CHAPITRE VIII
(Avril — mai 1880)
Le règlement d'été, — Toujours le charbon. — Fouet en main. — Nouvelles ressources. — Les oiseaux. — Humidité et froid. — Les conserves, — Le moulin à vent. — Un ressouvenir de l'hiver, — Le pemmican, — Bois flotté, — Morses, — Un trou profond. .— Le soleil de minuit, — Exercices de tir. — L'eau pure. — La vie animale, — Les chiens. — Danenhower, — Les glaces. — Chasses à l'ours. — Les malades. — Perspectives décourageantes, — Encore l'eau à bord. — Est-ce la liberté ?
Jeudi 1e avril, — Le mois s'ouvre par un incident de bon augure. À huit heures un quart du malin, Ericksen accourt dans la cabine : « Un gros ours tout près! » Chipp, Dunbar, Newcomb, armés de leurs carabines, le docteur ne portant rien, s'élancent sur la glace : Alexey et Nindemann étaient déjà aux trousses d’un grand et beau plantigrade. La meute entière galopait autour de lui, jappant et aboyant, affolant le pauvre Martin par ce vacarme inaccoutumé. On n’osait tirer dans le tas, et cette poursuite dura près de 2 kilomètres. Les chiens menaient admirablement la chasse : une vingtaine d’entre eux couraient près de la bête, hors de portée de ses redoutables griffes, et détournaient son attention, tandis qu’une demi-douzaine d’autres le mordaient avec fureur, arrachant son poil à pleine gueule. L’ours les rejeta au loin d’une formidable secousse et, se campant sur son arrière, cherchait à les atteindre de ses pattes antérieures à droite, à gauche, partout. Ce mouvement permit de le viser : une balle d’Alexey le fit rouler sur la glace; il se releva et recommencça la lutte, mais un coup de feu de Dunbar l'acheva presque aussitôt. C’est un animal su-
déc Nc phoq Xe dér'as servi On Mic Un à la dl
tilatio Dix fumer
que ] Mais agitan
ouvelles res- Le moulin à 6, — Morses.
. L'eau pure, — Chasses à l'eau à bord.
nt de bon court dans bar, Newtant rien, ht déjà aux te entière le pauvre er dans le Les chiens l’entre eux edoutables demi-douson poil à idable se- 8 atteindre t. Ce mourouler sur un coup de animal su-
perbe : 2,44 de long; 1",05 de haut; poids brut, 307 kilogrammes. Son estomac est entièrement vide. Il se promenait à une centaine de mètres du navire quand nos tireurs l’apereurent et le firent battre en retraite.
2, — À partir d'aujourd'hui commence le service de printemps et d'été, à modifier sans doute dès que la Jeannette reprendra la mer.
Cinq heures du matin, — Réveiller le cuisinier et le maitre d'hôtel.
Cinq heures quarante-cinq. — Réveiller l'officier de service.
Sept heures. — Bränle-bas général.
Sept heures et demie. — Déjeuner, par bordées.
Huit heures et demie. — Tout le monde à l'ouvrage; balayer les ponts, dégager le puisard, Sondages, etc.
Neul heures. — Une bordée sur la Igace, avec carabines; chasse aux phoques, ete.
Neuf heures et demie. — Évacuer le faux pont; ouvrir les écoutilles ; aérage à fond jusqu'à onze heures et demie ; inspection par l'officier de service.
Onze heures. — Arborer à l'avant le signal du retour.
Midi. — Diner, par bordées.
Une heure après midi. — Tout le monde sur la glace. L'autre bordée à la chasse,
Cinq heures. — Arborer au grand mât le signal de rallier le bord,
Cinq heures ct demie. — Souper, par bordées.
Six heures et demie. — A l'ouvrage à bord.
[uit heures. — Le contremaitre et les charpentiers au rapport.
Neuf heures, — Ouvrir les portes du gaillard d'arrière, établir la venilalion par les panneaux.
Dix heures, — Éleindre les lumières sous le gaillard d'avant ; cesser de fumer, Silence.
