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sans désemparer, nos braves travailleurs prennent leurs rabots et se mettent à l’œuvre.
10, — Nouvel et minutieux examen des portes de flot: plus ne sera besoin de toucher à celle de tribord, elle n’est ni endommagée ni gauchie, loutes deux paraissent en bon état; c'est donc entre les couples et les bordages que l'eau fillre jusqu'à l'arrière, mais quel est l'endroit précis? impossible de le découvrir, et par conséquent de l'aveugler. Tantôt cinq, tantôt dix minutes par heure épuisent la cale de la chambre de chauffe; le reste, en avant de la cloison étanche, est enlevé par la machine Baxter, qui ne se repose jamais.
12. — Quoiqu'ils n'aient pu savoir au juste par où nous arrive l’eau, Swectman et Nindemann s’affairent à sonder et à remplir tous les coins qui leur semblent suspects. La stupidité d’un des chauffeurs (Boyd) à servi à nous convaincre que le mal ne vient ni des portes ni de la eloison elle-même: pour que la chaudière Baxter ne s’encrasse pas de dépôts de sel, nous avons l'habitude d’éteindre les feux toutes les douze heures et de la vider complètement au moyen de la pression restante. Boyd s’est mis à l’œuvre sans s’assurer, au préalable, que le tuyau de décharge fût libre; il s’est trouvé engorgé de glace; on a perdu beaucoup de temps à le netloyer, beaucoup à préparer la vapeur, et plus de 75 centimètres d’eau se sont amassés contre la cloison. Nindemann, occupé derrière celleci, entendait un bruit comme d’un courant qui bouillonne; il écoute, le son lui parait prove .r d’entre les couples et le bordage, en dehors et en arrière de la cloison. Naturellement, l’eau s'élevait encore plus haut dans la cale de la chambre de chauffe; mais à peine le bouilleur de l'avant est-il en marche, qu’elle redescendait à 56 centimètres; peu à peu elle reprend son niveau et il n’en passe plus à l'arrière que la faible quantité de 1 à 2 centimètres par heure. La chaudière du cotre enfin prête et les luyaux mis en place, la communicalion s'établit entre elle et la petite pompe du compartiment des machines; tout va bien cette fois? Non, le fourneau du moteur est trop petil pour permettre à la pompe de marcher conlinuellement, la pression diminuant trop vite quand on arrange le feu ou qu’on vide et nettoie la chaudière. Mais qui veut la
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fin veut les moyens : afin que ce modeste bouilleur développe tout le travail possible et soit en assez bonne condition pour parer à tant d’exigences, Melville propose d'enlever l'autel, de sortir la grille de 22 centimètres et dc la remplacer par une de 40, augmentant ainsi sa surface äe 930 à 1650 cenlimèlres carrés. Immédiatement, les f:gerons sont appelés; tout sera prêt demain et la granie chaudière entrera en vacances.
Un ours à paru sur la glace à sept heures du matin; îes chiens, malheureusement, ont couru à ses lrousses et il a délalé avant qu'on pût tirer.
13, — Achevé la réparation du fourneau et la pose de la grille, On prépare la vapeur : tout marche à souhait. Nous éleignons les feux, vidons la grande chaudière et en égouttons avec soin tous les tuyaux. Le nouveau mécanisme maintient l'eau de la cale à un niveau très bas.
La dépense de charbon va revenir à des proportions moins inquiétantes; la seule grande chaudière nous en dévorait de 500 à 550 kilogrammes par jour; 182 suffiront à nos deux pompes. J'occupe les hommes à emmagasiner le combustible dans les soutes de l'arrière, afin de faire place à une partie des colis. Nous serions dans un bel état si, le spardeck et le baraquement encombrés de cette façon, il nous fallait soutenir quelque nouvelle attaque! Jusqu'à ce que l’avarie soit réparée à fond, nous ne pouvons remettre, dans la cale ou la soute aux farines de l’avant, aucune chose qui craigne l'humidité, mème quand la simple prudence ne nous conseillerait pas de lenir ces compartiments vides en cas de mésaventure. L'eau continue à monter entre les couples et les bordages en arrière du coqueron, et tombe goutte à goutte dans la chambre des hommes; tout, dans ce malheureux faux pont, est désagréablement moite, tout y a l’air sale au possible. Nindemann el Sweclman travaillent sans relâche à combler les espaces vides, partout où les remplissages s’affaissent.
