‹ Voyage de la GrèceChapitre 52 sur 224 · LIVRE Xlll, CriAPlTAK VIII. l^Z · texte numérisé non relu

LIVRE Xlll, CriAPlTAK VIII. l^Z

h ces titres , méritera à jamais le respect public

Ses mystères étaient répandus dans tout l'empire romain (i); Zosime dit qu'ils cmbrassaieut le genre humain (a). Aristote appelle le Seeos^ le temple corniniiii de la terre (3), et Sophocle, faisant allusion à sa fondât ion , le surnomme (^édifice sacré des dieux {J\y îje but de ses institutions était de ramener Vame dans l ètat de perfection dont elle était déchue (5j. M Cesi de cette manière « disait Kpictète, que les mys- « tères sont devenus utiles , et qu'on en saisit le véri- « table esprit (6). » Honorer ses parents; ojfrir aux dieux les premiers Jruits de la terre ^ s'eUfstenir tle cruauté envers les hommes et les animaux ^ était une des maximes prêchées par les Telètes (7). Pour entrer dans la vie nouvelle, les initiés, qu'on préparait en les faisant aller au catéchisme , étaient soumis h se confesser (8). On accordait des iiululgences prises probablement comme les nôtres aux dépens de la surérogation dès mérites acquis par les mystagogues , qui me-

(il Cic. de N.1I. Dconnn , lil). ï.

(2) Zosim. iib. IV.

(3) Aristot. Sleasinia.

(4) Elcctr. A et. a.

; j) Platu. 111 J'ha'don.

(6) Ap. An iaii. cliss. , lib. lil, c. 21.

(7) Porpbyr. de Abstinent. , lib. IV, $ as; Div. Hieronym. adv. Joviniaii., 1. 1, p« 169, t. If.

(8) Christian. Alstr. «mnenît. Phîloîog. , p. it , c. i5, p. 102, lo3; il païai! (]ue cette |)r.Ut(|ii»' eut ses abus, car un Spartiate voulant être initié et l'hiérc^phante préleiulnnt If ronfesscr : Est-ce a Dieu ou à toi que je parlerai , s'écria le manant des bords de i*£urotas ?<— A Dieii!—* Ëh bien retire-toi. (Plutarqiie).

l44 ¥OTAGS 0S LA GftitGE.

naient une vie exempte de souillures ( i). Dans cet état les profès, car ils avaient franchi le premier degré ^ assistaient aux offices chantés aux heures légitimes ou propices^ qui étalent les matines , laudes, prime , sexte, tierce, none (a). On leur faisait suivre des re* traites, observer des jeûnes; et, après une neu vaine expiatoire , les portes de Tenceinte redoutable s'ouvraient devant eux. Ces rites dans lesquels, dit Tertullien, on se servait de la vérité^ contre la vérité ^ faisaient dire à saint Augustin que le démon avait fasciné les ames par d'étranges illusions j en les fia/ tant de les purger de toutes souillures par ce qui s'appelait ielelai ou mjrstèi-es (3)»

Les apprentis^ devenus compagnons et mystes^ alnisés par ces préparations , avaient à peine pénétré dans le secos ou temple, que tout devenait pour eux plus terrible et plus menaçant. Une nuit affreuse , ac-conipagnée de tonnerres et d'ëclairs, et d'un bruit sourd partant du fond des abîmes, était le dernier coup destiné à frapper leur imagination par la terreur. Le calme et la séreuitt: succédaient à cette bourrascjue effrayante (4)- Alors paraissaient vêtus d'habits . ma-

(i) Arrian. diss. ibid.

(a) Not. varier, in lîb. XI Asîd* Aur. ApuL

(3) Omnia adversus veritatein , de ipsâ veritate constructa

esse (Tert. Apolog. c. 47 )• Diabolum animas dcceptas illusasque précipitasse, quum pollicereturpurgationciri auimaeper eas quas TELETAS appellant (de Trinitat. , lib. 3, c. lo ).

