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ce serment était regardé comme inviolable. L'île n'a qu'un kilomètre de tour. La végétation en est riche, mais intermittente et coupée de ruines. Les crues du Nil ne peuvent l'atteindre. Ce serait un poétique séjour pour qui saurait y arranger sa vie^ dans un kiosque délicieux construit sous Tibère au bord du Nil. C'est une chambre à ciel ouvert (hypèthre), sans doute inachevée; elle est entourée de quatre colonnes dont le chapiteau représente des fleurs de papyrus, sur trois rangées, à divers états de croissance. L'entre-colonnement est fermé à mi-hauteur par un mur. La colonne, pour plus d'élégance, est surmontée d'un dé très-élevé qui porte l'architrave, et qui forme au-dessus de l'entre-colonnement une sorte de fenêtre carrée augmentant le volume d'air et contrastant avec la rondeur des chapiteaux épanouis. Les seuls habitants de l'île sont ce petit monument et trois temples dont l'un fut construit par Nectanebo, le dernier des Pharaons, quelque trente ans avant la conquête d'Alexandre; l'autre fut élevé à Isis par Ptolémée-Philadelphe et continué par ses successeurs; le troisième, qui est périptère, fut consacré par Ptolémée-Épiphane à la délivrance d'Isis, mère d'Horus. Les formes elles caractères de l'architecture des Lagides se retrouvent dans
ces deux derniers temples, où la grandeur égyptienne tourne à la grâce, et, relativement parlant, confine même au joli.
Si le débordement du Nil n'était pas cette année aussi extraordinaire, notre voyage se terminerait ici par le toast éloquent que vient de porter à la patrie le docteur Broca, dans le portique du grand temple où nous sommes tous réunis. Mais il nous reste encore à visiter deux merveilles de l'Egypte, le monument d'Abydos et les grottes de Beni-Hassan, et une des sept merveilles du monde, les Pyramides.
C'est un privilège de l'Egypte que ceux qui veulent la visiter sont forcés de la voir deux fois. Après avoir remonté le fleuve, il faut le descendre, parce que l'immensité des déserts environnants ne vous ménage aucune autre issue. Mais le lecteur qui a bien voulu nous suivre n'aura pas, comme nous, à repasser par le chemin déjà parcouru. Il nous laissera ruminer nos impressions et nos souvenirs ; et cependant il ne saurait nous abandonner avant d'avoir passé par Abydos. Quiconque s'intéresse à l'Egypte, — et quel homme éclairé peut ne pas s'intéresser à un tel pays? — doit faire une excursion aux ruines d' Abydos, situées à quatre heures de Girgeh, sur la rive gauche. Aussi bien, jusqu'aux deux tiers de la route, la campagne est charmante, et donne le spectacle de la plus heureuse végétation. Il y a quelques jours à peine que le Nil s'est retiré, et déjà la terre se couvre d'un vert tendre et frais. La germination a commencé; le froment s'annonce, le paysage est
riant, coupé de canaux, planté d'arbres et richement cultivé, mais inondé par places, les digues ayant été rompues en plusieurs endroits par la violence de la crue.
Chemin faisant, on aperçoit des hameaux, l'on traverse des villages et de grandes fermes que l'on dit exploitées par des familles coptes, et qui ont quelque ressemblance avec celles des pays agricoles de l'Europe. Des oies, des poules, des canards font une agréable diversion aux antiquités dont l'image est toujours présente à notre esprit. Enfin, après deux ou trois heures de marche, la caravane quitte la digue, et met le pied dans le désert. Encore une heure et demie de route, et nous atteindrons Abydos ; mais il faut auparavant traverser la nécropole fameuse oii les riches personnages de toutes les parties de l'Egypte venaient se faire enterrer pour reposer auprès de la tombe d'Osiris. Osiris eut, en effet, plusieurs tombes, et ce n'est pas le côté le moins étrange de sa légende, une des plus tragiques et des plus touchantes qu'ait imaginées le génie de l'Orient.
Fils du Temps et de l'Immensité céleste, Osiris était le frère et l'époux d'Isis (dont l'âme est dans l'étoile Sirius). Dieu bienfaisant, il avait donné des lois à l'Egypte; il lui avait enseigné l'agriculture,
l'art de bâtir, le mariage, la justice; il avait tout
Osiris.
