SONDAGES DÉRISE | MOUVEMENT VENT VÉLOCITÉ DU VENT
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Dimanche 14 mars. — L'inspection du faux pont me contente un peu plus sous le rapport des gouttières; pourtant, les « ciels de lit » de caoutchouc sont encore de mise au-dessus des cadres de chaque bout. Étant données nos circonstances et l'humidité causée par l’afflux de l’eau dans le coqueron, il n’y a pas trop à se plaindre. Quant à la maison, elle serait à tordre! Les hautes températures récentes, la chaleur du poële et de la chaudière Baxter fondent les cristaux de glace agglomérés sur les parois et sous le toit ; ils s’écoulent en fontaines minuscules, le pont est un vrai gâchis. Tant de tonneaux, tant de colis de toutes sortes l’encombrent encore, que vouloir l’assécher serait perdre son temps; des ruisselels serpentent sous les caissons et les barils. Dans l’impossibililé d’hiverner près d’un rivage où j'aurais évacué les provisions supplémentaires, je n’ai pu faire du baraquement l’usage en vue duquel je l'avais emporté : le « salon de l’équipage » à dû n'être qu’un entrepôt et un atelier.
Tout va bien pour le carré; la cabine répond à l'élévation de la température par la fonte des glaces accumulées derrière les caissons; des filets d’eau parcourent le plancher et, par
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suite de l'inclinaison du navire, s’amassent à tribord en petites mares qu'on épuise avec des prélarts. Le gel qui s’est formé au dos de mon bureau et sur es étagères de la bibliothèque s'écoule le long des courbes de la poupe, sur la cloison et, de là, sur le pont ; le maître d'hôtel en essuie la partie liquide et enlève le reste à la pelle. A cette douce chaleur, chacun se sent renaître, chacun se déclare ragaillardi, sauf Danenhower et Dunbar. La maladie du premier se traîne lentement sur sa voie douloureuse ; tantôt elle s'aggrave, tantôt elle paraît s'arrêter: depuis quelques jours il n’a pas fallu de nouvelle opération. Dunbar est encore faible; il a l'air d’un vieillard.
A une heure, service divin dans la cabine.
Depuis le 1* octobre, dix-huit tonnes de charbon ont passé à la cuisine et à l’alambic ; dix-huit autres tonnes aux pompes depuis le 19 janvier. La première semaine de la voie d’eau, elle nous à coûté 5000 kilogrammes; on n’en dépense que 836 maintenant, grâce au talent de Melville et à la manière dont il entend son devoir.
Par suite de quelque erreur de caleul, j'avais acheté tant de pommes de terre avant notre départ de San Francisco, que nous ne les avions pas toutes consommées à la fin de l'automne. Dès l'approche du froid, je les fis placer dans une soute à charbon, et l’on nous en servit jusqu’au temps où le gel leur enleva goût et saveur. L'autre jour, pendant les nettoyages, nous en avons retrouvé un sac oublié sur le pont et resté exposé, sauf l'abri d’une tente, à toute la rigueur de l'hiver; on en a mis une couple dans l’eau bouillante ; à notre grande surprise, il nous semble manger des pommes de terre nouvelles; le cœur en est noir et pourri, mais une bonne partie reste excellente: on les dégèlera à mesure des besoins, et toutes les semaines chacun en aura quatre pour deux repas. On n’en prépare que peu à la fois ; l’eau chaude dans laquelle on les plonge se changeant presque immédiatement en glace, il faudrait une grande quantité de charbon pour nous en faire des plats copieux.
Les pompes marchent à souhait. Deux de nos hommes racontent avoir tiré sur un ours qui a réussi à s'échapper. On nous à rapporté de la promenade deux morceaux de boisflotté, des pierres, des éponges ; des coquilles de trois espèces bival-
ves, une d’univalve; leur présence sur la glace vient peut-être de ce que les morses ont l'habitude de les arracher avec leurs défenses et de les ramener à la surface de l’eau.
