LIVRE XIII, CHAPITRE IX. l^^J
netnent la ligne de démarcation entre le territoire de
FAttique et celui de Mégare(i), qui est maintenant englobé dans le sangiac de Moiée. Nous plongions d'une assez grande hauteur sur le khan, les douanes et les magasins de Condura, ou les sacolèves (u) hydriotes viennent charger des huiles, de la résine, du vin et un peu de blé qu'on récolte aux environs. Nous étions à deux lieues du village de Condura, qui est situé à Touest dans les montâmes. L'estime de nos conducteurs nous plaçait à une ueue trois quarts d'É* leusis et à huit milles de Mégare , distances conformes avec les mesures données par Titinéraire d'Antonin, qui sont cotées à treize milles entre ces deux villes.
Nous descendîmes pendant dix minutes, à partir de cet endroit, par un sentier qui aboutit à une belle plainie couverte -d'oliviers greffés par les moines de Salami ne; et dans une heure de marche^ nous arrivâmes au puits de Coumidri. Un vieil Arnaoute aux yeux éraillés vint à notre rencoiitre pour nous offrir de Feau. Cétait une manière de nous demander le péage; et comme nous minics pied à terre aiiu de laisser soufOer nos chevaux, je pus visiter des ruines si* tuées à peu de distance du chemin. L'édifice , qui a la forme d'un temple, me parut très-ancien ; j'y reconnus les bases d'une douzaine de colonnes et le cadre d'une cella. Oh avait fouillé depuis peu dans l'intérieur et autour de cette ruine ; mais les* dervendgis ne purent
(t)Strab., Ub. IX, p^ 375.
(&) Sacolèves , banques pontées en usage dans l'Archipel, et à peu près semblables à nos tartanes, dont elles ne difîèrent que par me poupe trc8*-âevée.
j58 voyage Dli LA GUÈCE.
OU ne voulurent pas me dire si on y avait découvert quelque chose. Leur réserve était loin d^ètre blâmable,
car ils se souviendront long-temps des violences axer* céea contre un berger de TAttique , auquel un grand amateur d'antiquités , accoutumé à acheter pour rien ce qu'il revend fort cher y avait arraché un camée précîeuxy en faisant emprisonner cet homme par le vaivode d* Athées, qui fixa le prix de sa pierre précieuse d*ane manière plus quarbi^uire. Aussi, depuis ce temps, les Francs sont-ils justement décriés par les Grecs , qu'ils foulent aux pieds, et dont ils ne parlent que pour les insulter, daus les relations de leurs vo)'ages, où ils se gardent bien de consigner œrtaines prouesses (i), que le temps bit connaitre.
La campagne de Mégare, dégagée de la multitude d'oliviers qui couvrent le territoire de Condura , où il faudrait rechercher la palestre de Cercyon (2), se déploie au-delà du puits de Coumidri, jusqu'aux collines qui abritent l'échelle de Psato, située sur le golfe de Gorinthe. Le double faite du mont Kératas nous restait à la partie nord de ThoriaxHi , et je commençais
(i) J'ai chesK M. Faiivel » un soufre de ce carnée^ qui représente une hippocentaure allaitant son faon. Son possesseur,
api es avoir i té emprisonné et bdtonné, reçut quatre-vingt francs d'un objet qui valait plus de deux cents guinécs, ou plutôt qui n'avait pas de prix , puiâi^u il rappelait le sujet d*UQ bas. relief de Phidias.
(a) Ces sortes de Palestres furent communes aux Juifs et aux Grecs. On 7 luttait contre les passants^ ou dans des espèces de joutes mandées. Gènes., 3o, v« 8; Plutarch. yiede Thésée» p. 6 , 7 , edit graec. Steph. ; Dpipnosoph. , lib. XIII, c. s. Lutte
d'AjMx « t d'Ulyssis lliatl. Ub. XXIII , v. 708; tl Hercule contre Adielous , Met. lib. IX, v. 3i et seq. etc.
