CHAPITRE VIL
Partie occidentale du Magne. — Ainiyros. — Stavro - Pitj;i. — Zarnatc. — Doloiis. — Kytriès. — Ciiitlamylc. — Capilames et Capitainessc maniâtes, — Habillements. — Usages. — Platza. — OEfvlos ou Porto -Yiiylos. — Chimôva. — Zygos. — Cacovouniotcs. — Ténare. — Kolokythia. — Marathonisi. — Ruines de Gythium. — Mœurs des Maniâtes. — £tal militaire. — Population. — loschptioDS.
Jje. Magne proprement dit est Ta partie de l'Eleii»
théro-Laconîe comprise entre les golfes de Rolokythia et de Calamate, et en faisant route au midi, on arrive dans la première de ses divisions qui est cdle de Gapitanakis , Êtmille ancienne du pays. Elle s'étend le long de l'Aris, et on suif probablement le sentier qui conduisait d'Abia à Pharae, ville fondée par un fils de Mercure et de Philodamie, issu de Danaùs. On ressaisit les traces de Thistoire en arrivant à une fontaine sakc qui donne le noçi d'Armyros au premier port du Magne du côté de laMessémc, dans lequel ses eaux se déchargent près des ruines d*Abia, situées à peu de distance au midi. On est à deux lieues de Galamate , qu'on peut aligner du haut d'une tour carrée bâtie auprès de ce mouillage , oîi les vaisseaux du commerce relâchent en hiver^ Cent pas environ au nord, et à dix brasses perpendiculaires au-dessus du niveau de la mer, on voit jaillir ia fontaine ou plutôt la riviérx? • souterraine d'Armyros. Elle sort d'une colline sablonneuse, d'où ses eaux coulent sur un talus pavé en dalles, qui les verse dans des canaux sur lesquels on a établi des nioiilms à blé. Les habitants prétendent
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lilVAE XVII, .CHA.PITRE VII. 585
que cette rivière augmente quand le vent du nord
souffle dans l'arcliipcl, qu'elle roule alors des algues marines, et que, par les vents du sud-ouest ^ son cours diminue considérablement. Pour rendre raison de ce phénomène, ils racontent qu*il existe une caverne consitlt rable sur la cote opposée de la Laconie, dans laquelle les eaux s'absorbent avec plus ou moins de violence, suivant la direction des vents; mais comme on ne désigne pas l'endroit où existe cet antre, ce phénomène peut être révoqué en doutu, quoiqu'il u ait rien de contraire aux lois de la physique.
La seconde capitainerie après Armyros est celle de Stavropigi , qui est la partie la plus fertile et la mieux cultivée du IVIagne. La cote , bordée de récifs, présente une foule de criques propres à recevoir des bateaux pirates à rames , que les vents de terre empêchent de poursuivre dans leurs retraites, à cause des embuscades, d'oiiTon serait assailli par une fusillade meurtrière. On compte, dans l'étendue de cette capitainene , les bourgades de Zamate, Yarochi ou Yaroussi, Mandiniès, Dolous et Kythriès, qui sont situées dans un rayon de quelques lieues de la mer. Ces deux contrées, qui forment la frontière septentrionale, présentent une barrière impénétrable aux Turcs. Toute la ligne est flanquée de hauts et inaccessibles escarpements garnis de Taboria ou épaulements formés par des excavations pratiquées dans le rocher , et à défaut par des tas de 'pierres. Un peuple brave, quand il esta Tabri des coups, connaissant tous les sentiers de ses montagnes , armé d'excellentes carabines , se dispersant et se rassemblant avec la même facilité, possède les moyens de harceler, de combattre en masse , et d'anéantir un ennemi qui
t«oterail une attaque de froqt. Une aggression par mer ne serait pas moins périlleuse , car pour pénetier le
long de la côte, tandis que les Maniâtes occuperaient les hauteurs, il faudrait uu courage et une discipline supérieurs à celui de la- soldatesque turque. Alexandre Gomoundouroy qui était le cbef du second capitaaat en i8i5, avait fixé sa résidence à Castron, espèce de tour dans laquelle il soutint,^ quelques années au|>aravant, un siège de plusieurs jours contre le liecUa^ hey ( I ) , chargé de recouvrer les ooniributions du pays^ qui Tattaqua avec trois pièces de canon de gros calibre, et duquel ii obtint une capitiilatiou honorable. Ces châteaux situés dans des positions Ibrtes, et en apparence mal construits, qui ne seraient qu'un fiiible obstacle contre nos moyens militaires, ont toujours coûté des Ilots de iiang aux Turcs, et sont un des grands moyens de défense d'un pays dans lequel on ne peut traiîner d'artillerie. Cela fait que les garnisaires du ca^ pitan pacha ne reçoivent desManiates qu\in don gratuit, plutôt que des tributs réguliers. Cependant, comme le Magoe a une population disproportionnée à la fertilité de son sol, qui nécessite des importations en grains^ les deux enclaves dont nous parlons se soumettent parfois . au paiement du caratcli, afin d'obtenir la liberté du commerce. Mais dès qu'une année de fertilité, ou la contrebande, leur fournit des denrées céréales, alors les montagaards paient leurs redevances à coups de fusil aux percepteurs du sultan. Tout compté, ils donnent plus de balles que de piastres aux prépo-
(i) Cuutre-amirât tiiic que le CajMUii pacha déiâckc ordiuaivemeni pour percevoir les tributs du JV|agne.