Typhon (ou Set).
réglé en vue du bonheur, et son règne fut un âge d'or. Mais il avait un frère, Typhon, le génie du
mal, l'époux de la stérile Nephtis, et ce couple le haïssait. Typhon se fit des auxihaires des soixantedouze jours qui forment la saison la plus dure dans la Yallée du Nil, et avec eux il conspira le meurtre d'Osiris. Celui-ci, revenu de ses voyages dans les contrées barbares qu'il avait voulu civihser, fut invité par Typhon à un banquet, où ce frère odieux montra aux convives un coffre précieux qu'il offrit de donner à celui qui, en se couchant dans le coffre,le remplirait tout entier. Osiris s'y étant couché à son tour. Typhon l'y enferma, cloua sur lui le couvercle et fit jeter le coffre dans le Nil qui le porta, par la bouche pélusiaque, à la mer. Isis, éperdue, courut à la recherche du coffre, le trouva sur le rivage de Byblos oii la mer l'avait rejeté, le remporta en Egypte et l'enseveht pieusement. Elle était accompagnée par le fils du roi de Byblos, et ce jeune prince, sans pitié, ayant ri des gémissements d'Isis, la déesse lui lança un regard qui le fit mourir. Mais Typhon, ayant déterré le cercueil, le décloua, dépeça le corps et en dispersa les morceaux. La douleur d'Isis ayant touché même le cœur de Nephtis, épouse de l'horrible Typhon, celle-ci aida sa sœur à retrouver les membres épars d'Osiris, et ensemble elles leur donnèrent séparément la sépulture à l'endroit même où elles
les avaient trouvés. De là les nombreuses tombes d'Osiris.
Cependant, ressuscité par l'amour d'Isis, Osiris redevient immortel. Bientôt il est vengé par son fds Horus, le dieu-soleil, qui, triomphant de l'hiver, du mal, et de Typhon, tue le serpent, arrache l'Egypte au désert, et, ne pouvant détruire le mauvais génie, le réduit à l'impuissance, le condamne à l'infécondité. Ainsi Horus symbohse par ses victoires les vérités naturelles que représente l'Apollon grec... Voilà comment l'imagination populaire conçoit les phénomènes de la nature ; voilà comment l'humanité jeune traduit son admiration en légendes et la raconte en poésies.
Ces réminiscences nous ont accompagnés jusqu'au temple d'Abydos, beau temple qui ne ressemble à aucun autre et qui appartient à la florissante époque de Séti l^"" et de Ramsès II. Comme s'il était dédié à sept divinités, le temple consiste en sept nefs conduisant à sept sanctuaires. Les plafonds en sont voûtés, comme celui que nous avions vu à Deir-el-Bahari, mais ils sont formés d'assises horizontales, posées en saillie l'une sur l'autre, et dont l'échancrure, régulière et courbe, dessine une manière de voûte. Les plus habiles artistes qui aient jamais existé dans l'art du bas-rehef sont ceux qui
travaillèrent sous le règne de Séti et de son fils, deux souverains qui paraissent avoir régné ensemble, à en juger par la réunion de leurs cartouches sur les inscriptions du monument. Dans le sens latéral, les colonnes serrées ne forment entre elles que des allées étroites et à demi sombres; mais la salle hypostyle, celle qui précède les sanctuaires, est plus éclairée qu'elle ne dut l'être autrefois, parce que le jour y arrive en traversant des ruines qui le laissent passer en abondance. — Ces ruines sont celles du temple de Ramsès II, temple contemporain de l'obélisque de Paris, et dont il ne reste que des fragments de murs.
Combien nous est précieux le souvenir des heures passées dans le temple d'Abydos, le 9 novembre 1 869 ! Dans la salle hypostyle dont nous parlons, on avait étendu des nattes et des tapis, par ordre du gouverneur de Girgeh. Là se fit un repas fraternel. Assis sur la base ronde des colonnes, nous regardions les plus parfaites, les plus nobles sculptures qui aient jamais été ciselées en bas-relief. Le pharaon Séti était présent dans son temple. Sa belle tête, héroïque et humaine, douce et fi ère, se détachait de la paroi et semblait nous regarder avec un commencement de sourire. Un rayon de soleil venait d'entrer obhquement
dans le temple, et glissant sur des figures d'une saillie infiniment discrète, leur prêtait un relief saisissant et une animation qui les faisait sortir de la muraille. Une procession de jeunes filles qui, dans le nu de leurs formes élégantes, étaient voilées de chasteté, s'avançaient vers le héros avec toute la grâce .que comporte le respect. Elles étaient si aimables et si pures qu'on aurait voulu et qu'on n'osait les approcher. Leur beauté nous attirait, en même temps que leur dignité nous tenait à distance. La scène était vivante, et pourtant la pierre n'était qu'effleurée par le ciseau et frisée par la lumière ; mais la délicatesse des sculptures était unie à une telle résolution de dessin, à une telle puissance de sentiment, que dans ces jeunes filles, symbohsant les provinces de l'Egypte, on sentait vivre l'idée et palpiter le symbole... Cependant une grande ombre, projetée par les ruines, est venue tout à coup apaiser les reliefs. Ces figures adorables sont rentrées dans le mur; elles se sont pudiquement effacées, elles ont à moitié disparu, mais les pierres du temple abandonné ont conservé comme un frémissement de vie, et je me disais que, là où a passé le génie de l'art, il n'y a jamais plus de désert...
