CHAPITRE
(8 juillet — 27 août 1879)
Le départ. — Les adieux, — Au large, — L'ile d'Ounalaska, — La Compagnie d’Alaska, — Lettre au ministre, — Générosité de la Compagnie et de son agent. — Les officiers de la Jeannette, — Ta goclette Fanny Hyde, — V'équipage, — Habits et provisions d'hiver. — Les interprètes, — Les chiens, — La baie Saint!- Laurent, — Le chef George. — L'ile Lutke. — Sur les confins de la civilisation.
(Nous allons continuer ce récit dans les termes mêmes de M. De Long. Outre le livre de loch, il tenait régulièrement le journal de son voyage, journal que l'éditeur reproduit tel quel, sauf certaines omissions ou corrections obligées, le commandant n'ayant point songé à l'écrire en vue d'une publicalion ullérieure. De San Francisco au détroit de Béring, il put aussi expédier quelques lettres auxquelles nous aurons recours à l’occasion.)
Du Journar.
À sa serlie sous vapeur du port de San Francisco, la Jeannelte élait escortée par une demi-douzaine de navires appartenant au Yacht-Club, le commandant C. H, Harrison prenant la tête avec le Frolie; par les remorqueurs Mellen Griffith, loué par 3 C. Morison, notre agent: Governor lrivin, portant Son Excellence le gouverneur de FÉtat de Californie, M, Irwin, qui nous avait fait l'honneur de nous venir voir à bord au moment du départ, et plusieurs négociants ; Rabboni, monté par beaucoup de San Franciscains, el nombre de chaloupes à vapeur bondées de monde, Les quais élaient couverts d'amis enthousiastes, la colline du Télégraphe élail noire de gens qui l'avaient
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DE SAN FRANCISCO A LA BAIE SAINT-LAURENT. 57 gravie pour nous crier leurs adieux et agiter leurs mouchoirs ; les navires devant lesquels nous défilions inclinaient leurs couleurs; les vivals de a foule, les sifflements des vapeurs, l'artillerie des yachts remplissaient l’air de leur bruit. Vingt et un coups de canon saluèrent notre passage devant le fort de la Pointe; la garnison nous acclama de loutes'ses forces. A l’arire suivait notre conserve, la goélelle Fanny Hyde, portant cent tonnes de charbon el les provisions que nous n'avions pu embarquer. Le refus du Département de la marine de nous faire escorter jusqu'à Alaska par un navire de gucrre et de nous donner ainsi les mêmes facilités qu'au capitaine Hall du Polaris, en 1871, où le Congrès 1e convoya jusqu'à Disco, avait obligé M. Bennelt à se charger de cette nouvelle dépense. Je puis ajouter que dans l'ovation qui a salué notre départ, pas un officier de marine n’a donné signe de vie. Pourtant l'Alaska, la Tuscarora, Y'Alerte mouillaient à l’Arsenal, à ane quarantaine de kilomètres. Le remorqueur de l'État Monterey, à quai dans le port où il avait amené le commandant le matin même, ne participa pas non plus à la manifestation; au contraire, quand il leva l'ancre un quart d'heure après nous, il croisa notre sillage à un mille en arrière sans même qu'un coup de sifflet vint nous souhailer bon voyage, puis s’éloigna dans la direction de l’Arsenal.
A la dernitre bouée, nous nous séparons de nos amis; ils retournent vers San Francisco, poussant des vivats, inclinant les pavillons, sifflant de toutes leurs machines jusqu'à ce que nous soyons hors de vue et d’ouïe. Nous gouvernons ouest-nordouest (magnétique) avec un léger vent debout, filant trois nœuds seulement. — Partagé les matclots en deux bordées de quatre heures chacune, les mécaniciens en deux, de six heures; les quarts sont assignés à MM, Dunbar (pilote glacier), John Cole {maitre des manœuvres) et Will, Nindemann (quartier-maitre glacier).
