‹ Voyage de la haute Égypte; observations sur les arts égyptien et arabeChapitre 16 sur 24 · EDFOU · texte numérisé non relu

EDFOU

portions moindres. Celui-là conduit à de grandes salles sombres qu'il faut traverser pour arriver au sanctuaire, lequel est plongé dans une profonde nuit.

Toutes les parties du monument, pylônes, murailles, colonnes, chapiteaux, piédroits, corniches, sont couvertes à profusion de signes hiéroglyphiques et de sculptures molles, sans caractère, revêtues de couleurs ; mais ces reliefs, inscrustés dans la pierre, laissent tout leur calme aux grandes lignes, toute leur unité aux grandes surfaces, et aux galbes des colonnes leur pureté. Ce que l'architecture du temple présente ici de plus remarquable, après son admirable conservation, c'est que les chapiteaux y sont variés avec symétrie. Chaque colonne, dans une même rangée, a son chapiteau particulier ; mais ces variétés se répètent, avec le même ordre, dans la colonnade correspondante. La fleur épanouie du lotus et du papyrus, à laquelle sont liées d'autres plantes aquatiques, à tiges triangulaires, tel est le motif dominant qu'on y retrouve à travers les modifications intentionnelles et alternantes que l'architecte y a introduites. Le plus gracieux de tous ces chapiteaux est celui qui se compose de neuf branches de palmier, serrées autour de la campane ren-

versée et formant une suite de panaches. Ainsi l'artiste, s'inspirant des libres créations de la nature, y a puisé les motifs de sa décoration arcliitectonique, et il a suffi d'en régulariser les formes élégantes et souples en les mesurant au compas du géomètre.

Un spectacle étrange nous attendait dans la cour entourée de colonnes : c'était celui d'un exercice que devaient faire devant nous des Bécharis, appartenant à une des plus sauvages tribus de l'Afrique méridionale. Ces hommes au teint brûlé, aux chevaux crépus et laineux, au visage dur et laid, brandissaient des lances, se menaçaient en mesure, au son d'une musique enragée, frappaient sur des boucliers et bondissaient en poussant des cris de bêtes féroces. Plusieurs d'entre nous ont assisté à cette représentation barbare du haut des pylônes. 11 a fallu y monter par un escalier rectangulaire de cent quarante-cinq marches, éclairé au moyen d'ouvertures étroites au dehors, mais dont l'ébrasement est très-large. Du sommet de cet édifice grandiose nous avons joui d'une superbe vue, celle que présente le contraste des rivages du Nil avec les montagnes hbyques, de la fertilité la plus merveilleuse avec le plus affreux désert.

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