A la suite de la salle hypostyle où nous étions,
on trouve au sud un couloir dans lequel a été découvert un monument du plus haut prix pour l'histoire, une table des rois, la même dont le British-Museum possède une copie mutilée, célèbre dans la sience sous le nom de Table d'Abydos. Mais l'exemplaire qui a été exhumé par Mariette-Bey,ily a quelques années, est parfaitement conservé dans son intégrité. Sans contenir une liste complète des rois d'Egypte, il donne quelques noms nouveaux de Pharaons, et il confirme le classement de quelques autres dans leurs dynasties respectives. C'est le cartouche de Menés qui ouvre la liste des rois inscrite sur la muraille, et, en voyant ce nom vieux de plus de six mille ans, nous avons éprouvé une certaine émotion, une sorte de vertige moral. Elles appartiennent donc à l'histoire, les trois premières dynasties, et Menés, pour être le plus ancien roi connu de l'Egypte, n'en est peut-être pas le premier! Toujours est-il que son nom ne saurait être celui d'un héros des temps fabuleux, d'un ancêtre imaginaire, d'un demi-dieu, puisque le quatrième roi de la dynastie dont il a été le fondateur a laissé des témoins imposants de son existence, notamment la pyramide à degrés de Saqqarah, qui est, selon toute apparence, le plus ancien monument du monde.
La science a dû être tout d'abord effrayée de voir l'antiquité de l'Egypte reculer ainsi, non plus dans la fable, mais dans l'histoire. Cependant il a bien fallu se rendre, lorsqu'on a trouvé un témoignagne, aussi grave que celui de Manéthon, confirmé par tant de sculptures, d'inscriptions, de stèles et de statues, remontant à plus de quatre mille cinq cents ans avant Jésus-Christ et certifié encore par les découvertes que fait journellement l'égyptologie.
La hste des dynasties royales de l'Égj^te a été dressée par un prêtre qui était le gardien même des archives du temple d'Héliopohs, Manéthon. Ptolémée Philadelphe, voulant connaître l'histoire du pays dont il était le roi, pouvait-il mieux s'adresser qu'au dépositaire des chroniques sacrées, à un Égyptien qui savait le grec, et qui avait été jugé digne d'entrer dans le Musée, si généreusement ouvert à tous les grands esprits de ce temps-là, dans la ville la plus éclairée du monde, Alexandrie? Quelle histoire eut jamais des sources plus respectables? Quel pays peut se flatter de posséder une certitude historique basée sur des fondements plus solides? Et si Manéthon n'est pris en défaut sur aucun des points que la science a pu éclaircir, pourquoi suspecter son témoignage sur
les autres ? Encore s'il se fût borné à transcrire littéralement et sans critique les documents dont il disposait, on pourrait se défier de sa naïveté, mais nous savons qu'il avait corrigé les erreurs commises par Hérodote. Si les écrivains juifs l'ont attaqué vivement, n'est-ce point parce qu'il n'était pas favorable à leur nation, et comment l'aurait-il été quand il reconnaissait en eux la même race que celle des Hyksos (ou pasteurs) dont l'invasion avait été la grande calamité de l'Egypte?
11 en est au surplus de la Table d'Abydos comme de la Chambre des Ancêtres , qui, de Karnak, a été transportée à Paris, par suite du don qu'en a fait à la Bibliothèque nationale M. Prisse d'Avenues. Ni l'une ni l'autre des listes de Pharaons qui s'y trouvent n'est complète. Thoutmosis III, dans la Chambre dite des Ancêtres, et Séti P' dans la Table d'Abydos, adressent leurs hommages à des rois pour lesquels ils avaient une prédilection dont les motifs nous sont inconnus. Ils ont fait un choix parmi leurs aïeux. Ainsi la Table d'Abydos passe sans transition de la dix-huitième dynastie à la douzième, et au delà elle nous montre quatorze légendes de rois que la science n'est pas encore parvenue à classer dans les dynasties auxquelles ils ont dû appartenir.
Quoi qu'il en soit, la précieuse liste que nous avons devant les yeux commence parle nom de Menés, et comme, d'autre part, la table de Saqqarah constate l'authenticité des trois premières dynasties de Manéthon, il en résulte que le commencement de la monarchie égyptienne est bien antérieur (d'environ 800 ans) à la dynastie qui a bâti les Pyramides, et qui est bien réellement la quatrième. Or, je le demande, qu'était en ce temps-là le reste du monde? Où en était l'Europe antéhistorique? Les hommes vivaient dans les habitations lacustres ou dans les cavernes. Ils ne connaissaient encore ni le fer ni le cuivre. Ils n'avaient, pour se défendre contre les animaux féroces, que des silex aiguisés. Ils étaient, en un mot, de purs sauvages, tandis que leurs contemporains d'Egypte possédaient un trésor d'observations astronomiques, une architecture savante, une sculpture naïve et forte, la connaissance de la géométrie et des nombres ; ils formaient un État pohcé, ils avaient des lois, ils avaient des arts.