(4) Cest dans le Yl^ livre de TÉneïde de Virgile, qu'os retrouve une grande partie du cérémonial» désillusions et des hallttcînadons qui se passaient à Ëleusis. Cest parce qu'il y avait, indépendapunent du grand hiérophaote^ des^hiérophantes

LIVEE Zflf, CHAPITRE Vllf.

giquas, les prêtres et lechast&hïérophBXkldoix révélateur des choses sacrées, représentant le grand archUede de lujiwers (i), qia saluait les mystes du nom ^ÈpoptesoM iVuitÂéf, entonnait rhymne d'Orphée. «Loin h d'ici les profanes!.;, admire le maître de Funivers! il «est un, il existe par lui-uuine : c'est à lui seul que les

< êtres doivent leur existence; il opère en tout et partdut; « învuibie aux yeux des mortels, il voit lui-même toutes tt choses. » Aux côtés de rhiérophaiite paraissaient le Dadouchas ou porte^flambeau, image du soleil; XAdo^ rateur^ qui représentait la lune ou Terre olympique ^ et le Messager y qu'on croit être Mercure.

Malgré la sainteté des mystères, jamais Socrate^ Epaminondaset Agësîlas^ ne voulurent être initiés; CW piubablement , comme l'a observé Locke : <c que les « prêtres s'occupaient plutôt à entretenir la supersti- M tion qu'à enseigner la vertu. Ceux qui étaient ob* « servateurs scrupuleux des cérémonies, ponctuels aux k stations, exacts dans les pratiques vaines et dévotes « de ce culte, la congrégation les assurait que les dieux a étaient satisfaits. Ainsi, un sacrifice expiatoire qui sup^ « pléait au défaut d'une bonne vie étant plus commcîde « que Tacoomplissement des maximes de la morale (i) , « il en résultait que le nombre des mystes était plus grand

< que celui des hommes vertueux. »

ou directeurs psrticulters, qu'il donne àÉaée une Sibylle pour oonductrice.

(1) HierophantA apud Athenas eviratur vîrdnl ét «tema de- Hlitate fit castus (Hîeroo. ad Geron. de Monogamia; SchoL

Sophod. OEdip. col., v. 67H ; Lucidtl. iti Tîmooe et Dialog.

Mam^ et Miisariil. C'était à cause de leur ili.ibteté qu on les snmommait abeiilts 1 Schol. Pind. in Pyih.).

(2) Rcasonableness oC Christianity.

1/^6 VOTAGfi Dl LA GftiïCK.

Ansto(rfiane, qui s'était moqué des iélètes ds^as la descente de fiacchus aux enfers, craignant la sainte

Hertnandad (VÉleusis , s'écrie eu style de dévot du place : « C'est sur nous seuls que luit lastie favora- « ble du jolir^ nous seuls recevons du plaisir de i'ÎR* a fluence de ses rayons, nous qui sommes iiiiliés (i). >* Plus on était adepte d'ancienne date, . et plus ou était recomniandabte (a). Bientât œ fut un déshonneur de ne pas cire de la confrérie, et on devenait même suspect au peuple, comme cela arriva à Socrate et à Demonax, qui avaient refusé de participer^ la ommunion d'Éleusis. Aussi les mystères furent-ils universels; hommes, femmes, en£amts, dit Apulée (3), jusqu'aux nourrissons à la mamelle furent initiés (4)9 et c'était un serment révéré de jurer par Came des mystères. Enfin, si on en juge d'après un passage de la comédie de la Paix d'Aristophane sur le bon fermier Tigrée, il y avait des hommes qui différaient leur régénération jusqu'au moment de la mort, pour entrer avec plus de certitude en possession des honneurs divins qui étaient promis aux fidèles.

Les initiations augmentèrent en raison directe de la dépravation des moeurs; les prêtres y avaient leurs

(i) Aristoph. chcetir des Grenonitles, acte I.

[7.) Aristid. Orat. nepl Trapa(^ty|xaTOç.

(3) Inûuuut turbae sacris diviois iniliatse, viri fœtninaeque» omnis ieiatîs et omnis dignitatis. Asin. Aur. lib. XI.

(4) Ferietur alio munere» iibi hera pepererit; porro autem alio, ubi crit pucroDatalisdieS| ubi initiabunt.

