SIOUT. H
accompagné du battement des castagnettes en cuivre. Les danseuses s'avancent au son du rébec [herbabé]^ elles reculent, elles frappent du pied en cadence, s'avancent de nouveau à petit pas en im- ])rimant à leurs têtes un mouvement fébrile qui exprime l'abandon de la folie et qui expire avec le dernier coup d'archet des musiciens accroupis.
Parmi les enfants accourus à notre arrivée et qui s'attachaient à nos pas, j'en ai remarqué un que j'avais déjà vu sur le port. Il était par exception gras, lourd, efTéminé, vêtu d'une longue robe de soie jaune et il promenait sur nous un regard triste et languissant : c'était un enfant émasculé, un élève eunuque. J'ai appris ici, non sans rougir, que l'horrible et ignoble métier de l'émasculation était exercé par les Coptes, peut-être en échange de la tolérance qu'on leur accorde et pour la mé riter ! Beaucoup de ces pauvres enfants périssent des suites de cette opération infâme, et ils périssent ainsi par la main des chrétiens ! Comment s'étonner qu'on nous méprise ! Quand donc serat-il possible de voyager sur la terre sans y trouver H chaque pas quelque variante de la barbarie, de l'abjection et de la bêtise humaines? A quoi sert le despotisme, s'il n'est pas même plus fort que ne le
serait une loi pour interdire à tout jamais ces sacrifices humains?
Aujourd'hui, 2 octobre 1869 , malgré le vent du nord, nous avons encore 34 degrés et nous les supportons assez bien, grâce à un léger mouvement de l'air, qui suit le courant du fleuve. Il est deux heures passées, les buffles ont quitté le pâturage et ils se reposent dans le Nil, ne laissant sortir de l'eau que leur museau et leurs cornes.
Nous n'avons pour nous rafraîchir que du café arabe qui est excellent et que l'on boit comme une douce purée ; mais le café, loin de nous exciter, nous laisse calmes. La colonie est devenue moins bruyante. Tout le monde est assis à l'ombre ; on lit, on cause. De temps à autre on tire des pélicans, qui viennent se poser sur la cime des îlots et que l'on manque infailliblement, à cause de la marche rapide du navire.
Quelquefois les viflages bâtis au pied d'une falaise rocheuse (ce sont des roches d'albâtre oriental) sont composés de tours voisines les unes des autres et séparées par des ruelles, de sorte que l'habitation s'élève au lieu de s'étendre, et cela sans doute en prévision des crues extraordinaires du Nil. Ces viflages de couleur bise, comme la terre du rivage dont ils sont formés, se détachent