Comme depuis le 1 novembre, nous continuerons à n’avoir que deux repas préparés au fourneau. L'eau pour le thé du souper chauffera sur les poêles de la cabine et du faux pont lant qu'on allumera ceux-ci, mais je veux les éteindre aussitôt que possible, toujours en vue de ce précieux charbon. Oui, mais le thé, alors? — Melville et moi en avons causé ce soir, agilant la question de mettre le petit poële de l’observatoire dans la chambre de chauffe. Soudain, il lui vient à l'esprit que, puisqu'il faudra pomper à la vapeur tant que durera le combustible, nous pourrons, par la même occasion, faire bouillir notre eau! Pour Melville, penser, c’est agir; une chose bien
réfléchie devient bientôt un fait accompli. S'il arrive à n'employer que la chaudière Baxter, nous aurons, il est vrai, quelque difficulté; l'espace de vapeur élant si peu profond que l’écume saumätre sera parfois soulevée et projetée avec elle, puis mêlée à notre thé. Dans le bouilleur du cotre, ce danger serait écarté par le tambour placé au-dessus. On verra plus tard.
Nous avons enlevé la pompe de cale avant bäbord, et, la descendant par le panueau de la machine à vapeur, nous la placons dans le compartiment de celle-ci; on perce une ouverture du côté de bäbord pour le tuyau de décharge; quand l'affaire marchera parfaitement, on transportera dans la chambre de chauffe le moteur Baxter et sa chaudière, et nous les relierons par un mécanisme semblable à celui de la brimbale de la pompe. Les chaudières ainsi côte à côte, l’une s'évacuant sur le spardeck, l’autre par le flanc du navire, nous ouvrirons les portes de flot, et laisserons arriver toute l’eau dans la chambre de chauffe. Si la machine Baxter peut l’épuiser en entier, nous économiscrons le charbon que brûle celle du cotre; si le moteur du cotre suffit à la lâche, nous épargnerons celui que consomme la chaudière Baxter. Sinon, l’une des deux restant toujours occupée, on allumerait le fourneau de l’autre au moment du souper pour préparer le thé, puis la vapeur } serait maintenue un certain temps, douze heures par exemple, sauf à faire marcher quelquelois à la main une pompe supplémentaire. « Sauvons le charbon! » est la devise du bord.
Ces détails sont bien minutieux! mais je suis si avare de ce combustible dont chaque livre devrait donner son travail! Dans les circonstances ordinaires, lorsqu'il s’agit, par exemple, de ramener au port un navire avarié, on se contente des pompes à bras; mais dans ces mers polaires, où depuis deux mois
nous luttons contre l’irruption des eaux, où peut-être pendant:
deux mois encore nous serons clavés dans la banquise, la situation est toute différente. Si j'avais gardé mon équipage à cette manœuvre, la moitié à coup sûr en serait maintenant, ou portée sur la liste des malades, ou du moins à bout de forces. Menacés à chaque instant de voir le navire broyé el nous-mêmes contraints à le fuir, comment des hommes surmenés pourraient-ils tirer de lourds traineaux sur celte glace,
éli lat [ro sol for pot riet sée, gne mai men cam sem
r'evê
ce | pour sus)
3, gueu allé plusi vaste récil quer ct im 65 m chaq cham au | pieds comn la me Déliv capliy Dunb
à n’emest vrai, profond elée avec colre, ce On verra
1, la desus la pla- 10 ouvere; quand s la cham- | nous les | brimbale une s'éva- , Nous Oul'eau dans épuiser en e celle du pargnerons 1e des deux 1 de l’autre a vapeur | kr exemple, hpe suppléord.
avare de ce travail! Dans xemple, de es pompes deux mois tre pendant:
anquise, la équipage à maintenant, L à bout de ire broyé et ommes Sur- - celte glace,
SOUS LE SOLEIL DE MINUIT. 229 et fournir à la marche de près de 400 kilomètres qui nous séparent du plus proche des établissements sibériens !
L'appropriation et le déménagement des soutes de l'avant élant enfin terminés, nos travailleurs passent à l'arrière, Le laud étalé sur le spardeck protégeait seul celui-ci contre la froidure; les baux du magasin, les'courbes de fer, les pompes sont autant d'excellents condensateurs pour l'humidité qui se forme au-dessous dans le carré ct pénètre dans la soute par la porte de communication. Il en est de même sur la cloison antérieure des chambres de Collins et de Danenhower, tout tapissées de feutre qu’elles sont. La cellule du malade a été soigneusement raclée et récurée par Johnson, son fidèle infirmier ; mais celle de Collins, qu’on avait remise à plus tard, a commencé hier soir à dégeler sur lui et sur son vestiaire. Les ‘ambuses de larrière ne sont point épargnées; les pompes semblent deux fois plus grosses qu’à l'ordinaire, sous leur revêtement de cristal.
