‹ Voyage de la GrèceChapitre 25 sur 224 · LIVRB XIII9 CHAPITRE IV · texte numérisé non relu

LIVRB XIII9 CHAPITRE IV

« Passons vers ce plan inférieur. Montez sur ce socle « taillé dans la pierre ; vous êtes à la tribune aux haa rangue»^ d'où la voix de Démosthène appela vaine- « ment les Grecs à l'amour de la patrie, en les invi- « taiit à s'armer contre Piniippe. Vous conviendrez « Fnyx était bien nommé, car les citoyens d'A-

« thèoes devaient y être entassés et suffoqués par la « ciialeur du soleil. C'était, comme tout rintlique, une « véritable cohue ( t ). »

-:1a Guilletière dans son Athènes ancienne et moderne Si' (onleiite de nommer l'Aréopage. Spon paraît scLre U'ompc sur son rinplacemeut^.c^uaud il dit : c Au QMdî ^U.teniple de Thésée sont les masures de TAréo* page, ^Qt les fondements sont en demi -cercle, de prodigieux quartiers de roche tailler en pointe de dîaiiHMH» Us soutiennent une esplanade d'environ cent quafiùite pas de long , qui était proprement le lieu oîi se tenait cet auguste sénat. » II parle ensuite tl une tribune taillée dans le roc, et de l'église de Saint- Beoçpif. qit'on croyait bâtie sur Templacemetit dé la maison de cet aréopagilc prétendu. Les évéques d'Atii^ngji^y^ avaient alors leur, demeure , et le soi-disant twQQûaiêwr de aaint Denys, Anthimius, lui montra un niiM0ëntdes œuvres de ce saint qui serait bien curieux, Jjl à ce sir|< 1 le voyageur, s'il elaïL aiilliLiitii|ye, puia^p^ie) nom de la l'rinité^ qui ne se lit pas dans réeiitpff» ;iiwttle, s y trouve exprimé.

Je n'userais assuicr d après 1S\. 1 auvel que les ca-

( i> Tl)ii( vd.lib.Vîfï, 5**^,97; Kuslath. in lIoiDor. «i, p. i3'22^ Âi !>io|)h. I.(|inL. i6j j Thcsmophol*. G/|G, 665 , ii34j Vcsp. 3j;

64 VOVA.GE D£ LA GRÈCfi.

vi aiix creuses près du Pnyx soient les prisons de TAréopage, quoique leur position convienne assez bien à la scène rapportée dans lePhédon, relativement au coucher du soleil, dont on pouvait encore voir la lumière dans les uioutagno<;^ quand il avait cessé d éclairer Athènes. Jnylusel MelUus peuvent me faire mourir ^ mais ils ne sauraient me nuire; au lieu de cette sentence qu on devrait y lire , nous trouvâmes dans celui qu^on appelle le grand cachot ^ une offrande aux mires, consistant en un gâteau de froment, une coupe remplie de miel et quelques grains d'encens déposés sur une pctit(^ nappe en toile neuve de coton. C était Toblation de quelque jeune athénienne désireuse de savoir si elle serait mariée dans Tannée. Comme une personne de notre compagnie emporta ce présent mystique, et que c'est un augure favorable quand il disparaît, on n*aura pas manqué de croire que c'était une acceptation des mires ou bonnes déesses; reste à savoir si lathénienne aura été mariée.

Tandis que nous reposions à l'ombre de ces grattes, nous parlâmes de la colline du Musée, que les modernes appellent Sezio, qui fut toujours funeste à Athènes. Que le poète Musée y ait chanté ses vers, et qu'il y ait réuni , pour la première fois, les Athéniens au son de sa lyre, ces avantages ne peuvent être mis en parallèle avec les maux réels quelle a causés à la ville. Ce fut là que les Macédoniens, Mithridate, Sylla et Mahomet II s établirent pour assiéger Tacropole, et c'est de cette plate -forme que partit la bombe de Morosini qui mutila le Parthénon.

Si on fait attention aux Pnyx on serait fente de penser que les Athéniens croyaient à Timmortalité de leur pa-

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trie, car ils avaient construit cette enceinte pour l'étx^r»

nité. Dans laïc étendue de pliis de quatre cents pas, le sol est couvert de quartiers de roche si bien liés, qui! estime* possible d en rien détacher. L'herbe et la roquette crois^ sent à peine dans quelques unes de leurs fentes. On s'îniagiru.'iait quoii vieiiL de lever la beanee cruuc îles a^sciiiblées de ce peuple jaloux de son indépendance, qui, séduit et trompé par ses orateurs, donna les plus terribles exemples de la légèreté humaine et de l'enthousiasme pour tout ce qu'il y eut de hrdu dans le monde. Démosthène^Isocrate, Périclès, ont harangué la multitude du haut de cette tribune/G'est ici que furent proposés rempi'lscjnnênieiiL de MilUade , l'ostraci^nie de iliéuustûcie et miixi de Phocion; cest là que leurs sentences filrent écrites et proclamées. Combien de fois le eri de liberté ébranla les échos de cette colline ! Que la iin de lliistoire d'A-Uièuea e^l affligeante! Quel silence règne maintenant au Xrigone! celte solitude épouvante... Athènes au pouvoir des Turcs! la voix de leurs muezzins frappant les aîrs! il serait moins douloureux d'entendre mugir les taureaux dans le Partbénpn. Ën faisant ces réflexions, je me rappelai que JA. de Chateaubriand avait rêvé, quelques années aup;ii a\ ;int , aux mêmes lieux, sur la possibilité de k régeucfiitiou de la Grèce, iieiicnes, m'écriai -je, le ct^nt^re des martyrs vous convie aux iétes de la vie* toîre, et moi j'ap})rendrai au monde les noms des premiers héros qui se présenteront dans la carrière où , Siliâiâ^ant vos oppresseurs , vous uionlrcrcz au monde qtie voua êtes dignes de vos ancêtres ; que la Croix devienne le signal de votre insurrection ; vous vaincrez suuà ce signe*