Je reviens à mes remarques du 14 décembre et à l’assertion de Weyprecht: « À partir d’une certaine profondeur, la glace est presque libre de sel. » Nous avons étudié le ba:,;c même dans lequel dérive la Jeannette; une table de glace épaisse de 1",15 et formée sous nos yeux par la congélation directe a
SRE PRET SP OR ER 7e
été choisie pour nos expériences (méthode de Parke). Voici les chiffres que me fournit le docteur Ambler (App. E) :
Eau de mer : nombre de grains par gallon. . 2045 où, nombre de grammes par litre d'eau. . 29,16 Eau provenant de glace prise dans les cinq
pouces supérieurs de notre champ. . . .. 545,06 ou, grammes par litre d'eau, . . . . .. 7,76
dans les cinq pouces inférieurs . . . . . . 347,25 Or ee Et ec cnle ce Dust ous 4er,95
Eau potable, maximum . ........... 10 »
OU rm ee tre IE CE MO Ne Of",14
Donc, la « cerlaine profondeur » mentionnée par Weyprecht, nous ne la connaissons pas encore : nous n’avons pu découvrir autour de nous un seul bloc dont il ait été possible d'extraire de l’eau potable; la neige semble manquer dans ces régions, et il nous faut disliller chaque goulte de l’eau de nos carafes ou des bidons de la cuisine. Si, comme ce voyageur le soutient, tout le sel se cristallise en hiver pour être emporté par les dégels de l’été, les couches supérieures de la vieille glace reslante devraient être franches de salure : nous les trouvions en septembre tout aussi saumâtres que le sont maintenant celles de formation nouvelle, et j'ai quelque peine à croire que notre banquise. fasse exceplion à une règle générale. Si tout ou presque tout le sel résultant de la congélation de l’eau marine rejaraît en efflorescences à la surface et est restilué à l'océan dans le cours de l’été; si la couche superficielle de la glace se fond sous l’action du soleil et se regèle à l’automne, se débarrassant ainsi de son résidu de sel, je comprends que la glace de plusieurs hivers soit plus pure que la jeune glace ; mais qu’elle contienne moins de dix grains par gallon (14 centigr. par litre), c’est ce que je ne puis admettre. En présence de l’assertion de Weyprecht, je ne prétendrai point qu’il sc sera plutôt laissé guider par le sens du goût que par l'analyse chimique, je constate seulement que nous n'avons trouvé nulle part de glace nouvelle ou ancienne, émergeant ou immergée, dont on puisse faire de l’eau uon malsaine à l’usage. Le docteur Moss (expédition Nares), dans le cours de sa déposilion devant la commission d'enquête, dit qu'il avait essayé l’eau prise au sommet d’un bloc et qu’elle
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LE RENOUVEAU DU JOUR. 189 était pure : cela signifie, je pense, essayé par les réactifs; mais j'ai maintenant l’idée que l’apparition du scorbut à bord des navires anglais pourrait être expliquée par l'emploi habituel d'une eau qui, tout agréable qu’elle semblât au goût, ne valait pourtant rien pour la consommation quotidienne. Celle dont nous nous servons ici pour nos ablutions et pour la lessive, et qui provient du raclage des bancs où s’est accumulé un peu de névé, ne paraît pas mauvaise à boire; elle n’en contient pas moins 28 grains 63 par gallon (48 centigr. par litre}, et à la longue serait extrêmement nuisibie. Quand la chaudière Baxter a été adaptée à la pompe de cale, nous avons dù recourir à la grande pour distiller notre provision journalière; mais le bassin en est très peu profond, l’eau salée envahissait le serpentin et donnait 13 grains 49 au gallon, — beaucoup trop, — mais qu'y faire? Depuis la dernière installation, on se sert de la machine du cotre lorsqu'elle n'est pas occupée à pomper; celte chaudière étant alimentée par la cale, l’eau que nous buvons est, en définitive, fournie par celle qui envahit notre demeure. Avant d’en avoir fait usage, elle nous semblait absolument pure. Tant d’eau y a passé, sur ces malheureux fonds, qu'ils sont, ainsi qu’on dit chez nous, « propres comme un sifflet neuf », mais les essais du docteur et la dégustation ont révélé une saveur et une odeur qui ne nous sont point agréables. Les robinets du navire sont solidement gelés dans leurs boisseaux, et dès qu’on lente de les dégager, la glace les reprend bien vite par une lempérature extérieure de — 37° à — 40°, L'infatigable Melile est pourtant parvenu à remettre en état une soupape Kingston, et désormais nous puiserons à « la grande tasse ». Voilà tout à fait modifiée mon ancienne manière de voir au sujet de l’eau potable ou quasi potable. Je n'avais jamais pensé que ce dût être une des tribulations d’un voyage polaire.
14. — La pompe de cale du spardeck (avant) marche tout le jour; le moteur du cotre travaille à assécher l'arrière pendant un sixième du temps, puis nous fabrique l'eau nécessaire pour la cuisine et pour nos tables.
Dimanche 15. — Quoique nos pompes soient maintenant tganisées de manière à tenir l’ennemi en respect sans recoutir à notre ruineuse chaudière, tous nos ennuis ne sont pas à
bout. L'eau, en filtrant par les remplissages entre les couples, a réussi à pénétrer dans le faux pont, à bâbord, et ce matin le chambre des matelots est humide, boueuse, inconfortable au delà de toute expression. Swectman bourre el rebourre de plus belle; il place une petite cloison sous les cadres pour empêcher l’eau de tout envahir; un petit trou pratiqué dans le pont lui-même la fera descendre dans le coqueron. Cest du moins le but qu’il se propose. S'il ne réussit pas, on forera largement les vaigres au-dessous pour que l’eau s'écoule plus vite. La santé de mes hommes s’affecterait bientôt à vivre dans cette humidité. Les gouttières causées par la condensation sont aussi très fâcheuses; au-dessus des deux derniers cadres de chaque bout, il faut étendre, comme « pare à pluie», des couvertures de caoutchouc. Tout nous arrive à la fois, les glaces recommencent à s'inquiéter, et avant minuit nous éprouvons de violentes secousses.
