LIVRE XIV, CHAPITRE IV
£pidaure(i ), primitivement appelée Epicare, prit soa nom historique d'un héros issu de Jupiter. Strabon
dit «qu'elle était au nombre des villes renommées, a surtQut à cause de la célebnté d'Esculape^ qui pasce sait pour guérir toute sorte de maladie (2). » £IIe était située 9 non , comme il le dit, au fond du golfe Saronique, mais, ainsi que la judicieusement remarqué M. Gosselltn , vers le milieu de la cote occidentale de ce golfe (3). ËUe devait être considérable, si elle occupait quinze stades d'étendue, sur le rivage de la mer, chosç qui paraît assez probable, d'après l'importance que lui donne Thucydide et pluîîieurs écrivains de i antiquité (4)- Pausanias cite au nombre de ses édifices les plus t etnaï quabies, les temples d'Esculape, de Vénus et de Junon. Ces monuments ont péri, les haiiicrs qui c^ouvrent les ruines de cette ville en cachent jusqu'aux décombres, mais son nom peu altéié apprend au voyageur qu'il foule le territoire dont ils firent rornement ^ et la célébrité. Quelques colonnes doriques font présumer qu'elles ont appartenu au temple de Juaon, dont on reti1>uverait les soubassements et sans doute les. ba$-relie£s si on pouvait pratiquer des fouilles. On a
(i) Bib. d*Apollodore , I. II, c. i, § 2; Eurip. Orest. v. 9^0 ; Pans., lib. II, c. 26; Clavier Hist. des premiers temps de la Grèce, t. 11, p. 4-2, 43, 44.
(a) Strab., 1. VIII, p. 374.
(3) Gossellin, t. ni, p. 249, n. i, livre VIU, de la trad. française, de Strabon.
(4) Herodot, lib. II, $ 56, ii5; lib. III, § 5o; Kb. Y, S 3îfc3, 53; 325, 56; 324, 54; lib. VIII, § 43, 72; IX, § 28 ; Athen. Deipnoboph. , 1. XIÏI ; Thucyd. Hist. , lib. Il , 1 1 5 , 56 ; lib. >, 3a3, 53; 3a5, 56; 324, 56; Polyb. Hist., lib. 1, c. 52.
a46 voTAas db la orscê.
découvert dans ces derniers temps des restes d arcliitecture qui oot appartenu au temple du dieu d'Épidaure, qu*il serait intéressant de mettre à découvert et d'étudier, puisqu'il servit de modèle k ceux de Tncca en •Tbessalie(i), de Ckfts(a), de Tricca de Messénie(3), et pour tous ceux que Tantiquité consacra à Esculape fils d'Apoiiou. . .
' Les remparts, les déeombres^ la beaiité<de son port, la position forte dans un cirque entouré de montagnes où se trouve Épidaure , annoaceat que cette viiie dut être paissante et assez florissante jusqu'au moyen ige. Le mélange des ruines grecques et romaines atteste le séjour des deux peuples , et elles sont faciles à distinguer comme il est facile d'en jug^ r par quelqàes tombeaux grecs ornés de figures mutilées. Leur pose et le faire des artistes attestent qu'ils étaient des bons temps, tandis que les travaux des Romains^ sont grossiers et sans goût. Clialcondjie rapporte que Mahomet II detirà de voir Épidaure et de s'en etiiparer, quoique cetiA ville fût une des plu» ruinées qu'il y eàt alors (4)- Thévet en parle dans des termes approchants (5 j : « passant, nous visitâmei^ ce lieu habité de pauvres « chrétiens grecs , assez bonnes gens au regard des au- « tr^, lis me montrèrent Teffigie d ^u enfant allaité
(1) Strab. , lib. IX, p. 4^7-
(2) /ôiW., lîb. XIV, p. 657. ' ■ • [Vj Ibid., p. 36o, Paus. , lib. IV, €.3.
(4) Attvbc «6tov io^tt irôttoc i^tîv Tt Èinèwt^w wA ttap«oTivMto| «oXif êfnfieiii* KOfffiv mlXtMv ji|UÎ( ?9|Aty.
Chalcond., lib. YIII, p. a3S.
