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pieuse sollicitude. Celle d'Athènes date du siècle de Tx)iiis XIII. I^e P. Paul d'Yvrée honorait, lorsque je la vis, cette retraite par ses vertus, sa douceur, et la plus touchante hospitalité. Son oratoire, placé dans le monument de la tribu Acamantide, improprement appelé lanterne de Démoslhène ^ dont on voit un modèle dans le parc de Saint-Cloud, attira mon attention. Je savais que le P. Simon avait acheté la lanterne, en i658, d'un Grec, pour la somme de trois cent cinquante écus, et que le vendeur ayant voulu faire résilier son con* trat, dans la crainte que ce monument ne fût endommagé, le religieux fut confirmé dans sa possession, «i condition de le respecter et de le montrer aux curieux qui voudraient le voir.
La tradition porte que le P. Simon manqua d être enveloppé dans la proscription des derviches qu'on bannit à cette époque de la Turquie d'Europe. Son couvent était devenu une école, où il instruisait la jeunesse d'Athènes, qui chantait aux heures de récréation le symbole des apôtres, qu'on avait fait mettre en musique, et dont la vivacité d'esprit et la docilité étaient telles, que ses progrès surpassaient tout ce qu'on en pourrait dire. Mais autant le bon P. Simon s'était fait chérir, autant le P. Richard, par un zèle indiscret, avait manqué de tout compromettre quand il répondit au beglerbeyde Caramanie, qui lui demandait s'il était vrai que les religieux francs ne buvaient jamais de vin qu'à la messe : — « Ce que nous consumons à l'autel «est le vrai sang du fils de Dieu, toute autre opinion « est damnable!... » A ces mots, il v eut un soulèvement général dans le divan du pacha, qui arrêta la fu-
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reur de ses janis&aires en disant : IVe voyez»vous pas que cest un malheureux étranger qui ne sait pas parler notre Langue? allons prendre Candie.
Il est des croyances qu'il faut garder pour soi et pour les siens 9 car ceux qui prétendent qu*on doit souffler le feu du ciel envoyé sur la terre^ ont fait plus de mécréants que de prosélytes. Le père Louis, de Paris , capucin , ancien Ueutenant*colonel dans le régiment de cavalerie du maréchal de La Motte Houdancour, en dut être convaincu à ses^ dépens. Ayant donné en récompense à un jeune Grec d'Athènes un agniis ^ dont il fut dépouillé dans la rue par un autre entant turc, le père, qui se trouvait là, craignant la profanation , arrêta le Turc par son dolman, qui se déchira. Aussitôt des mahométans témoins de ce qui se passait crient à V infidèle^ se soulèvent , et le cadi, étant intervenu , prononce la sentence de mort contre le religieux. Celui-ci se résignait à son sort, quand le consul de France , ayant envoyé une douzaine de pains de sucré au vaivode, auquel il fit conter la chose, ce juge déclara qu'il fallait un plus ample irefbrmé. Le père fut retiré de la prison , et la nuit étant venue, le* vaivode se rendit chez les Turcs , qu'il menaça de coups de bâton s'ils ne se rétractaient? G>mme le faux témoignage est une affaire de convenance en Turquie , on instrumenta sur nouveaux frais, et l'affaire finit sans effusion de sang. Telles sont les viciSbiLudes de la mission des capucins d'Athènes, que les jésuites cherchaient à supplanter, lorsqu'ils en furent chassés en i64i, et leur maison pillée, pour s'être mêlés d'affaires qui excédaient la compétence
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spirituelle, dans laquelle ils nWaient pas su se ren-
fermer (i).
Le monastère des capucins est le seul établissement catholique qu^on trouve à Athènes. Je m*arretai avec
recueillement devant le lombeau de madame Roussel , épouse du consul, que j'avais connue au temps de ma captivité dans la Grèce. Je vis dans le cimetière les tombes de lioques , des frères Kayrac et de plusieurs Français , mes auciens compagnons d'infortune, qui reposent sur cette terre étrangère, à côté de Téglise dédiée h saiut Louis, patron de presque tous les temples consacrés au culte romam dans l'Orieiit (2).
Comme .nous traversâmes la ville dans plusieurs . directions , je m'informai des endroits oîi il se trouvait des inscriptions, dont je pris ou je fis relever desco«^ pies. Je me contentai de voir les méridiens ( exioO^poi) de la tour des Vents, qui est habitée par une troupe immonde de derviches hurleurs. Ce monument, qui se trouve à peu près tel qu'il a été décrit par Varron (3) , a servi de modèle a Tinventeurdes girouettes, Dan tes, auteur de la première anémographie publiée depuis la renaissance des lettres (4)* Je ne pus donner qu'un coup d'ceil au gymnase de Ptolémée et au temple d'Au*
(i ) Spon affirme, d'après le témoignage du R. P. l'Astringent,
qui s'était retiré à Négrcpont, que jamais les jésuites ne fui unt expulsés d'Athènes ; mais ce témoignac^e est suspècl.
(2) Le vénérable père Paul est mainlcuant chef des missions da Levant y puisse sa sagesse remédier aux maux qui leur ont été causés par le faux zèle d'un prosélytisme mal entendu I
(3) Varro , de Re rustica, lib. III, c. 5.