L'inspection médicale a eu lieu aujourd’hui. Le résultat de ce long et consciencieux examen a élé si satisfaisant, excepté pour Danenhower, que, le chirurgien entendu, je me décide à suspendre ce travail pour trois mois, si tout va bien.
3. — M. Dunbar, qui semble recouvrer ses forces et sa vigueur, quoiqu'il ait maintenant la mine d’un vieillard, cest allé avec les Alaskiens à sept milles sud-est du navire. Depuis plusieurs jours nous observions de la mâture comme un vaste remblai de glaces qui nous paraïssaient échouées sur un récif ou un bas-fond. Dunbar est allé les reconnaître et pense que nous nous ne sommes pas trompés; elles sont très épaisses cl'immobiles, quoique tout entourées d’eau. Celle-ci peut avoir 65 mèlres de long sur 20 de large et se rétrécit en fissure à chaque extrémité. Pendant qu’il se tenait sur la lisière du Champ, regardant cette chaîne et la banquise qui sommeillait au loin, la glace se mit à trembler tout d'un coup sous ses pieds; les eaux bouillonnèrent; une masse énorme, grande comme un bon quart du navire, surgit bruyamment du sein de la mer, se démenant en tous sens pour prendre son équilibre. Délivrée par quelque cause inconnue de la force qui la retenait aplive, elle se hâtait de remonter à la surface de l'Océan. Dunbar compte y retourner lundi pour faire quelques sondages.
Rapport de M. Ambler : Officiers : santé excellente, deux; bonne, cinq; un passable, vu le cas. Hommes : excellente, vingt-trois; bonne, six. Les deux Indiens, excellente.
Pas d'amélioration notable dans l’état de Danenhower. Claquemuré depuis si longtemps et sans doute assailli par bien des inquiétudes, comment a-t-il pu échapper au scorbul? La température retombe de — 14 à — 25°. Nous n’en avons pas fini avec l'hiver!
A une heure du matin on a entendu encore les lamentations et le vacarme des glaces. Je redoute un bouleversement considérable pour le 9, jour de nouvelle lune. La dérive plus accentuée, les hautes températures récentes indiquent quelque débâcle, malheureusement peut-être dans la région vers laquelle nous sommes entrainés.
Je croyais savoir et pouvoir diriger un attelage de chiens... me voiei revenu à une appréciation plus modeste de mes talents. Cet après-midi, avec onze tireurs ct un pesant traîneau, Melville et moi partions pour la promenade. Généralement on enfile quelque voic tracée par de précédents voyages du véhicule ou les pas des touristes, puis, avec l’aide judicieuse d’un fouet à longue lanière, on fend les airs à l'allure ordinaire des chevaux, jusqu’à ce que la route devienne trop mauvaise ou qu'on veuille regagner le bord. Aujourd’hui, pas moyen de les conduire, soit en restant sur le traineau, soit en courant auprès d'eux; à peine avaient-ils franchi 100 ou 200 mètres que, tournant lêtc sur queue, ils revenaient se poster devant la planche de la coupée. Si l’un de nous tire sur les chiens de volée, les autres se replient en arrière; on foucetle d’un côté, ils se jettent de l’autre : pour respirer quelques instants, nous engagions le véhicule dans un amas de neige ou lui faisions faire chapelle, les deux montants recourbés tenant lieu d’ancres; mais dès que le traineau était sur ses patins, il ne pouvait plus être question de s’y asseoir; les chiens £e sentant maîtres, reprenaient le chemin du navire. Presque à bout de forces, je dus expédier un homme en avant, avec le chien « malade », le « copain » de Jack, notre chien de volée, et occuper de cette façon l'attention de celui-ci pendant qu’on fouaillait les tireurs des côtés et ceux d'i milieu. Une de ces bêtes obstinées se jeta de tout son long sur la glace, se laissant trainer par le cou plus
de
bal dar ton
par
hot plu bra Al cho ter en ( sen état
non gne à l'i
mot ne] décc
élor ya et] que vite le tr men mai bris nou Sc son nan s'an de qua
e, deux; cellente,
ver. Clapar bien rbut? La pas fini
nations nt consi- 1S accenlque délaquelle
ens... Me s talents.
au, Melnt on envéhicule ’un fouel des cheou qu'on les conit auprès que, toura planche volée, les se jettent agions le chapelle, mais dès plus ètre s, repres, je dus D, le « COtte façon reurs des se jeta de cou plus
de 100 mètres à chaque fois, refusant de se lever, quoique battue à tour de bras du manche de mon fouet; ainsi fut-il pendant près de deux kilomètres; puis, en ayant assez, nous mettons le cap sur le navire, et nos chiens, enchantés de gagner la partie, trottent désormais à merveille.
