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CHAPITRE XVII

(12-30 septembre 1881)

L'apparcillage. — Les bateaux sont séparés. — Terrible tempète, — Les bas-fonds, — On aborde à gué, — Préparatifs de marche, — Une autre note, — Marche très lente. -- La dernière boîte de pemmican. — On se traine à grand'peine, — Ericksen est à bout, — Une hutte. — Où demander secours? — Bravo, Alexey! -— Un répit. — Un radeau mal réussi. — Perplexités sans fin, — Pour trois repas seulement! — Confiance inébranlable, — Un renne. — Erieksen est fort mal. — Une fourche du delta. — Une opération chirurgicale, — Point de gibier!

Lundi 12 septembre, — Lever à cinq heures; déjeuner à six. Vent frais de l’est. Thermomètre, —0°,5. Départ à sept heures trente, le cap sur le sud-sud-ouest vrai; à huitheures quarante, nous passons par le travers du nord de l'ile Wassilewski, à huit heures cinquante p°r celui du sud; à onze heures trente, halle près de la glace; ner, après scize milles de navigalion. Sondages, 4 brasses 3/4. En route à quatre heures quinze; la brise fraichit toujours plus de lest-nord-est., À neuf heures, perdu de vue la baleinière à l'avant, le second cotre à l'arrière, Le vent souffle en tempête. L’emplanture du mât est enlevée. Amené la voile et mis à la cape avec l'ancre flottante. Mer horriblement dure. Terribles rafales. Le baromètre baisse rapidement.

13. — Furicux grains du nord-est, tout le jour jusqu’à six heures, où ils se modèrent quelque peu; bourrasques épouvantables; mer affreuse. L'embarcation recoit de très forts embruns; l'ancre flollante reste par le travers. À dix heures, nous mettons la voile à l’eau et essayons de marcher à son abri sous le vent; la chose réussit pendant une heure, puis la toile se dé-

s-fonds, — larche très l'peine, — 0, Alexey!

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LES BOUCHES DE LA LÉNA. 597 chire et nous perdons voile et vergue. Le baromètre tombe à 7h5mm,5 (+ 19,6). Dans l’après-midi on improvise une ancre flottante avec des avirons et le mât, et nous faisons de notre mieux pour étaler le coup de vent, garantis par cette drome. À huit heures, nous élablissons une voile de fortune, au moyen d’une couverture de traineau et mettons le cap sur l’ouest, fuyant devant la mer.

14, — Vent debout; la mer s’apaise. Le baromètre remonte. Vers midi, la brise tourne au sud. Un nœud à l'heure, à l’ouest vrai. La baleinière et le cotre ne paraissent pas. Sondages, 10 brasses. Diner, 3,85 de jambon, au lieu de pemmican.

15. — Légères brises du sud. Beaucoup de houle d’abord; puis la mer se calme peu à peu. A midi Ericksen prend une lalilude : mes mains hors de service depuis hier. Nous resons bàbord amures, ne pouvant que marcher à l’ouest sous notre voile de fortune: il a fallu la recoudre aujourd'hui. $S brasses 1/2. Très peu d'avance; pas la moilié d’un nœud à l'heure.

16, — Calme complet à quatre heures du matin. Sondé dans 2 mètres d’eau. Appelé les dormeurs. Déjeuner. Six b5mmes aux avirons; nous nageons vers le sud. Nombreux phoques. Beaucoup de glace nouvelle. A huit heures, les rames commencent à soulever de petites moltes de terre à bäbord et à l'avant; à neuf l'embarcation touche, on s'épuise en efforts pour relrouver de l’eau dont la profondeur dépasse 40 centimètres ; la côte de Sibérie est encore à un mille. On attend que la marée nous soulève; elle ne monte qu’à 5 centimètres, La ligne du rivage court de l'est à l’ouest, plate et basse. À six heures du soir nous nous arrêtons sur 45 cenlimètres de fond près d’une accumulation de plaques minces, où nous prenons de quoi faire le thé. Glace et eau beaucoup moins saumâtres qu'au large.

