CHAPITRE XVI
L'ARCHIPEL LIAKHOV
{31 août — 11 septembre 1881)
Traces de rennes. — Une hutte déserte, — Cabotage le long des côtes, — La traversée du détroit, -- Les embarcations sont séparées, — Terrible anxiété, — Le deuxième cotre reparait. — Très rude labeur, — Le bane de sable. — On atterrit sur l'ile Kotelnoï, — Une hutte, — Explorations. — Les monts Éteignoirs. — Appareillage. — Ile Semenovski. — Rennes et lagopèdes. — Une défense d'éléphant. — Note laissée sur l'ile.
Mereredi 31 août. — Lever à cinq heures. Vent léger du sud. Le thermomètre est à — 5°,6, mais la température nous semble aussi délicieuse que s’il marquait 0° ou même davantage. Les chasseurs ne rapportent que trois canards et quelques sanderlings (Calidris arenaria), Les traces de rennes abondent el leurs ramures, l’une encore revêtue de son velours,
M. Sweelman et le maitre d'hôtel ont trouvé, à un mille cet demi au sud, une masure en ruines sur la rive droite d'un ruisseau, C'est sans doute la « Hutle Faddejew » portée sur la carte, et qui élablit notre posilion.
Le docteur à vu un plarmigan (lagopède ou perdrix des neiges). Déjeuner à six heures. On rembarque ensuite tous les objels de campement. Départ à sept heures vingt; à huit, nous passons devant la Hutle Faddejew, faisant voile vers le sud. A onze heures vingt, nous essayons de prendre lerre pour diner, mais la vase empêche d'avancer à moins de 300 mètres.
A trois heures, la flottille double le cap sud. Piles de bois flotté ou débris de hultes au-dessus de la berge. A cinq heures trente, nouvelle et inutile tentative pour souper à lerre:
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L'ARCHIPEL, LIAKHO VW. 537
impossible d'aborder, même avec la balcinière. Baromètre, 77gmm,5 (19,7), Température de l'air, — 2; de l’eau, + 09,6 (trois heures du soir). La marée s'élève de 82 centimètres. Canards, hiboux, bécasses, veaux marins.
Donc, nous restons en mer. Croyant Île banc de sable dépassé,
je me dirige vers l’est-sud-ousst, Le vent est presque arrière,
nous marchons grand train; mais, à dix heures. la glace nous assiège de nouveau à l'avant et aux bossoirs; la quille enfonce dans la vase; nous venons de toucher sur un bras dudit banc tout couvert de débris échoués, Jusqu'à minuit il faut tirer et haler de notre mieux pour maintenir les embarcations dans de l'eau assez profonde. 60 centimètres semblent d’abord tout ce que nous pouvons trouver; puis nous passons à 2,40, pour revenir subitement à 0®,60, La nuit est très sombre, notre entourage très dangereux; pas d’ancres; à bord, nul autre corps lourd que nos boites de pemmican, dont la soudure laisse fort à désirer; impossible @e s’en servir si l’on ne veut en perdre le contenu. On essaye de faire une ancre avec une hache et un pieu de tente; le misérable engin ne mord pas; je tâche de retenir mon bateau en enfonçant dans le sable toute ma provision de piquets : rien ne nous réussit, Personne ne ferme l'œil et nous attendons l'aube ea grande perplexité,
deudi 1% septembre. — À deux heures du malin, les premières lueurs du jour permettent enfin de se retourner. Le premier cotre et la baleinière contournent à la rame et au cble les abords du banc de sable; mais, pendant celte manœuvre, on perd de vue le second cotre; nous nous amarrons à une table échouée dans 2? mètres d'eau pour l'attendre et pour déjeuner. On dresse les tentes sur la glace; mais nous n'avions pas pensé à la marée : tout d’un coup le flot vient briser, et nous regasrnons à grand péril nos embarcations respeclives,
