‹ Voyage de la Jeannette [microforme]Chapitre 105 sur 148 · Shakespeare, Richard HT · texte numérisé non relu

Shakespeare, Richard HT

Dimanche 28 août.— Lever à cinq heures. Déjeuner assez tard, pour cause de bois mouillé. Il tombe une neige légère. Vent nord-ouest. Température, — 2,8. La terre parait un instant, plus à l’est que je ne croyais. Service divin à dix heures. La glace semble se détendre. Çà et là on la voit tournoyer comme sur un remous. Un grand chenal s'étend près de la côte; de nombreuses ouvertures se forment : l'espérance nous revient au cœur, M. Dunbar assure qu’une mer libre s'étend à l’est. J'escalade un morne; en effet, j'apercois quelque chose. Plus lard, notre camarade entre dans ma tente: ce que nous avons vu est une terre, pas la mème que celle d'hier ; il la relève au N.70'E. magnélique, el notre vieille connaissance se trouve au sud :ilen résulle que nous sommes entre les iles Nouvelle-Sibérie et Faddejew et je m'explique l’immobilité des glaces. La Léna, il est vrai, se rapproche quelque peu, mais qui peut dire combien de temps nous resterons ainsi clavés!

Et une autre et longue journée s'écoule! Nos chasseurs de phoques ne prennent plus rien; ces amphibies deviennentaussi farouches que dans les lieux où on les poursuit sans trève, Notre dérive, d’abord très rapide, se modère à sept heures du soir, où le vent passe au nord. Nombreuses allées; aucune dont nous puissions profiter. Température, — 4°. Le bois est fini; ce soir on revient à l'alcool.

Me sentant tout à fait malheureux sans mes pipes quolidiennes, j'essaye des feuilles de thé; à mon heureuse surprise, j'en relire un bien-être étonnant. Sondages, 7 brasses 13: vase et sable, Dérive vers le sud. Le vent tourne au nordnord-est.

29. — A quoi bon réveiller mes gens sitôt, puisque toutes les heures du jour nous restent sur les bras! Picu sait comme elles sont interminables! Donc je laisse l'équipage dormir la grasse matinée. Hélas! quand on se réveille, la banquise est toujours au même point! La brume nous empêche de voir la terre; à un mille à la ronde, on n’apercçoit pas une goulle d’eau. Thermomètre, — 6,5; légère brise nord-est. Sondages, 7 brasses 1/3; un peu de dérive sous le vent,

A midi, M. Chipp vient m'averlir qu'une passe s'ouvre vers le sud, à l’ouest de notrechamp. On avale en toute hâte le diner;

vivres el provisions sont charriés à l’autre rive; on y traine les

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bateaux. En mer à une heure; au bout de quelques minutes, nous sommes arrélés court. À trois heures, on repart, le cap surle sud-ouest jusqu’à six heures, où nous faisons voile vers le sud, À huit heures trente, ne trouvant plus de route, nous nous amarrons à une vaste lable : sondages de l'après-midi, 6 brasses, ;et5. La glace est en branle; elle a manqué nous broyer. Nous la voyons dériver rapiisment devant la brise. J'espère que nous sommes maintenant par le travers du détroit et que lout ira mieux demain.

30, — Lever à quatre heures: on plie les tentes, on charge les embarcations. Un promontoire parait que je relève au S. 46° O0. magnélique; mess à quelle terre appartient-il? Je ne vois pas de côte plus au sud et ne puis croire que, pendant la nuit, nous ayons s! vite dérivé au midi que ceci fût la poimte sud de l’île Faddcjew. Sondages, 5 brasses. La glace tourbillonne aulour de nous; notre champ défile à grande vitesse, parallèlement au rivage, à la distance de cinq milles environ. Lancer et charger nos canots au riülieu d’un pareil bouleversement, l’huis même des enfe:s, est ume opération très périlleuse, mais, une fois que nous serons emportés par Le fleuve, côle à côle avec les blocs de glace, Le danger parailra moins grand.

