CHAPITRE YL
Partie orientale du Magne. — Route de Mûrra h Monembasic. — État de cette vîUe. — Ruines d'Épidaure Limera. — Acropole cyclopenne en granit. — Bcip rs troglodytes. — Ports et
mouillages ilc la iive orienfale de l'Kkuihero-Lt'ïconie.
Races doriennes suivant Villoison. — Béûlé du mont Lycovouni.
J ai t nuuiei é, dans l'introduction à la topographie du Péioponcse, les capitaineries et les anarchies qui composent les divisions territoriales du Magne. J*ai dit également de quelle manière ce pays avait été détaché du gouvenieiiicnt de INIoit e ; mais avant de tracer sa topographie, je dois faire connaître le canton de Monembasie, qui est situé en-dehors de ses limites, quoique enclavé autrefois dansTEIeuthéro-Laconie (i). a II y a , or dit La Guilletière, deux grandes journées de Mistra «à Monembasie ou Malvésia. Nous employâmes trois <v nuits à les faire, pour éviter les chaleurs et pour éviter « la rencontre des milices qui filaient vers la mer, ce qui « nous fit détourner du grand chemin. Les Grecs et « les Arnaoutes chrétiens avaient abandonné leurs ca- «banes, retiré leurs ^milles dans les bois et sur les «r montagnes , de peur que les soldats turcs qui se ren- « daient au siège de Candie ne leur enlevassent les gar- « çons (le dix a douze ans, pour les vendre à des capi* « taines de galiotes.
a Le pays est stérile, plein de montagnes et de che^ «( mins mal aisés à tenir. Aussi les villages situés sur la <c route ont accoutumé d'entretenir des hommes qui se
(i) Foy> La Guilletière, Lacédèmone ancienne et moderne.
VOrKCE DE LA GA^CR.
« postent sur les hauteurs avec des tambours qu ils Kat- 4c tent pour avertir les passants et leur enseigner le che- <f min. Les Grées appellent ces sentinelles Vigla et les a Tnrcs Dervendgis ; chaque passant leur donne dix « aspres ; la peur avait chassé toutes ces sentinelles de «I leurs postes lorsque j'y passai.
« Nous vttnes force chapelles bâties sous TinvoGation cf deSte. Constaoline, nom sous lequel les Grecs dési- « gnent leur sainte Hélène; car, par une pieuse circons^ « pection, ils ne lui veulent pas donner ce dernier, craia gn^nt qu on ne la confonde avec Fépouse infidèle de « Menelas.
<c Ste. G>nstantine est en grande vénération dans la « Tcaconie, et il y a peu de gens de l'un et de l'autre
« sexe qui ne portent h leur cou une médaille sur laquelle « sa figure est empreinte à côté de celle de Constantin. « C était une espèce de monnaie que <^tte princesse fit a frapper, et il s*en trouve une infinité dans la campa* (( gne que la charrue des laboureurs déterre tous les jours. « Les chrétiens du payscroyent qu'elles guérissent du « haut mal, de la fièvre; c'est aussi Topinion générale « de toute la Grèce.
« A trois ou quatre lieues do Moiiembasie et deux « lieues au-delà du village de St-Paul, on commence a ce trouver ces vignes fameuses qui donnent le vin de H Malvoisie. Elles s'étendent le long des cotes de la mer, « jusqu'à Porto délie Botte (port des tonneaux), appelé n autrefois Cyphanta, qui est aussi à quatre lieues vers « le nord. »
. distance de Mistra h Monembasie est de onze
lieues en ligne droite et de quatorze heures de pays avec la déviation de la route : Taspérité des lieux fiiit
LfVIIK XVÎt, Cn/IPITIIE VI.
que les loueurs de ciiovaux emploient deux jours à la parcourir. M. de ChéteaubriaDd prie da village de St.*Paul dite par La Guilîetiere, et on peut conjecturer sa distance par le temps qu'il employa depuis tro^ heures du matin en quittant Sparte jusqu'à midi où il y arriva^ ce qui fait an moins neuf lieues de France. Il ne devait être qu'à quatre ou cinq lieues deMonembaste.
Dans la route ordinaire de Mlstra pour se rendre à Malvoisie, on trouve à- peu -près à une iieuede distance Tua de fautre dix -huit villages, situés sur les escarpements du mont Menalson ou Malevo. Ainsi, après avoir passé TEurotas, on découvre à main gauche Krisapha situé au couchant d'une petite rivière qui prend ses sources au mont Cizina, dont le nom vient d'un hameau situé à son versant septentrional. Une lieue au S. E., on voit Linzana, bâti au penchant d\me rivière qui vient de Psamos et de Sidaritza. Dans l'espace d'une lieue, on remarque toujours à main gauche AgrionoroSf ou l'on prend le défilé qui conduit à St- Paul et de \h dans la Gynurie, qu'on traverse pour se rendre dans la vallée d'Agladocambos fjue nous avons fait connaître en décrivant la Tégéatide. A deux lieues d'Agrionoros ^ en continuant à prolonger par sa rive gauche FEurotas, on passe au dessous deTenari, village restant E. et G. à une heure de distance de /araphouno, situé au bord d'une vallée perpendiculaire au versant dans lequel on marche. €*est deux lieues à Test qu'on place Marîos situé au pied du montThornax qui a conservé son nom ancien. Une rivière dont les sources existent deux lieues au nord dans les montagnes de Gosmopolis , qui a succédé à Clympé , arrose sa vallée et se décharge isolément dans le golfe de La-
conie près de Porto-Xyli , station navale de 1 antiqùé Héios. Zaravouoo, Goiata, Alepou-Chori qu'on signale sur la route, n'offrent rien de particulier, et il faut se détourner pour visiter les ruines de Sélines et de Géronthrès située près de Uiéraki bourgade, d'oîi Ton compte quatre heures de pays pour arriver à Monem-' basie.