Beaucoup plus tard, comme dit M. Renan, en parlant d'une époque postérieure de quelque trente siècles aux Pyramides, « alors que la conscience nationale de la Grèce et celle de la Judée n'existent qu'en germe, alors que Ninive et Baby-
lone ne sont pas encore entre les mains des races qui feront leur puissance, l'Egypte est dans un état de maturité voisin de la décadence. »
Une brise agréable rafraîchit un peu l'atmosphère et favorise notre retour à Girgeh, jolie ville animée et curieuse, que le gouverneur a voulu haicssmaniser en perçant des rues à travers les anciennes mosquées, et qui se bâtit maintenant des maisons neuves en briques, revêtues de faïences bleues et blanches, qu'on voit briller sur le fond sombre et mat de la construction. Mais quelle idée, grand Dieu! que celle d'aligner les rues et d'élargir les voies dans un pays dévoré par le soleil! dans un pays où la nature est si avare d'ombre que les arbres même n'en donnent point, car, à l'exception du sycomore, qui est rare dans la haute Egypte, les autres essences, telles que le mimosa arabica, le tamarix, n'offrent pas d'ombrage, de sorte que l'ombre diminue à mesure qu'elle serait plus utile : «Je ne sais, dit à ce propos M. Ampère, ce que Bernardin de Saint-Pierre aurait pensé de cette harmonie de la nature. »
La descente du Nil se fait rapidement. Nous revoyons des contrées et des villes déjà connues et dans lesquelles le plaisir du nouveau est remplacé
par l'impression du souvenir, comme dans la charmante ville de Siout. Déjà, en repassant à Qeneh, nous avions revu la Bédaoïâa qui fumait sa cigarette devant un café, et qui nous regardait passer avec une bravoure sereine, ayant l'air de nous dire : on ne vous la dansera plus... la fîère danse des Pharaons! Mais nous voici arrivés aux grottes de Beni-Hassan, c'est-à-dire dans un lieu qui est une mine d'observations, d'ouvrages d'art, et de renseignements inappréciables sur la vie privée des Égyptiens, dans la période qui marque la fin de l'ancien empire et le commencement du moyen empire, trois mille ans avant Jésus-Christ.
BENI-HASSAN
Creusés sur la rive droite du Nil, dans les montagnes rocheuses de la chaîne arabique, les hypogées de Beni-Hassan renferment des tombeaux de personnages ayant presque tous appartenu à la caste mihtaire. Ici, plus de scènes funèbres. Ni les cérémonies du rituel funéraire, ni le pèsement des âmes, ni les purifications, ni les supplices de l'enfer, ni l'intervention des dieux, rien ne s'y trouve de ce qui remplit la plupart des tombeaux de rois que nous avons visités dans la vallée de Biban-el-Molouk, et les tombeaux connus de la classe sacerdotale. Les murs sont couverts de tableaux qui retracent la vie civile et militaire du défunt, ses exploits à la guerre, ses travaux agricoles après ses campagnes, ses occupations domestiques, ses divertissements, tout ce qu'il a fait, tout ce qu'il a aimé. On y rencontre, avec un plaisir d'autant plus vif qu'il est imprévu, une suite de deux cents peintures, où l'on voit des soldats nus qui se provo-
quent, se défendent, se renversent, prenant toutes les attitudes, exécutant tous les mouvements d'une lutte gymnastique, d'autres qui simulent l'attaque d'une ville avec les divers engins de siège (le bélier pour battre les murs, la tortue pour protéger les travailleurs assiégeants), d'autres qui préparent un repas militaire, d'autres qui infligent ou reçoivent les punitions voulues par la discipline des camps, puis des armuriers qui fabriquent des haches d'armes, des lances, des arcs, des javelots, des massues.
Il est des tombeaux sur lesquels de longues séries de bas-reliefs peints représentent tous les détails imaginables de la vie agricole : l'élève des bestiaux, les soins donnés par le vétérinaire aux animaux malades, le labourage avec les bœufs ou à bras d'hommes, les semailles, les troupeaux de béliers et de moutons que l'on fait passer sur les champs, pour enterrer les semences, cinq espèces de charrues, la moisson du blé, la mise en gerbe, la mise en meule, le battage, le mesurage, que sais-je encore?... On se croirait dans une ferme de la Beauce : ici on trait les vaches, là on bat le beurre, là on fait le fromage. Viennent ensuite les façons données à la vigne, la vendange, le foulage du raisin dans un pressoir à bras et dans un près-
BENI-HASSAN
soir à vis, la mise en bouteilles ou en jarres, les caves oîi l'on serre le vin nouveau, les celliers où l'on élabore le vin cuit... On se croirait, cette fois, dans un vignoble de Bourgogne... Mais quoi! ces
Figiires de gymnastes, à Beni-Hassan, XII* dynastie.
hommes n'ont pour tout vêtement qu'un haut de chausses ! Ce sont des Égyptiens qui vivaient il y a quatre mille huit cents ans, du temps d'Osortasen, roi de la douzième dynastie (et non de la
vingt-troisième , comme l'avait dit par erreur Champollion). En vérité, il n'y a rien de nouveau sous le soleil !
