LIVRE XIII, CHAPITRE I. J
La législation de Solon , malgré les avantage» qu'elle garantissait aax citoyens , ne pat les entpécher de tomber
sous le joug delà t^tatuiie. Pisistrate, abusant un peuple léger^ s'empara de l'autorité souveraine, qu'il perdit, ressaisit et conserva la troisième fois jusqu'à sa mort. Il la transmit inéme à ses enfants, qui l'auraient légitimer dans leur dynastie sans les poignards d'Uarmodius etd'AHstogiton, qui terrassèrent Hipparque. Le contrecoup de cet assassinat força plus tard son frère Hippias h émigrer pour aller exciter les Perses contre une pa* trie qu'il ne pouvait plus opprimer.
Cet événement fut l'aurore de la splendeur des Hellènes. On sait coniment l'incendie de Sardes et les intrigues d'Hippias excitèrent les ressentiments du grand roi contre la Grèce. I/auteur d'Anacharsîs, auquel il n'a manqué, suivantHeeren, pour composer un ouvrage digne des plus beaux siècles du Portique , que le véritable esprit de l'antiquité, a dit comment les îles de la mer Égée , et la majeure partie des états de terre ferme, ayant cédé à une simple sommation du roi des rois , Sparte et Athènes la rejetèrent avec indignation. 11 nous montre' la première entreprise des Perses^ di* rigée par Mardunius d'aprt^s les plans d'Hippias, déjouée par une tempête , et bieutùt après Miltiade vainqueur à Marathon. Réunissant ensuite les noms d'Aris* tîde, de Thémîstocle et de Ijéonidas, il forme un ^isceau de l'immortelle journée des Therraopyles avec les triomphes d'Artémisium, de Salamine, de Platée et de Mycale , qui élevèrent la fortune des Grecs à son plus haut période.
Je me trouvais au Pirée où Thémistode fonda un arsenal en fortifiant ce port deux ans après l'incen-
8 TOTAGE DE I.A GRiCE.
(lie (le la flotte des Perses (i). Je me représentais Aristide et Cimon appareillant bientôt après de ce mouillage pour aller chasser les Barbares de Cypre et Byzance, Cétaîent les mêmes plages qui entendirent les accla* mations des vainqueurs de Salaiaiiie, les mêmes ondes sur lesquelles flottèrent leurs poupes chargées de couronnes. J*Qtais au Pirée, et Vidée àpïempire de la Grèce (i^X^ Tvjç ÊXXaSpç), liée à celle à*empire de la mer^ ( ôoXaaGoxf aT«ia ) me flt tressaillir d'espérance en pensant aux Alcypns d'Hydra, qui ont d^pujs arboré iq signe de notre régénération aux antennes du vaisseau le Thémistoclc : mais cii considérant le délabrcnjcnl du liangar sous lequel nous étions abrités, je ne pus m'empécher de redire que la gloire, comme la jeunesse de rhomme , n*est qu'une ombre fugitive.
Ce fut après les victoires sur les Barbares que la maguificeuce pfibUquci éclata daps l^s édifices, daus les spectacles, et dans les fâtes, sans épuiser les ressources de l'état , parce que son opulence était fondée sur la sobriété de la vie privée des citoyens. \jq gouvernement, pénétre du sentiment de ses propres forces, ne reconnaissait, malgré la classification du peuple en catégories, que la supériorité des talents, quoiqiki Tiptrigue prévalût souvent dans les cboix. C'était le jgrand inconvénient attaché aux institutions d'Athènes, mais tout était égal d'ailleurs sous le rapport de la naissance. On flattait le peuple, qui est le plus stupide de toj;^ les tyrans, mais jamais les descendants de Jupiter ou d'Hercule n'appuyèrent leurs prétentions; ' sur l'illustration de leur origine ; on avait cessé depuis
(i) ay bcpicmbre an 490 av. J. C
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LIYRB XIII, CHAPITRE I. f)
le siège de Troie de parler de sa noblesse. Cependant l'Attiqae était couverte d'Ëschaties ou manoirs, qui étaient préférés au séjour de la ^lle , et dont les propriétaires étaieiiL des espc'îces de seigneurs.
La campagne, et le bonheur d y habiter, surpassaient toute autre jouissance, et Tagriculture placée sous la protection des dieux , fut, malgré les applaudissements prodigués aux orateurs et aux poètes, la principale oc« cupation des habitants de TAttique, ainsi que leur premier titre d'honneur. Hésiode, en chantant les.travaux et les jours, avait consulté le goût national des Grecs, qui abandonnaient la péciie et les arts mécaniques à leurs esclaves. Quoique le commerce de la Thrace et du Pont-Euxin présentât des bénéfices considérables, les mœurs pi unitives Temporfèrent sur Tesprit mercantile : on préféra toujours un champ à la possession d*un Taisseau. Une éducation toute poétique concourait à mamtenir ces idées. Les œuvres d'IIonière, considéjpées comme la base de renseignement national , firent qu'ei^ fréquentant les écoles des sophistes et des rhéteu|«, les Grecs étaient moins portés à acquérir des tomiaissances positives qu'«i exercer leur esprit pour ^exprimer avec élégance et facilité.
|K Fuyez,écrivait Sitalcès à Énopion, les vains et pâles « discoureurs qu'on voit errer nus - pieds aux environs « de TAcadémie... Venez vous livrer aux travaux de l'a- «t griculture; vos peines seront récompensées, vous verrez « vos greniers remplis de toutes sortes de grains, et vos « caves garnies de grandes cruelles de vins excellents ( J ) ». Tel était le peu de cas qu on faisait des systèmes dequel<>
(i) AlcipUr. XXIV.