Limera J^pidaurus était le nom ancien d'une ville voisine, fondée par une colonie tirée de TÉpidaure Argolique qui s y établit sur la foi d'un songe. On y montrait du temps de Pausanîas un temple consacré à Esculape, et quelques reliques, mais il ne s'y opérait aucunes guérisons miraculeuses. Il est probable qu Épidaure reçut la foi vers le milieu du dixième siècle, temps auquel on y institua un évéque suffragant du niélropoluaii de Coruitlie f i). C'était cependant une place très -anciennement importante, car Thucydide nous montre constamment les ennemis ravageant les campagnes environnantes, sans l'attaquer (a). Ptolémée en fait mention, et après avoir participé à toutes les convulsions du Pëlopouèse, on la voit prise par les Français en 1 2o5.
«( A la belle saison vers le mois de mars, les troupes « arrivèrent de tons cotés et se reunirent sur les prai- • a ries situées dans les plaines de î^icli. De là, elles « marchèrent contré Monobasia, tandis que quatre ga- <c lères vénitiennes faisaient voile en suivant la cote. « Guillaume de Yillehardoin établit alors son blocus
(1) Voyez ci^après le <;ataloguc du clergé de la Moréc. (a) Thucyd, HisJ. IV, 245, 56 ; Vï , 412; ou AifAevripa/^oA/^oja, è>chol. ib. Épidaun» V aride ouXdi pauvre. Suid. io5; VU, 4^7»
LJLVRli XVll, CHAPITRE VI.
« et resserra la place aussi étroitement qu'on renferme
le rosbignol dans sa cage. » Le chroniqueur dit ensuite comment le prince, après avoir iait jouer les trébuchets, résolu d'emporter la place de vive force, la reçut cepen^ dant à composition. Les clefs lui en furent présentées par trois des principaux habitants qui étaient Mamounas , Manoianis et Sophianos, auxquels il fit cadeau de coursiers , ^a^ia , et d'habillements tout d'or et d'écarlate , en leur accordant des terres.du coté de Yathica (i). Cédée dans la suite aux Vénitiens, par le baron Guillaume qui en était seigneur, fondé sur ce que la renonciation qu il en avait faite en faveur de Michel Paléolpgue était nulle, la seigneurie s'en empara et s'y maintint jusqu'en 1537, temps ou Soliman s'en rendit maître. Rendue à ses premiers possesseurs, elle ne retomba définitivement au pouvoir des Barbares que par le traité de paix qui attacha le Péloponèse tout entier au joug humiliant des Turcs.
Mouembasie (a) est bâtie sur une île située à une portée de pistolet de la terre-ferme à laquelle elle est jointe par un pont de pierre jeté sur un canal qui n'a pas plus de quatre pieds d Vau. L'île a trois milles de circuit et la forteresse s'élève au cpuronnement d'un rocher, dont le somm^ forme une esplanade qui a un mille d'étendue. La ville basse située au pied n'a été envuonnée que depuis quelques années de murailles qui donnent sur le bord de la mer. Celles de la forteresse sont en mauvais état, mais sa situation la rend imprenable. Les Tures ont muré plusieurs cavernes
(iV Vathica, ou Vatbi.
(a) La Gnilletière, Lacédémoiie andeniie et moderne.
5^8 VOT\CE DB LA Gl«àCB..
qui étaient dans l'épaisseur du roc, pour empêcher d'y ùàre des mines ou d'y dresser des embuscades,
La ville basse est bien peuplée , et fes Grecs y ont m archevêché dont la cathédrale est dédiée à St. George : il n*en e»ste point de plus célèbre dans ia Morée pour les miracles qu'on assuré qui s'y font par l'entremise de ce saint. Dans les régleiwents de préséance que fit l'église d Orient sous le règne d'Andronic Paleologue, le siège métropolitain de Monembasie fut fixé à la trente- quatrième placé au-dessous du trône patriarclial de Constantinople. T.e savant Arsénîus a ^ lé plus célèbre de ses archevêques; il était ami du pape Paul ni, auquel il a écrit de très -élégantes lettres. On^ de Ini des commentaires sur sept trahies d*Ëu« ripide, à savoir Hippolyte, Hecube , Oreste, les Phénieîennes, Médée, Aiceste et Androœaque, qui ont été imprimée à Venise en i534* Ces beaux ouvrages ne purent détruire l'impression causée par sa solimîssioll au pape Paul; Arsenlus fut excommunié par Pacliome patriarche de Constantinople , et les Grecs en firent après sa mort un firoukoiaoas ou i^^namt.
Le pont qui unit 111e àk terre -£prme est défendu par une tour, sur laquelle on voit le lion de St. Marc, La ville estsitjuée au S. entourée, comme on l'a dit^ d\in mur êe clôture, adossée à un rodier tàillé à pie qui est dominé parla tsitadeUe. Le Amm pour mottter à cette acropole est tracé sur une rampe tortueuse, dont diaque détour peut être battu par i'artiilene et k mottsqiseterie. La nature a créé tcvus les moyens propm à sa défense , et il n'y a que des mur» de revêtement «w endroits oîi l'on a jugé convenable d'établir des batteries. La place est garnie de quelques eouleuVrines d'une