‹ Voyage de la Jeannette [microforme]Chapitre 50 sur 148 · ETAGE · texte numérisé non relu

ETAGE

contrer une brèche de 100 mètres de large qu'il traverse à la nage. Alexey, qui se promenait par là, arrive sur l’arèle du bane, tire, l’alteint à ce qu'il dit, mais l'ours disparait parmi les barrières de débris. J'avais dû le blesser à l'épaule; l’Alaskien en vit découler du sang qui marquait sa voie sur les glaces.

Il raconte qu'il y a sur le chenal « oiseaux beaucoup »; nous sommes tout aussi désireux de les capturer au point de vue d’un pâté possible qu’à celui de l'histoire naturelle, et M. Newcomb se prépare à une battue pour demain.

5. — Journée remarquable pour nous : le navire a passé de l’autre côté du 180 méridien, chose extraordinaire, vu la forte brise nord-ouest et l'orientation sud-est indiquée par le fil à plomb : ou bien notre banquise a continué à subir l'impulsion donnée par la longue période où les grains soufflaient du sud-est et serre maintenant le vent, ou nous sommes dans un courant dirigé vers le nord-ouest. Je ne change point la date, car dans un jour ou deux nous reculerons peut-être pour nous retrouver encore à l’est du méridien, A plus tard, s’il y a lieu.

Posilion du navire : latitude 73°11'24", longitude 179°37’ 30" est, ou une dérive de huit milles depuis le 1° mai; à peu près deux par jour. Newcomb et Alexey ont rapporté de leur chasse trois guillemots noirs; ils n'ont point revu l'ours d'hier, Autant de moins pour nos diners.

6. — En visitant le chenal ouvert à trois milles sud-est du navire, on le retrouve en train de se refermer peu à peu. Aperçu quelques guillemots et des traces de renards.

A dix heures du soir, l'air du faux pont, essayé par les réactifs, nous donne 0,169 pour 100 d’acide carbonique. Pas trop mal pour nos circonstances.

7. — L'étendue du ciel d’eau est considérablement réduile; l’espace libre du sud-est tout à fait regelé.

8. — Une autre journée finie et nul progrès à noler. Vraiment, notre existence devient trop monotone! Le charbon di-

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SOUS LE SOLEIL DE MINUIT. 253 minue et la température ne permet pas encore de supprimer les feux du faux pont et de la cabine. Certes, nous nous contenterions de revoir le th:.momètre à 0°, point de congélation de la glace d'eau douce! Ce malin, il est à près de —20° et quoique, tout le jour, le vent ait soufflé de l'est-sud-est, à peine si, vers minuit, il remonte à — 11°. Le lemps est maussade, décourageant, délestable. Des rafales d'une vitesse variant entre dix et vingt-trois milles font tourbillonner le névé sur les glaces, les averses de neige empêchent de rien voir à cent mètres; çà et là, près du navire, un petit monticule blanc indique la présence de l’un ou l’autre des chiens : escarmouches et batailles sont interrompues jusqu'à ce que l’on puisse distinguer amis et ennemis. Je voudrais, depuis longtemps, parler en détail de nos tireurs, mais quel vaste sujet pour le cadre de mon journal! Ces chiens sont rageurs au delà de loute expression. Le pourquoi, le comment, l’objet d’une quereile semblent pour eux questions abstraites. Tout va bien pourvu qu'ils « s’'empoignent ». Numéros 1 et 2 épient numéro 3, agréablement occupé peut-être à retourner une boite à conserve, vide depuis des mois, et souventes fois léchée et reléchée. Comme s'ils s'étaient concertés, les deux tombent ensemble sur lui, le roulent sur la glace, paraissent sur le point de le déchirer. Par bonheur, leur fourrure, leur laine plutôt, est dure, longue, épaisse; l’assaillant en a la gueule pleine avant que ses incisives aient pu toucher la peau. Les blessures sont rares, sauf aux orcilles et au-dessous du corps, les endroits vulnérables. J'ai vu un chien, attaqué de tous clés, se mettre à plat sur le ventre, introduire sa tête dans un amoncellement de neige et soutenir tranquillement l'effort, les assiégcants prêts à étouffer du poil arraché à son dos. Revenons aux premiers lutteurs : Numéro 3 se jelle précipilamment sur numéro 2, avec l’aide de numéro 1, son ancien adversaire. Comme par enchantement, lous les autres se trouvent à la fois sur la scène; chacun donne son coup de dent; la bataille devient générale jusqu’à ce que l’arrivée du quarlier-maitre et l'application sans merci de son fouet lerminent l'échauffourée.

Ils sont partagés en coteries de trois ou quatre; au surplus, rien n’en empêche les membres de se chamailler si le cœur

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