15. — Les hommes se remettent à creuser sous l'arrière, Dès qu'ils atteignent à la profondeur de 1,20, l'eau s'épanche sur le banc et se gèle aussitôt. Ce que l’on peut voir de l’étambot, de l'arrière et des parties avoisinantes parait en bon état, A quatre heures on entend bruire les glaces vers le sud-est et l'est. Ciel pur, soleil brillant. Le thermomètre, d’abord à — 26°,6, descend à — 33°.
16. — Sondages, 30 brasses, fond vaseux. La glace de ces dernières vingt-quatre heures a déjà 13 centimètres. La température monte de —33°,3 à — 31°,6, vers une heure du soir, pour redescendre à — 37,8.
Cet après-midi, nous apercevons la terre au sud-sud-ouest vrai, sous la forme de deux hauts sommets séparés par une dépression évidée comme une selle. Si nos observations sont exactes et si la carte ne se trompe pas, ce serait le volcan marqué par le capitaine Long comme faisant partie de la Terre Wrangell, et qui est à la dislance de cent dix milles,
Nos gens s’attaquent maintenant en dessous des bossoirs, pour arriver à l’étrave et plus tard, peut-être, au brion, où nous verrions enfin l'étendue de notre avarie; en creusant jusqu’à ce que la glace devienne tout à fait mince entre les travaiileurs et la surface de l’eau, puis en suspendant quelques instants pour permettre à celle-ci de se geler sous celte plaque, nous arriverons, je l’espère, à une bonne profondeur.
A six heures du soir, Alexey et Aneguin, restés dehors tout le jour, rentrent avec la peau d’un ours, en preuve de la véracité de leur récit : à sept milles à l’ouest, ils ont rencontré une mère et son petit; les deux chiens d’Alexey se sont élancés à l'attaque, mais, avant d’être dépéchée, l’ourse, de ses griffes redoutables, avait eu le temps de déchirer la jambe de l'un et de presque arracher les orteils de l’autre. L’ourson a pu s'enfuir. Il était trop tard pour venir chercher main-forte à bord; nos Indiens ont dépouillé leur victime, puis. l’ont ensevelie sous un monceau de glace et de neige. Voilà de quoi nourrir nos tireurs en attendant que cesse ce renouveau de froid. Une température moins rigoureuse ouvrira la banquise
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et nous donnera pour eux des morses et des phoques. Les glaces paraissent lassées de leur repos : à trois heures le navire éprouve quelques courtes et légères secousses; à quatre, on les entend mugir vers le sud-sud-est.
A une heure du malin, vague aurore polaire au nord-est et à l'ouest-nord-ouest. À deux heures, arc-en-ciel lunaire, plaques aurorales très faibles aussi; à trois, lueurs dans l’ouestnord-ouest, À six, la réfraction élève le soleil bien au-dessus de l'horizon. À onze heures du soir on voit, de 10 à 20° de hauteur dans le nord-est, et s'étendant de l’est au nord, comme des fragments de draperies lumineuses; puis. mais je préfère passer la plume à M. Collins :
«Une aurore boréale superbe a paru vers minuit. Du sudouest au nord-est et surtout au sud du zénith, de 10 à 15° d’altitude, une bande brillante a jailli, formant une série de courbes aplaties, demi-elliptiques, dont la concavité s’ouvrait vers le nord. La frange intérieure ou plutôt septentrionale était d'une blancheur éblouissante. En s’éloignant dans la direction du sud, elle adoucissait peu à peu son éclat pour se fondre en lueurs vaporeuses et pâles où s’irradiaient des flèches à peine moins vagues. Au nord du zénith, de très minces bandcroles se déroulaient d’un bout à l’autre de l'horizon. Phénomène curieux! chacune de ces courbes, qui se mouvaient lentement le long de la bande, dans le sens de l’est à l’ouest, s'animait tout à coup en passant par le point du ciel où transparaissaient alors les étoiles de la Grande Ourse; elle frémissait, elle vibrait en ondulations précipitées; l'extrémité orientale de l'anse s’allongeait soudain et se reployait sur elle-même; l’aurore dardait violemment des feux d’une vivacité merveilleuse, embrasés de toutes les couleurs du prisme. De temps à autre, malgré Ja vélocité prodigieuse des trépidations de sa frange, la courbe reprenait sa première forme; plus souvent son arc se brisait en tronçons; elle semblait s’effacer pour faire place à des apparitions impossibles à décrire, tant elles étaient fugilives. Parfois on eût dit deux aurores distinctes et superposécs; l’inférieure plus agitée, toute frissonnante, où les feux mélangeaient leurs couleurs, se croisaient et se recroisaient sans cesse. L'ensemble formait la plus splendide représentalion de pyrotechnie qui se puisse rêver.
