‹ Voyage de la haute Égypte; observations sur les arts égyptien et arabeChapitre 8 sur 24 · SIOUT · texte numérisé non relu

SIOUT

quittons le port pour nous rendre à Siout, qui en est éloignée de deux ou trois kilomètres. La route est charmante, ombragée de sycomores, accidentée de ponts, égayée par de jolis points de vue. Bientôt nous entrons dans la ville où règne une animation extraordinaire. Tous les habitants sont sur leurs portes pour nous voir passer, et l'on peut évaluer leur nombre à vingt mille. Siout est moins sale que le Caire, et les femmes paraissent plus jolies ; elles sont aussi voilées, du moins les femmes coptes, car il y a ici beaucoup de chrétiens mêlés aux musulmans, et grâce à l'esprit de tolérance qui caractérise notre temps, les uns et les autres vivent paisiblement dans les mêmes murs, ce qui eût été impossible, nous dit-on, avant Méhémet-Ali .

Notre entrée sur nos ânes, au nombre de cent et plus, y compris quatre ou cinq dames, a été un véritable triomphe. Des milliers d'enfants couraient après nous, sans compter nos jeunes sais qui poussaient leurs cris accoutumés en frappant nos montures. Rien de plus gai que cette ville arabe, pleine de bruit, de monde et de soleil. On n'y jouit de la fraîcheur et de l'ombre que dans les bazars, qui sont couverts d'une toiture plate, intermittente et négligée. Quelques rayons y pénè-

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trent à travers les roseaux et les planches disjointes, et viennent éclairer : ici un marchand de poteries indigènes, là une boutique de gaze à fabriquer des moustiquaires. Les mosquées, dont nous ne voyons que l'extérieur, sont d'une construction soignée ; elles présentent de johs appareils de brique, des corniches élégantes, ornées d'encorbellements en niches étagées, et les minarets qui les surmontent ne le cèdent pas aux plus beaux morceaux de l'architecture arabe du Caire.

La ville traversée, la caravane arrive à une chaussée, pratiquée entre deux nappes d'eau qui s'étendent à perte de vue, et qui sont fournies ou accrues par les inondations du fleuve, de sorte que Siout paraît en ce moment bâtie sur une île. Au-dessus de la chaussée, ou plutôt de la digue, se trouve un pont au delà duquel s'élève une des montagnes rocheuses de la chaîne libyque. Cette montagne est creusée, à diverses hauteurs, de grottes sépulcrales, ornées de figures et d'inscriptions, mais moins importantes et moins belles que tant d'autres qu'il nous reste à visiter. Sur le seuil de la grande grotte, nous avons joui d'un spectacle dont la splendeur inouïe est impossible à oublier etàdire. Le fond du spectacle était fermé parles contre-forts de la chaîne arabique, c'est-à-dire par l'union du

siouT. ni

ciel avec le désert. Le fleuve s'étendait sur la droite à perte de vue. Devant nous se déployait la ville de Siout, toute hérissée de ses monuments et formant une masse de vigueur, mais de vigueur lumineuse, rehaussée de coupoles blanches et de minarets, au pied de l'immense rocher où sont percées les grottes. Sur la gauche s'avançait un jardin de la verdure la plus riante et la plus tendre. C'est le jardin de la nécropole dont on aperçoit d'ici les enceintes et quelques tombeaux. Plus loin, une île de verdure attenante à la ville par un isthme à fleur d'eau et, par-dessus tout cela, une clarté éblouissante, tombant d'un ciel suave qui n'a aucune des crudités du ciel italien. Ajoutez que la digue était couverte de pêcheurs, et que d'immenses nappes d'eau étaient comme trempées de soleil. De ma vie je n'ai rien vu de pareil à cette ville arabe se dressant pittoresque, mouvementée et brillante, entre deux inondations , celle de la lumière et celle du Nil.

En descendant la montagne, nous avons voulu, quelques-uns, aller voir ce cimetière musulman que nous avions aperçu d'en haut, et nous l'avons parcouru avec un sentiment qui était celui du calme plutôt que de la tristesse. Les tombes égyptiennes n'ont rien de mélancolique. Elles expri-

ment seulement l'idée de repos, d'un repos solennel, profond et qui durera. Échelonnées en amphithéâtre sur le revers de la montagne aux grottes, elles forment, dans le bas, tout le long du jardin, des rues paisibles où l'herbe pousse le long des murs délabrés. Ayant fait quelques pas dans une ruelle, j'ai aperçu à peu de distance une famille misérable, tapie contre un mur, sur les ruines d'une tombe, et vivant là, gardée par un chien, avec quelques poules qui grattaient la poussière des morts.

C'était un événement que l'arrivée de quatre vapeurs sur le rivage de Siout, avec des dahabiehs qu'ils remorquaient et les bateaux supplémentaires qui portaient les vivres et les ânes.

Pour éclairer le soir nos mouvements et aussi poumons faire fête, des torches de résine avaient été allumées le long du port. Les Arabes préparaient une fantasia et déjà l'on entendait leur aigre et stridente musique. Des aimées avaient été mises en réquisition pour nous amuser de leurs danses à la lueur des flambeaux. Mais les danses d'aimées, du moins celles qui s'exécutent en public, sont assez monotones et ne tardent pas à fatiguer l'attention. Elles consistent toujours dans un frémissement continuel des muscles du corps,

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