Dinanche 4 avril. — À dix heures du matin, inspection des hommes et de leurs quartiers. Le faux pont devient peu à peu plus habitable. La maison, dégagée des ballots qui l’encombraient, nous fait l’effet d’une grande chambre sans meubles. A la fin du mois, je l'espère, ce baraquemeni sera avec les choses du passé, pour cette saison- du moins; nous le démonterons aux premières chaleurs. Magasins, provisions, tout est en ordre, mais je crains que les froids de ces jours-ci ne causeni de nouvelles condensations, qui plus tard engendreront le dégel et l'humidité. La cabine et le carré sont en parfait élat. ;
5. — On nous croirait à bout de notre rouleau en fait d’économie de charbon? Ce serait compter sans notre passion d’épargne, Un de ces soirs, — j'y pense si souvent! — il m’est revenu à l'idée que j'avais vu quelque part une nompe mue par un moulin à vent, je demande à Melville si semblable mécanisme ne pourrait s'installer à bord ; connaissant sa promptitude à découvrir les moyens d'arriver à une fin donnée, je suis moins élonné que ravi d'entendre sa réponse : « Pourquoi pas? » Il y a réfléchi mürement, s’est rendu maître de tous les détails, et le voilà, son crayon à la main, dessinant le plan du moteur que je voudrais adapter à la pompe de cale. D’après lui, une vitesse de cinq milles à l’heure suffirait pour produire toul le travail confié maintenant à la machine du cotre. Naturellement, lors des accalmies, il faudra recourir aux pompes à main; mais le nombre des heures où ne souffle pas la moindre brise a été si restreint ces derniers mois, que nous pouvons nous lancer hardiment.
Sondages de midi, 33 brasses, fond vaseux; légère inclinaison du fil vers l’est; un phoque à trouvé ce trou à sa convenance; il vient y respirer si régulièrement que la glace ne s'amasse plus au milieu; sur les bords on en voit une hauteur de 15 centimètres. Lever du soleil à quatre heures vingtquatre; coucher à sept heures quarante. Position : latitude
720 30’ N., longitude 178° 33’ O., ou, depuis le 1° avril, une dérive de onze milles et demi vers le sud. Température : minuit, — 29,5; cinq heures du matin, — 31°. Ce renouveau de froid est le très mal venu : nous avions déjà descendu la chaudière Baxter, démonté le poêle, et notre maison est froide « comme la charité ». Si j'en juge d’après le passé, cette période durera jusqu’au 9, le changement de lune qui, je l'espère, nous amènera une température moins rigoureuse.
M. Dunbar a revisité ce que nous appelons la glace échouée : le chenal s’est encore élargi; ni phoques ni morses n'ont paru. De la vergue du hunier on voit un étroit ruban d’eau courant du sud-ouest au nord-est en s’arrondissant vers l’ouest et à environ sept milles du navire.
6. — A onze heures, depuis j''usieurs soirs, nous distinguons au nord-ouest une longue bande très basse qu’on ne retrouve plus le jour, les rayons du soleil donnant en plein contre elle et la cachant dans la réverbération de la glace. Mais quand il descend derrière l’horizon, cette ligne se profile si distinctement que nous ne saurions y voir qu’une terre. Ce pourrait être un stralus; pourtant il n’est guère probable qu’un nuage toujours de même contour se reforme toutes les nuits à la même place. Le soleil se couche de plus en plus tard, et nos doutes seront résolus avant longtemps.
7. — Ayant achevé tous les apparaux de la combinaison nouvelle, nous l’essayons cet après-midi. D'abord, tout a marché comme sur des roulettes; les portes étanches ont été ouvertes, et, l’eau s’écoulant librement vers l'arrière, la pompe Baxter la tarit à plaisir, puis on l’arrête jusqu’à ce qu’il s’amasse assez de liquide pour qu’elle puisse fonctionner. Mais une difficulté survient qui nous force à remcttre la chose à des températures plus clémentes : une longue manche de toile, passant par l'écoutille de la chambre de chauffe et sur le spardeck, porte l’eau à un dalot d'où elle retombe à la mer par un trou creusé dans la tranchée de tribord. Afin de le garantir de l'air extérieur, qui descend souvent à — 26", ce puisard a dû être recouvert d’une caisse de bois revêtue de neige. [mr ssible d’abriter de cette façon les conduites et le haut de la pompe; aussi, tandis que l’on attendait que l’eau montât dans la cale au niveau nécessaire, la glace s'était déjà formée dans la manche et
en bc chine cham les hc éteint Not centr la rég Dès jusqu entre rayon. se MO liers « long € nous € cause ment puleux lion m et à He venel.