16. — La distillation directe de l’eau de mer introduite par la soupape Kingston donne un produit presque chimiquement pur; la chaudière est garantie par un petit tambour, et les gouttières du serpentin n’y peuvent plus arriver; enfin, précieux avantage, cette fabrication n’impose aucune dépense supplémentaire de combustible, le feu devant brûler tout le jour pour maintenir sèche la chambre de chauffe,
Entre minuit et quatre heures du matin, force soubresauls causés par des pressions intermittentes. À midi, les promeneurs découvrent, à 800 mètres au nord, une passe assez étendue. Grâce aux labeurs de Swectman, l’eau ne filtre presque plus dans le faux pont.
17. — Les malheureux chiens, je m’en suis aperçu aujourd'hui, pâtissent de nos économies de charbon; tant que les fourneaux flambaient sous la grande chaudière, on pouvait diriger la vapeur sur la viande comprimée prise à l’île Saint- Michel et la rendre mangeable; maintenant, nos pauvres lireurs ont fort à souffrir; on leur sert une provende absolument gelée : cela m'explique pourquoi ces infortunés suivent obséquieusement toute personne qui passe près d'eux; pourquoi, plus que jamais, ils s’élancent à la fois sur les conserves vides qu’on jette par-dessus les plats-bords. Sur pied toute la nuit, el dormant le jour, si p£:sible, je perds de vue quel-
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LE RENOUVEAU DU JOUR. 191 ques détails, ou bien Chipp ne pense pas à m'en rendre compte. La chose constatée, j'entre en conférence avec Melville: dès aujourd’hui il va introduire dans la chaudière Baxter un
Quelques têtes de chiens.
luyau qui portera la vapeur dans le baril à ouvrir pour le repas de nos chiens.
Quelques-uns de ces malheureux ont de mauvaises dents, d'autres paraissent n’en avoir plus du tout; pendant qu'ils S'acharnent après ces morceaux de glace, de plus jeunes sur-
viennent, aux crocs vigoureux, qui seraient de force à réduire
en bouchées une barre de fer pour s’en « faire ventre », Ce matin, après ma nuit blanche, n'ayant pas réussi à reprendre le sommeil, je suis descendu sur la glace; immédiatement, ces misérables édentés m’entourent, agitent la queue, me font la cour, comme si l'instinct les avertissait que je suis le capitaine et que je puis et veux réparer les injustices dont ils souffrent.
Sondages, 31 brasses sur fond vaseux, le fil à plomb indiquant une dérive vers le nord-ouest; 18 centimètres de glace dans le trou depuis hier. Tempête violente, entrecoupée de rafales épouvantables. :
L'eau évacuée par les pompes se regèle instantanément, et la glace ainsi formée s’accumule à tribord jusqu’au-dessus du doublage. Un tour de plus à notre écrou; mais qu’y puis-je! Par cette affreuse température, il est difficile d'obtenir des hommes quelque travail, et combien plus des outils! Quand elle redeviendra maniable, c’est-à-dire lorsqu'elle aura remonté à 0° Fahr. (— 17° cent. 78), on creusera une tranchée autour du navire pour relâcher, si possible, la pression qui l’étouffe. Ennuyés de dégager sans cesse la manche de décharge, nous laissons la glace recouvrir le dalot, puis on pratique en dessous un petit canal par où l’eau coulera; la température du tuyau sera ainsi ramenée à celle de son enveloppe de glace.
18. — Journée tempétueuse, désagréable au possible, une des pires de la saison. Vent est-nord-cst, qui débute par une vélocité de quinze milles et demi à l’heure, puis se modère et passe au nord {six milles). Le baromètre est à 726 millimètres; jamais nous ne l’avions vu descendre à ce point. Il y reste jusqu'à sept heures; la brise tourne au nord-est, puis il commence à s'élever. Me rappelant l’aide-mémoire,
Quand il remonte après très bas, Pour sûr grand vent tu attendras,
je me prépare à quelque bonne secouée; la brise fraichit sans tarder, agrémentée entre temps de bourrasques terribles, animées d’une vitesse qui devait mesurer de trente à quirante milles. La neige épaississait l'atmosphère, les tourmentes la roulaient çà et là, Le thermomètre tombe rapide-
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de nt tours mètr Ve rir l'irré je mc mier, en repos äncie La lâche grave l'œil du mi 19, quelq sine, Inulil.
qui m plorat sent p rester éclopé moins inquié sans (
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aichit sans terribles, te à quales tourbe rapide-
LE RENOUVEAU DU JOUR. 193 ment à — 36°,50; les rafales sont épouvantables, les tourbillons de névé transpercent nos vêtements et nous cachent les alenlours à moins de 20 mètres à la ronde. À minuit, le baromètre est à 739 millimètres.