(5) Thévet, Comosgr. uaiv.» lib. XVIII , foL 79^f ven. 799> recto.
LIVAE XiV, CHAPITBE JV. ^/^J
« d'une chèvre, et ayant uu chien près de lui, qui le « gardait; lequel eufaut avait le visage tout environné «( de rayons comme le soleil : ils me dirent que c'était la représentation d'Esculape, le temple duquel était «audit lieu. » Uu village décrépit et quelques huttes, voilà ce qui reste d'Épidituro, qu l'air est tel qu'il çuiïit d*y passer la ;iuit pour prendre les fièvres, tandis que liiérp, dpi^t les Grecs écrivent le nom Fépo, pu salubre^ est réputé l'endroit le plus salubiie de rÉpidaurie. C'est à Epidaure que les Grecs ont proclamé, eiK 1822, leiir indépendance; puisse l'étranger en ahordfint à son port, toujours propice aux navigateurs, y venir saluer un jour \c berceau d'Esculapeà la barbe dor^et celui d'un peuple rendu à la civilisation ! . ta pvesqii'ile de Para ou Méthana, qui se . termine au N. E, par le cap Estemo , forme une rive abrupte très-étendue parailèlement à Epidaure ) dont elle dessine le golfe que les modernes appellent Dara. Methana est encore coriuue sous ce nom, et ce serait une erreur l^iu^que^ vul^gaire de lui donner celui de Métiione, qui est propre à d'autres villes anciennes de la Macédoine et de la Messénie. Cette presqu ile qui appelle l'attention des géologistes, présente de toutes parts l'empreinte des feux souterrains dont Faction toujours existante rend Tair de cette contrée mal sain. Nous reviendrons dé ce coté après avoir fait connaître la Trézénie, dont Patisanîas donne la description après avoir décrit Épidaure, et nous nous contenterons , à défaut d'une exploration spéciale , de doaner la route par distances d'Épidaurc à Corinthe, afin de compléter nos topographies (i).
(1) Koute par distances tl É^udaurc à Coiinthe. 1 heure
a48 VOYAGE DE LA GRÈGE.
La cbaîoe de montagnes qui s/'pare ces deux cantons en se piojettant au S. E. est maintenant appelée Ortholithi et Hypla. Au sortir d'Épidaure , après avoir traversé une campagne couverte de vignobles , et le lit tl ua torrent qui prend son origine vers Hiéro, on arrive dans une heure et un quart de marche au ftite du mont Trachéa. Une Iteue plus loin on passe au hameau de ce nom, près duquel on remarque des vestiges d'antiquités et remplacement d'un petit temple : on est à trois lieues de Lycourio. A un quart d'heure de marche en avant on laisse, à main droite, un sentier qui conduit à Granidi, dans rHermionide, et i quinze minutés de là, on arrive h Bedegni, hameau qui a remplacé quelque ancienne bourgade dont on retrouve les ruines. M. Dodwell décrit parfaitement toute cette contrée, jusqu'à Trèzène ou Damalas , dont la dis» tance avec l^pidaure e^t de vingt-six milles (i).
i5 minotes après avoir monté à travers un pays fourré on passe près d'une église et d'une fontaine» où l'on pourrait établir un pOste d'observation y avec des signaux. t5 min. Piada village. On voit sur un rocher pittoresque les ruines d'une forteresse
vénitii nne qui est domint'c par le mont Arachné. 2 min. torreut, moulins à droite. 18 min. église à droite, deux rivières, moulins» plaine cultivée. 2 h. 10 min. on s'élève en suivant une vallée cultivée bordée de collines et plantée d*oliviérs. 4^ min. on tourne à dix>itc pour sortir de ce plateau. 18 min. Angelo- Càstrott, bourg y cbâteau ruiné construit par les Français en i«o6, descente. So min. puits, plaine cultivée, longue el érmite. aS min. lin de la plaine. 1 heure, St-Jean, vill.*ge. i h. « litinin scabreux, i h. 20 min. torrent coulant entre deux hauteurs rocailleuses, port de Cenchiée. i h. 5o min. Coriotbc. Total de route 1 1 heures 5 minutes. .
