oiseaux, qui annonçaient le retour de Taurore par leurs gazouillements, le murmure des eaux, le frémissement du feuillage, enchantaient les bords du fleuve

Il est beau ^u'iin guerrier^ à «oan |NMle ûnoiobile , Mciue pour m patrie , et ipean aux piemieit laagf •

F of. la traduction des Idylles de Théocnte par F. Didot.

53S ' VOYACK DE LA CRJ^CE.

rojrcU^ dont le cours rapide couvre tantôt une large grève de sable doré et se trouve parfois resserré entre

des bords escarpés. Quant aux cygnes sauvages qui, suivant Aristote, se baignaient dans les eaux de l'EurotaSy il est probable que le bruit des armes à feu les en a éloignés. Les Moraltes ajoutent qu'il n'en paraît plus que rarement dans les lacs du Pcloponcse, où ils étaient aussi communs qu'ils le sont encore dans ceux de TÉtolie et sur le golfe Ambracique. On m'avait assuré quV>n voyait sur les rives de l'Eurotas, de distance à autre, des quais bâtis e£i polygones irréguliers assez semblables à l'enceinte cyclopéenne de Mycènes. Je n'eus pas le temps d'aller à leur recherche, car je fus obligé de liâter mon voyage dans la crainle que la peste, qui avait pénétré de TEubée dans la Béotie, ne se lépandît dans le Péloponèse, ce qui m'aurait empêché d'être reçu dans les lazarets d'Italie.

Avant d'entrer dans la région que les anciens appe-

* laient Bleminatis, nous traversâmes une plaine couverte de mûriers dont la feuille , qui est particulièrement estimée pour la nourriture des vers à soie, est gardée par des postes armés d' Albanais. Un chemin pratiqué sur les montagnes, à travers les rochers, nous conduisit à une ancienne église entourée d'arbres majestueux, d'oLi nous eûmes une vue superbe de TArcadie

. qui se développa à nos i*egards; et bientôt après nous arrivâmes à Leondart. — i»

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