Ce n'est pas tout : les peintres et les sculpteurs de cette aimable nécropole ont voulu nous faire connaître tous les genres d'amusements, de jeux et d'exercices qui ont égayé la vie de ceux dont ils ornaient la dernière, ou plutôt l' avant-dernière demeure : les chœurs d'hommes et de femmes accompagnés par la musique des harpes, des flûtes, des flageolets et des conques, les pas et les frémissements des danseuses (les mêmes, oui, absolument les mêmes, dont le spectacle nous a été donné par les aimées du Caire et par les ghawasies de Qéneh), le jeu de paume, la courte paiUe, la main chaude, le mail, le cricket (que les Anglais ont inventé !), la mourre, la morra qui fait encore la joie des Romains, les tours de force ou d'adresse qu'exécutaient les saltimbanques d'Osortasen, vénérables ancêtres de nos a.crobates d'aujourd'hui , et les johs mouvements des jeunes filles qui jonglent avec des balles ou des oranges.
Qui se serait attendu à trouver une histoire des Égyptiens des divers Etats, et une Encyclopédie des arts et métiers sous les Pharaons, écrites au ciseau et au pinceau dans des grottes tumulaires !
C'est pourtant là ce que contiennent les hypogées de Beni-Hassan, où toutes les professions sont représentées au naturel et au vif: le sculpteur en pierre modelant un sphinx, le peintureur de statues, l'artiste peignant des tableaux de chevalet, le forgeron, le charpentier, le menuisier, l'ébéniste avec ses pieds de lit et ses bras de fauteuils, le potier avec son tour et son four, le verrier avec ses fourneaux, le maroquinier, l'orfèvre, le bijoutier, le tisseur.
Champollion passa quinze jours dans les grottes de Beni-Hassan à faire dessiner et colorier à gouache plus de trois cents morceaux d'après les peintures qui couvrent les murailles de ces catacombes. Il fit tout copier religieusement pour son grand ouvrage : les ustensiles, les meubles, les vases, les palanquins, les traîneaux. On y trouvera de superbes oiseaux dans toute la beauté de leur plumage et des quadrupèdes dans toute la vérité de leur pelage, bouquetins, antilopes, gazelles, et les animaux domestiques, les chats, les singes, les ânes, les chiens de garde et de chasse, le lévrier, le basset à jambes torses, enfin des poissons, des reptiles, des insectes avec leurs couleurs éclatantes et changeantes, et jusqu'à de pauvres nains, dont la difformité amusait les grands sei-
gneurs de l'Egypte, quatre mille cinq cents ans avant qu'on ne YÎt leurs pareils figurer à la cour des rois très-chrétiens, et dans les portraits officiels de Vélazquez.
Mais ce qu'il y a de plus curieux peut-être dans ces curieuses grottes, ce sont les tableaux qu'on a peints et les épitaphes qu'on a rédigées sur les tombes de deux préfets du nome de Sah, dans l'Heptanomide. L'un d'eux, nommé Néhotep ou Noum-Hotep, est représenté recevant des prisonniers asiatiques. Ces prisonniers au nez busqué, aux cheveux et à la barbe du plus beau noir, s'avancent avec leurs femmes, leur bétail et leurs lyres^ et ils offrent au vainqueur un cosmétique, le nest'em^ qui doit être précieux si c'est le même dont ils ont fait usage pour se teindre les cheveux et la barbe. ChampoUion les prit pour des Grecs de l'Asie Mineure, d'abord à cause des lyres, et ensuite parce qu'il les trouva peints avec les tuniques, les coiffures et les chaussures qu'on remarque sur les vases grecs du plus vieux style. Mais combien nous sommes loin encore des Grecs, dans ces tombeaux antérieurs à notre ère, non pas de neuf siècles, mais de trente siècles !
L'autre préfet se nomme Ameni. Il raconte luimême sa vie dans une longue inscription qui
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couvre le soubassement de la chambre funéraire. Il nous apprend qu'il a été général d'infanterie et que dans ce grade il a fait plusieurs campagnes, en Ethiopie et ailleurs, avec le fils du roi Osortatasen ; puis il vante naïvement son administration de préfet. 11 s'est appliqué à bien faire, même à être juste : « Toutes les terres, dit-il, étaient ensemencées du nord au sud. Rien ne fut volé dans mes ateliers. Jamais petit enfant ne fut affligé, jamais veuve ne fut maltraitée par moi. J'ai donné également à la veuve et à la femme mariée, et je n'ai pas préféré le grand au petit dans mes jugements. » Venez vous instruire ici, vous qui administrez les provinces, vous qui êtes les juges de la terre !