LfVRI Xirjy GHAPITRK IX. iSc)
à découvrir sur la droite le mont TripocHs, ou Carîdi, qui est traTersé par le diaselos (défilé) qu'on prend pour se rendre de Mégare à Thèbes. Des nuages sombres descendaient sur celte partie des monts Gératiiens; j*apercevab les feux des vigies qui commençai^t à briller dans les monts Œniens situés en regard. Il y avait une sorte de tristesse répandue dans Tair. La roche Molurienne, qui réfléchissait les rayons pâles du soleil couchant , et les cris sinistres des goélands , nous présageaient un ouragan et des pluies qui pouvaient ocMitrarier mes observations pendant le restant de notre voyage. Gonune le terrain qne nous avions devant nous était uni , nous pressâmes le pas de nos chevaux ; et dans une demi -heure de course, après avoir dépassé la chapelle Saint-Georges et le lit d^un torrent , nous entrâmes à Mégare. La ville était en fêtes; on dansait sur les plates- formes des maisons ; les rues étaient rem* plies d*une foule bruyante et de masques , qui nous accompagnèrent jusqu'à notre logciiunt en nous disant (les injures. Notre hôte , qui était le compère de mon drogman, M. Mertrud« nous reçut sur le toit de sa maison , oîi nous entrâmes de plain-pied , cl nous invita poliment à descendre de la dans la chambre qu'il nous destinait (i).
(ï) Rouie par distance d*Éleusis à Mcgare,
Après avoir traversé une foule de ruines ai^rtenaot à l'ancienne Éleasis, au bout de 9 minutes, sender à droite qui con* doit à Thèbes parVlaehi, Saranta-Potamo8 et GyphthoCasfron.
A i(jjG toises de cet cndioit où se trouve le puits Oillicliore, on arrive à rexlrémitti de la butte loiiijjitudinale d'ÉIensis. Tiimulus à droite, lit desscchc d'un toriciit. Ma^oulo, tour ruinée»
l6o VOYAGE DE LA GRÈGE.
Alégare, dont Dieuclidas avait éciit rhistoiire(i)^ a conservé aon nom , et c'est à peu près tout ce qui reste de la patrie d'Euclide et de la splendeur passée de cette ville* Pausanias, qu'il Êiut toujours citer quand on parle de la Grèce ^ décrit Torigine de Mégare^ ses temples, le palais du ^énat, et les aqueducs, qui sont maintenant détruits, avec tant de clarté et d'érudition , qu*on ne sait lequel admirer le plus en lui , de riiistoriea ou du voyageur. I^a ville, au temps oii il la visita, possédait un magnifique hydragogue, ouvrage de Tbéagène^ soutenu sur des colonnes. Auprès de cet etiilice, on inontraiL un vieux temple, où ion voyait quelques portraits d'empereurs romains^
earrières.A gauche, au milieu de broussailles, grotte de Procuste, suivant les habitans* Mandnit village situé dans le mont Citberon* II min. à gauche, source et puits; c'est peut-être le puîls Antiiinosou fleuri près duquel Gérés fatiguée se reposa et reçnt rhospitalité de Méfçanire; blocs de pierres, vestiges d'habitations. 5 min. restes d antiquités , tumulus [tms de la mer, regarde comme cehii d*Alopc. i5 min. Palestre de Cercyoti. a mini montée, trace d'une voie romaine. i5 niiu. tour. 42 min. aprèl une descente très rapide au milieu des bois de pins , oléastrJ donnant une huile amère employée dans réclairage, chapelle I droite. 8 min. blocs de pierres, tumulus à droite; métcece oJ ferme , citerne, carrière de pierre porique. to mîn. torrent, hm de passage pour Salamine. 16 min. puits, chapelle. 16 miil fondations d'anciennes murailles. 8 min. chapelles à droite ell gauche. 10 min. mctœce. 6 min. coteaux. 12 mm. vestiges d'aïf tiquités à droite. 9 min. sentier à gauche, qui conduit à uni hauteur couverte de ruines. 4 min. moulin à vent bâti sur Vem placement de Tacropole de Mégare. 10 min. Mégare. I (i) Toj. Clem. Alexandr. VI, Stromat. Il accuse cet autca d'avoir pris le commencement de ses annales dans l'ouvrage dl UeUanicus.
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