LIVRE XIll, CHAPllilK IV
M. Fauvel le oours d'iirchéologie et d'histoire qu'il m'avait expliqué sur le terrain. « Depuis le voyage
«de la Gnilletière , imprimé en 1676, et celui do « Spon , qui est de la même époque , TAtliquc a élé « Vue et assez incomplètement décrite par une fouie voyageurs célèbres. Je ne vous citerai point « Paul Lucas, qui y parut vers l'année 1706, et je V m'abstiendrai d'en nommer une foule d'autres , ne « prétendant pas m'ériger en juge des vivants et des « morts. 11 faut avoir vécu long -temps dans un pays « pour ea parler d'une manière convenable sous tous cieè vapports. Ici, comme dans toutes les villes de « Torqtiîe, il est nuit pour tout le monde quand le «< soleil est couché. Au lieu des joyeux banquets des
savants , des entretiens des courtisanes , chacun ne « ^ngë qu'à* dormir , pour se lever à Taurore , et on « K» ^en porte pas plus mal; aussi parle-t-on de la « longévité, des Athéniens qui est devenue proverbiale. « Tous entendez quelques bruits sourds ^ mais ce sont « oeta' des moulins à l'huile, qui sont jour et nuit « en activité dans cette saison. On ferait volontiers % autre chose, car on aime le plaisir. Si vous vouiez « réunir les Athéniens^ il suffira d'engager deux vio- « Ions à votre service , et de tenir votre porte ouverte ; « on dansera pendant une semaine, on boira à l'ave- « nant, et, à l'exemple des parasites de l'antiquité, on « emportera jusqu'aux meubles du logis. »
L'usnge est antique, mais avez-vous toujours des usuriers ? gens qu'on voyait sur la place de Mars, n'ayant que la peau sur les os^ dont les regards renirogttés annonçaient l'inquiétude et la mauvaise huliieur, qui faisaient du palais de justice un enfer pour
les pauvm débiteurs , qu'ils plumaient et roiogeaient jusqu'aux os(i)?
« Le monde n'est pas deveou meilleur eu vieillissant. « Nous avons ici des écumeurs de bourse qui ont^ c comme autrefois, des obligations dressées en blanc, a où la somme et les intérêts doivent être spéciliés. Le « change maritime est de dix-huit à quarante pour cent, « suivant les mers pour lesquelles un navire est destiné, « et le temps de sa navigation. On prête, en généra), sur « gages à vingt pour cent; et la plus forte usure avait « été jusqu'à présent de douze pour cqnt par lune, « ainsi que cela se pratiquait jadis au Pirée et à Rome; «c mais nos Albanais font mieux, en donnant au taux de « soijuinte^ix par mois. Voici comme ils procèdent : « en prêtant une piastre de quarante paras, ils stipu- « lent qu'on leur en payera im para d'intérêt par jour, « de sorte qu'au bout de sixsen^aines ib ont doublé leur « eapital, et ruiné un malheureux dans le terme 4*un ff an* A la vérité , le cadi prend le dix pour cent sur a la somme; et comme c'est à la partie gagnante à Cl pay^r ses épices, quand Taffiiire est portée devant ff son tribunal, cela diminue un peu les profits du « prêteur. Au reste, soyez sûr qu'on rectouvre diffici-- « iement le capital , et qu'on peut dire à bien des • « en&nts prodigues : Divertissez ' vous à prendre de « l'argent à intérêt; laissez les calculs inquiétants « aux usuriers qui sont sans cesse occupés à suppu- « ter avec leurs doigts {%) , car la mer est voisine, « les montagnes sont hautes, et un débiteur insolvable
( i) Plutarch. Traité contre l'usure, § 4 ; Alciphr. epbt. xvm. (2) Antholug. lib. l.
Digiti^uG Uy
|«IVA£ XIII, CHAPITRE IV. 'Jî
tt a bientôt changé cFair. La bonne ville d'Odessa, qui a est le réfuge des pécheurs, Smyrue, Ck)nstanUnople « la bien gardée et TÉgypte, sont des lieux d^a^le « ou les poursuites n'atteignent pas même un meur-
fi trier.
V Âu demeurant, les Atliéniens sont toujours les 0[ meilleures gens du monde, quand on leur laisse
« faire ce qu'ils veulcnr. ; et la colonie osinaiiljque, inic troduite ici par Mahomet II , s'est teiien^ent grécisée,
qu'elle n*entend plus le turc* Les vaincus ont triomplié !K des conquérants; il serait bien faux de dire que les « Grecs ont cessé d'exister, car ils sont les maîtres » partout. Ici , par exemple , il n'est pas rare de les d voir enlacer les Turcs dans leurs intérêts, au point « de sVn servir pour metue en pièces les vnivodes qui « veuieut les opprimer, lis ont plusieurs fois, de con- « cért, assiégé la citadelle, et jamais ils n'ont manqué <f de faire révoquer les gouverneurs qui n'étaient pas à « leur convenance. Ce n'est qu'au nom du paclia de a TEubée qu'ils tremblent ; les Turcs de cette île sau- « vage font plus de peur aux Athéniens que le fironi( cernent des sourcils de Jupiter adoré dans les tem- « pies n'en faisait à leurs ancêtres, qui s'en moquaient «' ensuite sur leurs théâtres.
u Tout est grec ici. » Comme en Turquie? ajoutaî-je. «Notre £urope même , si lîère aujourd'hui de sa supé- « riorité, serait confondue par le moindre savetier de « la rue des Trépieds , 8*il disait aux Turcophiles que <i nous tenons des Hellènes jusqu'à la méthode vulgai- « rement appelée^ lancastrienne. Lisons ce que dit à ce « sujet la Guilletière.
« I^otre janissaire nous proposa d'entrer chez un
7^ VOYAGE PE LA GRisCE.
« maître d'école ( dklascalos ) , qui demeurait aux en- « virons du temple de Xbésée. Nous trouvâmes une R trentaine d'enfants, assis sur des bancs, et leur ré- « gent à latéte, qui leurmontrait à lire. Le janissaire « le pria de ne point interrompre ses leçons, pour nous « en faire voir la méthode, que je trouvai très-ingénieuse. « Il s'en faut bien que la notre en approche , car le « maître pouvait faire lire toute sa classe h la fois sans o confusion, et d'une manière à tenir toujours chaque «c À»lier attentif à ce que les autres lisaient. Ils avaient « à la main chacun un livre semblable; et si, parexemple, « il y avait trente écoliers, il ne leur donnait à lire <c que trente mots d'un discours continu; le premier « ne lisant que le premier mot, le second, que le second, « le troisième, le troiMcme , et ainsi de suite. Si chacun a lisait correctement son mot, il leur en faisait lire « encore trente. Mais si quelcju*un venait à manquer, te il était incontinent repris par Técolier d'après, (jui ic était exact à Fobserver, et celui-ci était encore ob- « serve par le plus proche, chacun se renvoyant le « mot, jusqu'à ce que les trente mots fussent lus, '<c de sorte que les trente écoliers étaient toujours en « haleine, prêts à se reprendre, chacun se piquant^ « d'honneur d'être plus habile que son compagnon, et « la leçon d'un parliculier devenait la leron ( ommune, « où ils se mêlait une continuelle émulation. Mais pour « empêcher que chaque écolier n'éludât cet ordre, en se « préparant seidement à son mot particulier, Tordre « des places n'était point (ixé pour toujours; et celui « qui à une leçon avait été placé le premier était « mis dans un raui^ interrompu à une seconde. Yoilà <( comment il ne fallait qu une leçon pour toute une