On a dit et l'on a souvent répété que les colonnes de Beni-Hassan étaient le prototype du dorique grec, et il est certain qu'au premier aspect il y a de la ressemblance entre ces colonnes et celles de l'ordre dorique. Mais quand on y regarde de plus près, quelle différence ! Combien l'imitateur a été supérieur à son modèle !
Les colonnes ou les pihers de Beni-Hassan ne représentent qu'un support inerte, semblable à une pièce de bois épannelée, et surmonté, pour tout chapiteau, d'un petit tailloir pas plus large
VOYAGE DK LA HAUTlil EGYPTE.
que le diamètre inférieur du fût ; et, comme la diminution du fût est à peine sensible, il en résulte, dans ce tailloir, une apparence de timidité tout à fait contraire au sentiment que veut exprimer le dorique. De plus, ces colonnes ont une base plate et ronde, taillée comme un disque sans utilité et
Colonne de Beni-Hassan
comparée au dorique grec.
sans grâce. Combien elle est différente, la colonne dorique, depuis l'ordre de Pœstum jusqu'à celui du temple de Thésée et du Parthénon! D'abord elle est sans base, et elle paraît ainsi implantée dans le sol et inébranlable, au lieu de reposer sur un palet qui la sépare des fondations. La di-
BENI-HASSAN
miiiution du fût est très-prononcée, c'est-à-dire que le diamètre inférieur a un tiers de plus, en moyenne, que le diamètre supérieur, et cela doit être, d'abord au point de vue de la stabilité, puisque la charge qui pèse sur le premier tambour est accrue de tout le poids de la colonne, ensuite au point de vue de l'art, parce qu'il importe d'affirmer les apparences de la solidité, surtout là où le monument doit avoir un caractère mâle et fier. Mais c'est dans le chapiteau du dorique que les architectes grecs ont innové d'une manière admirable, en introduisant sous le tailloir un membre intermédiaire, V échine. Or l'échiné est l'image d'une matière compressible qui a été comprimée jusqu'à l'épuisement de son élasticité. Retenue par une hgature que représentent les filets de l'échiné et les rainures dugorgerin, cette matière élastique figure la résistance, le redressement d'un muscle ; elle anime le monument en faisant pénétrer un accent de vie dans cette relation entre le support et les parties supportées qui (avec le jeu des pleins et des vides) constitue l'essentiel de l'architecture. Et il est si vrai que l'échiné est l'image d'une matière élastique , compressible et même vivante, qu'elle est remplacée, sur le chapiteau de la colonne ionique, par un coussinet roulé en volute
qui semble interposé pour éviter un rude contact, un froissement entre l'architrave et la colonne. Ainsi, le membre d'architecture qui, dans l'ordre dorique, l'ordre viril, exprime la présence et la résistance d'un muscle vigoureux , devient , dans l'ordre ionique, dans l'ordre féminin, une allusion anx déhcatesses que comporte la demeure d'une divinité gracieuse. Ah ! si les Grecs n'ont pas eu le génie de l'invention, ils ont eu le génie du perfectionnement. Aussi furent-ils les artistes par excellence, car l'invention est fille de la nécessité, tandis que la perfection ne peut être qu'un enfantement de l'art.
Quand on aperçoit les Pyramides du haut de la citadelle du Caire, à une distance de douze kilomètres, elles paraissent immenses ; quand on s'approche, elles diminuent de hauteur et d'importance. A l'inverse de tous les monuments du monde, elles sont plus grandes de loin que de près. Cela s'explique bien naturellement par le raccourci que produit l'inclinaison des surfaces triangulaires, lorsqu'on les regarde d'en bas. Et cependant, quelle masse prodigieuse de constructions régulières et monumentales ! Jamais l'architecture ne s'est élevée aussi haut ; jamais elle n'a montré une telle hardiesse ; jamais elle n'a déployé une telle puissance. Pour donner une idée de la grande Pyramide, il suffil de dire qu'en tenant compte des deux assises qui ont été abattues au sommet et qui ont fait une plate-forme de ce qui était une pointe, cette Pyramide a plus de deux fois la hauteur des tours Notre-Dame, car elle mesure cent quarantesix mètres d'élévation sur deux cent trente-deux
mètres de largeur à la base. Ainsi, la surface des quatre triangles étant de quatre-vingt-quatre mille trois cent soixante-seize mètres, représente plus de huit hectares ! Quant à la masse de pierres qu'il a fallu transporter dans le désert pour les hisser et les appareiller jusqu'à de semblables hauteurs, elle est de deux millions cinq cent soixante mille mètres cubes, ce qui revient à dire qu'elle fournirait les matériaux d'un mur, haut de deux mètres, qui ferait le tour de la France !
