LIVRE XVII, CHAPITRB fV
clans la Castanias, rivière tributaire de FEurotas. Les chapelles de Saint-Georges et de Saint-Nicolas ^ liàties sur deux éminences distinctes, enrichissent le paysage, ainsi qu*ane fi>uie de mors de défense qui garnissent les liauteurs eiivironnaiites à la manière de nos gentilliominières. 11 est probable que ces retranchements furent l'ouvrage des seigneurs féodaux la I^aconie, qui avaient intérêt à tenir leurs hoiries closes, pour soustraire leurs troupeaux et leurs basses-cours à la dextérité des Spartiates qui ne se frisaient pasiâute du bien d'aulrui , puisque le vol comme autrefois est encore établi en principe dans leurs mœurs. On franchit les soubassements d'un rempart considérable, pour descendre dans une vallée d'un mille de diamètre. On entre de là dans une gorge flanquée d'une route ancienne , soutenue par uu mur, et bordée de Tautre coté par les lauriers-roses de TEurotas, qui ont jusqu'à vingt pieds de hauteur, tai^t est vigoureuse la force végétale de ces arbrisseaux. Le paysage dont nous parlons aboutît à un claustrum , ou poste anciennement fortifié, oîi l'on trouve une source d'eau fraîche et une chapelle. Au delà on remarque quelques champs cultivés, des ruines, et les aqueducs délabrés qui ont été signalés dans le chapitre précédent ; enfin , au bout de deux milles, on arrive à Babioti ou Papioti.
Deux sentiers partant de ce village conduisent, l'un, en tournant à gauche, aux ruines de Sparte, et le se* cond, qu'on prend à main droite, à Mistra, dont on est éloigné de cinq quarts de lieue. Rien n'est plus pittoresque que l'aspect de cette ville , vue des bords de la rivière de ïrjpa; et ce qu'en dit M. de Château-
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briand est pilrfeit de détails, de <cbuléar et de vérité.
Observateur pruloiid, peintre sublime, ses vœux sont accomplis^ et son nom sera désormais inséparable du ' souvenir de Sparte; il n'avait pas besdin de ce fleuron ajouté à ^ couronnes littéraires et civiques pùùr mériter l'immoi talité.
Mistraest une ville moderne; mais siir quel terrain a-t-elle été fondée? c'est ce qui reste à examiner. Sparte embrassait cinq collines, etPolybe nous apprend qu^elle coiii|u rnait un développement de quarante-huit stades, égal à quatre mille cinq cent soixante toises daiis sa forme circulaire. £n raisonnant sur la dohnée de son périmèti^ dans le rapport de la circonférencè ad diamètre^ qui serait à peu près de mille quatre cent cinquante toises dix onzièmes , appliquée à la distance de Mistra au théâtre de Sparte , qui est de cinquantedeux minutes^ déduction faite des déviations de la ligne droite, et de quarantenjeux minutes à vol d'oiseau, égales à plus de deux mille toises ^ il falit en conclure que Mistra est à six cents toises en dehors de lâ partie occidentale de Lacédémone. C'est une ville moderne (i) , et il est probable quelle doit son origine aux Français. Voici ce que dit à ce sujet l'auteur de la
(i) Route par distanceè de Mistra à Sparte. A 2a minutes de Mistra, on traverse une rivière près d'une tour ruinée qu'on laisse à main gauche. 6 m. rivière de Magonla qu'on passe Sormi pont à un endroit où il y a quelques maisons. 17 min. aqueduc en mines. 7 min. métope dorique, murs du moyen âge construits avec des fragments antiques, lliéâtre, 1 18 pieds anglais de diamètre. Orchestre, t4o pieds ^ scène, pieds de profondeur^ près du théâtre, deux murs parallèles de 600 toises.
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Chronique de Moréo, f< Guillaume de Villehardoin , « trois ans après le premier débarquement des Français «dans le Péioponèse, c'est -à «dire en 1207, ayant «accordé une capitulation à Monembasie, congédia « les troupes et les galères vénitiennes , et retourna « à Lacédémonia, où il se proposait de rester avec «c ceux qui composaient sa maison pour y passer Thi- « ver. Il se dirigea en conséquence de Monobasia à « Hélos , à Passavas , employant ainsi son temps à par- « courir le pays , et il y avait beaucoup de plaisir. « Dans le tour qu'il fit en ces contrées, il trouva à ffune lîeae de Lacédémonia un petit monticule ^ioc tué d'une manière pittoresque, au-dessous d une plus « haute montagne. Cette position lui parut oonvena- « ble pour y bâtir un fort, auquel il donna le nom de «Mésithra, qu'il porte encore aujourd'hui (1). »
La colleçtion des Lettres d'Innocent 111 ne nous apprend pas que ce pape, l'un d^ plus ambitieux évéques de Rome, eût jeté son dévolu sur Mistra , quûi(^ue tout ce qui était bon à prendre lùL à sa convenance. Ce n est qu'en i a63 qu'on y voit figurer un éveque latin nommé Haymo, qui fut transféré au«siége de' Coron. Prise en 1460 par Mahomet II, reconquise trots ans après par Sigismond Malatesta, Jacques, de l'ordre des Prédicateurs, fut nommé éveque de Mistra , et il eut ponr successeur, en iSoo, Jean de Cracovie , maître en théologie , champion intrépide de la foi et beau parleur. Il paraît avoir été le
(1) Chronique de Uorée', liv. U, p. i85, t86, 187 de la trad. franç. par A« Buchon.
dernier prélat romain de cette ville, que les Vénitiens ne perdirent cependant quen 1687, temps oii elle fut conquise par les Turcs , ainsi qu'une grande partie de la Morée. On raconte que Malatesta , prince de Rimini , excommunié par Pie II , avisa au moyen de se réhabiliter auprès du saint -siège en faisant brûler la ville basse de Mistra, qui était habitée par des Grecs; ainsi, dès ce temps-là, c'était un excellent moyen pour obtenir des iiuluigeiKes que de rôtir des schismatiques à défaut d'hérétiques et de Juifs.
