‹ Voyage de la Jeannette [microforme]Chapitre 21 sur 148 · Pagophila cburneu · texte numérisé non relu

Pagophila cburneu

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A LA DÉRIVE AVEC LES GLACES. gy trop élroits du bout. Sondages, 36 brasses, vase. bleue. On rentre les pièges, de peur de les perdre s’il survenait une débâcle.

19. — La brise du sud-est continue jusau’à midi, puis le vent passe à l’est-sud-est et se modère. Le baromètre descend lentement cet s'arrête à 750 millimètres. Toute la journée le ciel reste couvert et brumeux; pluie de temps à autre. Le thermomètre est stationnaire vers + 1°. A huit heures et demie, l'île Herald reparaîit, au sud (vrai), et très éloignée. Les changements d'aspect de cette petite lerre nous rappellent ceux d’un panorama. D'abord la côte a défilé lentement devant nous de l’est à l’ouest, jusqu’à ce que l’extrémilé occidentale ait dévié au sud; maintenant elle va s’effaçant de plus en plus à mesure que la dérive nous emporte vers le nord.

20, — Le docteur a commencé cette nuit des expériences dans le faux pont pour déterminer la quantité d’acide carbonique dégagée dans l'atmosphère pendant le sommeil des hommes. Ces recherches, faites au moyen de ce que l’on appelle la « jarre humide », donnent, pour 1000 volumes d'air, 2,3246 d’acide carbonique, ou 0,23246 pour 100. Les rapports de l’'Expédition dirigée par le capitaine Nares constatent, le 9 février 1876, 0,436 pour 100 dans le faux pont de l’Alerte, et, le 18 janvier, 0,482 pour 100 dans le carré, ces deux observalions prises dans les plus mauvaises circonstances d’aération et lorsque l'équipage était confiné à vurd presque toute la journée. Aussi, bien qu’au premier coup d’œil la comparaison semble en notre faveur, il n'y a guère de quoi se réjouir : nous ne sommes qu’en septembre et la température est encore assez douce pour permettre dans tout le navire l’accès de l’air extérieur,

En vue de nou . ..s expériences à ce sujet, et surtout pour élablir une meilleure ventilalion, je donne aujourd’hui des ordres afin d'empêcher que, volontairement ou non, on ferme les porles ou claires-voies du faux pont, et de prévenir l’accumulalion de l’acide carbonique dans le carré et la cabine. Nous verrons si ces mesures produisent l'effet demandé.

Quant au cube d’air par personne, les calculs de M. Ambler montrent que, sous °e rapport aussi, les choses laissent à désirer; dans le faux pont, 2%,208; dans le carré des officiers,

5,096; dans les chambres donnant sur la cabine, 9,929; la cabine elle-même cube 42",316. À l’Alerte chaque homme avait 3,029; à la Découverte, 3",964; mais, une fois le pont extérieur recouvert, l'équipage aura beaucoup plus d'espace.

Tout cela, et mon amer regret de voir ainsi se perdre cette première saison, me donnent fort à réfléchir. Prendre patience et me dépenser en efforts incessants pour améliorer la situalion... que puis-je faire autre chose?

Le vent du sud-est et la température plus douce ont ouvert quelques lézardes dans notre voisinage immédiat: aucune n’est très étendue, et l’épaisse banquise reparaît au bout de ces fissures, dont la plus large ne mesure pas 15 mètres. N'importe, je m’engagerais dans l’une d'elles, ne füt-ce que pour avancer d’un demi-mille, si ces terribles parois de glace ne retenaient cntre leurs mäâchoires notre pauvre navire, toujours incliné de 5 degrés sur tribord. Sondages de midi, 40 brasses sur vase bleue. Plus nous nous éloignons de l'ile Herald, plus la profondeur de la mer augmente. La drague ramène quelques spécimens d’espèces nouvelles pour nous.

21. — A l'inspection du dimanche, je décide quelques changements dans l’aménagement du poste de l'équipage. Hier, j'avais donné l'ordre de maintenir ouvertes les portes par lesquelles on passe de l’ancienne cuisine dans l’entrepont, mais celle nuit les hommes ont beaucoup souffert du froid; je me contente de faire pratiquer dans le panneau inférieur de chacune d’elles seize trous de 0,03 de diamètre, qui suffiront, je l’espère, au renouvellement de l'air.