17, — Nuit misérable au possible; je fais l'appel à six heures. Un déjeune. Baromètre, 762 millimètres. A huit heures nors nous glissons plus loin et essayons d'avancer tribord amures. On touche à quelques centaines de mètres. Essayons de bäbord. Nouvel arrèt. On revient à la glace de la nuil, Décidé qu’on marchera à gué jusqu’à la côte. Nous dinons. Les hommes ont construit un radeau. On y descend les tentes, les fourneaux, le

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panne

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caisson du core; deux eslagnons sont amarrés par-dessous en guise de flotteurs. Il s’enlise presque aussitôt. Le premier détachement s’achemine, pliant sous le poids des fardeaux. Le docteur, Boyd, Ericksen et moi restons seuls sur le cotre. Terre à un mille et demi (près de 3 kilomètres). L'eau leur monte aux genoux. Ils reviennent à qualre heures, ayant laissé derrière eux Collins et Ah-Sam, tout à fait ércintés. Halé l'embarcation un peu plus près du rivage. Ils repartent avec d'autres paquels et sont de retour à six heures quarante-cinq; trainé le cotre à un millier de mètres de la plage ; puis chacun épaule son fardeau; à huit heures du soir je gagne la terre. Il neige, la nuit est tombée, mais Collins a fait un bon feu. Tous nos gens, sauf le docteur, Collins, Boyd, Ericksen ct Ah-Sam, retour-

nent chercher des bagages. A dix heures vingt, tout est là .

moins le cotre, les rames, le mât, le patin de l’embarcation, les bonbonnes. Souper; on y ajoute un kilogramme de pieds de porc. Le chronomètre Negus s'arrête ce soir, huit heures seulement après que je l’ai remonté. On dresse les tentes. Pas d’homme de veille. Le chronomètre marque sept heures trentequatre minutes six secondes.

Dimanche 18 septembre, — Appel à onze heures seulement. On déjeune aussitôt que possible de thé et de pemmican; le docteur s’affaire à nous remonter de son mieux. Un grand feu, d’abord, pour nous sécher à fond. Le sol sur lequel nous avons dormi esi tellement trempé que nous serions à tordre, sacs, vêtements, et nous-mêmes,

On retourne à l’embarcation, d'où l’on rapporte l'alcool, des habits, des instruments; il n’y reste que les rames, le mât, les jarres à eau, etc. Les feux ronflent devant les tentes, Il s’agit de regarder notre position en face et de faire tous nos efforts pour arriver à un établissement russe. Diner, 3,200 jambon; souper, 1 kilogramme jambon, 1 kilogramme pieds de porc. Neige, grêle, giboulées, violentes bourrasques. Service divin à cinq heures. Coucher à neuf, Pas de sentinelle.

19. — Lever à six heures trente. Déjeuner : thé et 2%,25 de langue. C'est la fin de nos conserves. Il nous reste pour rois jours et demi de pem'uican et beaucoup de thé,

Nous partirons après diner, Arrangeons-nous en conséquence, et, pour commencer, disons adieu aux sacs de nuit.

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On pourra les transformer en chaussures. Je laisse derrière

nous :

Sextant.

Horizon artificiel.

Mereure, Almanach 1881.

Table astronomique.

1 Chauvenel, 1 chronomètre, 1 fourneau.

14 gamelles.

1 marmite. 1 poêle.

1 boite spécimens minéralogiques.

J'emporte :

2 trousses de poche, 2 couteaux, bistouris, lancettes.

2 petites scies.

2 flacons 1/2 vaseline phéniquée.

180 gr. glycérine, 180 gr. liniment térébenthine.

60 gr. laudanum.

1/2 rouleau colle de poisson.

15 paquets poudre Dover, 1 scie de chirurgien.

1 petite hache.

1 boite à thermomètre, 1 boîte à cartes.

Les livres du bord.

Nos papiers.

Mon journal, 2 carabines remington.

Boîte à médicaments.

Bandages.

Opium.

Pilules purgatives.

Bandages élastiques.

Sondes, ele.

Charrie,

Coton en rame.

Diachylon.

Thermomètre clinique.

Divers instruments opératoires.

Fioles, etc.

60 gr. pilules purgatives.

60 gr. pilules astringentes.

30 gr. teinture de piment.

60 gr. acide phénique.

8 bandages de flanelle.

1/2 rouleau charpie.

1/8 rouleau diachylon.

30 paquets sulfate de zine.

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