Mercredi 9 juillet, — À trois heures et demie du malin, perdu de vue le phare de la Pointe Rayes, nord-est-est (magnélique), À neuf heures, élabliles voiles goéleltes et à onze heures les voiles carrées, toute notre loile bientôt gonflée par un vent frais nord-ouest soulevant une mer courte et clapoleuse qui embarquait à bäbord et à tribord. Le navire est pesamment
58 VOYAGE DE LA JEANNETTE, chargé : tirant d’eau à l'avant, 3",58; à l'arrière, 4,16, Temps brumeux, humide, et, par instants, pluvieux.
Dimanche 13. — Inspection du navire à dix heures, Tout est propre et en ordre. — Fait lire les articles de guerre et passé les hommes en revue. Jai eu le plaisir de voir assister au service divin, où la présence est facullalive, tous les officiers et malelots non retenus au quart. — Ciel clair et température agréable, mer calme.
En mer; lat. 38013"N.; long. 132202 0. 450 milles 0. de San Francisco.
A Maoaue DE Loxc.
Dimanche 13 juillet. — Nous voici quelque peu sur notre route pour le Pôle et, m'asscoir pour vous écrire est la chose la plus naturelle du monde, Au départ, nous avions peu ou point de vent, le navire lahourait pesamment la mer, ne faisant que quatre nœuds à l'heure. Mais, ie iendemain, la brise passa au nord-ouest, fraichissant rapidement. On activa les fourneaux, je couvris le navire de toile, modifiai quelque peu notre direction. et bientôt les voiles se gonfièrent à souhait. Le vent augmenta de plus belle, la mer se mit de la partie, el comme nous sornmes terriblement chargés, les vagues déferlaient sur nous de tous les côtés. Nous avons eu trois journées irès désagréables, couverts de lames à toute minute, le navire roulant et se vautrant comme un... habillé de soie. La brouée et la pluie mouillaient tout, à l’intérieur comme à l'extérieur, et la Jeannette devenait moins confortable que par nos plus mauvais temps sur le Pacifique, à la sortie du détroit de Magellan. Collins et Newcomb n’ont pas tardé à gagner leurs cadres, en proie au mal de mer et pendant trois fois vingt-quatre heures les plus misérables des hommes. Le cusinier est pris à son tour, et nous de gratter çà et là pour chercher quelque chose à mettre sous la dent! Le malheureux garcon Chinois avait disparu à tous les yeux depuis trois jours : le docteur l’a retrouvé dans la chambre aux cartes, serrant un caisson dans ses bras, une tête! Sa longue tresse dénouée flottait au gré des vents; ce n’était plus que l’ombre de lui-même, un cadavre qui se relève à la résurrection, On lui ingurgite du chloroforme, qui le remonte quelque peu, et, pour que le
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DE SAN FRANCISCO À LA BAIE SAINT-LAURENT. 59 grand air achève de le ranimer, on le couche sur le pont, près de la roue, à laquelle il pourra se retenir et qui le garantira des rafales. Si vous aviez vu cet infortuné s’y cramponner frénélitnement au moindre roulis, à tous les paquets de mer, les yeux sortis de la tête, la langue attachée au palais, vous auriez compris les angoisses qu’il souflrait, À mesure que le vent se modérait et que fa mer s'apaisait, nos gens se reprenaient à la vie, et aujourd’hui, par cette déiicieuse atmosphère, ce ciel transparent, de légères brises de l’est, l'Océan uni comme un miroir, vous pourriez croire que nous n’avons jamais su ce qu'est le mauvais temps.