En route à quatre heures cinquante, on déjeune dans les bateaux une heure plus lard. Le temps est superbe, la brise léyère ot variable, Nous avançons vers le sud, dérivant avec Les masses de débris. Baromètre, 770 millimètres (lemp., —3° ; thermomètre, — 6,7. Le soleil nous réchaulle et nous réconlurte; Lant qu'il brille au ciel, nous ne prétons pas 12 moindre allention à celle température hivernale; malheureusement le brouillard arrive, fidèie à ses habitudes: l'atmosphère devient aussitôt aigre et fâcheuse. À onze heures, l& terre se montre à gauche du courant de glace qui nous entraine vers le sud.

\ile, essayons d'aborder! Les passes se font de plus er plus

larges; nous sortons évidemment de la banquise pour nous trouver en pleime mer. Choisissant un champ de bon aspert, je m'y arrêle ciny minutes pour renouveler notre provision de neige; je sonde sur quatre brasses et nous nous dirigeons sans reland sur le promontoire dont j'ai parlé. Jusqu'à ce que je prenne des relèvements ou que j'aie d'autres preuves de l'exac-

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litude de mon estime, je ne puis dire au juste si c’est le cap Peszowij. A deux heures, nous traversons le dernier courant de glace entre nous et la terre, distante maintenant d'un mille et demi. Je jette le plomb sur 3 brasses 1/3. A trois heures dix, la côte n’est plus qu'à 50 mètres, mais mon embarcation enfonce dans la vase. Obligés de chercher ailleurs, nous premons pour but l'endroit marqué sur la carte « Hutte Faddejew »; tout près, au fond de la baie, une plage semble propice pour le débarquement. Sous notre regard ravi s'élendent des pentes revètues de mousse ou d'herbe, où nous serons si heureux de planter nos tentes, des arbres enliers appurtés par le courant, de petits monceaux de neige qui, j'en suis sûr, ne contiennent pas de sel! Hélas! nous nous enlisons de nouveau! Je fais décharger la baleinière, qui, montée par Melville et deux matelots, éclairera la descente et au be:sit ous servira de bac; elle-même est arrêtée à 50 mètres; nou: rgagnons le large, et, ne comptant plus essayer jusqu’au lendemain, j donne l'ordre de préparer le souper.

Mais, apercevant vers le sud une portion de plage couverte de cailloux, j'expédie encore Melville, qui, cette fois, réussit à souhait, Son embarcation, allégée comme je l'ai dit, nous transporte sur la terre, sur la première vraie bonne terre que nous ayons foulée depuis deux ans. Je respire enfin, après loutes nos anxiélés des dix derniers jours, toute ma lension d'esprit de ces dernières quarante-huit heures. Le gazon et la mousse que je sens sous mes pieds les réchauffent aussitôt el les ramènent à leur température naturelle. On s'empresse di dresser les tentes sur la plaine verte. Souffleur, le seul survivant de nos quaramte chiens, bondit après nous, fou de joie, donnant la chasse aux lemmings dont les trous criblenl le sol, De lous côtés des indices de gibier plus sérieux, fu-

mées de renne toutes fraiches, débris d'empaumures, traces

de lièvres.. on voit des vols d'oies noires, Des pins de Norvège, avec leurs branches, sont échoués sur la plage. De petils élangs d’eau pure parsèment la plaine où aous campons; inulile de dire qu'on a bientôt jeté la provision de neige saumâtre.

Nous avons bu ce matin notre dose de jus de citron, la

nière,

Apri est. B momè Désori la mo

repas.

st le Cap courant un mille s heures

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Après le souper, les chasseurs s'éloignent. Légère brise sud-

est .

Baromètre, à huit heures, 769"%,5 (temp., — 1,1). Ther-

momètre, — 49,5. Je fais augmenter la ration de pemmican. Désormais chacun de nous en aura 670 grammes par jour ; à diner, le reste partagé entre les deux autres

la moitié

repas.

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