‹ Voyage de la Jeannette [microforme]Chapitre 117 sur 148 · SIBÉRIE · texte numérisé non relu

SIBÉRIE

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NINDEMANN ET NOROS. 613

un indigène; ils passèrent la nuit dans une cabane occupée par des naturels, et, après avoir traversé deux fois ie fleuve, ils arriverent à Bouloun, le 29, à six heures du soir. On leur assigna un logement, cù ils trouvèrent le thé prêt; puis un indigène vint les chercher de la part du « commandant ». Ils s'attendaient à revoir le Russe avec lequel ils avaient communiqué à Kou-Mark-Sourka; ce fut un second personnage qui se présenta comme ledit fonctionnaire. Nindemann se permit quelque doute; l’autre, là-dessus, de lui exhiber son uniforme et son épée. Les palabres recommencent par gestes et par pantomime; Nindemann montre sur ses doigts que le capitaine et dix hommes sont restés en arrière : le commandant acquiesce de la tête. il a l’air de comprendre; Nindemann continue; sn interlocuteur parle encore de télégramme, et le marin, demandant par signes qu'on lui donne une plume, de l'encre et du papier, dicte à Noros une dépèche pour le ministre américain à Saint- Pétersbourg.

Le commandant promet que dès le lendemain il la portera lui-même au « capitaine » par qui les deux marins entendent le chef de la station télégraphique la moins éloignée, ignorant absolument, du reste, à quelle distance elle peut se trouver. Ils passent chez le commandant la nuit et la matinée suivantes. Puis le dignitaire fait sa malle et part à midi, nanti de la dépêche. Le desservant du village les invite à diner, mais s'excuse de les garder plus longtemps : il est sur le point de se marier. Ils s'en relournent donc à la cabane où on les avait reçus la veille; et, très faibles, encore sous l'influence de la dysenterie, fort mal nourris, insuffisamment vêtus (les habits de peau de renne ne leur avaient été prètés que pour la route), ils restèrent enfermés dans la hutte, trop misérables pour en sortir.

Le soir du 2 novembre, trois jours après le départ du commandant, Nindemann gisait sur sa grossière couchette, Noros regardait par la porte ouverte; un homme entra, tout engoncé dans ses fourrures. Nindemann lui accorda à peine un coup d'œil et se retourna de l'autre côté. Le visiteur s'avança vers Noros, assis sur la table, et dit quelques mots,

« Grand Dieu, monsieur Melville! C'est vous!! Nous croyions la baleinière perdue depuis longtemps ! »

On comprit alors que Kousmah avait porté à M. Melville la note écrite par les deux marins ; Melville était le « capitaine » dont avait parlé le commandant : à la minute même, il partit pour Bouloun. Nindemann et Noros lui racontèrent leur misérable histoire, lui dirent qu'ils mouraient de faim à ce triste régime de poisson. M. Melville entendait quelque peu le russe : il fit chercher le pope et lui demanda d'envoyer à la huite ce que la slalion pouvait fournir de meilleur. Mais le « meilleur » pour eux, c'est qu'ils se relrouvaient sous la protection de leur pays et entre les mains de leur ancien officier!

Delta de la Léna : huttes de pêcheurs.

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