Vous me permettrez, je suppose, de vous parler avec détails de la Jeannette et de ceux qui l'habitent. Le navire va bien, ce me semble. S'il ne marche pas vite, la fute en est, sans nul doute, à l'excès de cargaison : sous vapeur seule, nous ne faisons que quatre nœuds ou quatre et demi à l'heure, consommant cinq tonnes de charbon par jour quand la mer est lourde et la houle contraire, mais depuis vingt-quatre heures un vent léger du nord-est nous a fait faire cent trente milles, ou plus de cinq nœuds à l’heure, et comme chaque journée de chauffe diminue le poids de notre charbon, nous arriverons à six nœuds demain ou après-demain., La cabine est confortable et très saine. Lors du mauvais temps j'en ai fait allumer le poèle pour l'essayer el sécher nos habits; il fonctionne admirablement et rayonne beaucoup de chaleur, tout en brûlant peu de combustible. Le gaillard d'avant est parfaitement sec, très habitable; les hommes semblent s'y plaire, Le pont, par exemple, est un séjour moins commode: loujours sous l’eau. Chaque chose n’est pas encore à sa place; on y viendra petit à pelil, el pour commencer, ma chambre et celle des cartes sont en ordre, et font plaisir à voir.
Chipp est, tel il a été et tel il sera, calme et sérieux, loujours avant quelque chose à faire et toujours le faisant paisiblement, sûrement, scrupuleusement, Rarement il sourit, el rarement il parle, mais on sait où le trouver : c'est l'homme de bon conseil, Tranquillement, mais sans jamais s'arrêter, il organise tout autour de lui; il a son système, et ce syslème est très bon : à l'inspection d'aujourd'hui j'ai vu le navire fourbi comme un sou neuf, les hommes sur leur trente et un, la
Jeannette prenant de plus en plus la tournure d’un vrai navire de gucrre.
Danenhower, toujours le même, fait exactement sa besogne et navigue avec correction. Melville est brillant comme l'or, allègre au possible, À table il occupe ma droite et m'aide à découper et à servir. Il y a deux jours on casse le piston d’une pompe: cerlains mécaniciens auraient arrêté le navire ou même demandé à revenir au port. « Bah! dit-il, ma mie! tu marcheras tout de même, et à la prochaine station, je t'en ferai cinquante, s’il le faut! » Il serait de force, le besoin échéant, à nous fabriquer une chaudière avec des cercles de baril, C’esi une de nos bonnes acquisitions. Lui el M. Ambler se ressemblent en beaucoup de points. Le docteur est ce que je désirais, vif el gai en toute occurrence. Au dernier mauvais temps on le voyait partout à la fois, émoustillant Collins et Newcomb, ravigotant le malheureux Chinois, regardant en face la tempête et son train. Ils ont donné à Newcomb le sobriquet de « Ninkom », et dès qu'ils aperçoivent un albatros, ils chantent à tuc-têle aux orcilles du naturaliste :
« Viens donc vite, Ninkev, nous descendre celle oie! »
Le pauvre Collins a été si malade qu’on eût enterré sa mère sans qu'il s’en fût apercu : les calembours avaient cessé; ils reviennent sur l'eau.
Newcomb fera, soyez-en sûre, quelque chose de bon; il a du nerf, le petit homme, et ne boude pas la besogne. Au sortir du mal de mer, à peine se lenait-il sur ses jambes qu'il avait mis en place ses lignes pour ces fameux albatros; un d’entre eux a mordu, un bel oiseau de 2,15 d'envergure: en un tour de main il l’a dépouillé et préparé pour le montage. Il est parfaitement à son affaire, prend du bon côté les plaisanteries sur ses oies, rendant aux rieurs la monnaie de leur pièce. Il s'est arrangé dans Ja chambre aux cartes un petit cabinet où il à installé ses bibelots et se trouve complètement heureux.
M. Dunbar, toujours sérieux et grave, parle souvent du « pahssage » aux mers du Sud: il a un fonds d'informations générales qui nous sera sans doute utile quelque jour.
Cole et SWeetman sont ce que vous les avez vus : Cole ne dit pas grand'chose, affairé qu'il est à surveiller attentivement l'horizon comme s’il y voyail naître les vents, Swectmar monte
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DE SAN FRANCISCO À LA BAIE SAINT-LAURENT. 61 la garde autour des provisions et lient avec Danenhower de solennelles palabres au sujet des poids et mesures. Notre maitre d'hôtel chinois leur fait la vie dure : quelque précaution qu'on prenne, sous quelque triple serrure qu’on enferme les comestibles, il trouve moyen de s’en emparer. Hier, par exemple, il nous a servi de ce fameux fromage que j'avais acheté el qui ne sera délicieusement « à point » que cet hiver. On lavail mis sous clef; soins inutiles! le Chinois a su Île découvrir, en à enlevé une large échancrure qu'il pose avec orgucil sur Ja table, à côté du pâté. Il ne peut imaginer pourquoi, le navire plein à couler de toutes sortes de bonnes choses, on lui recommande l'économie; or, pour un Fils de Ian, ne pas vouloir, c’est ne pas pouvoir.