A sept heures dix, Chipp reparait : nous partons par un bon vent est-sud-est, baromètre 772,5 (4-5°). On navigue bàäbord imures, un homme à l'avant sondant au moyen d’un piquet de lente, Soudain nous baissons à 90 centimètres, et je n'ai pas le tumps de virer de bord que le cotre touche sur la vase. La baleinière essaye de nous en arracher, et, ce faisant, nous
pousse contre un récif ; l’'embarcation s'emplit presque à cou- salisfac ler, Une fois sortis de ce mauvais pas, et par une belle brise une ter
| et une mer suffisamment profonde, nous filons au sud-sud- D, — | ouest jusqu’à midi; puis au sud-ouest, à l’est-sud-ouest. Son- des bo dages, à midi, 7 brasses 2/3; à deux heures, 5 brasses; à cotre n trois, 5 1/2; à quatre, 8 1/2; à cinq, 9 1/2. La baleinière à l'oue: et le grand cotre ont admirablement marché : cinq ou six meil, € nœuds à l'heure, et c'est fort heureux; si nous ne courions dernièr pas ainsi devant la houle, l'eau embarquerait trop vite pour y prète | que nous pussions la tenir sous contrôle ; par moments il nous sence | en arrive des paquets énormes, nous mouillant à cœur joie, hanten | nous forçant à écoper et à pomper sans relâche. C'est même Aprè: | avec une certaine satisfaction que, de temps à autre, je rencontre de lou des courants de glace en dérive; à leur abri la mer est moins vent el | dure; malheureusement celle blocaille n’est pas d’un grand | mètre, secours pour nous y amarrer. À quatre heures du soir pourtant, 4 Sondag ! je rencontre un fragment de taille plus respectable, et nous où Chi] nous arrèlons pour attendre le second core, encore resté en nous vé arrière, J'interroge l'horizon : pas de voile, mais la glace qui Couc arrive de tous les côtés; est-ce pour nous claver, comme au 4 de nou:
20 aoûl? Aucun champ ne se présente assez grand et assez encore
solide pour que nous osions y camper ; il faut aller de l'avant, : de song
coûte que coûte! J'ai la plus grande confiance en Chipp; ilest 4 pour n | parfaitement capable de conduire son embarcation et, sans nul 1 Kotelnd doute, nous rejoindra bientôt. Enfin, apercevant un banc de 4 s'épais
4 dimensions suffisantes, je donne l’ordre de faire halte; on pré- # 3, — pare le souper, on dresse les tentes, on se couche, 1 méritai
Avant réussi à nous garer du banc de sable pendant le jour, —.2!, N(
nous n'avons pu signaler Pilot marqué au milieu de sa lisière 4 nord-0
inférieure; du resle, je ne pensais plus à me diriger sur Ce 4 ippare
point, n'ayant d'autre but que de me tenir en dehors des bas- 4 \var
fonds et de garder le cap sur le sud de l'ile Kotelnoï (soixante- À elorts
dix milles de distance du promontoire méridional de l'ile Fad- È ini; n
dejew). Je n'ai aucune idée du chemin effectué hier soir avant 1 heures
la remcontre du récif; seulement, par lestime, je crois que 4 (temp.
nous avons fail les 57 de la route, La terre ne parait pas 4 La ler
encore, quoique, à notre droite, dans l’est-sud-ouest, des nua- { une el
s bas semblent indiquer sa présence, Nous sommes transis # los «
el trempés. Chacun se fourre dans son sac avee la plus grande # 20 mèl
ce à coulle brise sud-sudest. Sonr'asses ; à aleinière q ou six courions ile pour {s il nous eur joie, st même rencontre est moins un grand pourtant, +, CL nous e resté en glace qui ‘omme au | et assez le l'avant, ipp; iles , Sans nul n banc de le; on pré-
nt le jour, » sa lisière rer sur Ce s des bas- (soixante- » l'ile Fadsoir avant crois que parait pas , des nuanes transis
lus grand
L'ARCIHIPEL LIAKHON, 53) satisfaction. Thermomètre, —3°,3, Le vent fraichit et annonce une tempête.
