‹ Voyage de la GrèceChapitre 2 sur 224 · LIVRE XIJI, CUAPITRE I · texte numérisé non relu

LIVRE XIJI, CUAPITRE I

que leurs squelettes. Les champs Pheiléens étaient devenus une arène stérile imprégnée de substances satines, et les gouffres infernaux, en vonussaiU à la surface du sol les mines d argent du I«aui-ium, avaient métanuMv phosé les fraîches Naïades en sources minérales , dont quelques unes causaient une mort immédiate à ceux qui se désaltéraient dans leurs eaux. On trouva du soufre aux lieux qui produisaient des fleurs odorantes, et des métaux apparurent à la place des forêts et des pâturages. Jupiter pluvieux, qui dt sct iKlail dans le sein de la terre pour la féconder, cessant de produire les fon* taines et les rivières perpétuelles, la végétation devint languissante et décolorée. AIoi's les arbres qui ne trouvaient plus de terre pour s'enraciner au penchant des montagnes , furent remplacés par quelques halliers dont les égîcores ou chevriers nourrissent leurs troupeaux , et par les touffes de plantes aromatiques, où depuis ce temps les abeilles transportées de l'île de Crète (i) picorent le miel .délicieux du mont Hymette (a).

Les hommes, non moins maltraités que le territoire, étalent descendus à la condition des brutes quand „Cécrops (3), qui participa, ainsi que Janus et quelques autres restaurateurs de Tordre social, au privilège de deux natures différentes, succéda à Acte. Il introduisit

(i) Fille de Mélisses roi de Crète et sœur d'Amslthée, trouva la première le procédé de réunir les abeilles et de reeueiUlr leur miel. Goluroy lib. IX, c. 2.

(9) Plat. Dblpg. Critias.

(3) Bii>. d'Apollod., lib. III, c. 14, S i; Antonî». Libéral.

c. 6; Herodot, liv. VIII, c. 44 j Strab., IX, p. 6i/< ; Paus., 1. 1, c. 14 ; Aristoph. Plut. , v. 778; £useb. Chiomi;. et praefat. Chrome. » Justin., iib. 11; 6, 7.

4 VùtkGt DB LA ORÈCÈ.

chez les demi-saiivages de la (ir* ce, avec les première^ idées religieuses, les semences d'une prospérité perdue; car c'est une erreur de croire que la civilisation peut avec le temps naître du sein de la barbarie (i). Hersé, Agiaure (a), Pandrose, Crauaus et sa tille Atthis dont FAttique a conservé le nom, continuèrent Tœuvre de Gécrops. Cependant, Érecbtbée, négociant égyptien (3), leur ravit la couronne, qu'il obtint pour prix des grains apportés aux Athéniens dans un temps de £amine. A la suite de cette révolution on vit ce prince instituer à Eleusis les mystères d'Isis sous le nom de Cérès, à laquelle on attribua l'introduction des grains dans l'Attique, et établir le culte d'Ëstia ou Yesta à Athènes. Cest néanmoins à Gécrops que toutes les merveilles

(i) C'est une erreur commune à tous les philosophes grées de représenter Tétat de barbarie comme la condition primitive de l'homme. Ils ignoraient qu'après le déluge universel, le genre humain descendu dans la plaine de Sennaar n'avait qu'une

pensée : Tunité de Dien^ jointe aux connaissances puisées à une source ^lu naiurelle. Aia.^i ce n'est point par des tâtonne ments et des hazards heureux que l'hoinine est sorti de l'état de brute. L'oiseau fait son nid comme aux premiers siècles du monde , les animaux, parviennent tout à coup au point de perfection qu'il ne peuvent franchir, parce que l'instinct ases limites invariables. Un esprit divin, au contraire, anime l'homme, et le cercle de ses lumières est incommensurable : prétendre leur assigner des bornes , c'est outrager Dieu même. » (a) Agiaure ou. Agraule,Ovid. Met., II, v. 789,749, 783, mérita les honneurs divbis. Elle s'était sacrifiée dans une calamité publique afin d'apaiser le courroux des dieux. C'était au pied de ses autels que les Atljcniens en recevant le titre de citoyen juraient fidélité, amour et dévouement à la patrie, par les noms d'Agranle, d'Enyalins , de Mar» et de Jupiter. (3)Diod.5ic.,lib. l, §29.