tO VOYAGE DC LA GRÈCE.
qiies faux sages doat les théories étaient souvent discutées aux banquets des campagnards avec ce persiflage parfois amer que donne Fopulence contre la pauvreté qui n'aspire qu'à la renommée. « Vous revenez d Athènes, a dites-moi des nouvelles de Platon, de Speusippe, de <cMénédème? de quoi s'occupent*ils ? quel est le sujet c( de leurs méditations? quelle nouvelle découverte ont- « ils faite ? Par Gérés , veuillez me l'apprendre. » — Pence dant les Panathénées, j*ai vu au gymnase de TAcadémie « des jeunes gens qui disputaient sur la nature des tf dioses , la vie des animaux, la dmérence des arbres « et des légumes entre eux; ils étaient surtout fort em^ « barrassés pour découvrir à quel genre on devait rap- « porter la citrouille. — Qu'ont-ils résolu ? — Il y a d'a- <c bord eu un silence général ; ils avaient la téte baissée « et semblaient refléchir, lorsqu'un a déclaré que c'était « un légume; un second a prétendu que c'était une herbe; « un troisième a soutenu que c'était un arbre. Â ce « propos y un médecin de Sicile prenant nos philosophes
<( pour des fous , leur a ; une telle insolence les a mis
«aux champs. Platon, sans faire attention à ce qui « venait de se passer , a requis avec sa douceur ordi- « naîre l'assemblée de décider précisément de qud genre « était la citrouille ? mais on s'en est tenu aux générale lités, on a parlé des trois genres principaux, arbres, « herbes et animaux, et on n'a rien décidé sur la cice trouille (i). »
Les villages où l'on s'amusait ainsi aux dépens de l'Académie, avaient pris leurs noms des iieimilles qui les fondèrent ou bien, comme dans la Grèce moderne, des plantes
(t) Epicratesap. Athenaeum.
Digili^uG Uy
LIYAK Xiri, CHAPITRE f« Il
et des arbustes de leur voisinage. Les habitations qui les composaient, dissémiaées à la manière des hameaux de i'Ëpire el de llUyrie grecque , couvraient le penchant des coteaux : d'autres étaient cachés au fonds des vallées avec des chapelles, des temples et des tombeaux, qui étaient parfois fortifiés, pour les mettre à Tabri de la cupidité des plagiaires et des klephtes« Tous, entourés de culture, rappelaient la Grèce primitive, mais embellie par le génie des arts. L'industrie avait fait renaître k fertilité sur les flancs des montagnes, en contenant les terres par des encaissements en maçonii('ri(^ solide. Les bras de quatre cent mille esclaves étaient employés à fertiliser par des arrosements ces champs artificiels oii Ton cultivait des arbres, des végétaux, des fleurs indigènes et étrangères. Ces lieux ainsi embellis avalent reçu le nom de Délices, et ils avaient tant d'attraits pour les propriétaires, qu'ils ne pouvaient en être arrachés que par la voix des céryces , ou crieurs publics, ([ui parcouraicnL 1 Attlque dans tous les sens pour les appeler aux cérémonies civiles et religieuses d'Athènes (i). Aristophane ajoutid h ces détails qui nous ont été transmis par les écrivains de rantî(|uiLt-, (juc les citoyens qui se reiulaieiit à ces solennités apportaient avec eux des vivres pour le temps de leur séjour à Athènes (a), comme les Grecs le font
<i) Pollax, Onomastic, lîb. VIII, c. 9. {%) Aristopli. Eccles. v. 307, 3o8, 309.
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Chacun portant il.in;, son sac du pain, de quoi boire, quelques oigDouii el des olives.
la VOYAGE ]>E LA GRÉCK.
(le nos jours lorsqu'ils vont aux panégjries oii la religion et le plaisir les convient.
L'économie, qui limitait le séjour des habitants de l'Attique à la ville, les rappelait bientôt dans leurs campagnes , remplies de divinités et d'illusions enchanteresses. Les demeures des riches étaient autant de palais embellis par l'art des architectes, des statuaires et des peintres. A défaut de concerts et de représen-tattons théâtrales, le ramage des oiseaux, des paysages ornés de monuments, d'autels votifs, de consécrations et de colonnes chargées d'inscriptions simples et toucliantes, leur procuraient des sensations aussi vive^ que profondes. Combien de fois un oippe funéraire , une chapelle, ne désarmèrent -elles pas un homme avide de vengeance, et ne iirent-elles pas reculer un voleur à l'aspect d'une maison abandonnée à la garde des dieux? Voici les poules de Méléagre, disait un métœce ( fermier ) , en montrant les pintades de sa basse-cour : ces oiseaux nous vienuent de Tii^tolia; lesi paons que vous voyez sont un présent de Junon ; et les faisans dont iiuiis nous rt galons quelquefois, viennent de la CoicUide, d'oii ils furent apportés en Tliessalie par les Argonautes. Les citronniers de Médie (arbre qu'on ne voyait pas encore mêlé dans la Grèce avec celui qiiî porte les pommes d'or du jardin des Hespérides ), font l'ornement de nos vergers, ainsi que les poires lanugineuses de Cydonie et les pruniers de la Syrie. Les bocagers et les treillagers racontaient comment ils employaient à Tomement des jardins les tilleuls, le buis et les charmes, en les courbant tantôt en voûtes de verdure, en portiques, en temples, ou en les découpant en dieux ( i ). Ainsi , à l'exemple des élèves dp
(i) Theophrast. Hist^Plant, lib. lY, c. 4*
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