Mîstra est gouvernée par deux vaivodes, successeurs des épbores, et sa populatidn est évaluée à vingt mille ames. La Guillelière, qui est le premier des voyageurs en date pour sa description, dit qu'elle est divisée en quatre quartiers , savoir : le château, la ville, et àeux gros faubourgs, qui sont le Mesochorion et l'Exochorion. Ce que Scropbani rapporte au sujet de Sparte ne serait qu'une paraphrase des hypoÂèses erronées de La Guilietière, s'il n'y avait tnélé les mouvements d'une ame généreuse. «Après huit heures « de sommeil, je me suis réveillé. Oii donc? à Sparte. « Cette idée m'élève au-dessus de moinnéiito; » Mais pourquoi a*t-il voulu déterminer l'emplacément de l'Alpium et du monument deVénus-Amboligi re, qui éloigne la vieillesse , dont la statue était placée entre celles de la mort et du sommeil? ScrùphaHi n'avait pas vu le pays, a«l-6n dît; lirais il semble avoir respiré l'odeur de son territoire , lorsqu'il écrivit ces belles pages: « C est dans ces rues que, pleins de fier- « té } s'avan^ient autrefois les Lacédémonîens ; il me (c semble les contempler. Celui*ci cèdele pasà un vîeil-
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LIVBC XYII, CHAPITRE IV.
a lard; celui-là raconte ses victoires; d'autres montrent « leur» blmures.... Yoyez-vojus ce peuple fier et bei^ « liqueux s'adoucir li ta voix d'un seul homme ; décirt dcr de la paix, ou de la guerre;.... puis, assis au « coucher du soleil sur cette place, apaiser tranquil- « lemeut sa fiiim avec quelques légumes. C'est ici qu'au « premier son de la trompette U écoute avec un silence «respectueux la {>roiiiulgatiûn d'uiie lui, et qu'il asa siste sans s'émouvoir aux funérailles des trois cents a défenseurs des Theimopyles... Où est la place la plus « célèbre d'Europe qui puisse rappeler un pareil a spectacle? C'est aux lieux qui frappent mes regards a<que Sparte réunie toute entière, femmes, jeunes <r gens, monarque^ élèvent de concert un bûcher, et, «r dans cette fête lugubre, font les derniers adieux à « Léonidas et à ses frères d'armes. Les pères , les « mères, ks en£uita, allument le jl>uciier de leurs propre^ « mains*... Léonidas et les trois p^nts sont présents, « ils n'attendent que les dernières libations pour se « mettre en marche. Où vont-ils donc? Contre trois « millions de Mèdes; ils marchent a une mort certaine; « leur front est cabne et serein, leurs mères et leurs <c épouses ne versent aucunes lanpes!... Prends ce bou- « cher, dit une femme à son fils, reviens avec ou dessus. ^ Je ne chérissais en toi, dit une autre à son amant , « que k valeur; si tu la perd^, je rougis de t'avoir « aimé. » Tant de sévérité épouvante.... Non, la France n'a rien à envier à Sparte; notre âge a vu d'autres héros se dévouer avec un égal transport à la voix de Kléber, dans un défilé de la Vendée.
C'est dans les vallées du Taygète , où le chantre de$
martyrs qui allait visiter le samt tombeau ^ di Cristo il gran sepolcro^ a pris ses couleurs pour peindre les bacchanales dont U a composé un si large tableau. Tout seinbellit sous les pinceaux de M. de Châtcaiibriand, sans perdre rien de la vérité. 11 faut lire et relire ce qu'il dit de Tristella^ de Panthalama, de Parorée, tristes restes de l'antique Lacédémone, pour avoir une idée précise de ce qu'elle fut. Ses descriptions finissent à Amyclée, village éloigné d'une heure quarantcKânq minutes de Mistra (i).
Planant sur le panorama de la ville sacrée des Dios* cures, de Ménélas, de Lycurguc , de Léonidas, Scropliani nous peint deux des plus ijelles scènes de Thistoire de Sparte y menacée par les Thébains. a La première fois, « la ville était réunie pour célébrer la fête des enfants, « quand on reçut la nouvelle de la défaite deLeuctres; «les éphores écoutent les envoyés avec calme, sans 4c interrompre la cérémonie. Le soir , on envoie dans tt chaque maison la liste de ceux qui avaient péri , et « on continue les jeux. Oh annonce l'approche d'Épa- « minondas : il marche à la tête de quarante mille hom- <r mes, il approche,il paraît ; il s'apprête à passer TEurotas « en face de Lacédëmone. Les jeux sont interrompus ,
(i) Route par distances de Mistra à Amyclée, aujourd'hui Slave - Chorio. A 36 minutes, Parorcn , village dépendant de Mistra. i4 min. autel au milieu des halliers. i5 min. SL-Jean village, mosquée entourée d'orangers, rivière abondante, xo m. Su^Jean Keranio village grec, église. lo miti. Tsoka livière Tenant d'un village de ce nom , situé dans le mont Taygète. lO m. rivière, moulins, Codina village situé à gauche. lo min. Slavo- Ghorio. Total t heure 45 minutes.
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