Livn£xiiiyCiiA.PirnEi. 5

de Tâge mythologique sodI rapportées. L'acropole qu on lui attribue fut regardée comme un ouvrage si remarquable, que Mars, Neptuue et Minerve s'en disputèrent le patronuge. On «ait comment il échut à la puissante fille de Jupiter, à cause du don de Tolivier qu'elle fit à TAttique. Cette province, qui comprenait alors cent soixante-dix o|i cent soixante-quatorze villages^ fut divisée en douze cantons. C'étaient, suivant

Straboii , Cécropi.i , Tetraj^olls , qui embrassait le territoire des villages d'Ofcliioé, Probalynthos , Tricorytos et Marathon; Deceleia, Éleusi^, Aphydnae, Thoricos, Brauron, Cytheros, Spliettos, Céphissia, Pbaleros (i), noms historiques conservés jusqua nos jours avec quelques légères altérations.

A partir de ces temps, dont la chronologie offre un grand iioinlire d'incertitudes , la succession des rois de l'Atlique nest^ à proprement parler, que celle d'une ^rie de klephtes ou chefs de bande, en proie à l'anarchie. Le quinzième siècle avant notre ère est l'époque de toutes ces histoires sur lesquelles M. L. Petit Radel nous &it espérer de lumineux éclaircissements, au moyen d'un tableau synoptique des dynasties héroïques* La mort de Codrus, qui se devuua au salut de la patrie, ayant été suivie de démêlés pour la succession au trône, détermina les Athéniens à abolir la royauté : il était, disaient-ils, difficile de retrouver un prince pareil à Codrus , et craignant d'^n rencontrer un qui n'eût pas ses qualités , ils ne ^voulurent reconnaître pour roi que Jupiter, fils' de Saturne (2). « Cheops , dit

(i) Voy. la traduction française de Strabbn pour les anlo* rilés, liv. IX, ch. iw^'- » ■

(a) xi3a lÉtô àv. J. CT

6 VOYAGi; DE LA GIIKCE.

« le savant auteur de la législatiou des Athéniens , ré*

«gnait alors en Egypte, et les juges achevaient de « gouverner les Hébreux. La royauté finissait à Athènes « quand elle commençait en Judée ; et chez les deux « peuples, l'un établit ce que Fautre repoussait Les «juges étaient des archontes perpétuels ; Athènes les « préférait à ses rois, tandis que les Juifs voulaient des « rois au lieu de magistrats, quelles qu'eussent été les « menaces de Samuel, au nom du Seigneur (i) pour €( les en détourner. »

11 n'entre pas dans, mon plan, autrement. que pour rappeler au lecteur les faits principaux sur lesquels reposent mes recherches, de parler de l'histoire ancienne de la Grèce. Cette tâche a été remplie par d'illustres écrivains. Nous nous contenterons donc de dire qu'après l aboh'tion de la royauté, il y eut des archontes à vie, des archontes décennaux (a),et des archontes annuels (^3), jusqu'à la dictature de Dracon. La révolte de Cylon,. les factions politiques des Pédiens, des Diacriens, et des Paraliens, lurent des temps d'orage pendant lesquels on n'éleva que des cippes funéraires dont un petit nombre sont connus. L'Attique commença à respirer sous Solon, qui jeta les fondements de la prospérité publique par la sagesse de ses institutions, eu subordonnant la politique à la morale, qui fut et sera dans tous les temps indépendante de la pureté des dogmes religieux.

(i) Pastoret. HbU de la législation des Athéniens, ch. i , T. VI. .

(a) Manuel de rhistoire ancienne, de Heeren, histoire grecque, troisième époque, p. 8i de la traduction française.

(3) An 4^3 av. J. C.

Digili^uG Uy

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