grande di par sion ei Fe dans li le rest sonne l'avant jours, boisag 9, vues ; } lraire, corbea puis a du nav à ses (1
e dérive minuit, de froid audière comme > durera us amè-
chouée :
es n'ont an d’eau ‘8 l’ouest
s distinqu’on ne en plein la glace.
e profile terre. Ce ole qu'un les nuits S tard, et
son noua marché ouvertes, Baxter la sse assez difficulté bératures sant par ck, porte bu creusé air extére r'ecoud’abriter e; aussi, le au nianche et
en bouchait la lumière. On a donc refermé les portes : la machine du cotre épuise comme devant ce qui s’accumule dans la chambre de chauffe, et de cinq à dix minules par demi-heure les hommes manœuvrent l’ancienne pompe de cale; nous avons éteint les feux sous la chaudière Baxter.
Notre ami le phoque maintient toujours ouverte la partie centrale du trou de sondage; l’eau ne s’y cristallise plus avec la régularité accoutumée.
Dès l'aube, la glace a recommencé à bruire; elle s’est agitée jusqu'à six heures du soir; le mouvement semble cantonné entre le nord-ouest et le nord. Superbe parhélie de 22 de rayon, dès qu’a paru le soleil; deux brillantes images de l'astre se montrent à cinq et à six heures. Quoiqu'il reste encore un liers de la journée au-dessous de l'horizon, ñ fait clair tout le long de nos vingt-quatre heures, et si les glaces daignaient nous élargir, on y verrait assez pour naviguer à minuit. Pour cause de réfraction, impossible de se rendre compte du moment précis du lever et du coucher du soleil. Je suis très scrupuleux dans mes calculs de position et j'applique à la réfraclion moyenne les corrections dues à la hauteur barométrique et à la température, obtenues d’après les formules de Chauvenct. À de telles altiludes ces corrections ne sont pas bien grandes, mais quand, par exemple, le soleil approche de sa d'arition, elles deviennent tellement importantes que l’omission en serait une cause de sérieuses erreurs.
8. — Voici le bilan de nos pompes : quand il y a assez d’eau dans la chambre de chauffe, le petit moteur du cotre l’enlève; le reste du temps, il fait l'office d’alambic. Chaque fois que sonne l'horloge, l’homme de service manœuvre la pompe de l'avant jusqu’à ce que l’air y barbote, c’est-à-dire, presque toujours, de cinq à dix minutes. Nos charpentiers travaillent au boisage du moulin à vent; Melville en forge les ferrures.
9. — La lune s’est renouvelée, et sans les catastrophes prévues; pas un frisson des glaces n’a marqué sa visite. Au conlraire, le premier oiseau de l’année a fait son apparition, Un “orbeau, arrivant é 1 sud, s’est reposé un moment près de nous, puis a disparu derrière les éboulis à une centaine de mètres
du navire, en dépit des tentatives de M. Newcomb pour l’ajouter à ses lrésors.
