‹ Voyage de la GrèceChapitre 201 sur 224 · LIVRE XYll, CRAPITIIK VI · texte numérisé non relu

LIVRE XYll, CRAPITIIK VI

grandeur considérable; ayant pour garnison une compagnie de sept canonniers et trente -huit hommes de mtlioes.

Une lieue au nord de Monembasie, le voyageur reconnaît les ruines d'Épidaure Limera, qui consistent en deux rangs de mars dont les angles irréguliers floîvent la forme de la montage. Les constmetious de Tirynthe, celles de Mycènes , le cèdent aux remparts de cette acropole , bâtie en polygones d'un granit ettrémement dur, polis à Textériéur et joints sans aucun ciment, avec tant d'art, que les efforts hn> mains peuvent seuls les détruire. Cet ouvrage d'un peuple de géants étonne autant par sa solidité que par Fart qui a présidé à sa direction, car les pierres forment un chaînon de clefs qui s'appuyent, se lient, se soutien* lient et composent un massif si bien calculé, que si on en arrachait des parues , on ne parviendrait pas à le faire écrouler. Il serait à souhaiter, comme l'a remarqué M. de Gastellan (i) , que nos ingénieurs étudiassent ce genre de bâtisse afin d'en faire Tapp li cation , pour les fondations, les digues, les culées de ponts, les murs de soutènement et même ceux de fortification.

Les bergers parquent maintenant leurs troupeaux dans cette enceinte, remplie de citernes, de voûtes , de décombres entremêlés de broussailles et de fûts de colonnes, qui appartinrent aux temples de Minerve, de Vétius et d'Esouhpe, divinités particuiièremént révérées des Épidauriens. La côte qui avdisiné ces ruines est parsemée de grottes , asyle ordinaire des pasteurs qui y

(t) Lettres sur la Morfée par GascellaD, 1 1.

58o VOTAGC DE LA GRèCB.

vivent dans un i lat voisin de lu barbarie des siècles héroïques. Un mur en pierres sèches, quelques ÙkgjOts d'épines placés à Teutrée des cavernes, reoferment pendant la nuit les familles, les maîtres, et les innocenls iiiiiinaiix soumis à leur surveillance, tandis que des chiens de J^couie font la ronde et veiUeat pour avertir de l'approche des bêtes féroces ou des voleurs. Des vases de terre pour cuire leurs aliments, des jattes en bois, des clayons, des liaUt.s de Icuilles de palmier, des panetières, des houlettes, des Mtes.de roseau, des outres pour conserver le fromage, quel* ques tissus grossiers en poil de chèvre pour se couvrir, . des barils dans lesquels on garde de l'eau fraîche, sont les ustensiles et le mobilier de ces nomades, que tout le diamètre entre les premiers âges du monde et la civilisation sépare de r£urope qu'ils habitent sans se douter de notre luxe et de nos arts dont ils ignorent jusqu'aux produits.

La baie d'£pidaurus Limera est terminée par le cap Minoa, sur lequel on remarque les restes d^une tour. Les gorges et les vallées voisines sont, comme toutes celles du midi de la Moree, remplies de bosquets d orangers et de citronniers; les sites les plus pittoresques sont occupés par des châteaux à ponts*levis , pareils à ceux qu'on voit dans l'Epire; et cette contrée où Ton trouve tous les climats, en s'élevant dans les montagnes, serait le séjour le plus prospère de la terre, si elle était régie par des maîtres équitables.

IjC portulan de la côte offre , en remontant vers l'Argolide, les mouillages de Kari ou Zarax, Porto Botte, Poulithra, Lenidi, Prasise , Phokianos et Astros , dont

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LIVAE XVIT, CHAPITRE TI, 58r

les distances sont indiquées sur la carte. 11 y a peu de ruines dans l'intérieur du canton de Saint-Pierre. «Mais «il existe, dit VîUoison, une antic[uité beaucoup plus « importante, qui a fixé mon attention. J'avais lu dans «quelque relations, que les IMamales parlaient encore « l'ancienne langue grecque. J*ai vérifié qu'ils n'en con- «senraîent que quelques mots, mais j*ai eu le bon-p « heur de retrouver le dialecte dorique et lacédémo* « nien dans la bouche des 1 zakoniotes descendus des « Eleuthéro- Laçons. Ils occupent un pays montueux, «et possèdent trois villes qui sont Prasto, Castanitza « et Sitina. J'ai fait venir des gens du plus bas état , qui «ne savaient ni lire ni écrire; je leur ai demandé les a noms decliaque chose, je les ai écrits sous leur dictée, « et j'ai remarqué avec beaucoup de plaisir que c'étaient « presque toujours les mêmes dont se sont servis Pin- «dare et Théocrite qui ont écrit dans l'idiome do- «c rique. ... Je suis en état de publier maintenant une « grammaire et un dictionnaire lacédémonien ( i ) ».