Yeiller jusqu'à cinq heures ou cinq heures et demie, courir tout le jour après un peu de sommeil, — sans parler de l'irrégularité des repas, — ébranlent tellement mes forces que je me vois réduit à partager le quart en trois; je garde le premier, M. Dunbar prend le second, M. Chipp celui du matin, Il en sera ainsi tant que les glaces nous laisseront quelque repos, ou jusqu’à ce que de bonnes nuits m'aient rendu mon dncicnne vigueur.
La maladie de Danenhower augmente singulièrement notre lâche ; un officier de moins dans notre petit élat-major, c'est grave, En dépit de toutes les opérations, il perdra certainement l'œil gauche. Les efforts du docteur n’arrèlent pas la marche du mal.
19. — Pomper, pomper éternellement! 225 kilogrammes, quelquefois 250 par jour, s’'évanouissent en fumée pour la cuisine, pour le chauffage, pour enlever celle eau de malheur. utile d'être un savant mathémalicien : le calcul est vile fait qui montre que nous n’y pourrons longtemps suffire. Ces explorations tant rêvées, ces découvertes de l’été prochain glissent peu à peu en dehors de notre horizon; peut-être ne nous restera-t-il qu’à ramener aux États-Unis notre pauvre navire éclopé, Tout nous menace, je le sais, mais je veux y penser le moins possible. À quoi bon remplir ces pages du récit de mes inquiétudes? Je n’ai pas besoin d’en tenir note pour les avoir sans cesse à l’esprit! Désormais je ne ferai plus qu’inscrire les incidents ct accidents de la journée. Pour commencer, celle-ci a été très venteuse, très fastidieuse.
20, — Nous exnminons avec soi. le fonctionnement des pompes, afir ous rendre un compte exact de l’importance
de la voie d'eau. Elle est aujourd’hui de 7445 litres par heure.
Sondages, 32 brasses sur fond de vase avec débris de coquilles :
le plomb rapporte même une petite écaille d'huitre. La ligne
indique une dérive vers le nord ; 13 centimètres de glace dans le
lrou depuis hier, Temps clair et beau. Le thermomètre descend
de — 42,8 à — 43,3, mais je crois la température encore plus
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basse. L'un des thermomètres à mercure est même à — 450,6, mais comme le vif-argent se solidifie, dit-on, à — 39°,44, je n’ai pas la moindre confiance en ces instruments. Ceux à alcool indiquent, en général, 2 degrés ou 2 degrés 1/2 plus haut que la température réelle.
Malgré la pureté du ciel et la limpidité de l'horizon, nous ne voyons plus « notre » Terre de Wrangell : le navire doit en avoir dérivé bien loin. Les grands vents de ces derniers jours ne nous ont pas permis de prendre des observations ; on serait trop certain d’en revenir les mains gelées. Faute d’une base solide pour notre observatoire, les recherches astronomiques se font au moyen du sextant et de l’horizon artificiel, Il faut se hâter de prendre les contacts tant que le mercure reste à l'état liquide, et nos doigts, raides comme des bâtons, ne lour-
nent pas aisément les vis. Pendant qu’on y donne toute son
attention, l'horizon cet les verres de l’alidade se glacent et on doit remonter à bord pour les dégeler. Dans les circonstances ordinaires, on pourrait se servir du théodolite de transit; mais, outre la difficulté de faire mouvoir les vis par cette froidure terrible, il faudrait, pour les lire, les rapporter au navire, el peut-èlre les indications ne seraient-elles plus les mêmes, Tout bien considéré, cela ne marche pas trop mal. Chipp remplace Danenhower aux observations.
22 février, — L'inspection du dimanche n'est pas encourageante, quant aux conditions hygiéniques où nos hommes vont être placés : tout dans le baraquement est très humide, ou, pour mieux dire, très mouillé. Dans son voisinage immédiat, la chaudière Baxter réchauffe le pont et fait fondre la glace qui s'étale sur le plancher, à moitié dégelée; l’air plus chaud monte au plafond et se condense en rosées conlinuelles: ajoutez la vapeur qui s'échappe des robinets, etc., etc. Voilà pour le côté bäbord; à tribord, la pompe, qui se décharge dans le dalot par des manches de toile à voile d’où tombent d'éternelles gouttières, et le poêle, sous l'influence duquel les parois et cloisons se couvrent de « perles humides » qui ne sèchent jamais... on descend dans le faux pont, et naturellement les pieds y portent leur contingent de glace pâteuse; le passage sous le plancher de l’eau qui coule sous l'arrière entretient cette humidité, et, comble d'agrément, l’infatigable « pall
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LE RENOUVEAU DU JOUR. 195 palt » des baux! Le poèle, placé au milieu, conserve en bon élat les cadres qui l’avoisinent, mais ceux des deux bouls ne seraient pas habitables sans les couvertures de caoutchouc tendues sous le plafond. Depuis l’avarie du navire, impossible de porter les matelas là-haut, où ils ne pourraient qu’absorber encore plus d'humidité; on se contente, par force, de les relever tous les matins et de laisser l'air de la pièce circuler tout autour. Du froid, il n’y a pas à se plaindre : la chaudière Baxter et le poêle fournissent assez de chaleur, mais six poiles et six fourneaux de chaudière ne sécheraient pas le baraquement et le faux pont. C'est cetle humidité que je redoute pour mes hommes, et ils y sont condamnés jusqu’au retour d’une température moins extrême! Je compte alors adapter les tuyaux de la machine Baxter à la pompe de cale de l'arrière et laisser l’eau arriver par les portes ouvertes de la cloison étanche. Impossible de s’en occuper maintenant, parce que cette pompe, placée sur le pont, n’est abritée que par une tente et se remplirait de glace si l'on voulait s’en servir.