(4) Ignace Bantes, de l'ordre des prédicateurs, professeur de mathématiques à Bologne, publia son Anémograjihic en 1578.
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guste , monuments conmis et décrits. On me fit remar^^ quer près de la maison du vaivode les débris d*un
temple que M. Fauvel prétend être celui de Jupiter Olympien. On voit au même endroit plusieurs colonnes surmontées autrefois de statues emblématiques des colonies d'Hadrien, empereur ^i ne dédaigna pas le titre d'archonte d'Athènes (i).
Je visitai TAgora, place étroite qui est encbra le lieu du marché au milieu duquel la voix des Céryces ou.crieurs publics ne se fait plus entendre que pour annoncer le prix des denrées et les règlements de police du tribunal du cadi , magistrat qui cumule les pouvoirs des £uthynes, des Mastères , des Zétètes et des Astynomes de l'antique Athènes, où le système de la bastonnade et des amendes était en vigueur comme aujourd'hui (^). Je fus étonné de la quantité de paysans aux yeux éraillés que je voyais chaque jour accroupis dans cet endroit du marché, et je sus que l'ophlhalmie est en générai une des calamités de TAttique.
Nos promenades changeaient chaque jour de direo tien, et nous fîmes une station p u ticulière au Panthécm d'Hadrien , que d'autres personnes appellent l'Olympium, édifice merveilleux par la grandeur de ses
(1) JE\. Spart, in Hadiian.
(2) J'ai toujours désiré que les partisans du régime absolu fussent soumis à son arbitraire , pour les mettre d'accord avec les principes qu'ils professent » et que les apologistes de ce beaii idéal de rabrutissement humain tombassent au pouvoir de quelque boa autocrate, tel que Léon , empereur de Gonstantînople, qui fit brftierla bibliodièque commencée par Constance» avec \c chef et les douze savants associée auxquels on en avait confié la direction.
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proportions (i). C'est entre ses colonnes, lorsque le ciel refuse les doDS de la pluie à la terre desséchée par le soleil , que les Turcs, se réunissent pour demander le retour de la clémence divine. Us font d'abord prier les esclaves, victimes du malheur. Si leurs vœux ne sont pas exaucés, ils réunissent ensuite les enfants, qui por*' tent snr leurs têtes des vases remplis de charbons allumés, et ils leur adjoignent les agneaux sans tache que Faimée a vu naître. Cette assemblée de créatures regardées comme les plus pures commencent leurs prières, tournées vers le soleil levant. Les vieillards entonnent un chant religieux, le» enfants élèvent leur voix innocente, les esclaves gémissent, et les agneaux unissant leurs bêlements à ce concert religieux , tous adressent leurs voeux, leurs cantiques et leurs cris au dieu des saisons* n'est plus Timage emblématique, mais Tîmage animée de la terre suppliante, qui appelle Jupiter dans son sein pour la féconder (ft).
Nul hiéron antique ne fut jamais mieux approprié
à un culte public que le terre-plein de l'Olympium dUadrien, dont les restes majestueux agrandissent la pensée de Thomme. Ce n'était point à la vieille gué"
(1) éO(»(Mrtev OU dXi>{ftirttov. Il était supporté par une magniCque colomade et avait quatre jstadc»de tour. Céuit le plus bel édifice d'Athènes (Plin. XXXVI, c. 6). Sa construction, entreprise parPisîsirate, interrompue et continuée à différentes époques , ne fut entièrement terminée que sept siècles après, sous le règue d'Hadrien.
(2) Il y avait à Tentrée de l'acropole une statue de la Terre suppliante, qui demandait à Jupiter ia pluie, source de sa fécondité. Paus. lib. I.
rite placée sur ses entablements (i), que j'attachais une importance particulière, mais à ses oèloniies gigantesques , entre lesquelles je revins plusieurs lois entendre le choc des vents qui mugissent avec autant de fracas que dans les forêts dépouillées de leurs feuilles, lorsque Bon e annonce îe retour de Thiver.
L'automne était magnifique ; et pour varier nos excursions, nous nous rendinres à Cblone, en sortant d'Athènes par la porte Dipylon. Nous marchâmes presque aussitôt contre le cours d'un ruisseau qui porte ses eaux, par un aqueduc, aux jardins de l'Académie, et nous traversârAes au-delà quelques champs labourés^ pour monter au lieu de la scène où Œdipe, aveugle et malheureux, vint implorer le secours du roi d*Aibènesv On montre au plein sommet de cette butte, les traces du temple de Neptune liippius, qui a été remplacé par une chapelle délaissée ; et on est réduit à conjecturer la position de l'autel des Furies, divinités prolectrices d'Athènes, qu'on dit avoir été voisin de cet endroit.
L'horizon, relevé de la hauteur de Colone, est borné à l'orient par le mont Hymette , séjour des abeilles qui donnent le miel le plus parfumé de la Grèce. Le Pentélique se détache de là au N. £, en formant une barrière contre l'aquilon , vent nuisible aux oliviers , lorsqu'il souffle immédiatement après les pluies d'orage. On remarque au septentrion le Parnès, et, au-dessous, le mont Icare. Enfin l'œil suit à l'occident, jusqu'au canal de Salamine, le prolongement de l'Égialée et
(i) Cette cellule est la loge d*im derviche de la secte des Calendersy qui vivau il n y a pas plus de cinquante ans.