« Vers l’ouest, il était facile de voir que cette fête de Ja lumière se reproduisait à une grande distance; à l’est, les rapides changements des plis de la bande montraient des draperies flottant en spirale. Puis, après une demi-heure, ce magnifique flamboiement passa vers le nord du zénith et s’'évanouit à nos yeux. »
Depuis le 14 décembre, nous avons poursuivi nos expériences au sujet de l’assertion de Weyprecht que, « à une certaine profondeur, la glace est presque libre de sel ». Nos essais ont porté sur des tables de 40 centimètres, puis de 1,20; mais nous n'avons pas encore eu la chance d'arriver à cetle « certaine profondeur ».
On lit, dans l'ouvrage du docteur Kane sur l'expédition De Haven : « Au milieu du détroit de Barrow, lorsque le minuit de décembre eut épaissi ses ténèbres autour de nous, le thermomètre indiquant une moyenne de — 26 à — 29°, la glace avait la hauteur d’un mètre, la dureté du caillou et se clivait à angle, droit de son plan horizontal. La surface en était absolument dépourvue de sc, et l'essai au nitrate d'argent ne donna pas la moindre décoloration. » Contredire une autorilé comme celle du docteur Kane peut sembler outrecuidant; mais je maintiens que nous avons expérimenté sur toutes les glaces possibles, depuis les minces plaques semées d’inflorescences jusqu'aux tables de 2,50 d'épaisseur soulevées par les pressions de la banquise : je n’en ai jamais trouvé dont la fusion nous donnât de l’eau potable. Si son nitrate d'argent était bien du nitrate, le docteur Kane ne saurait s’être trompé sur le résultat de l’essai, et cette décuuverte extraordinaire, je dis plus, merveilleuse et invraisemblabie, doit être rapportée à la présence de glace d'eau douce p:ovenant de la terre. Non moins
miraculeuse me parait là {rouvaille à point nommé, au milieu du détroit, de ce pan phénoménal, détaché par le dégel de quelque glacier lointain, et voguant sur l’onde amère sans être en rien modifié par elle, jusqu’à ce que le fluide surajouté ait eu le temps de cristalliser.
Le docteur Kane écrit plus loin : « Les bancs formés au cœur de l'hiver par des températures inférieures à —34°,5 étaient encore francs de sel, tandis que ceux à croissance plus lente ou originaires de l’avant et de l’arrière-saison étaient distinctement
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LE RENOUVEAU DU JOUR, 215 saumätres. Ainsi, la glace qu’il y a deux mois j'aurais goûtée avec plaisir, était devenue si salée que la neige même qui la recouvrait n’eût pas donné d’eau buvable, » El moi je réponds : Nous avons essayé de la glace cristallisée sous toutes les températures, depuis —15° jusqu'à — 35", sans avoir jamais oblenu ce même et satisfaisant résultat; ici, du reste, je puis m'abriter derrière l'autorité du docteur Walker, qui accompagnait Mac Clintock dans sa campagne sur le Fox : « Dans aucune circonstance, — el mes observations ont porté depuis le point de congélation jusqu’à —41°, — je n'ai trouvé d’eau potable, la moins impure ayant 1,005 de pesanteur spécifique et offrant de nombreuses traces de la présence de sels (du chlorure de sodium surtout) qui la rendaient impropre aux usages culinaires, encore plus à la photographie. » Et plus bas : « L’assertion du docteur Kane que la glace d’eau de mer, en cerlaines circonstances, est absolument débarrassée de sel, s'expliquerait peut-être de la façon suivante : après le début de nos préparatifs d’hivernage, et quand la flaque d’eau pure formée de neige fonduc) a élé gelée à nouveau, les hommes chargés de recueillir la neige pour notre cuisine rapportèrent des blocs qu'ils avaient retirés d’un button tout près du ravire, un de ceux formés l’hiver précédent dans la banquise où nous avions été clavés. Cette glace se trouva suffisamment pure pour servir à tous les usages domestiques. Plusieurs fois les gens qui avaient à l’extraire creusèrent trop profond et en ramenèrent d’entièrement salée; pourtant c’élait la continualion mème de la butte, datant de la même période que le reste, »