Malgré celte horrible froidure, j'engage tous et chacun à reprendre la « récréation » sur la glace. De onze heures à une heure, le faux pont est évacué, ventilé; les hommes battent la semelle près du navire ou s’aventurent plus loin, en quête de traces d'ours ou de flaques d’eau et de phoques. Les officiers ont gardé l'habitude de leur « promenade constitutionnelle » ; on en profite pour aérer la cabine. Nos quartiers à l'arrière sont confortables à souhait. Le carré est absolument sec; pas une gouttière, pas un signe d'humidité. On n’y allume de feu que le samedi soir pour préparer les bains; la température s’y maintient entre — 2° et —0°, et nos camarades y dormént parfaitement. Les cloisons antérieures de la chambre de Chipp et de la mienne sont toujours couvertes de glace; quand on chauffe les pièces, elle fond et coule sur le plancher; on l’essuie ou elle se regèle el nous n’en sommes pas incommodés. Nos cadres, placés dans la boiserie, à l’arrière, sont en très bonne condition. L’humidité se concentre sous le plafond, suit la courbe des murailles et descend sur l’étagère de la bibliothèque ; elle s’y congèle, et de temps à autre on l'enlève à coups de hache: petits malheurs, en somme, et dont
il ne vaut pas la peine de parler. Avec ma santé, mon appétit et le bon sommeil qui m'est revenu, je pourrais soutenir celte vie pendant de longues années, mais je suis fort inquiet de l'état des choses dans le faux pont. Jusqu'à présent, les hommes se portent à merveille : ils sont allègres, gais, le déconfort de leurs quartiers ne semble pas les troubler, mais cette humidité ne me dit rien qui vaille : impossible de compter sur une meilleure température avant le mois d’avril : encore cinq semaines à courir.
Une note excellente au sujet du charbon : les sept derniers jours, on n’en a brûlé que 256 kilogrammes au lieu des 465 de la période précédente. Service divin dans la cabine.
£3, = Le jour de naissance de Washington tombant cette année sur un dimanche, nous en avions renvoyé la célébration au lendemain ; dès l’aube, la bannière étoilée ondule à tous les mâts; l'« Union Jack! >» flotte à l’avant. Je ne crains guère que l’on s'inscrive en faux contre l’assertion que jamais n’avail été célébré dans cetle partie du monde l'anniversaire du premier des présidents de notre République. Mais la fête se borne à déployer notre étamine à la brise. Nous avons tant à faire avec ce pauvre navire blessé que les loisirs deviennent chose inconnue à notre bord.
Sondages, 33 brasses, sur vase et gravier. 13 centimètres de glace dans le trou depuis hier. Une large ouverture s’est formée à 800 mètres au sud. Pleine lune, et sans doule aussi nouvelles alertes pour le 25 à midi.
Cette nuit, un ours s’est montré près du navire; par malheur les chiens lui ont couru sus, et il s’est empressé de gagner au pied. - 2h. — Légère secousse ce matin, à trois heures cinquante. On entend bruire les glaces. A quatre heures de l'après-midi, il suffit de grimper dans la mâture pour revoir l'ile Herald, notre amie de l’automne ; elle paraît dans le sud ct prouve que nos observations du 21 élaient exactes. Journée claire, agréable. Les rayons du soleil ont acquis tant de force que je donne l’ordre de reprendre leurs besicles à tous ceux qui au-
1. Dans cette occasion | « Union Jack.» est un drapeau bleu semé d'étoiles qui n'est mis en usage que par les vaisseaux de la marine des États-Unis.
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après-midi, l'ile Herald, d et prouve rnée claire, force que je eux qui au-
h semé d'étoiles ts-Unis.
LE RENOUVEAU DU JOUR. 197 ront à sortir. À une heure du malin, une aurore boréale flamboie dans le ciel.
A dix heures, grand vacarme dans la banquise : les rumeurs et les plaintes ont éclaté tout d’un coup, se croisant en sens divers, heureusement à une distance de plus de 400 mètres; je ne vois point s’agiter les glaces ; mais qu’elles se délendent, on n'en saurait douter, car çà et là des buées s'élèvent, signes certains d'ouvertures dans le champ; le long de ce qui parail ètre une ligne de fracture, des bouflées de brume s’élancent soudain, comme la fumée d’une explosion trop lointaine pour qu'on l'entende ; dès que le jet de vapeur s’est dissipé, il est remplacé par une vraie brouée, qui très probablement nous
Un ours polaire,
cache des chenaux. Une heure après, le chamaillis s'arrête tout aussi brusquement qu'il avait débuté. Point de heurt au navire; point de pression extraordinaire; notre période d’alarme est cette fois assez courte pour que nous ne classions pas le mouvement dans les « grandes secouées ». J'avais beaucoup redouté cette pleine lune, mais, comme il arrive souvent, l'attente à été plus pénible que la réalité. Peu à peu nous cesserons de trembler à ces visiles semi-mensuelles : le soleil est revenu ; nous avons vicloire gagnée. Huit heures de clarté donnent une confiance que nous ne ressentions guère en novembre, décembre et janvier; la lumière emplit de plus an plus notre horizon ; chaque journée nous rapproche de l'été. Pourtant, en présence de cette obstination sereine du
thermomètre à ne pas remonter au-dessus de — 40°, il semble dérisoire de songer au retour d’une atmosphère plus supportable.