Si ou descend, à partir de Monemhasie , en tirant vers le cap Malée ou Saint-Ange, a une lieue de distance se présente Kyparissi, les salines d'Acotukia, le cap Epidelium , et le promontoire sur lequel on a bâti une chapelle dédiée à saint Michel, à la j)lace d'un temple consacré à Apollon. Les Grecs croyent que Farchange se tient debout à l'extrémité de cette langue de terre, agitant les vents et repoussant les vaisseaux, tant que bon lui semble; aussi les marins ne manquent jamais de lui adresser des vœux en approchant de ce

(i) D'Anse de Vilioison. Lettre au comte de Vergcnncs, ^thèues, a4 juin 1785. Ms. des aff. étrangèi:câ.

58a VOYAGE DE LA 6IlàO&

cup, qu'ils suraommwt Xylophage ou maDgeurde vaifr^

seaux (i). L'intérieur du pays, qui est habité par des Xk)iriens dp. race pure, na encore été visité en détail par aucun voyageur. Le versant occidental n'est connu que des navigateurs qui ont pointé sur leurs cartes la baie de Bœa, l'île Oniignathe ou Servi, repaire des pirates , et une foule de mouillages que les seuls habi* tants de Cytbère fréquentent pour y frire un commerce d'échange peii considérable.

Le climat est tres-tempéré dans toute cette région , et quoique voisins de Cérigo , les habitants ne connaissent pas les hernies , maladie qui afflige plus d*un cinquiènie de la population des Cythériens, à cause de l'usage trop fréquent qu lis font de l'huile. Tout le fond de la mer, qui est extrêmement poissonneuse, est ta» pissé de corail que les Napolitains exploitent, sans que les Grecs aient encore songé à entrer en partage de cette branche d'industrie.

Le havre principal du golfe de Laoonîe est Marathonbi, d^oii l'on compte quatre lieues jusqu'à Golo* kvna, en contournant les sinuosités du rivage. Nous signalons ici le gisement de Marathonisi, auquel nous rattacherons le péripW du Magne, afin d'indiquer rapidement l'embouchure de l*£urotas et les positions principales de sa vallée inférieure.

Entre Tsyli, nom moderne d'Uélos» et Monembasie, Ja distance est de cinq lieues, et d'une lîeue £, O. de Colokyna, près duquel on place les ruines de Gythium, qu'on prétend être submergées. Xoutc cette partie de la

(i) Bernard de Brydenback, Mayence i486. Pachyuj. in Mich. Paleolog. , 1. V, c. 21.

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LITRE XTII, CHAPITHE VI. 585

Laconie reste à explorer, jusqu'à Jiardounia, où Ton se rend pour prendre le défilé des Meiinges, qui conduit dans la Messénie eo traversant le Lycovouni par Potamia , Milîas , Pigadia , d où Ton arrive sur le versant occidental du mont Taygète que nous allons décrire en parcourant ses deux cotés opposés qui termineront notre topographie de la Laconie (t).

Le défilé que nous venons de jalonner n'est connu que par des renseignements, h cause de 1 anarchie dan peuplades qui habitent cette région. Nous nous contenterons donc de dire qu'il y a environ douze heures de marche entre Bardounia et Calamate, dont nous parlerons dans le livre dix-imiLicme qui cumprendia la topographie de la Messénie.

(i) La traverse entre CalaniaLa et Mistra n'est que de huit heures. Lechcinm est très-mauvais et comme il faut passer au ^^lIage de Pigadia» qui est habité par une peuplade de voleurs, il est rare qu'on ii'v soit pas dépouillé. L'archevêque de Moncmbasie y lut conipiètemcnt dévalisé de mon temps. On en agit à la vérité à son égard avec une sorte da respect, en lui demandant pardon de la lièerté grande^ tandis qu'on hii enlevait pièce à pièce tomt ce qo'il possédait. On exigea ensuite de sa sainteté l'absolv* tion en bonne forme ^ avec ta promesse écrite qu'il n'cxcommunierait pas ceux qui l'avaient volé, quand il serait hors de leurs mains.

VOTAGB PE LA GmiCE.

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