2, — La brise reste à l’est-sud-est, Lever à cinq heures par des bourrasques de neige. Température, —1°,7. Le second cotre n'a point paru. Sondages, 10 brasses 1/2. Dérive rapide à l'ouest-nord-ouest. Personne n'avait pu reprendre le sommeil, et l’on consacre la journée à combler le déficit des deux dernières nuits. La tempête rugit autour des tentes sans qu’on y prête attention’, cette halle est très bien venue, mais l'ahsence prolongée de Chipp redouble le souci et l'inquiétude qui hantent toutes mes heures,
Après midi, Nindemann distingue une terre dans la direction de l’ouest-nord-ouest ; il en évalue la distance à sept milles. Le vent et les ondées de neige s'arrêtent par intervalles. Thermomètre, — 2° à six heures du soir, Les averses recommencent. Sondages, 4 brasses 1/2; dérive moins rapide. Dans le cas où Chipp et les siens seraient près de nous et ne pourraieni nous voir, on hisse un pavillon noir au sommet du mât,
Coucher à neuf heures du soir, La glace s’est amassée autour de nous en quantité effrayante. Je puis à peine croire qu'hier encore nos embarcations bondissaient sur les flots. Impossible de songer à repartir : un changement de vent est nécessaire pour nous délivrer, La banquise est arrêtée à l'ouest par l'ile Kolelnoï, au nord par le banc de sable; plus elle va, plus elle s'épaissit dans notre voisinage.
3, — Lever à six heures. Brise sud-est assez forle, mais ne méritant pas le nom de tempête, De cotre point! Thermomètre, —2", Sondages, 3 brasses 2/3, L'eau se montre au nord et au nord-ouest, probablement sur les abords du banc de sable ; apparence de terre de l’ouest à l’ouest-nord-ouest,
\vant midi le vent s'apaise peu à peu; le soleil fait tous ses ellorts pour percer les nuages. Je croyais le mauvais tem’s fini; mais bientôt le baromètre baisse, le vent fraichit ; à quatre heures l'ouragan fond sur nous. Le baromètre marque 759,5 (temp, 0°), el le ciel est d’un gris de plomb uniforme et livide. La terre parail distinctement ; quelque chose qui ressemble à une chaine de montagnes se profile en arrière d’une ligne de
los de même hauleur que celles de l'ile Faddejew : 15 ou 2 mètres à peu près. Elle doit être à une dizaine de milles.
Ma sollicitude au sujet de Chipp, mes craintes pour l'avenir m'usent d'heure en heure, et ces bourrasques du sud, qui plus que jamais poussent contre nous les amoncellements de glace, ajoutent encore à mon anxiété.
Mais, Dieu merci, sur un de ces points, au moins, mon inquiétude peut se calmer. A quatre heures quarante-cinq du soir, Aneguin, placé en vigie, signale une voile. Ce sont nos amis, à moins d’un demi-mille, qui suivent la lisière nord de notre glace, échouée sur le banc de sable. Arrivés par notre travers, ils s'arrêtent et hissent un pavillon noir au mât,
A cinq heures cinquante, Chipp et Kuehne viennent nous retrouver à pied et soupent dans ma tente. Avant-hier à trois heures du soir, presque aussitôt qu’ils nous eurent perdus de vue, le cotre commença à embarquer des lames ; il fallut le tirer sur la glace, elc., elc.; nombre de détails que Chipp inscrira dans son rapport particulier. Je lui remets la note suivante :
Samedi 3 septembre 1881.
Cher Monsieur,
Je suis bien heureux de vous revoir : ces quarante-huit dernières heures n'ont causé de vives inquiétudes. Jeudi, quand nous avons été séparés, la mer est devenue si grosse que j'ai eu à courir sous voiles pour que l'eau n'entrât pas à chaque instant dans nos embarcations; puis nous nous sommes amarrés, pour vous attendre, au débris de champ où vous nous trouvez aujourd'hui.
l'eu après, les glaces nous ont clavès, comme vous le voyez; si votre cinot et vos gens sont en position sûre, restez-ÿ jusqu'à ce que la fin des bourrasques où une saute de vent vous permette de nous rejoindre, Mon intention est de profiter de la première circonstance favorable pour me diriger sur le promontoire sud de l'ile Kotelnoï, ou sur quelque lieu lavorable à un débarquement sur la côte sud-ouest; de là, dès que la mer S'ouvrira et que le temps deviendra propice, j'essayerai de gagner Barkin (Delta de la Léna) par l'ile Stolbovoï. La distance du sud de l'ile Kotelnoï à Stolbovoï est de soixante-cinq milles (115 kil.) ouest-sud-ouest, et de Slobolvoï à Barkin, de cent douze milles (207 kil.) ouest-sud-ouest. Consultez votre carte, Il faudra qu'un de vos hommes passe à la baleinière, un autre au grand cotre, afin de diminuer d'autant la charge de votre embarcation.