Et ces montagnes de calcaire ne sont pas seulement le produit de la force et de l'audace, elles ne sont pas une accumulation informe de pierres superposées (ce qui serait déjà colossal); elles sont, au contraire, d'une régularité parfaite et inconcevable pour le temps qui les vit s'élever. Dans leur grandeur démesurée, on trouve des mesures d'une prodigieuse exactitude ; leui's dimensions sont des proportions ; leur immensité est fine; elles sont délicatement énormes.
Et d'abord les trois Pyramides sont orientées avec une telle précision qu'elles ont pu, dit l'illustre Biot, servir de gnomons pour déterminer les solstices, les équinoxes, et par suite la durée de l'année solaire. Ensuite, elles sont bâties avec toutes les précautions désirables. La première
assise repose sur un rocher ; elle est parfaitement dressée dans une fouille convenable. Au-dessous de cette première assise, le roc est taillé régulièrement de manière à former un socle inébranlable et inaccessible aux plus grandes eaux du Nil, au-dessus desquelles il s'élève de trente-trois mètres. Les pierres sont appareillées dans la perfection, les lignes sont droites, et les quatre arêtes, avant leur dégradation par la main des hommes, étaient d'une finesse, d'une pureté que rien n'avait pu altérer depuis tant de siècles! Chacune des pierres angulaires est creusée pour recevoir la pierre supérieure qui s'y enfonce comme le tenon dans la mortaise. De plus, les Pyramides étaient revêtues extérieurement d'une pierre plus dure que celle de la cliahie hbyque, et susceptible de recevoir un si beau poli que les voyageurs la prenaient souvent pour du marbre, marmoreis lapidibus, dit Gérard, envoyé de Frédéric Barberousse à Saladin. Une partie de ce revêtement existe encore sur le haut de la seconde Pyramide, celle de Chéfren. Il est donc vrai que les architectes les plus raffinés n'auraient pas mieux conçu le plan, ni mieux dirigé la construction des Pyramides que ne firent ceux qui travaillèrent pour les rois de la quatrième dynastie. Il est vrai de dire aussi que
l'on ne pouvait mieux choisir le site de ces monuments, qu'en asseyant une bâtisse d'un poids aussi effroyable sur un solide dont on ne trouve pas la profondeur à soixante mètres.
Quand nous étions à Athènes, oii nous demeurions rue d'Éole, il nous arrivait souvent, vers neuf heures du matin, de jeter un coup d'œil sur les montagnes qui bordent la fameuse plaine des Oliviers, et qui se nomment le Parnès, le Pœcile, le Corydalle. Ces montagnes prenaient au jour naissant des colorations admirables et fantastiques. Les parties touchées par l'aurore étaient roses ; les ombres étaient de saphir, et quand l'or du soleil levant se reflétait sur ces ombres, il les faisait passer au vert. Un semblable phénomène s'est manifesté au sommet des Pyramides, lorsque, partis du Caire avant l'aube, nous sommes arrivés à un petit village, planté de sycomores et fortifié. De là nous avons vu tout à coup, à travers le fluide d'un air subtil et pur, les couleurs adoucies du prisme s'étendre sur le sommet de la grande Pyramide, pour un moment illuminé dans l'azur d'un ciel incomparable, tandis que le reste du monument demeurait enveloppé d'ombre.
Notre caravane étant arrivée au pied de la Pyramide de Chéops, beaucoup des nôtres ont
voulu y monter, et bien que cet exercice soit extrêmement fatigant, il est aujourd'hui possible, grâce aux saillies des assises qui, ayant perdu leur revêtement, forment des gradins. Quand le revêtement existait, l'ascension des Pyramides était si difficile et si périlleuse qu'aucun voyageur n'osait la tenter. Pline raconte que, de son temps, les paysans d'un village nommé Busiris étaient seuls en possession d'accomplir ce tour de force auquel ils s'étaient exercés dès l'enfance. On en est quitte aujourd'hui pour une courbature, même lorsqu'on est hissé par deux Arabes et garanti contre une chute par un troisième qui monte derrière vous. Quant à la descente, elle est horriblement dangereuse pour qui est sujet au vertige.
Il faut aussi une certaine intrépidité pour entrer dans la grande Pyramide, oîi l'on ne pénètre que par un canal descendant, ouvert sur la face nord, au niveau de la quinzième assise, et qui n'a qu'un mètre de hauteur. Engagé dans ce tuyau rectangulaire et inchné, ténébreux et glissant, où l'on a fait dans le sol quelques entailles rustiques pour rendre la descente un peu praticable, je me suis vu, après cinquante pas d'une marche étouffante, àla lueur et à la fumée des flambeaux, obligé de remonter vers la lumière du jour et de regagner l'air
respirable. J'ai su par mes compagnons que ce couloir d'environ cent mètres de longueur aboutit à une chambre creusée dans le roc, trente mètres plus bas que la base de la Pyramide. En remontant le canal qu'on a si péniblement descendu, on trouve un autre corridor, celui-là également oblique, mais ascendant, qui conduit à une galerie horizontale à l'extrémité de laquelle s'ouvre une petite chambre en granit, dite de la reine, dont le plafond est formé de blocs inchnés l'un sur l'autre comme les deux versants d'un toit. En retournant sur ses pas, le visiteur reprend le couloir ascendant et il entre dans une galerie plus large qui, suivant la même ligne, le conduit à la chambre dite du roi.