Le bouleversement calmé, je descends pour en constater les effets; les bancs se sont déjà ressoudés ; de minces fractures indiquent seules les lignes de collision : les plus larges ont 15 centimètres; en moins d’une heure elles se sont recouvertes d’une lame cristalline d’un centimètre et demi d'épaisseur. Personne, chez nous, ne pense au froid; tous nous sortons pour la récréation, et sauf que l’on rentre le nez plus ou moins glacé et, par les grands vents, légèrement « saisi », nous ne nous en trouvons pas trop mal. L’ennui, ce sont ces besicles sur lesquelles le verglas s'amasse instantanément; mais, sous peine d’ophtalmie, on ne saurait les mettre de côté : la réverbéralion est atroce.
La réfraction donne lieu à de singulières illusions d'optique : les contours des glaces du lointain paraissent se modifier sous nos yeux : de modestes éclats prennent des dimensions énormes; il nous arrive d’apercevoir au large des pans gigantesques arrachés par les collisions et mis de champ par la pression. Pour les examiner de près, on traverse péniblement les barrières d’éboulis : ce n’est que de la blocaille insignifiante. Les géants de 12 mètres de haut se trouvent en avoir 3,
Les aurores boréales diminuent en nombre et en beauté : je n’en ai qu'une à inscrire pour ces dernières vingt-quatre heures. Mais les arcs-en-ciel lunaires et les halos sont très communs. La lune a l'air d'attirer vers elle les vapeurs suspendues pendant le jour au-dessus des espaces libres, pour s’en faire une couronne irisée. Depuis quelque temps, à son lever, elle est entourée d’un cercie de bavures comme si on eût plongée dans quelque gaz « adhésif » avant de la lancer sur l’horizon.
26. — La chaudière Baxter, réparée à fond, a été réadaptée à la pompe de la cale d'avant. Grand soulagement pour nos hommesi Quelque sollicitude que m’impose le charbon, mieux vaut encore en brûler plus de 100 kilogrammes par jour que de mettre en péril la santé de l'équipage : rien n’est éreintant comme de pomper à bras!
La monotonie de cette existence, la tension perpétuelle de
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Guctteur de phoques.
au cœur de l'hiver, et’ nul oiseau doué du moindre jugement ne s’aventurerait ici par cette effroyable température. Nous avons encore, il faut dire, quelque peu de viande fraiche; le garde-manger, bien garni de phoques à la fin de l’automne nous à valu tous les dimanches un rôti; toutes les somainoss le cuisinier nous sert de l’ours, — un vrai régal! Mais nos chiens, moins fortunés que leurs maîtres, n’ont plus que cette misérable pâtée qu’on réchauffe avec la vapeur pour en faire
Rs = à
200 VOYAGE DE LA JEANNETTE, une soupe épaisse; moins nutrilive que le poisson, elle ne Le satisfait point leur appétit. Ils mettent le nez sur tout et par- rieul À tout, relournent les boîtes vides, dévorent le très peu de reliefs la qu’on jelle sur la glace. Il me tarde que l’eau reparaisse et cabil Ï qu'on puisse leur donner à souhait de la chair de phoques ct que de morses, pipe 27. — Les pompes marchent avec leur régularité accoutumée, sor«l | le continuel « poum, poum » de celle du baraquement, varié tem] de temps à autre par le «ouir, ouir » du moteur du cotre, quand si CO ; il manœuvre celle de l'arrière. Nous avons mis tous nos efforts évidu à obtenir la plus grande somme de travail de la plus petite lan] quantité de charbon possible : il ne nous reste qu’à attendre une ! l'amélioration de la température. Une fois remis à flot, nous enlè pourrons nous retourner et voir ce qu’il y aura à faire. Se en (4 L perdre en conjectures, arranger nos plans d'avance serait pure suis folie. Quand notre pauvre Jeannette se relèvera de sa couche l'es] de glace, tout dépendra de l'importance de l’avarie, de notre Le plus ou moins de succès à aveugler la voie d’eau et de la moi quantité restante de charbon. Gagner une haute latitude, nous d'ass
y sommes lout aussi décidés qu’au départ de San Francisco: moit à l'avenir de dire si nous en aurons le moyen. pâle Le temps est superbe. Sans cette atroce froidure, ce serai les | un vrai délice de vivre sous ce ciel sans nuages, sauf quelques gran stratus à l'aube et au crépuscule. Des brises très légères et s'agi variables interrompent seules le calme de l’atmosphère; les et di vasles espaces de glace reflètent un soleil éblouissant avec requ une puissance telle, qu'il serait imprudent de sortir sans be- prél sicles; quand mêm : sur la glace vos yeux ne sembleraient la D pas en souffrir, vou: seriez sûr d’être pris au retour. Ces verres, beat qui dès les premi: pas se recouvrent de cristaux de givre del et nous empêchent rien voir, nous ont causé tant de labla- 28 ture, que les plus ‘isés d'entre nous ont porté les besicles jour en toile de crin. E: 2llent au delà de toute comparaison! ocet ; autrement doux à « peau que les lunettes ordinaires, en T dépit du velours qai en entoure la monture. Chose singu- par! lière, ma myopie en est considérablement diminuée : j'y vois raid à de plus grandes distances, mieux et plus distinctement nuil qu'à l'œil nu. Je recommande cette observation à quelque de c oculiste de l'avenir. mèt
