‹ Voyage de la GrèceChapitre 84 sur 224 · LIVRE XlVy CHAPITRE IV · texte numérisé non relu

LIVRE XlVy CHAPITRE IV

celle de VO, à I^E. deux bastions séparés par une courtine garnie de canons, le long de laquelle règne un fossé plein d'eau, pratic|ué dans l'épaisseur de IHsthme dont on a (ait mention. C'est au milieu de cette ooi|rtine qu'on a ouvert la porte de terre,

Depuis le bastion qui règne le plus au N. £• de la Palamtde, et dont le pied est baigné par la mer, les murs de la ville remontent du S. £. au N. O. « et vont couvrir une batterie de douze pièces de canon, qui bit la seule défense du fond du port. Après cette batterie, Tencein te de la place se borne à une simple muraille, sans talus et en pleine terrasse. Elle s'avance dans Fintérieur de la langue de terre, et laisse un grand espace sur lequel est bâti le faubourg , qui se trouve, par ce moyen, renfbrmé entre la ville et la mer, et qui n'a d'autre issue que deux portes pratiquées dans la muraille dont j ai parlé. Cette muraille, en terminant le faubourg du coté de la rade, présente encore une batterie de quinze pièces de t anon. EU e se prolonge, à partir de là du coté du golfe, en décrivant quelques sinuosités, sur le morne dont on a &it mention , et ferme la ville en se réunissant à la citadelle appelée Itchcalebsi.

Oest vers l'année 1687 que le couronnement du mont Palamède fut fortifié par les Vénitiens. Regardé comme le boulevard de Nauplie, les Turcs ne permettent à aucun chrétien d'y entrer. Ils y font le dépôt ^le Iturs poudres, quand ils en ont, ce qui n'arrive pas toujours, et de leurs armes, lorsque les gouverneur» ne les vendent pas aux capitaines d'Hydra. C'est, demeurant, une retraite à peu près inexpugnable,

a3o VOYAGK DE LA GKÈCE.

8t elle était approvisionnée. Coupée à pie sur tiois de ses côtés, on y monte en partant de Tintérieur de h ville par un chemin couvert, casemate de telle iaçoQ que les voûtes, divisées par paliiers , pennettent le passage de la lumière , pour éclairer suffisamment les escaliers et la pente douce qu'elles recouvrent et pro-r tégent contre toute espèce de projectiles.

La citadelle, à lacjuelleil faut plus criin quart-d'heure pour nionter^présente la iig^rc d'un pentagone flanqué de cinq bastions réguliers, garnis d'une nombreuse aiw tîllerie. 11 y a pour la garnison une mosquée, des casernes, et des citernes pour conserver l'eau. Ces renseiguenients me furent donnés par M. Roussel, qui résidait depuis plus de dix ans à Nauplie ; car oa conçoit que par ma position je n'étais pas en mesure de beaucoup de recherches , qui auraient pu être intéressantes, si on en juge d'après les inscriptions anciennes dont je publie les fragmei\ts, que. j(e crois inédits.

La partie de la ville qui donne sur le golfe d'Argos a pour ibrtiiication i^atureile des rochers , sur lesquels on a élevé un rempart crénelé en inâçonnerie solide, avec des batteries qui en défendent sutEsammeot les approches.

On rexnarque sur les constructions vénitiepnes, indépendamment du lion de fSaint-Marc qu'on tnmve partout, quelques légendes qui font connaitre les trar vaux des provéditeurs, dont on retrouve les soins dégradés, comme on y verra avant un siècle ceui( des Turcs justement mutilés par les Grecs. J'y lus ceux de Barbarigo, de Grimani, et l'humble suppUcatiop de quelque pauvre soldat , qui demande du fond de

LIVRR XtV, GHAPIÎTRS IV. ft3f

tombe ignorée, comme nom (|u U UU, un ai^e Maria pour le repos d0 son «nie (i)«

Le château de Saint-Théodore, les deu^ loris placés

4 maison de Cassan b^.

FRANCISCO GRIMANO.

SVPAËMO GLASSIS MODERÀTO^l

QVl VRBÊM EXTRA MVUnMENTIS FIBMAVIT INTVS HAC CONSIUI iEDE EXORNAVIT ANNONA PROVIDIT LEGIBVS ORDliNAVlT

NAVPLIA VOYET AI^NO DOMINl MPCCVI;.

TBMnOY ( sic ) SYNDICAT V3 diAPISS.

DOMINl ANTONn BARB.RO.

DIGNISSIMI CONSVLARII NAVPLII ROIVIANIE (sic) PIE PRIMA APRILIS.