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LIVAK XVII, CHAPITBB VIT. $87
ses de $a Hautesse , qui ont plus d'une ipis payé euxmêm» les contributioos, au prix de hurs oreUles et de ieuts ceiittures bien garnies ^ comme le dit la chanson des Eleutliéro- Laçons.
Le territoire 4e la ^iessenie finissait anGÎenqçuieiit vers Gardamyle, partie de la cote oii commepee la troisiène capitainerie, qui est celle d'Androvistas, dont Scardamoula est le chef-lieu. Ce village qui est lial)ité " par vingt famiUes grecques, se trouvant à dix minutes de la mer, n'occupe point la position de Cardamyle qui existait à soixante stades- de la plage (i) ni remplacement du temple des filles de Ncrée. Le voyageur, arrivé sur ce terrain, comprend comment le Magne est à Tabri de toute espèce d'invasion, lorsqu'on lui explique 4e quelle manière les villages sont abandonnés par leurs habitants au moindre signal , et comment les' hommes, les femmes et les jeunes filles exercées aux armes, éparpillés en tirailleurs à Tabri des rochers fi>nt feu contre les assaillants , en disparaissant d'es* carpements en escarpements, jusqu'à ce qu'ils aient anéanti le dernier de leurs ennemis. Ils racontent, et on ^ime à leur entendre dirç,la victoire qu'ils remporter^ sur les forces réunies des pachas de Morée et de la ilotte turque, qui trouvèrent la mort au pied des rochers de . Cartlaniyle, Un monceau d'ossements blanchis, entassés au*fondd'un précipice, sont le trophée de cette journée, dans laquelle dix mille Turcs furent battus , et |a dévastation de quelques hameaux vengée par Kncendîe de Mistra. Le^ Maniâtes de cette région montrent, à peu de distance de Scardamoula, une grotte «i^i, $uiva<U-
(i) Paus.,Ub. c. 36.
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Pausanias ^ renfermait des objets dignes d'être vus , mais on n'y trouve plus que des sarcophages creusés au ciseau dans le roc, sans inscriptions et sans ornements. La capitainerie qui comprend un grand nombre de villages , est régie par Panagioti Moursino ^ dont le père, décoré du titre de Bacb-Bagou en 1780, fut pendu en uniforme russe aux vergues du vaisseau de Tamiral Gazi Hassan, à cause de ses pirateries. Les attérages de cette partie de la cote sont exposés aux^ vents du midi , et on ne peut même s*abriter en été , que derrière un rocher qui est éloigné d'une demi» portée de canon du continent.
Les habitants passent pour être adonnés à la piraterie, et cependant la plus touchante hospitalité règne dans leurs mœurs. Cruels et perfides sur mer, le voyageur qui les visite, en se confiant ii leur loyauté, est escorté de proche en proche jusque dans les régions les plus sauvages du Taygète. A la vérité, il faut se garder de lever des plans ; mais on peut séjourner partout en sûreté. On ne doit pas non plus man(juer,en passant devant la demeure d'un capitaine , de lui rendre visite, cela serait regardé comme un affront, parce que llionneur de recevoir les étrangers est pour les Ma- - niâtes d'un très-grand prix. Un hôte est un objet sacré, l'insulte qu'il recevrait devient une affaire personnelle, son injure l'objet d'une vèngeance, et ses dangers ainsi que leurs suites fâcheuses une tache ineffaçable pour l'individu, sa famille et sa postérité, si elle n'était pas lavée dans le sang de l'assassin ou du voleur dont il aurait été la victime. , L'extrait d*an voyage dans le Magne , fait au moment où je parcourais la Messénie, prouve que le&
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