Les quarts sont remis à MM. Dunbar, Cole et Nindemann. Ce dernier travaille comme un cheval. Le second jour, une écoulille est tombée sur son pelit doigt et l’a presque entièrement coupé; il n’a pas paru s’en mettre en peine. Le docteur a fait la suture, et notre homme est retourné au bane de quart comme si de rien n'était.
Le cuisinier, depuis que le voilà guéri du mal de mer, s'acquitte vraiment à soubail de ses délicates fonctions, sauf pour le café, que nous lui apprendrons à faire. Son idée là-dessus est la quantité d’abord, la’ qualité ensuile; et quand notre ration lui semble trop courte, il s'empresse de l’allonger d'eau.
Les matelols me paraissent de premier ordre; ils sont heureux et contents. Le soir, les instruments de musique sortent de leurs éluis, on joue, on chante, Il y à parmi eux assez de belles voix pour que je songe à organiser un chœur; Collins liendrait l’harmonium. Aujourd'hui, au service religieux, tout le monde était présent, sauf les hommes de quart : une vraie congrégation.
EU maintenant passons à votre époux que je n'ai pas besoin de vous décrire, Il comprend de mieux en mieux la gravilé de celle entreprise que, pas plus que lui, vous ne voudriez le voir abandonner : j'y suis, je dois y rester, el loul faire pour m'en tirer avec honneur, Dieu aidant, j'arriverai à quelque chose, si peu que ce soit, Mais quelle immense responsabilité ! Quelle tâche d'avoir à conduire es hommes qui me sont confiés! Épaulons bravement le fardeau!
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JourNAL.
Dimanche 20.— A dix heures, inspection du navire et service divin. J'ai appris à nos gens que M. Bennett à le projet de nous rejoindre l’année prochaine et qu’il promet de se charger des veuves, s'il nous arrivait malheur. Tous ont paru salisfaits. .
A Mapaue De Loxc.
29 juillet. — Nous voici à trois cents milles d'Ounalaska. Presque toujours depuis le 13, vent debout et mer houleuse, aussi marchons-nous très lentement. Les quelques heures où les brises soufflaient du bon coin, elles étaient trop faibles pour nous être utiles; à peine activaient-elles le tirage des fourneaux. Brume et pluie très souvent.
Navire polaire La Jeannette, ile d'Oanalaska, dimanche 3 août 1879.
Enfin nous sommes à l'ancre depuis hier dans l'après-midi, après avoir erré deux jours et par une épaisse brouée au milieu d’une centaine ou plus d'ilots, très incorrectement porés sur la carte, — quelques-uns même pas du tout, — et fort mal à l'aise en leur compagnie, Gerles, comme tout autre marin, j'ai eu ma part de navigation « lortueuse et adverse », mais rien en ce genre ne saurait approcher des difficultés de notre entrée dans la mer de Béring. Ces brouillards, ces courants terribles! Jamais nous n'avons pu voir à plus de trois milles dans une direction quelconque, et pendant quelques courtes minutes. Prendre des relèvements, il n’y fallait penser: quand par hasard perçaitl le soleil, impossible de distinguer l'horizon : nous allions lâlonnant comme des aveugles, Pourlant nous avons gagné Ounalaska, où nous resterons jusqu’au mercredi malin 6 aoûl; puis je ferai voile pour Saint-Michel sans toucher à Pile Saint-Paul,
Nous avons trouvé ici le vapeur Saint-Paul de la Compagnie d’Alaska, le Rush, core de Ta douane, et le Saint-George, goélelte de la Compagnie, Le Saint-Pant ariive des îles Saint-Michel et Saint-Paul et en emporte 160 000 peaux de phoque, valant 5000000 de francs. Il repart le 5 pour San Francisco et se
rable avan ne s ua licence voël
De CTrOY:
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et fort it autre verse », ultés de *€8 COUde trois uclques penser; stinguer s, Pourusqu’au t-Michel
npagnic goélette -Michel , valant o et se
charge de nos dépêches et paquets; fameuse chance pour nous, car il ne mellra que onze jours à la traversée el vous aurez mes lettres moins d’une semaine après.