66 VOTAGB DE LA. Gfticîe^

Dans le cours de nos promenades nous visitame;» ^ près de la porjte du Pirée, un caveau funéraire creusé dans le roc, qu'on dit être le tombeau de fiimille de Ci' mon.Vusous un certain angle de luniière^on parvient à lire sur son ouverture le nom de ce héros. Nous étions occupés à le déchiffrer, quand un tieillard, tel que Phitlias aurait pu le choisir pour modèle du dieu do l'éiû(|ucnce, nous salua modestement. Sa tête, bien dé* tachée des épaules, légèrement penchée en avant, se» traits nobles, sans être réguliers, ses yeux brillant dua doux éclat, lu candeur de son large iront, sur lequel on apercevait les premières lignes de Tâge, la teinte prématurée delà vieillesse imprimée sur sa barbe, auraient pu faire croire que Zenon reparaissait sur ces bords, s'il ne nous avait appris qu'il était un religieux du mont Athos, venu pour annoncer la parole du Seigneur dans TAttique pendant le carême de TA vent qui précède la fête de Noël. Un Grec se jeta à ses pieds en l'appelant despota ? iVoi^, répondit le sage, jé suis votre ami et non un maUre : il nous bénit en s'éloi^ gnant. Je crus entendre le mot de liberté frémir sur ses lèvres: car ce sentiment, précurseur d'une grande crise, fermentait dans la Grèce; on venait de fonder une académie dans Athènes.

£n quittant la porte du Pirée nous montâmes aa théâtre d*Hérode Atticus, d'où Ton aperçoit au milieu des champs labourés une colonne, seul reste du palais de i archonte roi, qui était le second magistrat de cet ordre ( i ). Nous nous rendîmes ensuite à la fontaine Gallirrhoé. Les neuf tuyaux qui^ravatent bit surnommer

(i) Pollttx, lib. YUI, 0. 9» Seg. 85.

Digiti^uG Uy

ttVAK Xfll, CHAI^rTIIfe fV. fty

Ënnéacrounos (i) ont disparu; et son cour», dirigé par des conduits souterrains, sert maintenant à l*irri* gation de quelques jardins. Les Atliéiiieuncs qui soujjirent après les grâces de la fécondité , et celles dont les Tœux sont comblés par une grossesse, ne manquent guère de venir se frotter contre un rocher voisin de cette source , en invoquant les Mires ou Fées de leur être propices (a).

A peu de distance nous commençâmes à prolonger par sa rive droite rillissus, qui un. dVaii que dans la saisons des pluies. M. Fauvi l nous fit remarquer l'emplacement d'un sacellum dédié aux muses iUissiemies) mais nous ne vtmes plus le trictinîon dont parle Id Guilletière, ni le pont de trois arches de quarante pieds de large qui donnait entrée dans le stade* M. Fauvel nous apprit qu'on en avait employé les matériaux à la construction des murs d*Athènes, ainsi que de ceux d un couvrnt de religieuses qui était bâti sur ce pont. Il nous fit faire un détour, afin d'entrer dans le stade par un souterrain , dans lequel nous trou* vâmes encore une offrande aux Mires.

Hérode Atticus avait revêtu le stade en marbre pentelique ; et sa spoliation est telle qu'on ne se don*

(i) On a trouvé tout aapr^ le firagneat siiivsiit d'une in* Bcriptiont

KALLII ILOREA KERRO WIKO

(aj Voici la lormule magique qu'elles emploient i

teraî( pas de cette magnificence, car à peine y en trour

vai-je un fragment. Cependant, le pont qui y donn£^it entrée, les vingt rangs de gradins qui Tentouraieut, le pavé, les bornes, les citernes, le temple de la Victoire, tout était de marbre blanc. On voit près de l'en* droit où exista le pont, les lieux où étaient plàcées les statues de l'Épouvante et de Mercure. On peut , avec le secours de Pausanias, conjecturer l'endroit oît le vainqueur , couronné de lauriers, sacrifiait à Diane agrotère , mais on ne donne que des expiicatious conjecturales sur le souterrain que j'ai indiqué. Était-il pratiqué pour la commodité des chars, pour soustraire les vaincus aux dérisions du peuple, ou pour y renfermer les animaux qui depuis le règne d'Hadrien servaient aux spectacles des arènes que les Romains oiïrirent aux regards des Grecs, sans pouvoir nationaliser parmi eux ces jeux sanguinaires?

Nous repassâmes riUissus pour entrer dans des champs labourés, au milieu, desquels M. Fauvel nous fir voir ce qu'il appelait les restes du I>ycée et du temple d'Apollon. Il ne put pas, comme lors du passage de M. de Chateaubriand, nous prouver l'existence du temple de là Ténus aux Jardins, en' nous montrant ses vieux myrtes; on les avait coupés pour chauffer le four, et son désappointement était plaisant. Enfin, après avoir fait un grand détour jusqu'au bas du mont Anchesme, qui s'élève à quatre cents pieds au-dessus du niveau de la mer, nous rentrâmes en ville par la porte du Lycée, qui est maintenant appelée Boubonnistra, la tonnante^ k cause du bruit continuel d'une fontaine située dans son voisinage.

Au retour de mes excursious, je repassais avec

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