CHAPITRE IIL ARGOLIDE
Argoft. -— Indication de quelques-unes de ses ruines. — Inscriptions. — État actuel de cette yilte< Sa population et
celle cie son cantoo.
Neptune, irrité de voir TArgoIide adjugée à Junon par Inaclius, s'en vengea en lui ravissant ses eaux (i). Ainsi on iiiveata un miracle pour expliquer une chose qui se renouvelle tous les ans, puisque ce fleuve, n^étant quun lorrent, cesse de couler quand la saison des pluies est passée. Mais comme tout était merveilleujc dans la Grèce, Timagination des poètes, qui furent ses premiers historiens, mêla à leurs récits des fables qui cachaient des faits purement naturek. Je serais donc porté à croire qu*à une épo(|ue très«ancîenne, la plage comprise entre ïir^nthe et l'embouchure de 1 Inachus fut submergée par ce Aeuve, qui, en débordant, aurait formé un lac dont les eaux regorgeaient jusqu'à la hauteur d*Argos. Un phéuojnène particulier rend ce fait d'autant plus probable, qu*on remarque (et je tiens cette particularité des habitants du pays) un cataclysme périodique , qui , après avoir avoir inondé les environs de Mantinée pendant cinq ans, cesse, en se dégorgeant par des canauit souterrains dans la plaine d'Argos, où il produit un déluge dont la durée est
(i)Strab., lib.VIII, p. 370; Apollodor., miiothec., t. II,
p. 2X1, édit. de Clavier.
aOO VOYAGE DE L\ GR^CC.
tl une année, que les eaux mettenl à sVcouler dans la iner(i). Si ce dégorgement des vallées supérieures dans le bassin de TArgolide eut lieu dans l'antiquité héroïque, où la Grèce moderjie est retombée par la barbarie, pourquoi n'aurait-on pas attribué à Neptune , qui ébranle la terre , la commotion à la suite de la* quelle TArgolide fut privée deau, sans être débarrassée de Tinfluence du mauvais air dont ses marais l'affligent encore de nos jours? Mais cessons de commenter des fables par des hypothèses, pour rentrer dans notre carrière historique et descriptive. Argos (2) , ville chérie des dieux et des héros , nou^
(i)Eii i8i5y raccumulatioii des eaux dans le bassin de Mantinée était à sa plus grande hauteur* En 181 6, elle ne s^ëtaieat pas encore frayé de passage vers l'Argolide; on craignait que
les canaux souterrains ne fussent obstrués, et qu'il u'en résultât insensiblement une inondation totale de la plaine de Tripolitza.
(a) Long- temps avant que Jacob eAt assigné le littoral de la Phénicie à la tribu de Zabulon (Gen. {9, i3)» les Sidoniensct leurs voisins faisaient un commerce maritime très-étendu. Hérodote, dans le récit qu'il fait de l'orij^^inc des guerres entre les (Vi et s et les Barbares, raconte avoir entendu dire aux Perses que les Phéniciens, ayant abordé à la pUgc d'Argos, enlevèrent lo, fille d'XoachuSi qu'ils conduisirent en Égypte. Les Grecs accusaient de ce rapt les Phéniciens de Camé, ville voisine d'Anta* rade, qui livrèrent leur captive à Osiris» c'est-à-dire an roi du pays (Lycophr. Gass. v. %gS et Schol.). Comme Inachos contemporain d'Abraham vivait i856 ans avant notre ère; qu'il était de la race phénicienne des Enakines ou Rois , et qu'il bâtit une ville appelée lupolis ou ville de la Lune , parce que à Argos la lune se nommait lo, comme en Égypte, on peut évaluer la fondation d'Argos à trente-six siècles révolus au momeiitoi^ nous écrivons.