Tout le monde sait que l'expédition De Haven a eu le scorbut: le chef lui-même fut au nombre des malades. Les compagnons de Weyprecht en ont été atteints; l'expédition anglaise de 1875 a grièvement souffert. Le docteur Kane, avec son nitrate d'argent, n’a pu découvrir de sel dans la glace d’eau marine; le chirurgien de l’Aterte, de son côté, assure qu'après essai la leur se trouva très pure; elle provenait d’une flaque d’eau regelée sur le sommet d’un débris de champ. Or, voici ce que dit le docteur Walker : « Le 12 et 13 août 1857, au large desiles Brown, à quatre milles du glacier et entourés de séracs flotlants, nous vimes comme de l’huile épandue à la surface de la
mer; l'examen et l’essai nous montrèrent que c'était une couche d'eau pure étendue au-dessus de l’eau salée sur une hauteur de 5 à 8 centimètres. Le soleil, rayonnant sur les blocs, en fondait la glace et la neige; celles-ci, en s’écoulant à la mer, restèrent à la surface jusqu’à ce que les vents eussent agité ct mélangé ces fluides de densités différentes. C’est à une combinaison de circonstances semblables, suivie de la congélation de cette cau de superficie, que ces amas de glace non salée doivent leur origine; ils nous fournirent pendant l'hiver un «élément buvable », puis nos hommes, ayant épuisé les couches supérieures, et croyant les autres pareilles, continuèrent leur travail, pour ne trouver que de la glace saumâtre au lieu de la glace d’eau douce. »
N’est-il pas dans les choses possibles que les hommes de l'expédition De Haven auront creusé de temps à autre trop profondément et que ce sera cette eau saumâtre ou äu moins peu potable qui, bue en trop grande quantité, aura déposé dans l'organisme ces germes morbifiques ensuite venus à malurité sous l'influence des intempéries et des rudes labeurs inséparables des voyages avec traîneaux, et de l’humidité et de l'air vicié pour ceux qui restèrent à bord ?
Comme pour enlever toute incertitude au sujet de ce qu'il veut dire, le docteur Kane ajoute : « La croûte de surface me porte facilement ce soir, par une température de —6 ou —7, et ne donne aucun signe de dégel. Pendant 5 centimètres, elle est cassante, grenue et sans salure; plus bas, je la tranche avec précaution au moyen de mon couteau de chasse, elle devient spongieuse et saumätre; à 20 centimètres, encore davantage; et à 30 el au-dessous, ce n’est plus qu’une pâte salée. D'un autre côté, toutes mes observations, et elles sont nombreuses, me prouvent que le froid, s’il est suffisamment intense, transforme l’eau salée en eau douce, pure et potable, par sa seule action et indépendamment de toute circonstance de percolation, chaleur solaire, position inférieure ou même profondeur des glaces. » Nous aussi, nous en avons fait, des expériences, mais sans arriver à ce résullal. J'ai chargé le docteur Ambler de rédiger un rapport où nous présenterons, à notre tour, nos idées sur ce sujet. (App. F.)
17, — L'équipage, aujourd’hui, creusait sous les bossoirs.