Faites Lous vos efforts pour rester en vue, et, si possible, à portée de voir, Mais si, par malheur, nous devions être séparés de nouveau, apphiquez-vous à gagner le fleuve Léna et à aticindre quelque station assez importante pour nourrir et abriter vos hommes, avant de penser à nous rejoindre. Je ne crois pas la terre à plus de dix milles, Quand nous nous
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sommes amarrés à ce champ, j'ai sondé sur dix brasses et demie ; la dérive nous a portés sur un fond de trois et demie.
Toutes les fois que notre voile ne sera pas déployée, le petit pavillon noir flottera au haut du mât.
Très respectueusement, GeonGe W, DE Loxc,
Lieutenant de vaisseau, marine des États-Unis, commandant l'expédition polaire.
Au lieutenant de vaisseau €. W. Chipp, conunandant le cotre n° 2.
Au diner, la baleinière et mon embarcation se sont parlagé douze canards, dont dix tués avant-hier sur la glace, et deux à l'ile Faddejew. Le second cotre n'avait, je le sais, qu’un canard et trois sanderlings, et j'aurais voulu conserver notre stock pour le répartir fraternellement entre tous, mais les oiseaux avaient trainé sur le fond mouillé du bateau, et je craignais de les voir perdre. On en a préparé un excellent plat en y adjoignant 225 grammes de pemmican par personne.
Chipp a dû faire aujourd’hui une trentaine de milles sur la lisière du banc de sable. En ce moment, il est à un mille au nord de notre position el sur 1,20 d’eau ; aussi loin que son «il peut atteindre, il distingue la marge du bas-fond. De notre camp,on signale la terre à l'ouest-nord-ouest, j'espère de tout mon cœur qu'en dedans de la glace échouée un chenal praticable s'étend jusqu'à la côte ; nous sommes maintenant sur 3 brasses 13 el ne dérivons plus. Je suis convenu avec Chipp d’un signal pour demain malin, dans le cas où je me déciderais à traverser la glace et à lancer les embarcations dans l’eau peu profonde : il me faudra tous mes hommes sous la main. Bourrasques du sud-est.
Dimanche & septembre. — Lever à cinq heures. Déjeuner à six. Forte brise du sud-est, Thermomètre, — 3. A six heures trente, \indemann, Bartlett, Iversen, Lauterbach el Kaack prennent les devants pour ouvrir une route aux bateaux; puis tous les autres s’acheminent vers le campement de Chipp, chacun porlant son paquet, sacs de nuit, tentes, etc... Lee et moi restons seuls en arrière. A huit heures et demie, on revient s’atteler aux embarcations; mais la voie est si mauvaise, le trainage si dur, que nous w’arrivons pas au but avant une heure de l’aprèsmidi. C’est très certainement la plus rude besogne que nous ayons jamais accomplie.
Les traineaux n'existent plus: les canots ont à glisser sur les palins de leurs quilles; la coque n'est plus protégée; sans cesse elle heurte les glaces empilées de lous côtés en masses anfractucuses el confuses, hérissées d'arêles tranchantes, De longs « rubans » sont emportés des patins à mesure que nous avançcons; les baleaux eux-mêmes reçoivent mainte égratignure. En placant le mât en travers de lembarcation et en l'aiguilletant solidement au plat-bord, nous avons un levier suffisant pour maintenir le canot d'aplomb sans trop de difliculté : c'est la chute soudaine d'un ressaut dans un creux, ou l'arrêt brusque au milieu d'une glissade qui font ouvrir les coulures et causent les avaries. Les fissures entre les champs échoués ne sont pas rares ; pas rares non plus les plongeons de nos hommes ; il leur faut aussitôt se détacher de la bricole et courir changer de hardes, Il nous reste si peu de vivres que je n'ai pas osé les ôler du bateau pour les confier à nos gens, qui pourraient les laisser choir en semblable aventure : une boile de pemmican perdue, un jour de ration de moins. Le poids des canolts en est accru d'autant. À la fin des fins, nous arrivons au bout, et, à deux heures, tout le monde s'assied pour diner.
lei l'eau à environ 2 mètres de profondeur; au nord, à 200 mètres, le banc de sable s'étend de Pest à l’ouest : bordé, à 50 mètres de distance, par un large cordon de blocaille : les gros débris échoués près de nous forment la seconde enceinte. Les deux chenaux, séparés ainsi, courent vers l’ouest pendant une couple de milles, puis s'arrondissent vers la droite.
