X.IVRB XIII, CHàPITRV III. Si
tt de mon éternelle infortune. Depuis que la raison a c développé en moi le seutiment de mes misères, rien et encore n'a tempéré l'amertume du malheur. Nourri « (le la haine des hommes, trahi par ceux dont je com- « parais la douceur à celle des anges; atteint d'un mal «incurable qui a moissonné mes pères, dites -moi, «homme de la vérité, si des murmures excités par le « (Jéscspoir peuvent caractériser un athée et attirer sur « lui la colère du Ciel? Oh, malheureux Byron, si après « tant d'épreuves mortelles on te ravit ta dernière espé-
«rance de salut bieuI Ici la voix du lord
« expira»
« Son morne silence dura près d'un quart d'heure, flt Tout à coup il se lève de son sîége avec vivacité et « parcourt ma chambre en s'arrêtant devant des gra- « vures ohrétiennes qui la décorent. Un instant après « il vient à moi et me dit : — Vous souvient-il que vous « m'avez promis il y a un mois de me donner certaines «t choses que vous possédez ? — Je possède bien peu et « ce peu n'a rien qui puisse vous tenter ; toutefois para lez ? — J'ai retenu tous les mots de votre réponse , L o et vous ne pouvez plus rien me refuser. — Alors il « s'avança vers un coin de ma diambre et détachant « un beau crucifix que j'avais apporté de Rome , il le a mit dans mes mains. Je 1 oiïi is à Byrou en lui disant : « Foilà le consolateur des infortunés / Il le prit avec « transport , et le baisant plusieurs fois , il ajouta avec «des yeux baignés de larmes: — Mes maiiis ne le «profaneront pas long- temps, et ma mère sera bienci tôt le gardien de votre précieux souvenir. »
Athènes fut toujours le refuge des grands hommes poursuivis par l'adversité , dit-un des convives qui avait
52 Voyage DE LA grkck.
entendu cet entretien* Ici Pàul-Émiie, vainqueur des Macédoniens , inclina ses feisceaux devant la majesté
des dieux, protecteurs d'Athènes. «Voilà, écrivait Ci- «céron, cette Athènes mère deThumanité, des scieii'^ ttoes, de la religion» de l'agriculture, des lois qui se « sont répandues par toute la terre. Ville dont l'antî- « quité est si vénérable que son nom seul est encore te Tappui et le soutien de la Grèce à son déclin.» Brutus y vint ranimer les derniers feux de la liberté qui fut ensevelie avec lui aux plaines de Philippes. Antoine, après la perte de la bataille d'AcLium , ne put obtenir la permission d'y finir ses jours au sein de la philoso- ' phie. Que n a-l-oii pu accorder à Napoléon d'y venir terminei: en paix sa carrière mortelle! — Nous avous vu ici son geôlier, reprit un Athénien; quel homme que ce Hudson Lowe , quelle figure ! îl sera le vau* tour du nouveau Prométhée que la Sainte-Alliance, qui salua Napoléon des noms de frère , de gendre et d'auguste, a jugé convenable d enchaîner sur le rocher de * Sainte - Hélène. — La plus belle médaille de nia collection, reprit un Homain, est celle qui représente Tra« jan , jetant des couronnes à la tête de plusieurs rois prosternés à ses pieds, avec cette légende : Régna assignata^ M. Fauvel changeant le ton de la conservation nous raconta le passage à Athènes de ladi Stanhope avec le général Robert Wilson. Il nous dît comment cette illustre nièce du grandViit avait sauvé l'équipage du bâtiment quelle montait, dans son naufrage aux attérages de Cypre, et de quelle manière elle s'était fixée dans le désert de Damas, où, nouvelle Zcnobie, elle a reçu <lepuis ce temps la couronne, comme reine de Palmyre, aux acclamations des Bédouins, parmi lesquels elle a résolu de passer ses jours.
lilVRE Xni, CHAPITRE III. 53 »
Après le repas, nous visitâmes 1 atelier du maître. J'y vis ua relief eo plâtre, qu'il destinait au cabinet du roi; rÂthènes de Pausanias y était reproduite avec tous ses inoiiuiiK'iUs , ses nivellements et les accidents du terrain. J'examinai sur un autre relief en cire les ports et rades du Pirée, de Phalère et de Munichie; ces travaux l'avaient occupé depuis un grand nombre d'années. Le jardin dans lequel uous entraînes ensuite n'était pas moins riche que la cour du consulat, en colonnes funéraires, cippes et inscriptions. Je demandai à M. Fauvel, qui était alors dans sa soixante-deuxième année, s'il ne s'occuperait pas à publier son musée? jy ai pensé f me répondit-il. Mais je crains bien qu'il n'y pense encore long-temps : Buit hora volucri simillima sotrmo^ lui dis -je ! Voilà ce que nous ne voulons jamais considérer, comme si nous maîtrisions le temps.
Après le coucher du soleil, j'entrai clans le cabuiet de M. Fauvel , afin d'examiner le portefeuille qui renfer- . mait une foule de dessins faits dans le cours de ses voyages. J'admirai les plans intérieurs des principales mosquées du Caire, qu'il avait levés antérieurement à l'expédition des Francis en Égypte. Sous le costume d'un derviche il avait pénétré dans des lieux jusqu'àlors inaccessibles aux chrétiens, et je ne doute pas, s'il l'eût entrepris, qu'il n'eût fait avec succès le voyage de la Mecque et de Médine. Il m'apprit comment il était monté sur la colonne de Pompée à Alexandrie, le 1 o août 1 792 , et qu'il y avait placé l'inscription sur fer blanc, frappée avec un poinçon, que notre illustre confrère M. Conté y retroCiva en 1798.
I^ous finies ensuite la revue d'une multitude dob-
jels trouvés dans les tombeaux. I/liisloire des siècles passés se reproduisait sous mes yeux. Je vis le tableau d une pompe nuptiale peinte sur les contours d*un vase, ouvrage des artistes de la Paralte; sur d'autres Oïl remarquait des jeux, des combats et des courses de chars. Il me montra ensuite des idoles, ornement de quelque foyer domestique; des joujoux, amusement de reufaace, et des hochets qualifiés de décorations, qui appartinrent probablement à quelques centurions de Sylla. Il me fit voir une bonne déesse y objet du culte de quelque élégante initiée aux secrets du Grand- Orient des prêtres Phrygiens; des ustensiles de ménage, dignes, par leur simplicité, de la douce Melite, épouse de Phocion; un talc, qui fit peut-être partie de la toilette d'Aspasie, et une niachoire humaine avec Tobole destinée à Caron enclavée entre, les dents molaires de cet individu. Nous examinâmes ensuite les poids et leurs divisions, ainsi que les mesures de longueur et de capacité en usage dans TAttique. M. Fauvel, en énumérant ses richesses archéologiques, mêlait à sa narration les particularités de ses découvertes, qui lui rappelaient des souvenirs aussi agréables qu'ils étaient instructifs pour moi. Il me permît de prendre copie d'un de ces passeports écrits sur une feuille de plomb (i), que le grand théologal d'Éleusis délivrait aux moits, qui ne s'en souciaient guère, pour les recommander aux dieux infernaux, de la même manière que les Russes adressent les fidèles, munis de passeports , à saint IDiicoias.
(i) M. Dodwel a fait connaître ce diploiiiQ (découvert par M. Fauvel), dans son voyage jiublié à Londres ,1619.