Épitaphe*

P£R CARITA VI PRËGO DITE VN AViÉ (sic) MARIA- PER LAi>JIMA MIA.

Au port .sur un marbre. '

PROMTVARIVM GLASSIS

AD VRBIS VTILITA'mi ET ORNAMENTVM

AVGVSTINVS SAGREDO PROV. GLISMARIS

MAGNli ICE EDIFICAVIT ANNO MDCCXUI.

a3a VOYAGE DE Là. GRtCE.

à rentré du port, et la Palatnide, sont gouvernés pan autant de disdars ou qominauclaiits de place, payés pour avoir un^ garnison permanente de trente hommes au complet. Sa force militaire est, à ce compte, de cent vingt hommes; mais coiiinie les nobles châtelains A>ngent avant toutes choses à leurs affidres , ils n'en* tretiennent habiluellement que dix soldats, ce qui réduit rclicctif de la troupe régulière à quarante individus pour les besoins du ^vice, qu'ils remplissent quand ils n'ont pas de (oins à faucher, d'olives à cueillir, pu leuvie de voler quelques agneaux pour se régaler de temps à autre. Leurs chefs , qui ont besoin d'indulgence, leur passent ces sortes de peccadilles, ^uf à compter avec le pacha, auquel ils rendent quelque chose des payes-mortes. Il en est de même des trois ortas supposés des janissaires qui ont leur aga. Cest une terre de Cocagne que ce bon pays de Nau« plie, oii le vol, la superstition, la réclusion des femmes, le désordre des mœurs, la sévérité exagérée contre les faiblesses du sexe et Tapprobatioii publique des yicf s contre nature, la férocité et la lâcheté, sont passés eu habitude et érigés eu principes de gouvernement, pour la plus grande gloire de Allah et de son prophète. La ville a ordinairement un sangîac bey à deux queues y un cadi qui achète annuellement en gros à Constantinople le droit de vendre la justice en détail aux Naupliens, et un mouphti ou chef de la loi. Celui qui, de mon temps, y rendait des oracles ou fetfas, était devenu aveugle à force de boire. U voulut me consulter en qualité de médecin pJiilosophos , et le docteur Siccini , qui me conduisit à sou domicile, mlotroduisjt au harem^ où sa Sagesse nous avait donné

LIV&E XIV, CHAPITRE IV. a33

rendez-vous. Il savait , comme presque tous les Turcs, les mots sctns faqon , et il s'en servit après m'ayoir dit en grec que j'étais le bien venu. Son épouse paraissait fort à son aise avec mon ami Siccitii, et elle nous fit les honneurs de sa maison, en fumant la pipe et en pre< nant le café avec nous. Je remarquai qu'elle portait une grosse bague au pouce , qu elle avait les ongles et la paume des mains teints en jaune, ainsi que les femmes qui Fentouraient. Le mouphti aveugle, qui avait la fièvre, me parla beaucoup de Voltaire, de Bonaparte, et me fit un présent, auquel je fus très-sensîble, en m'envoyant, au moment de mettre à la voile pour Constantiuople, deux agneaux et deux grandes cruches, de vin. Cest la seule fois de ma vie que j*aie rencontré un Turc généreux, un mouphti raisonnable, et vu rintérieur d'un harem meublé de ses femmes, de ses odalisques et de ses eunuques.

Nauplie, habitée par des Turcs, des Grecs, des Arméniens et des Juifs, comptait eucore en 1799 sept mille individus, restes d'une population de soixante mille ames (qu'elle possédait en 1716 (1). La juridic-

(i) Cadastre da canton de Nauplie,

Kouis des villes, bourgs et villages. Non bi<j fies babilanLs.

Nauplie • 4)000

Aria 70

Mertzi •«••••••••••••.. 40

Talioti ftO

Cantaci • 3o

Emir bey Mati

Jafcr-Aga 70

Mon ra t- Aga 3o

Kerbachi • ...».*.. "iS

^34 VOTA.GE DE LA GRtCE.

l'îoii de son sangiac, qui comprend la Trézénie et l*Hermioaide, est très-restreiote à cause des empiétemeuts du YÎsir d« Tripolitza et du oapttan-padul, quoique ce dernier n'envoyât (jue de loin en loin quelques frégates qui, ne pouvant plus entrer au poTt^ sont obligées d'aller mouiller sur la plage de Leme, Tulgai* rement appelée les Moulins.

Les parcs ombragés de citronniers et d'orangers qui

Suite du cadastre du canton de Nàupiie.