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Les brillantes clartés du dehors viennent aussi réjouir l'intérieur du navire : hublots et claires-voies ont été dégagés de la glace qui les encombrait; le soleil nous égaye dans la cabine quand le froid abrège nos promenades. Mais quel taudis que notre séjour d'hiver! La fumée des poèles et celle de nos pipes ont recouvert la peinture blanche d'une covche de noir sordide ; on aurait voulu commencer les netloyage. du printemps, mais ce serait introduire l'humidité dans nos quartiers siconfortables jusqu’à l'heure présente, La lumière met en évidence nombre de choses laissées dans l'ombre par les lampes: en bas des parois de ma chambre, la glace forme une banquette que le maitre d'hôtel brise à coups de pic et enlève à la pelle. Ce bêchage à domicile ne témoigne guère en faveur de la salubrité de ma demeure : pourtant je m'y suis Loujours trouvé fort bien, beaucoup mieux que je n'osais l'espérer.
Les jours allongent; peu à peu les aurores boréales se font moins belles et moins fréquentes : il ne nous a pas été possible d'assigner quelque cause à leur apparition, de découvrir le moindre effet de leur présence. Très brillantes, comme très piles, nous les avons vues par les froids les plus vifs et par les plus douces températures; dans les calmes et dans les grands vents; à toutes les phases de la lune; quand la glace s'agilait ou qu'elle restait au repos, bref, à toutes les époques et dans loutes les circonstances possibles : la seule condition requise nous a paru être une atmosphère sans humidité. On prélend que ces phénomènes ne se montreraient jamais sur la banquise. Certes, presque toujours, nous nous trouvions au beau milieu des glaces : au large, il est vrai, quelque partie de l'Océan doit bien rester ouverte!
28, — « Pompez, pompez, mes belles; pompez, pompez toujours! » et des deux machines & la fois, sauf quand l’une est occupée à la distillation.
Temps clair, magnifique : nos chiens s’étirent au soleil, parfaitement heureux, quoique leur fourrure soit encore toute raide de gel. Leur endurance est merveilleuse. Nuits après nuits ils dorment aulour du navire, émettant une telle quantité de chaleur que la glace fond au-dessous d'eux de 3 ou 4 centimètres. Les las de débris, les monceaux de cendres sont les
objets de leur plus grande convoitise; des alliances se forment en vue de la commune jouissance de ces trésors ; à l’approche d’un soldat de la faction rivale, ils se rangent en bataille, montrant les crocs à l’intrus. Les plus forts ont établi leur poste à la porte de la cuisine, où ils interceptent tout ce qu’ils peuvent et sont plus près de l’endroit par où l’on jette les rebuts. Tout confrère trop affamé ou trop curieux est houspillé sans merci. Dimanche 29 février. — Si tes quartiers de l'équipage sont encore très humides, du moins ai-je le plaisir de les voir mieux tenus. Le baraquement, un peu dégagé depuis le transport dans les soutes d’une partie des colis, laisse plus de place à la circulation, et, quoique le pont soit toujours mouillé à bâbord, autour de la chaudière Baxter, et à tribord, autour du poêle, la température y est maintenue à un degré qui fait de la maison un asile très fréquenté pendant ces froidures. Malgré toutes nos misères au faux pont, nous avons réussi à préserver les courhettes : je ne les ai jamais vues geler, comme cela est arrivé pour d’autres expéditions. Les hommes paraissent encore gais et satisfaits; ils contemplent en se frotlant les mains le travail de nos pompes à vapeur. Les deux Chinois sont toujours les mêmes, impassibles et impénétrables; cette terrible température ne les touche pas plus qu'un printemps des tropiques; incidents ou accidents de notre voyage défilent sous leurs yeux sans qu'ils aient l'air de les regarder. Vivant seuls dans leur cuisine, à part de tous leurs camarades, ils jouissent pleinement de la société l’un de l’autre, chantant ou jouant aux cartes à leurs moments perdus, jour après jour, sans souci de l'avenir ou regret du passé. Alexey et Aneguin se portent à merveille; parfois « beaucoup penser » à l’île Saint-Michel leur donne quelque peu de nostalgie, mais en général ils semblent heureux; ils ont appris assez de mots anglais et s'arrangent de manière à se faire très clairement comprendre; dodus comme des perdrix, ils laillent des baccaras, se servant de haricots pour enjeu, ei altendent avec impatience la ruplure des glaces, qui leur rendra les phoques et les morses.