14, — Aujourd'hui le maître d'hôtel s’affaire à débarrasser la glace de la timonerie, une chanibre qui n'existait pas au départ et dont je dois donner l’explication. Au dernier automne je fis enlever les portes s’ouvrant de la cabine sur la chambre des cartes ; on les plaça entre les cloisons de celle-ci et le puits de l’hélice, fermant ainsi complètement la portion arrière de la cabine qui contenait la barre et la tête du gouvernail. Cel espace clos, faisant office de condensateur, a conservé notre salon très sec pendant nos plus basses températures. Toute l'humidité de la grande pièce pénétrant dans ce cabinet par les fentes, les trous des serrures ou les portes quand on les ouvrait, s’est peu à peu changée en glace; or le dégel approche, il faut la retirer, sous peine de la voir couler en fontaines. Inutile d'ajouter que la chambre de Chipp et la mienne n’en ont point été améliorées : hublots, cloisons d'avant et bordages, étant exposés en dehors à la température extérieure, ont offert à la condensation des surfaces plus froides et plus prochaines. Les chambres des cartes ont un peu de glace formée sur le lambris cet les étagères placées contre le flanc du navire; leurs hublots ne sont plus qu’une mass: congelée. Si le baraquement s'était étendu sur tout le faux pont, celui-ci serait resté sec, bien plus encore s’il n’avait pas fallu employer la chaudière Baxter à distiller et à pomper : la vapeur à condenser s’en esl beaucoup accrue, et a couvert le capuchon en tôle du venlilateur et les châssis des claires-voies. Telle est notre expérience de l’hiver. Moralité : mettez les surfaces les plus froides dans les endroits convenablement choisis, et vous tiendrez l'humidité sous contrôle. L’ennui que me cause cette loi physique s’élend jusqu'aux feuilles de tale du toit de l'horizon artificiel. Je le plaçais d'ordinaire sur la glace avec sa petite table, mais, celle-ci ayant été dérangée l’autre jour pour je ne sais quelle raison, on ne l’a pas assez bien rétablie pour que le mercure reste immobile malgré le vent. J'ai donc posé la cuvette sur la neige et enfoncé le bout du toit dans la poussière de névé pour le garantir de la brise. En quelques minules la chaleur du soleil pénétrant à travers le tale, élève la température intérieure ; la neige se réchauffe, des vapeurs d'eau s’en dégagent, se fixent sur les surfaces froides et d’abord sur la lame placée du côté de l’ombre; elles s’y amassent el
deviel Acc servie d'alin liquid nable le bar ou det Nou d'ours des si le sau rempl vouret des m avait | Saintmeille quelle mon.
Les d'arriè les mé lisfacli tohu-h 15, nord-n d'une marins dessus braque Pourta quand près d velent verses, mais d chien 1 sur eu]
ébarrasser uit pas au r automne a chambre et le puits arrière de ernail. Cel crvé notre ires. Toule net par les on les ou- |approche, laines. Inue n’en onl : bordages, e, ont offert prochaines.
mée sur le wire ; leurs wraquemen!
resté sec, chaudière ser s’en esl e du venlinotre expéplus froides us tiendrez tte loi phyle l’horizon c sa petite pour je ne e pour que bne posé la ns la pouses minutes ève la tempeurs d'eau d’abord sur massent el
SOUS LE SOLEIL DE MINUIT. 230 deviennent une pellicule de glace dès qu’on enlève le toit. Accident ou manque de soin de maître Boyd, le pompier de service, l'eau de distillation ne vaut rien aujourd’hui. Au lieu d'alimenter l’alambic directement à la mer, il s’est servi du liquide qui parcourt toutes les cales; notre boisson est abominable et provoque des nausées ; il faudra laver, frotter, racler le baril avant qu’il perde ce mauvais goût, et, pendant un jour ou deux, recourir à la neige fondue.
Nous avons dans le garde-manger une bonne provision d'ours. Chipp conseille d’en hacher avec du porc pour faire des saucisses, assaisonnées suivant recette. On vient de finir le saumon emporté de l’île Saint-Michel, il sera difficile à remplacer : les conserves de viande sont décidément peu savoureuses et peu nourrissantes ; il nous reste encore un baril des morues que le capitaine Jesperson de la Fanny Hyde avait pêchées et salées pendant une accalmie au large de l’île Saint-Laurent; le poisson y est dans son entier et nous semble meilleur que les débris informes contenus dans nos boîtes quelles qu’elles soient, à une exception près, toujours le saumon.
Les petites cambuses sont de nouveau remplies et le gaillard d'arritre est tout à fait débarrassé. Ceux-là seuls qui ont traversé les mêmes circonstances que nous peuvent comprendre la saüisfaction avec laquelle nous retrouvons le pont libre, après le tohu-bohu de cet hiver.
15, — Ce malin, à mon lever, on m'informe que dans le nord-nord-ouest certains nuages font soupçonner l'existence d'une lerre. Après examen, je vois en effet ce que tous les marins sont habitués à prendre pour des nuécs s’élevant audessus d’une côte éloignée : pleins d'espoir et d’anxiété, nous braquons lunettes et longues-vues.... On ne distingue rien. Pourtant, cette supposition reprend un peu de consistance quand deux bruants des neiges, arrivant du sud, s'arrêtent près du navire, et, au bout de quelques minutes de repos, s’envelent dans la direction même qui fait le sujet de nos controverses, Ces oiseaux, peut-être, seraient restés dans le voisinage, mais dès qu’ils se posèrent sous le mât de beaupré, Loup, le chien maigre, toujours prêt à happer quoi que ce soit, s'élança sur eux, el ils repartirent incontinent.