J'avais eu Pintention de m'arrêter à Saint-Paul pour y acheter mes peaux de phoque et remettre mes dépêches aux agents de la Compagnie; mais ces agents sont ici, amenés par le navire, et je puis me procurer à Ounalaska toutes les fourrures dont j'ai besoin. Donc j'irai tout droit à l'ile Saint-Michel, où je compte arriver le 13 pour en repartir le 16.
Chacun me décrit la saison comme exceptionnellement favo-
Ounalaska,
rable, Le cotre de la douane, qui revient du nord, où il s’est avancé jusqu'au cap Oriental, n'a vu de glaces nulle part; il ne s’est arrèlé sur aucun point de la côle sibérienne, n'ayant affaire qu'à l’île Saint-Michel, On nous y allend avec impalicence : chiens, lraineaux, fourrures, tout est prèt. Notre goélelle n'avait pas encore paru.
De Nordenskjôld, absolument rien, Le capilaine du cotre le croyait reparti depuis longlemps pour le sud, sans quoi il aurait touché à la baie Saint-Laurent pour s'en informer; aueune communication n’a eu lieu entre ce dernier point et l'île
Saint-Michel. Peut-être à mon arrivée y trouverai-je quelque nouvelle,
k août. — Ounalaska n'est vraiment pas trop mal dans son genre. 1] a un beau port presque entièrement entouré de collines couvertes de gazon aussi vert qu'à Brick-Church!,
La température est agréable, presque chaude. Mais ces moustiques! à peine si ces deux nuits j'ai pu dormir une heure. Hier soir, je me suis couché à dix heures, et jusqu'à quatre et demie ce matin j'ai fait massacre sur massacre de ces insectes : de la tèle aux pieds, je suis criblé de piqûres. J'ai fermé mes rideaux, faible rempart qui ne les a pas empêchés d'entrer, tout en leur donnant un prétexte pour ne plus sortir : le ciel de lit, les cloisons étaicnt couverts d’ennemis écrasés. Armé de mes pantoufles, je frappais à droite et à gauche; enfin je suis retombé à bout de force, endormi de fatigue et d'épuisement pour me lever à sept heures, car nous déjeunons à sept et demie.
Ounalaska n’a pas une seule femme blanche; mais elle peut montrer une église, une église du rite grec. Hicr le pope y était fort occupé à marier couple après couple. Le vapeur de la Compagnie avait amené des îles Saint-Paul et Saint-George plusieurs hommes en quête d’épousées. Arrivés ici jeudi, leur choix fait vendredi et samedi, ils ont été conjoints hier, puis sont partis pour une petite promenade sur les collines. D'aucuns, n'ayant rien trouvé à leur convenance, errent çà et là, indécis et malheureux.
Navire polaire la Jeannette, île d'Ounalaska, 4 août 1879, A L'HoxorABLE R. W. TiomMPsoN, SECRÉTAIRE DE LA MARINE.
Le cotre de la douane, le Rush, pendant sa visite à Saint- Michel et sa croisière vers le nord, a passé par le détroit de Béring à quelque vingt milles au nord-est du cap Oriental (Sibérie) sans avoir rencontré de glaces. Dans l’idée que le professeur Nordenskjüld avait déjà regagné le sud, le Rush n'a point communiqué avec la baie Saint-Laurent, et jusqu'à son départ, le 23 juillet, personne dans l'ile n'avait rien appris ni