Ces deux Indiens sont de nature, et par simple intuition, les hommes les plus polis que j'aie rencontrés en dehors de la société cultivée, voire même dans les milieux les plus civilisés.
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LE RENOUVEAU DU JOUR. 903 Quand ils rencontrent un officier, ils touchent leur bonnet et saluent; s’ils nous voient occupés d’eux, « Merci », font-ils immédiatement, et si nous avons nous-mêmes à les remercier : «A votre volonté, toujours! » et cela sans faux zèle, sans obséquiosité, avec une virile franchise. Jamais, dans leurs rapports avec l'équipage, ils ne se sont départis d’un calme plein de dignité.
1 mars. — À dix heures et demie, Melville vient me dire que la chaudière Baxter est encore hors de combat, la partie supérieure en ayant été détachée par la chaleur et la pression. Il faut remettre les homes aux pompes : celle de cale, manœuvrée pendant dix minutes par quart d'heure, suffit pour leniren échec l’invasion; je crois de plus en plus que, soit par la congélation directe, soit par la projection de nouveaux bancs, il s’est amassé sous la Jeannette une telle profondeur de glace que l’eau ne peut atteindre son niveau et pénètre dans le navire en bien moindre quantité. Nous le saurons au juste quand il reprendra la mer; mais je n’ose espérer que nous ayons presque réussi à étancher sa blessure. Pomper à la main pendant une ou deux semaines ne m'’effrayerait point pour mes hommes, mais continuer des mois peut-être, impossible d'y songer.
Notre thermomètre à mercure est gradué jusqu'à —45° (—49F.), mais, comme le vif-argent est censé geler à — 39°,44, je n'ai pas grande confiance dans ses indications au-dessous de ce dernier point. En tout cas, comme ses chiffres, heure par heure, marquent une température plus basse que le thermomètre à alcool placé tout à côté, je les considère comme moins incorrects, au moins jusqu’à —45°, À cet endroit précis le méia! se contracte et tombe dans la boule; ii faut alors, par force, se contenter des autres. A minuit, ce matin, le thermomèlre à mercure arrivait à sa dernière limite; celui à alcool, à — 43,9, À une heure il descend à —44°,8, puis à —45°,5 et finit par s'arrêter à — 47,5 C. (—53,5 Fahr.). Avant notre départ de New-York et sur la demande de Collins, j'avais prié Green de m'en fabriquer sept remplis d'alcool incolore et à boules leintées chacune d’une des couleurs du prisme. Quatre furent cassés pendant le transport à San Francisco; il ne nous resta que le rouge, le violet et le noir. C’élail dans le but d'étudier
l’action des rayons du soleil sur ces globes de nuances différentes et d'obtenir ainsi une échelle “absorption. Aujourd'hui nous avons exposé à l’air le thermomètre à boule violette : tandis que l'ordinaire était à —47°,2, il marquait —44° seulement; mais comme une autre fois nous l’avions vu concorder avec notre instrument à mercure jusqu’à —45", il est possible que ce chiffre de — 44° soit plus près de la vérité que celui de notre thermomètre habituel.
Ces derniers jours, la neige commence à fondre sur le côlé bäbord; à midi, la glace se ramollit à l'endroit des coutures et il s’en écoule des gouttes d’eau, Afin de m'assurer si cel effet est dû à la chaleur rayonnante du navire (le poèle de la cabine est précisément à ce niveau) ou à l’action du soleil sur la peinture noire des bordages, j'ai fait enfumer la boule d'un thermomètre à alcool que M. Collins à fixé ce soir à bàâbord; on ira l’examiner à minuit et à midi.
Sixième opération, aujourd’hui, sur ce pauvre Danenhower! Toujours la même histoire : la sonde et le bislouri deviennent les auxiliaires du docteur, et, malheureusement, à des époques de plus en plus rapprochées! Notre camarade supporte avec un courage héroïque sa séqueslration et le traitement douloureux qu’il subil; sa santé générale est bonne; sa gaielé se soulient. Mais il ne sera plus d'aucune ressource pour nous, et, j'en ai la crainte sérieuse, d'aucune pour lui-même. Sil n’est pas possible de transporter bientôt le patient dans un milieu favorable, M. Ambler redoute que l’œil droit ne s’enflamme à son tour.
2, — Inspection médicale du mois. Rapport satisfaisant. « L'équipage, dit le docteur, a très bien supporté l'hiver de ces latitudes; il ne s’est point manifesté encore de maladie dont l'origine puisse être assignée à notre séjour dans les régions polaires. » Huit officiers : un, santé excellente; six, bonne; un, hélas! Vingt-cinq hommes (avec nos deux Indiens) : vingt, excellente; cinq, bonne. Le seul cas grave est celui de M. Danenhower : on a encore touché à son œil, et non pour la dernière fois.
3,— Sur la prière de M. Newcomb, j'avais donné l’ordre que si l'on trouvait n'importe quel obict pendant les promenades au large, on ne manquât pas de le rapporter à bérd. Un des male-
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