JHtMÊê dM iriUM » boargs «i viUagM. NoMbra dM bafaitaiits.

Report 4t^iS

Gakiâri • ^

Ugonrio*. • ...* tSo

CS^odia i5

Iri $0

Phoomoiis 9o

Dydimo ; • i<o

Gnuidi B/too

CattrL \ «00

Gacbingri 6o

Coî^bini 70

Gariossi 90

Bouloumouzi a5

(]outchi i5o

Merbacha 160

Parcariti » jo

fiardi ..«.« So

Platonîti 35

Aljdibei ••>•. • 3o

Aniplii..,. • 140

Conica .•••••.••»•.••.*,,,......•..•««•... ••■^•« 60

Dalamaiiara , •••..r i3o

Pyriella s$

Courtaci 4^

Boadipadu « t3o

Ti>TAL des individus ii}7^

LIVKB XTV, CHAPITRE tV. a35

avoisinent le port Tolon, mouillage éloigné (la quatre millçs grecs de Nauplle, sont la promenade ordinaire' des chrétiens. On trouve à une demi-lieue de la ville, sur cette route, le village de Kacingri, près duquel on remarqua Téglise de Saint -Hadrien. Elle a, suivant toute Apparence, remplacé le temple de Junon, qui y était représentée avec un diadème entouré des Heures et des Grâces, tenant dans une main la grenade symbolique des mystères et un sceptre surmonté d*un coucou. Cet oiseau était célèbre dans iliermionide, par une des niétamorphoses de Jupiter, et son nom avait été doiiiié à une chaîne de montagnes qui se termine au promontoire Scyllaeum(i). Je pense qu'on peut établir ainsi cette position ancienne, sur laquelle Pausa»' nias et Strabon ne sont pas d'accord. En considérant qu'Hadrien (jà) , dont 1 église a conservé le nom , fit éclater sa munificence en faveur de Junon , il est raison nable de penser que son nom , adopte par les premiers chrétiens, a servi à désigner cet édifice lorsqu'ils le changèrent en église. Dès long-temps les Ar* giens avaient détruit la plupart des acropoles de cette contrée , aussi .bien que Prpsymna, qu'on s accorde à placer au port Tolon , que les paysans appellent Avion. Cette citadelle est représentée de nos jours par le village de JafFer , oii l'on voit une tour peu éloignée des ruines d^une enceinte très-ancienne. Le port près du- . quel on trouve des jardins remplis d arbres, offre pres-

(i)Strab.» Vm, 78; X,4S4; £ii$talh.adIUad.,II, 56o; ad I^uys. Pcrig. v. 4so, Vos», ad Scyll. Perip. p. ao, ejdit. Oxon. Til.-Liv. , fib. XXXI, c. 4/i.

(a) Pauâ. , lib. U, c. 17.

a36 TOYAGE DE LA GKÈCE.

que partout douze à quinze brasses de fond,. et son

entrée est abritée par un îlot appelé Macronisi , sur lequel on trouve de Teau douce. Eu rétrogradant de ce point vers Nauplie à travers les montagnes , on passe à Caratone, qui est probablement l'antique Eione, mouillage que les marins préfèrent à celui de Toion ^ à cause du voisinage de Nauplie, quoiqu'ils soient obligés de jeter l'ancre en plein canal.

Nous avons cm devoir circonscrire par ce double itinéraire les montagnes qui servent de rempart à Nauplie , avant de passer ^ la descriptipii de la Trézenie et de r^pidaurie, qui nous ramènera vers l'Hermionide.

Au sortir de Nauplie , on entre dans une plaine dW aspect uniforme, cultivée par intervalles jusqu'à une chapelle de Saint -Démétrius, qu*on laisse à main gaucbesur une éminenee,un jardin planté en orangers restant à main droite. On remarque aux environs de Cacingri , Naerea , Nirza , el le rocher de Jafifer, Une tour, de construction grecque, bâtie tout auprès, est, suivant toute apparence, une de ces forlei esses du Bas-Empire qui servaient à défendre les défilés. Celle ci fermait le passage de F Vrgolide dans rÉpidaiii ie , à Tendroit où le mont Arachné est séparé des monts Coccygieos qui se prolongent au S. £. On compte dans cette contrée les villages de Kinoparti et de Barberi. C'est aussi de ce côté qu'on place Midea; et après avoir passé plusieurs ruisseaux , dont le cours ne peut être indiqué que dans une carte de détails, on arrive à Licourio, bourgade éloignée de cinq heures quarante -huit minutes de Nauplie (j).

(i) Route par distances de Nauplie k Lycourio. A 6 miautcs

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