Nous parlons à trois heures du soir. Pour éviter lenlise-
ment de mon embarcalion, chargée maintenant de quatorze
personnes, le second cotre nous ayant passé Ah-Sam, je resle à l'arrière-garde, Chipp prend la tèle; Melville suit avec la baleinière, dont l'équipage s'est augmenté de Manson one). La banquise ne voulait plus de nous, la glace venait de se briser, une crevasse s'élait ouverte sous mes pieds el j'avais plongé dans l'eau jusqu'aux épaules. Nous naviguons vers l'ouest, dans le plus profond des deux canaux, devant une forte brise sud-est accompagnée de rafales de neige. Au bout de deux ou {rois milles, Chipp amène soudain la voile, vire de bord el me prévient que la roule est barrée. Nous réussissons à nous glisser dans la passe intérieure, que nous suivons sur
1,20 € allonsture St que pa nir au notre nous à instan verne suis (| de ser je cro au noi uée de de no l'une dessu:
tombe que je el de fais d autre cond plus | Je | bre, j me li
profo
lisser sur wée; sans PL masses antes, De que nous e égraliion el en un levier p de difticreux, où ir les cous champs ongeons la bricole ivres que nos gens, Lure : une s. Le poids S arrivons our diner.
1 nord, à : bordé, à caille : les enceinte.
L pendant ile, r l'enlisequalorze 1, je resle il avec la On onze).
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L'ARCHIPEL LIAKHO V. 543 1,20 d'eau. La glace semble amassée tout le long de la côte : allons-nous être cernés encore et obligés de camper à l'aventure sur ces blocs à demi engagés dans la vase? Il ne manque pas d'eau dans la direclion nord-est, mais ce serait revenir au banc de sable, dont nous avons plus qu'assez; en tenant notre bossoir bäbord presque à raser les glaces échoutes, nous avançons pourlant assez vite; la mer grossit à chaque instant, el, au risque de toucher, j'ouvre la marche et gouverne tantôt au nord, tantôt même au nord-est, forcé que je suis par les cordons de débris faisant une frange à la côte, de serrer le vent tribord amures. À cinq heures du soir, enfin,
je croyais lous les obstacles franchis et comptais me diriger
au nord-ouest, Mais, à ma grande surprise, une nouvelle rangée de glaces se montre à bäbord, au sud-sud-ouest. En face de nous, au nord-ouest, s'étend un autre banc de sable, dont l'une des extrémités semble s'élever de 2 ou 3 mètres audessus du niveau de la mer. En voulant éviter celui-ci, je relombe sur celle-là; l'eau maigril avec une telle promplitude que je suis sur le point d'échouer. Je me hâte de virer de bord el de m'amarrer à un bloc. Quand arrive la baleinière, je lui fais déposer lout son monde, sauf quatre hommes, sur une autre table et l'envoie jeter la sonde sur le bas-fond. Le sccond cotre reçoit lordre de marcher dans son sillage avec les plus grandes précautions.
Je les suis du regard, et, voyant qu'ils avancent sans encombre, je prends à mon bord les sept hommes de la baleinière et me laisse dériver après eux : je dis dériver, car l'eau élait trop profonde pour nous permettre d’user de la gaffe et je n'aurais pas osé mettre à la voile, La baleinière vient à ma rencontre ; je lui restitue ses gens, el nous continuons de conserve. Le second cotre avait déjà doublé le promontoire et s'élail arrêté devant une plage, où nous le rejoignons ; on descend sur le sable; on dresse les tentes; nous déchargeons les embarcalions et les tirons à la côte.
Où sommes-nous? La brume, les nuages, les averses de neige nous empêchent de rien voir, sinon que nous avons pris lerre sur une grève sablonneuse, couverte de bois flotté. Est-ce un ilot, est-ce quelque flèche projetée par l'ile Kotelnoï? Dans l'ouest, à travers la neige, on distingue vaguement un profil
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