Jusqu'à présent Nindemann avait couché dans l’ancienne cuisine; pour le mettre dans le gaillard d’avant, j'ai dû transférer un homme, de son cadre à l'arrière de la pièce à un aulre encore vide à l'extrémité opposée : maintenant il se trouve trop près du poêle, installé entre les écubiers : je fais donc transporter celui-ci au milieu du faux pont, le changeant de place avec la table du mess. Ce surcroît de besogne me force à enlever Nindemann au quart et à l’adjoindre à l’équipe du charpentier. Ces jours derniers, les mécaniciens ont raclé et nettoyé la chaudière de bäbord, démonté la machine el passé

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re cette Faux pont . . .. 200 — 28,57

patience | 816 116,74 r la si- 1213 Et il nous reste dans les soutes, Not (112270 kilog.).

t ouvert | Le charbon étant la chose la plus précieuse que nous ayons

aucune à bord, je me décide à en confier la surveillance à Melville, bout de notre mécanicien en chef, et lui donne, par ordres écrits, tout mètres. droit d'inspection sur poêles et fourneaux.

t-ce que A dix heures et demie, service divin. Les relèvements pris à arois de midi établissent notre lalitude à 72° 10’ N., et notre longitude à avre na- 175" 2622” 0. En quatre jours nous avons donc dérivé de vingt lages de milles vers le nord et d’un degré vers l’ouest, cinq milles à loignons peu près par jour. L'ile Herald devient peu à peu une chose ente. La du passé ; ce n’est plus qu’une toute petite tache à l'horizon, les pour 1 lrès difficile à distinguer des mornes interposés. De dix à

onze heures, belle aurore boréale ; le navire à changé de dies chan- rection; l'avant en a tourné du sud-ouest 1/2 sud au nordge. Hier, ouest (magnétique).

les par 24, — A deux heures du matin, le thermomètre marque ntrepont, kg — 13,9, la plus basse température que nous ayons relevée froid; je jusqu’à présent, puis il remonte peu à peu à —4°,5. À midi, la rieur de conslatalion de la longitude, 175° 22’ 0. (nousn’avons pu obtenir suffiront, la latitude}, montre que ces deux jours nous ont poussés de sept milles vers l’est.

enne cui- Cette dérive n’est point uniforme et facile à prévoir. Elle ne ransférer semble pas dépendre du vent, car elle n’en suit pas les vaun aulre rialions, Pourtant des brises très légères peuvent occasionner se trouve des mouvements des glaces ou la violente pression des bancs fais donc les uns contre les autres. Impossible d’en douter, car à un igeant de mille environ du navire, dans quelque direction que ce soit, me force nous voyons le « paysage » changer continuellement sous nos iquipe du yeux, Nous sommes, à ce qu'il paraît, au centre d’un vaste | raclé et champ suffisamment solide pour épargner au navire tout : et passé coincement sérieux et résister aux batailles qui se livrent sans

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cesse sur ses abords et en marquent l’avancée par des montagnes de débris croulants. Un jour s'étendent de larges espaces d’eau vive, qu'on voit se rétrécir le lendemain, pour se refermer bientôt tout à fait. Des dalles de glace nouvelle, épaisse déjà de 15 à 18 centimètres, s’empilent, s'accumulent, se relèvent en barrières confuses de 5 ou 6 mètres. Nous semblons ne nous mouvoir qu’en azimut, tout en continuant à donner 5 degrés de bande sur trihord. Mais notre banc tient bon, et, dans le voisinage immédiat du navire, la glace garde

Phoques,

le même aspect, sauf que les ondées de neige en nivellent la surface, très irrégulière jusqu’à présent.

De temps à autre quelque mouette vient nous rappeler qu'il y à encore des oiseaux : ces visites se font de plus en plus rares. Parfois des phoques se montrent dans les trous d’eau; on tire, mais inutilement. Alexey assure qu’à loute blessure qui atteint un os, l’animal enfonce et va mourir sous la glace; cela expliquerait la disparition de ceux que nous sommes certains d’avoir touchés, Les ouvertures percées dans les portes du faux pont et le déplacement du poêle ont eu un bon résultat : les chiffres de cette nuit ne donnent plus que 0,180 12 pour 100 d'acide carbonique.