Tcrent. Phorm. Act. I.

tIVRK ICIII, CHAPITRE Vfff. l/j^

intérêts (i), et dès ({u'iis les virent compromis par un culte nouveau. Us devinrent les persécuteurs les plus implacables des chrétiens . Cependant les principes de probité, de bonté, de douceur et d'humanité, étaient ceux des apôtres et des Télètes; mais les lévites Eumol« pides iTavaient soulevé qu'un coin du voile de la révélation, et la vérité tout entière ne pouvait descendre que du ciel. Proclamée dans l'Âréopage d'Athènes, elle retentit enfin jusqu au fond du sanctuaire de Thiéropliaute; et les oracles fureut ccmdamnés au silence, du moment où la terre se trouva réconciliée avec le ciel par l'arrivée du Désiré des nations (3).

(i) Les tîicologieiis d Éleusis racontaient au peuple que ceux qui n'avaient point été initiés , outre le mal qu'ils avaieot à craindre dans cette vie, étaient condamnés après leur descente ans enfers, à demeurer étemellemem dans la fange. IHogène le Cynique, qui n'en croyait rien , répondait fort sagement à ceux qui le^resslaîeut de se faire initier: Quoi, Agésîlas et Épaminondas seront plongés dans la bone et dans le fumier, tandis que les plus vils Athéniens, parce qu'ils auront été initiés, auront une place distingnro dans les îles fortunées! n'importe où iUsoient, je préfère la compagnie de nos grands hommes. Diog. Laeit. lib. VI, p. 389 ; Lucian. in 0emon., Il, p. 38o.

(a) La haine qae les hiérophantes portaient aux chrétiens était telle, qu'elle leur avait fût substituer à Tancienne for. nnle : loin etiei les profanes ^ Uk^ M e<€vtXci, la suivante, que le Ceryx, on liérault sacré, répéta à la consécration d*Hadrien :

• Loin d'ici les a t liées, les chrétiens et les épicuriens qui se se-

* raient introduits pour espionner ce qui se passe dans les orgies, f mais que le bonheur accompagne ceux qui croient, et qu'ils » soient initiés »

(3) De JmcamaJt, wrftiDei, Athanas, p. 87, edit. 1698; StËphrem , t. UI , de /luftcio, p. 404, 4i3 et 414, edit Rom. 173a. Laclant. de vef4 sapientid^ c, 27. n«I( ÛCpaTo; xtXtraî y.i ,

l48 yOTAG£ DM LA GR^ICË.

Oti remarque, en suivant riilâtoire, que depuis les prédications de saint Paul et la publication des œuvres de Lucien , les fériés des hiérophantes perdirent beaucoup de leur importance. Elles étaient considérablement déchues après les persécutions de Constantin, et saint Athanase nous apprend que les mystères d'Éleusis , dans lesquels on psalmodiait les hymnes d'Homère^ de Galiimaque, et les Iules, pour demander à Ce lès des gerbes en abondance (i) , ti'étaîent plus célébrés qu'à huis -clos ('2). L'empereur Julien essaya vainement de les réhabiliter, en faisant venir le grand prêtre d'Eleusis jusqu'à Paris pour relever son importance (3). raison humaine s'était formée; le paganisme tombait de vétusté , il était percé des coups du ridicule. On ne voyait plus, vers la fin du quatrième siècle, aux litanies de Cérès (4) que des hypocrites à manteaux \ des courtisanes et quel*

XoMpèv ^mftt atywv iit êt^ûv iô(i.eTcpci>v* «Un enfant hébreu qui corn- » mande aux dieax bienheureux m'ordonne de quitter cette «demeure et de rentrer dans les enfers; retire-toi donc sans n réponse lie nos autels, f Sulil. in voc. A^youço? ô Kaloap). Pour ceux qui souhaiteraient de meilleures raisons que ces prophéties faites par des interpolateurs » ils peuvent consulter ce que dit Machiavel au sujet des oracles , Lib. 1, de* Discorsi^ c; la. ( I ) nxtcçov e&iov Ui , c'est le refrain , te rogamus^ audinas-*

(2) Foy, La Nauze, Mémoires de TAcad. des Inscripti ei Belles-Lettres, t. IX, édit. in-12.

(3) Hist. du Bas-Empire, liv. XII, p. 4i5, n. 1. De M. de St- Martin, de l'Institut de France.

(4) AiiraviA» procession^ On les appelait anciennement «ejAirai» et dans le moyen âge, irpeiXt6att(. Le mot de XitravCa est conservé dans l'Épire pour ces sortes de cérémofiies.

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