(i) Route par distances entre Épidaure et Trézène. 8 mlautes torrent venant de Hiéro. 48 min. hauteur rapide, halliers.
LIVAE XIV, CHAPITRJB IV. '
Paosanias semble déverser une sorte de mépris sur cette contrée en disant : qu'on trouve sur les coniius du pays d'Épîdaure les Tréa&éniens , qui foot tout ce qu'ils peuvent pour donner d'eux une grande idée , en rattachant leur origine à Orus, qui avait donné le nom d^Oorie à leur pays. Leurs ancêtres avaient été sujets de Diomède, qui commandait leur contingent au siège de Troie. Un temple de Diane conservatrice, une chapelle dédiée aux filles de Mémoire par Ardalos, fils de Vulcain , inventeur de la flûte ; un autel consacré aux Muses et au Sommeil, leur ami le plus sincère; explication qui semblerait prouver que, dès ce temps ,
I h* 8 min. trachis. i3 min. Çoliathis village. 17 min. vallée arlMé Hadgî-Meto village. 98 miD. Trachéa , village. S7 min. restes
trantiquitt", blocs de pierre, ruisseau, Bedegni village. 26 min. contrée agreste, ruisseau. 12 min. ruisseau. 7 min. Karadja village, restes d'ancienDes constructions 9 sentier qui conduit à la mer ; celui qu'on suit est un escarpement bon pour les chèvres. x5 min. montagne escarpée, citerne à gauche. 7 min. ruisseau* 10 min. fontaine. 43 roin.montée escarpée, col. 10 m. descente rapide, torrent qui se rend an golfe de Saros. 10 m. ruisseau qui baij;iif la base d'une butte conique , ruines du château de Korasa, ouvrage moderne, ruisseau à gauche, fontaine, descente, ruisseau. 3o m. ruisseau formé par une source abondante. 10 min. rivière rapide, moulins. i5 min. Potamia village charmant, bien situé* a5 m. route à droite, on découvre CalaurteouPoros,StJGeorges. i5 min. ruisseau. 5 min.tumulos, ruisseau venant de la presqu'île de Methana. 1 1 min. ruisseau. 4 min. trois ruisseaux. 10 min. descente, ruisseau ombragé. |5 min, descente rapide h travers les rochers, rivière qui se rend dans le port de Methana. 25 min. fondations , grandes pierres, a min. village à droite, Paliourion village à gauche , rivière. 1 1 min. fondements des remparts de Tréaène. 97 min. Damalas. Total de la rente, 8 heures 40 minutes.
25o VOYAGE DK LÀ GRÈCE.
il existait des poètes soporifiques; un temple de Diane
Lyca, élevé par Hlppolyle, exterminateur des loups, étaient les principaux moDUinents de cette ville. Lacropole et ia plaine en possédaient plusieurs autres, ainsi qu'un bois consacré à Hippolyte, que la mythologie locale avait placé dans l'eiapyrée, au nombre des constellatîonS) sous le nom de «onductaur du char d'Arcturus.
< Strabon, qui semble avoir confondu une foule de positions, parce qu'il a sans doute écrit'sar des mémoires infidèles, place cependant dans une position juste Trézène, en disant que cette ville est situéeà quinze stades de la mer (i). Les mythologues prétendaient que sa pobses^iuii avait été, comme celle d'Athènes, 1 objet d'une contestation entre JMinerve.et .Neptune, auquel elle fut probablement adjugée puisqu'elle s'appela primitivement Posidonia ^2). Une grande partie de la plaine, qui abonde en oliviers, est inculte, et à défaut de Turcs pour les tourmenter , les habitants sont, affligés par les fièvres. Damalas, qui a succédé à Trézàne, est comptée dans le^moyen âge comme le trente-deuirième trône épiscopal de la province de la Uellade(3), suffragant de Corinlhe. Le pape Innocent UI, qui en fit le troisième siège de Gorinthe, semble l'avoir réuni aux églises de Gilas et de Gimenes,
(i) Strab., lib: VIÏI; p 373.
(a) Paus. , iib. II, c. 3o j iicrodot. , lib. Vlil, S 4» , 43;
(3) Èvéque* de Trézène,