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LE RENOUVEAU DU JOUR. 217 Nous sommes descendus à la marque de 2,63, et la plaque de glace se fait tellement mince que je donne l’ordre de cesser; il ne faut à aucun prix en laisser envahir la surface par l’eau, qui s'y regèlerait d'emblée : en quelques jours, un nouveau revétement s'élèverait à l'ancien niveau; il est bien préférable qu'elle se reforme en dessous. Reste à savoir la profondeur jusqu'où ce phénomène peut se produire. Nous n'avons pas vu un seul banc d'une épaisseur supérieure à 2",40. Je pense, avec le docteur Kane, que la hauteur maxima de la glace tabulaire oblenue par la congélation directe ne dépasse guère 2",65. D'après le docteur Walker, le champ avec lequel le Fox dériva ne mesurait que 1",53, Celui que je mentionne ci-dessus avait été soulevé par les fortes pressions de novembre; mais qu'il ne provint pas de deux bancs enchevauchés, je ne puis l’assurer. Quand, le 28 du même mois, nous flottämes en eau libre, je commencai la mensuralion verticale de la glace à mesure qu'elle se produisait dans le puisard; mais jy renonçai bientôt, à cause de la tendance qu’elie avait à y prendre la forme d'une cheminée renversée et des doutes graves que jéprouvais sur la position de notre jauge. Nous nous contenâmes d’une plaque de glace nouvelle mise de champ par la pression : le 17 janvier, elle avait déjà 1,15. Le 4 mars, une cassure de notre banc me permit de constater une épaisseur de 1,22, produite directement depuis trente jours, la congélation ayant commencé par une température de — 38° el s'étant continuée pendant que le thermomètre oscillait entre — 30 et —47", Mais notre champ est tellement doublé et redoublé en dessous par les éperons de ses adversaires, que che”:her un endroit où nous soyons sûrs que lu table soit simple, ce serait l'histoire de l'aiguille et du las de foin. Quelque fêlure nouvelle nous permettra de preodre la hauteur verticale de la plaque gelée depuis le 28 novembre. La glace est mauvais conducteur; donc, après une cericine épaisseur, ie calorique ne peut plus s'échapper de la mer, et la limite s’élablit de la puissance du gel. Une lable de 1",21 de tranche ne flotte que de 10 centimètres au-dessus de l’eau.
Alexev : rumené sur le traineau à chiens l’ourse qu'il avait luée hier. 11 n’a pas revu le petit.
Pour la première fois, de mémoire de tous les marins présents,
le 17 mars {fête de saint Patrick!) n’a pas amené de tempête, “’n de nos plus vieux chiens, à physionomie comique et spirituelle et que depuis longtemps on a baptisé Paddy?, a été paré d'un beau ruban vert, en honneur de l'Ile d’Émeraude, puis on l’a installé en grande cérémonie près de la chaudière Baxter: attentions et hommages tellement inaccoutumés, que le camarade n’est pas encore revenu de son étonnement, Presque tous nos tireurs mériteraient une mention spéciale; voici les noms des plus fameux : Kasmatka, Tom, Vif-Argent, Jack ou Prince, Smike’, Souffleur, Bismarck, Paddy, Maigrot, Renard, Tire- Mal, Patte-Velours, Joe-Jim, Johnny Armstrong, Dar et Loup.
18. — On signale une terre vers le sud, dans la direction du nord de l’île Wrangell. Le ciel devient maussade; il se raye de bandes de nuages et nous promet mauvais temps. Le vent commence à se douloir dans les agrès. À midi il saute à l’ouest et souffle à la vitesse de dix milles à l'heure. À minuit, halo de 4° de diamètre et à couleurs irisées. Les glaces réfléchissent vigoureusement les clartés de la lune.
19. — Pas d'événement remarquable, sauf qu’à cinq heures de l’après-midi, heure locale, le soleil coupe l'équateur pour entrer dans l'hémisphère nord, et s'accompagne tout le jour d’une fraîche brise du nord-nord-ouest. Le ciel est morose el couvert. Les tourmentes roulent dans l’atmosphère des nuées de po'dre de névé. N’élaient une ou deux averses de cet automne, je ne connaîtrais plus la vraie neige depuis notre arrivée dans ces parages. La fine poussière qui tourbillonne dans les airs provient surtout des efflorescences du champ. Parhélie de sept à huit heures du matin; à minuit, halo lunaire faiblement coloré.
20. — Temps clair, journée charmante. À ma grande joie, car il faut bien nourrir nos attelages, Alexey a tué un morse énorme et si lourd que trente chiens ct quatre matelots n’ont pu le trainer sur les glaces raboteuses ; on a dù le couper en deux; une moitié a élé apportée à bord, le reste sera pour demain.