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25, — À une heure cinquante du matin, bolide des plus curieux : une sphère de lumière électrique a paru sur la surface du banc, à quatre cent cinquante mètres environ du navire, « de la grosseur d’un baril », a dit M, Dunbar, et dardant en lous sens des jets de flamme; puis elle s’est élevée lentement, diminuant de taille et d'éclat à mesure qu’elle s'éloignait. Presque éteinte, elle s’est rapprochée, a jeté de nouvelles lueurs, puis est descendue sur la glace et a disparu. Ce phénomène s’est reproduit deux fois en sept minutes; il avait été précédé d'une belle aurore boréale. Malheureusement, M. Dunbar qui faisait le quart, ne m’ayant pas appelé, je n'ai pu

Morse,

êlre témoin de cet incident extraordinaire : il se contenta d’avertir M, Collins; mais, avant que celui-ci eût gagné le pont, tout était terminé. Nous n’en savons autre chose que la description de notre pilote.

A cinq heures quarante du soir, on signale une terre au sud-ouest 1/2 ouest vrai; le mirage en change la silhouette à la rendre méconnaissable, mais c’est sûrement l’île Herald. Plus d'oiseaux, sauf une mauve ou deux, et seulement dans le voisinage des trous d’eau qui se referment de plus en plus. Nous pensions que les ours aussi s’en étaient allés; à notre grande joie, nous en voyons des traces aujourd’hui, pour la première fois depuis notre chasse du 17.

Dimanche 28 septembre, — Neige presque tout le jour. A

dix heures, inspection du navire et service divin, L’après-midi, Neweomb et Alexey tuent deux morses femelles, pesant 450 kilogrammes chacune; les chiens les transportent ici l’une après l’autre, fameux supplément à leur pâlée. Une des « vaches marines » étant pleine, j'ai prié Newcomb d’en conserver le fœtus, ainsi qu’une des peaux, qu’on fera monter à notre relour en Amérique ; la têle de la seconde sera un des ornements du bord.

Je n'ai qu’à me louer d'avoir remis à un officier le contrôle du charhon : économie de la semr'ne : 170 kilogrammes.

30, — Le mois finit en pleine lune : la neige, qui presque toujours épaissit l'atmosphère, ne nous permet guère de lapercevoir; du reste le soleil, encore derrière les nuages, nous empêche d'y prêter grande attention; mais le temps s'approche où elle sera notre meilleure amie et où nous guetterons sa venue avec anxiété.

Depuis le 26 nous avons dérivé de cinq milles vers l’ouestsud-ouest, Il semble que, indépendamment des influences locales de vents ou de courants, nous pivolions autour d'une sorte de triangle irrégulier. Dès l’abord, nous avons marché vers le nord, puis vers l’est; maintenant nous suivons le troisième côté, qui nous ramène au sommet du triangle. Ou nous sommes dans une sorte de « morte-eau » en arrière d’un courant, ou bien notre champ, délaché de ses voisins, nous promène des uns aux autres. Mème dans les jours les plus sereins, nous ne voyons plus de terre; sans cela je pourrais espérer que nous sommes engagés dans une « manche », entre deux îles ou continents, et que nous y resterons jusqu’à la belle saison.

Nos dernières observations météorologiques ont plusieurs fois montré que l'eau du fond est moins dense, et plus froide d’un degré à un et demi qu’à 15 brasses. M. Collins croit à l'existence d’un courant tiède à celte profondeur, mais, jusqu’à ce que la différence de température soit plus accentuée, je ne puis me prononcer en faveur de cette opinion.

Afin de savoir au juste ce que nous consommons d’aliments et d’en prendre note pour le cas où plus tard il y aurait quelque enquête à ce sujet, j'ai donné l’ordre de tenir un comple exact de nos repas, tels qu’on nous les sert depuis notre départ de San Francisco, sauf, bien entendu, les aubaines passagères,

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