Là se présentent des détails de construction mystérieux et inexpliqués. Dans la galerie montante et large qui précède la chambre du roi, sont disposées, à droite et à gauche, des banquettes dans lesquelles ont été creusées, à distances égales, vingt-huit mortaises de vingt et un centimètres de profondeur. Pourquoi ces banquettes ? pourquoi ces mortaises? Était-ce pour planter des luminaires et faire asseoir les prêtres ou les parents du roi, le jour de la cérémonie funèbre?... Vient ensuite une ouverture très-basse dans laquelle
on entre en se courbant et qui est celle d'un petit vestibule sans analogie avec rien de ce que l'on connaît. Sur les faces latérales sont trois herses de granit, et au milieu d'une de ces herses est suspendu un énorme bloc, qui semble menacer d'écrasement quiconque entrera dans la chambre sépulcrale.
Ici, du reste, se montrent les précautions du constructeur. Le plafond de la chambre étant, cette fois, horizontal, aurait pu fléchir sous le poids des masses supérieures : on a donc ménagé au-dessus cinq blocs de granit, séparés par quatre intervalles vides, pour former une décharge, et afin de soulager encore ces cinq poutres, on les a surmontées de blocs inchnés faisant un cinquième vide triangulaire, et reportant tout le poids d'en haut sur le plein des murs. Il ne faut donc pas être surpris que la chambre du roi, malgré la charge épouvantable qu'elle porte, n'ait pas fléchi d'un millimètre, et qu'à de pareilles constructions soit assurée l'éternité qu'avait rêvée le pharaon Cheops pour sa momie et pour sa tombe.
Cependant, il faut dire un mot de cette question lant débattue et à tous les points de vue si intéressante : quelle était la destination des Pyramides? Faut-il y voir autre chose que des tombeaux?
Ne sont-elles pas (au moins la plus grande) un dépôt des connaissances astronomiques et géométriques que possédaient les Égyptiens, il y a six mille ans? Ont-elles un rapport voulu ou fortuit avec la grandeur du degré terrestre propre à l'Egypte? Est-ce par hasard que la base de la Pyramide de Chéops est juste la vingt -sept millionième partie du rayon de l'équateur? Sur ces questions, notre guide n'hésite point. « Les grandes Pyramides, dit Mariette, sont des tombeaux, massifs, pleins, bouchés partout, sans fenêtre, sans porte, sans ouverture extérieure; elles sont l'enveloppe gigantesque d'une momie, et leur masse immense ne saurait être un argument contre leur destination funéraire, puisqu'on en trouve qui n'ont pas six mètres de hauteur. Notons d'ailleurs qu'il n'est pas en Egypte une Pyramide qui ne soit le centre d'une nécropole et que le caractère de ces monuments est par là amplement certifié. » Franchement, il est bien difficile de ne pas adopter cette opinion quand on a vécu, ne fût-ce que six semaines, dans ce pays oii la mort est, de tous les cultes, le plus sacré? En se reportant par la pensée aux hypogées de Bibanel-Molouk, l'on conçoit que, dans les plaines de Memphis comme dans les souterrains de Thèbes,
la grande préoccupation des rois ait été de se bâtir ou de se creuser une demeure éternelle, et de la rendre inaccessible, impénétrable, de manière que leur corps embaumé fût conservé intact jusqu'au jour de la résurrection. De là, ces couloirs descendants dont on ne trouve pas la fin, ces galeries obstruées par des blocs, ces trois chambres, si éloignées l'une de l'autre; de là, ces échappées en forme de puits pour donner issue aux ouvriers qui en bouchant les canaux se seraient emprisonnés eux-mêmes; de là sans doute, ces herses de granit, placées à l'entrée de la chambre sépulcrale. De là, enfin (comme à Thèbes) tous les soins qu'à pris l'architecte pour dérouter les profanateurs et les décourager par des obstacles que l'on pouvait croire impossibles à surmonter. Toutefois, il faut bien le dire, les raisons n'ont pas manqué à ceux qui pensent que d'autres vues ont présidé à l'érection de ces monuments, même en les supposant tumulaires. Ceux-là ont dit que l'orientation exacte des Pyramides, opération difficile en tout temps, avait ou pouvait avoir eu pour but de fournir aux races futures un moyen de reconnaître l'invariabilité du pôle , moyen qu'elle a fourni en effet, puisqu'il a été reconnu par cette même orientation que, depuis soixante