SUR LE NIL. H
très-peu sur le fond, à moins que ce fond ne soit le ciel, ou bien le rocher frappé du soleil et qui reluit à fatiguer les yeux les mieux aguerris. Ici, comme je l'avais remarqué en Grèce, au cap Sunium, j'observe que les tours rondes et les coupoles qui surmontent les tombes arabes se modèlent à peine, sans doute à cause de la violence des reflets. Il arrive souvent que la tour paraît plate comme une planche, toute ombre étant dévorée par la diffusion et la réverbération d'une incomparable lumière.
La navigation est aujourd'hui ce qu'elle était hier. Les deux rives se ressemblent encore beaucoup, sauf que, sur la rive droite, le Nil, couvrant la terre labourable, va baigner le pied des montagnes Arabiques, les plus arides, les plus âpres qu'il soit possible d'imaginer. Pas un brin d'herbe, pas un pouce de verdure, pas un atome de végétation, rien, absolument rien que le roc et le sable. Les seuls accidents qui varient le spectacle, par intervalles, ce sont des tombeaux creusés dans le roc, à des hauteurs inaccessibles, ou bien en des endroits oii l'on ne s'explique point que des travailleurs aient pu vivre, loin de toute habitation humaine. Si notre voyage n'était pas modifié dans son plan par l'inondation imprévue du Nil, nous eussions
visité les grottes de Beni-Hassan que Champollioii a décrites assez longuement et qui sont remplies de bas-reliefs peints. Nous les visiterons en redescendant le fleuve. Pour le moment, notre plaisir se borne à regarder un paysage simple, monotone, mais grand par sa simplicité même et par sa monotonie. Ces lignes planes qui s'allongent et se prolongent sans fin, et qui s'interrompent un instant pour reprendre encore leur niveau et se continuer encore, impriment à la nature un caractère de tranquillité qui assoupit l'imagination et apaise le cœur. Par une singularité, peut-être unique au monde, les variétés qui viennent rompre de distance en distance la vaste uniformité de la terre égyptienne, se reproduisent toujours les mêmes; toujours ce sont des bouquets d'acacias et de palmiers, couronnant des villages hérissés de pigeonniers et de marabouts ; toujours ce sont des canges, avec leurs mâts curvilignes, qui sont amarrées au rivage ou qui déploient leur unique voile sur le courant, chargées de marchandises, de nègres et d'enfants nus. De manière que ces diversions contribuent elles-mêmes à la monotonie du spectacle en constituant une variété uniforme dans l'uniformité qu'elles varient.
En allant de Siout à Dendérah, après avoir